‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 7 sur 131 · VI PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION

concessions, aux aspirants fonctionnaires qui convoitent cette proie et qui voudraient qu*on assimilât et qu'on annexât à l'ÂIgirie notre nouvelle conquête africaine, l'ancienne régence de Tunis est appelée à devenir, en vingt ans, une des plus belles colonies d'exploitation du monde. Ce qu'était, comme richesse, à la fin du dernier siècle, Saint-Domingue, Tunis peut Télre à l'aurore du siècle prochain, avec cette différence qu'on y verra des plantations de vignes au lieu de plantations de cannes à sucre, et une population cordialement soumise et graduellement progressive d'Arabes, au lieu d'une multitude de noirs asservis etirrités*

Nous explorons l'immense région entre l'Ogouè et le Congo, et là, du moins, nous faisons des conquêtes qui, jusqu'ici, ne nous ont coûté ni la vie de quelques centaines de nos petits fusiliers français, ni des dizaines de millions 'Consommés en pure perte.

Au Sénégal, la loeonH>tive circule entre Dakar etSaint-Louis, une canonnière française porte nos couleurs sur le Itiger, en aval de Ségou et jusqu'aux environs de Tombouctou. Ce sont là des conmiencements, des amorces. 11 dépend de nous, sans violences inutiles et illégitimes, sans prodigalité comme sans parcimonie^ de poursuivre une œuvre qu'on ne pourrait abandonner sans une sorte d'attentat contre la civilisation et contre la patrie.

Pourquoi faut- il qu'à oe tableau, qui est réconfortant et riant, il se trouve des ombres : le Tonkin et Madagascar? Que de fautes commises, depuis trois ans« dans la conduite de ces expéditions ! Quel discrédit immérité il en résulte pour la politique coloniale !

Le Tonkin^ cependant, est conquis, et J'Anikam. Il n'y reste qu'à faire, avec fermeté, cette police qui s'impose pendant quelques années à tout nouvel occupant Est-ce donc là une tâobe à lasser nos courages ?

Nation toujours frivole et cliangeaate, comme la Fraace dément peu ses antécédentsàistoriques, et comme ilsemble que

VBÉFXCE DE LA TROISIÈME ÉDIUON. VII

rexpërience lui ait médiocrement profité ! Aussi prompte à se lancer sans préparation dans des entreprises» <iu*à s'en retirer au moment précis où le succès est dans sa main. Elle fait tous les pénibles et lents sacrifices du début, puis elle se retire, laissant k d'autres la récolte presque mûre. Atcc quelle insouciance elle abandonna jadis et le Canada, et la Louisiane, et Saint «DomÎBgue! Une sont devenus, en d'autres mains, «ces arpents de neige » qui bordaient les grands lacs et ces plaines marécageuses qui s*étendaient sur les rives du Mississipi I L'opinion publique d'alors était indifférente à ces pertes de territoires, réputés ingrats et presque inhabitables. Le cœur en saigne aujourd'hui à tout patriote français ; et voici que, maintenant, malgré les leçons éclatantes de rhistoire, nous serions prêts à recommencer les mêmes fautes 2

Des esprits étroitement renfermés dans le temps présent semblent n'apprécier les avantages des entreprises nationales que diaprés l'habituelle mesure des spéculateurs de bourse qui n'entrevoient que les résultats de la liquidation de la fin du

C*est avec plus de prévoyance et de patience qu'ont agi les grandes nations colonisatrices. Nous rei»roduisoas dans ce livre un extrait du Times sur la publJcation récente de la correspondance de la Compagnie anglaise des Indes et sur les humbles et dif&dies débuts du vaste empire britannique de l'Hindoustan.

La même loi de succès s'impose aux peuples et aux particuliers; le monde a tOHJours appartenu »ux patients et aux persévérants.

La conscience nationale française heureusement n'est pas encore complètement assoupie : en dépit des sophistes, des politiciens à courte vue, elle croit que le râle historique de la Fkunee n'est pas terminé ; elle sait que la colonisation seule peot encore maintenir ouverte cette vaste carrière d'activité et d'expansion, ce champ nécessaire de l'idéal dont ne peut se passer complètement aucun peuple qui n'est pas caduc.

Tous les Français réfléchis doivent distinguer entre la po]i«>

Page 1