‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 91 sur 131 · u8tralia du · texte numérisé non relu

u8tralia du

Sud 287.900 863.800 1.077.750 1.944.600 5.329.600 19.147 700

Australie de

rOuest.... 8.688 1.760 i> » » » 184.666 1.216.200

Taamanie... » » 486.600 1.018.900 1.268.700 1.738.600 4.890.920

Nouvelle-Zélande 77.174 836.000 6.781.194 7.841.89122.608.311 86.979.961

Queendand. » »> 128.800 8.344.000 8.609.260 8.9^.360 25 840.650

Totaux.... 3.121.262 16.097.070 27.620.274 86.170.371 67.506.601 166.361 962

Ainsi les colonies australasiennes ont une dette de près de 4 milliards et quart de francs. Il ne faudrait pas croire, cependant que toutes ces Jeunes sociétés aient hérilé des habitudes de prodigalité du vieux monde. Cela est vrai de la Nouvelle-Zélande et aussi de Queensland. Gela Tétait moins de Victoria et de la Nouvelle-Galles. Ces colonies avaient d*immenses travaux publics à accomplir. G*est là Toriginede la plus grande partie de leur dette. Tsous voyons dans un document anglais que la colonie de Victoria,

avait, en 1867, une dette de 0,480,000 liv. sterl. pour les eaux de Melbourne et de Geelong: et Taequisilion de chemins de fer.

Voici à quelles sources puise le trésor de ces colonies : depuis de longues années, les douanes constituent environ 300/0 des recettes, soit pour l'ensemble, en 1888, 8,246,011 liv. sterl. (208 millions de fr.) sur un revenu total de 27,272,000 liv. (688 millions de fr.) ; la vente et la location des terres ont produit, en 1882, pour toutes le^ colonies australasiennes, 5,260,378 liv.sterl. (132 millions de fr.;. mais en 1888 seulement 2,071,626 liv. sterl. (52 millions de fr.). Les droits de douane et la vente ou location des terres fournissent.donc près de 40 p. 100 des revenus publics de TAustralasie. Le reste provient principalement du revenu des chemins de fer, lesquels y sont en général la propriété des États, du produit des postes et des télégraphes, enfin pour une part moindre de droits sur les spiritueux fabriqués à rintérieur et de quelques impôts accessoires. Les proportions dans lesquelles se combinent ces diverses catégories de ressources varient d*une colonie à l'autre. En 1882, laNouvelle-Galles tirait 3,644,000 liv. sterl. (02 millions de fr.), plus de la moitié de son revenu, de la vente et de la location des terres, et seulement 1,545.000 liv. sterI.(^miIlionsetdemidefr.),lequartdeses revenus, des droits de douane. Mais, en 1887, elle ne retirait plus de la vente ou location des terres que 1,205,868 liv. sterl. soit 31 millions de fr. contre 2,002,715 liv. sterl. (51 millions defr.) de droits de douane, sur un revenu total de 8,582,810 liv. sterl. (216 millions de fr.).

L^immense développement des routes, la grande étendue des chemins de fer et des fils télégraphiques, ont doté ces colonies de tous les instruments de civilisation que possède TEurope. Dans un banquet donné à Londres pour le 71*"* anniversaire des colonies de TAustralie, sir Edward Bulwer Lytton, ministre des colonies, portait un toast en ces termes : « Il y a soixante et onze ans que la première colonie australienne a été fondée I Seulement soixante et onze ans I C*est juste la vie d'un homme et cette période, qui peut être parcourue par le premier paysan venu dans un village obscur, a permis à TAustralie de posséder plus d*un million de sujets britanniques, d'avoir un revenu de plus de 5 millions de livres sterling, d'importer pour plus de 27 millions de livres sterling et d'exporter pour plus de 22 millions sterling. Et, tandis que son progrès matériel et sa prospérité se développaient si étonnamment, quel a été le progrès de l'Australie dans tout ce qui ennoblit et élève l'homme I A la place d'une colonie pénitentiaire, premier spectacle qu'a présenté l'Australie, nous trouvons des sociétés arrivées au plus haut degré de moralité, jouissant de la plus grande liberté et prouvant par leur loyauté et leur bon ordre qu'elles ap-

prëcient et méritent les bienfaits dont elles Jouissent. Il n*y a pas je pense, de partie du monde civilisé où Ton comprenne mieux rimportance de l'instruction, etc. »II ya déjà trente-deux ans que sir Edward Bulwer tenait ce langage : nous sommes maintenant dans la 103* année de la fondation des colonies australasiennes et leur progrès n'a cessé d'être sensible depuis l'époque même où le ministre des colonies d'Angleterre s'exprimait avec cet enthousiasme.

Tels sont les résultats de la troisième époque de la colonisation auslralasienne : cette prospérité inouïe, on Ta vu par le tableau des cultures, n'est pas éphémère, elle est essentiellement durable et susceptible de nouveaux développements. Chaque année accroît la richesse et la population de ces opulentes provinces. Ces divers éléments, si variés, si turbulents, que l'immigration soit pénitentiaire, soit subventionnée, soit libre, lui avait apportés, l'Australie se les est assimilés : elle a profité de Torde ses piacers pour développer son agriculture et son industrie ,* en même temps qu'elle jouissait du présent, elle a consolidé son avenir ; cette collection de convicts, d'immigrants racolés dans les Trois Royaumes et transportés à grands frais, d'aventuriers de toute nation, elle l'a convertie, autant que possible, en une société régulière.

Les institutions politiques sont venues couronner cet édifice de splendeur, que le travail de l'homme et la libéralité de la nature avaient construit en commun. C'est à cette troisième époque de leur existence que les diverses colonies australasiennes ont acquis la plénitude des institutions libres. Jusque-là elles n'avaient eu que des libertés municipales, dans toute leur intégrité et toute leur sincérité, il est vrai ; mais elles restaient privées de la vie parlementaire pour la gestion de leurs intérêts généraux : elles avaient été subordonnées aux vues de la métropole et à l'arbitraire, d'ailleurs sensé et réservé, de gouverneurs habiles, aidés par un conseil de notables, sous la haute surveillance du ministre des colonies et du parlement métropolitain. On sentit le besoin, en les voyant adultes, de les émanciper de cette tutelle : la mère patrie ne pensa pas un instant à retenir des pouvoirs qui cessaient d'être des droits en cessant d'être nécessaires. La concession de législatures électives fut faite, à différentes époques, aux diverses colonies suivant leur importance : d'abord la Nouvelle-Galles, en dernier lieu la Nouvelle-Zélande et Victoria. La Nouvelle-Zélande obtint une législature en 1852 : depuis lors, dans cetle lie, chaque province est administrée par un surintendant choisi par les colons et par un conseil provincial ; c'est, en 1855, par un bill du 10 mai, que Yictoria obtint un parlement composé d'une chambre haute et d'une

654 1>B ^ GOLOIOSATIOIf AU XIX* SlftCLE.

chambre basse, placées Tune et Tiautre sous l'empire du princii électif et soumises à des conditions modérées de cens. Gomme le^ diverses colonies du Nord-Amérique, les différentes colonies dl r Australie ont pensé à une confédération. Le 23 avril 1858, un co^ mité de rassemblée législative de Victoria se présentait devant l secrétaire du Colonial Office^ M.Labouchère, pour lui demandera présentation d'un bill qui autoriserait toutes les colonies austr» liennes à former une assemblée fédérale. La demande fut repousi sée. Mais Ton a vu qu un bill du 29 mars 1867 approuvait l'Unloï entre le Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, el leur formation en un État colonial ayant un parlement autonome ; dès lors la question semble èlre tranchée pour les colonies de T Australie, qui ont au moins les mêmes droits à faire valoir que les colonies d'Amérique. En 1883 et 1884, le projet de formation d'une confédération australienne a repris faveur. Divers événements ont fait surgir dans ces jeunes sociétés un sentiment particulier de chainoinisme. Les menaces, d'ailleurs, bien innocentes de prise de possession des Nouvelles-Hébrides par la France, le bruit de la déportation de récidivistes français à la Nouvelle-Calédonie, ont provoqué, dans les colonies australiennes, on mouvement d'opinion qui, quelque superficielle qu'en fût la cause, a acquis de l'intensité. Les colonies australiennes ont déclaré s'annexer la Nouvelle- Guinée. Une terre qui n'a encore qu'une faible partie des habitants qu'elle peut nourrir aurait eu ainsi pour annexe d'autres territoires énormes. Cette annexion n'a pas été sanctionnée par la métropole, et les Allemands ont pris possession d'une fraction de la grande île.

. Divers obstacles, notamment la différence de politique douanière, les divergences d'intérêt et les rivalités d'amour-propre entre la Nouvelle-Galles et Victoria, ont jusqu'ici, empêché la constitution de cette fédération; mais il est probable qu'un jour prochain on trouvera une formule qui ralliera tous les suffrages et que les diverses colonies britanniques de l'Australasie ne seront plus politiquement isolées les unes des autres. Les ambitions annexionnistes des colons n*ont pas laissé que d'inquiéter un peu la mère patrie : aussi, en 1884, s'est-elle empressée de prendre possession pour ellemême de la partie la plus considérable de la Nouvelle-Guinée. U est infiniment regrettable que cette île ne soit pas échue à une population de race latine ; les Italiens n'auraient pas dû hésiter à s'y établir, comme ils en eurent un instant l'intention, il y a sept OM huit ans. La France aurait dû faciliter la fondation d'une grande colonie italienne dans ces parages.

Les colons australiens pourraient se contenter pendant long-

LA COLONISATION ANGLAISE. — L AUSTRALIE. 656i

temps encore de leurs \astes domaines. Voici quels étaient en 1888, pour ces diverses colonies, le total des terres déjà aliénées et de celles qui restaient dans le domaine public.

Terres ali^néas pendant Terres restant en réserve

les dix snnâes 4879 à 1888. à ht mèms date

Acres (1) Acres.

NouTeUe-Galles du Sud. 25.126.651 153.782.Tn

Victori 15.694.019 34.026.688

Australie du Sud 6.123.464 234.104.668

Australie de rOuest.... I.b98.628 676.501.372

Tasmanie 4.612.400 12.165.600

Nouvelle- Zëlande 19.244.344 46.903.841

Queenaland 9> 466.273 416.91 1.023 i

•Totaux ' b2.065.8b9 1.514.395.969

Aux 82 millions d'acres ou 33 millions et demi d'hectares aliénés (superficie égale aux deux tiers de la France), il faut joindre 26,6î;2,000 acres concédés conditionnellement, dont 16 millions et demi d'acres dans la Nouvelle-Galles. Les superficies restant à aliéner contiennent. une grande quantité de déserts.

Plusieurs publicistes, seraient partisans que lescolonies, au lieu de vendre les terres incultes, les concédassent par bail emphy théotique pour 50, 75 ou 09 années. Nous parlerons plus loin de ce système ; malgré toutes ses séductions, il offre de considérables inconvénients. On peut consulter à ce sujet notre Essai sur la. répartition des richesses et surtout notre livre sur le Collectivisme.

Nous en avons fini avec Tétude de cette colonisation rapide et brillante; nous avons montré que cette prospérité jusqu'alors inouïe n'est pas due au hasard ; sans doute la nature y a contribué par ses faveurs, par les facilités pour la production de la laine et surtout par les riches gisements d'or. Mais la sagesse de la métropole, l'aménagement savant et pratique de la colonisation, la déportation, l'assignement des convicts, le régime des terres, la création et l'eïitretien du fonds d'immigration, enfin les institutions libres, qui sont venues à points sans se faire attendre, ce sont là des œuvres humaines, marquées au coin de l'esprit de progrès et de civilisation.

Ces colonies si opulentes ne portent presque plus la trace de leurs vices originaux : formées d'éléments en grande partie malsains, des criminels, des aventuriers sans aveu, elles ont à peu près réussi à se purifier complètement et leur tempérament ne subit plus guère ces influences pernicieuses. La débauche, l'ivro^gnerie, l'agiotage, l'inhumanité contre les indigènes et les races faibles se rencontrent encore en Australie, mais de moins en moins. N'est-ce pas beaucoup que d'avoir constitué aux antipodes, avete des moyens si défectueux, des colonies si prospères, qui s'ames-

(1) L'aéré égale 41 ares.

dent chaque Jour, qui, nous l'avons vu, font de Tinstruction une grande affaire (1), qui poursuivent le développement des sciences en même temps que Taccroissement des richesses et qui, se perfectionnant d'année en année, feront bientôt oublier leur origine?

La colonisation de l'Australie est, en définitive, le chef-d'œuvre de l'Angleterre ; au nord de l'Amérique, les fautes de la mère patrie furent beaucoup plus nombreuses et plus persistantes ; en Australie seulement, au milieu de difficultés infiniment plus grandes, la colonisation poursuivit sa marche initiale sans interruption et presque sans défaillance.

L'Angleterre met de plus en plus la main sur tout ce qui en Océanie vaut la peine d'être occupé. Nous avons dit comment elle prend possession d'une partie de la Nouvelle-Guinée. Le gouvernement britannique a de plus reconnu et protège une société privée qui a Tambition de coloniser de vastes régions à Bornéo. Déjà un Anglais, le rajah Brookes, s'était taillé une principauté dans cette grande lie.

Nous ne pouvons terminer cette étude de la colonisation anglaise au XIX* siècle sans parler brièvement de la réforme de l'administration des Indes. Beaucoup de personnes se refusent à considérer cette immense dépendance comme une colonie proprement dite : on n'est pas médiocrement étonné cependant de ne trouver dans le savant traité de la colonisation de l'éminent économiste anglais Merivale rien qui se rapporte directement ou indirectement à l'administration des Indes britanniques. Nous ne saurions imiter ce silence et nous regarderions comme une lacune dans notre ouvrage l'absence de considérations générales sur le régime des Indes anglaises.

C'est la nomination de William Bentinck comme gouverneur général de l'Hindoustan qui fut le point de départ de réformes sérieuses dans la vieille administration que la C!ompagnie anglaise n avait pas cru nécessaire jusque-là d'améliorer. L'Inde était alors entièrement soumise à la puissance anglaise. Lord Wellesley avait détruit la puissante confédération des Mahrattes, les seuls adversaires sérieux de la Compagnie anglaise et, en 1826, le rajah de Bueth avait été placé parmi les vassaux de l'Angleterre. C'est dans ces circonstances que Bentinck arriva aux Indes ; il s'y conduisit en pacificateur. Il évita toute espèce de guerre nouvelle, contrairement aux usages de ses prédécesseurs ; il s'étudia à améliorer le sort des sujets de la Compagnie et il s'adonna tout entier aux réformes administratives. Pour être bien averti des faits et gestes des agents, il commença par introduire la liberté de la presse dans

(1) D*aprè8 le Times, lors de la publication du dernier poème de Teonyson, lOjOOO exemplaires furent immédiatement expédiés en Australie.

toutes les possessions indiennes (1); il réforma la police, il veilla à ce que les coutumes des indigènes fussent respectées. Il prit en ce sens un grand nombre de mesures de détail, qui se prêtent difficilement à une énumération, mais qui dans leur ensemble constituaient un régime tout nouveau. C'est aussi lord Bentinck qui établit une ligne directe de communication entre l'Angleterre et rinde par la mer Rouge et Suez. Cette transformation matérielle eut d*énormes résultats moraux et politiques : plus rapprochée ainsi de la métropole, plus souvent visitée par les Anglais, llnde sortit de son isolement, ce qui obligea son administration éprendre plus de régularité.

Le privilège de la Compagnie devait normalement expirer en 1833 : dès 1830, lord EUenboroug proposa la formation d'un comité destiné à examiner les affaires des Indes et souleva nettement la question de savoir si l'Inde devait être gouvernée avec ou sans l'assistance de la Compagnie, et s'il était à propos que cette assistance s'exerç&t sous la forme ancienne ou sous une forme nouvelle. La Compagnie des Indes suscitait déjà beaucoup de plaintes, mais elle était encore fort puissante et sortit à moitié victorieuse de répreuve.

Il est bon d'examiner quelle était à cette époque son organisation politico-industrielle : elle avait un capital de 150 millions de francs (6 millions sterling), bien peu de chose, en vérité, une misère I>our le temps actuel ; les affaires générales de la Compagnie étaient réglées par la Cour des propriétaires. Ceux des propriétaires qui possédaient pour 500 livres sterl. d'actions depuis plus d'un an avaient droit de siéger; mais pour avoir un vote, il fallait la possession de 1,000 livres sterling d'actions : 3,000 livres donnaient droit à deux voix, 6,000 livres à trois, 10,000 et plus à quatre, le chiffre de voix le plus élevé. Les femmes et les étrangers pouvaient posséder des actions et voter également. Le nombre des votants éUient d'environ 2,000.

La Cour des propriétaires tenait séance régulièrement tous les trois mois et élisait dans son sein des directeurs pour la gestion politique et financière de la Compagnie.

La Cour des directeurs, nommée par la Cour des propriétaires, devait se composer de trente membres, tous Anglais et ayant au moins, chacun, pour 2,000 livres d'actions de la Compagnie. La Cour des directeurs nommait chaque année son président et son vice-président. Elle s'assemblait une fois par semaine : toutes les questions étaient décidées au scrutin secret. La Cour des direc-

(1) Dans ces dernières années le gouyernement anglais a restreint la liberté de la presse dans THindoustan. U en est résulté de vives plaintes de la part des natifs appartenant aux classes élevées.

leurs se partageait en trois comités, celui de Tintérieur et de la comptabilité, celui des affaires politiques et militaires, celui de la législation, de lajustice et des finances. Les affaires secrètes étaient confiées à un comité composé du président, du vice-président et du plus ancien directeur. Le gouvernement des Indes recevait directement ses instructions de la Cour des directeurs, qui nommait à tous les emplois, sauf à ceux déjuge, d'évèque et d*ofBcier de Tarmée de la Reine servant aux Indes. La Couronne avait aussi le droit de refuser son approbation à la nomination du gouverneur général et à celle des généraux commandant en chef les armées de l'Inde. Telle était Torganisation ploutocratique de la fameuse Compagnie : Ton peut se douter du système d'exploitation et de favoritisme que cette organisation entraînait.

La Cour des directeurs et le gouvernement firent un compromis par lequel la Compagnie transférait ses privilèges commerciaux et ses propriétés territoriales à la Couronne, moyennant un ensemble de mesures destinées à sauvegarder tous les intérêts existants et tous les droits acquis. Ce compromis, adopté par la Cour des propriétaires, fut sanctionné par un bill du Parlement, en date du 26 juillet 1833. Les territoires possédés dans dans Tlnde par l'Angleterre devaient rester sous le gouvernement de la Compagnie jusqu'au 30 avril 1844. Les propriétés de la Compagnie passaient à la Couronne qui prenait des dispositions pour que les droits des actionnaires et des créanciers de la Compagnie fussent saufs. Un dividende de 10 1/2 p. 100 était accordé aux actionnaires, mais sous des conditions de rachat par le Parlement dans des proportions fixées d'avance. Ce bill consacrait, en principe, Fabolition de la Compagnie des Indes et introduisait un régime provisoire jusqu'à l'expiration des pouvoirs de la Compagnie.

L'administration de l'Inde, à cette époque, telle qu'elle avait été constituée par la Compagnie, se composait de la manière suivante : un gouverneur général en résidence à Calcutta, qui était personnellement titulaire du gouvernement du Bengale et avait une autorité de surveillance et de contrôle sur les présidences de Madras et de Bombay, ainsi que sur le gouvernement d'Agra. A tous ces pouvoirs administratifs, il pouvait réunir les fonctions de général en chef. Ses attributions politiques étaient presque illimitées : il pouvait déclarer la guerre, faire des traités de paix, d'alliance ou de commerce ; il pouvait faire des lois ou des règlements etabolir les lois antérieures. Ses décisions étaient exécutoires dans rinde, sauf le droit d'annulation pour la Cour des directeurs. Le gouverneur était entouré d'un Conseil de quatre membres ordinaires, auxquels se joignait le général en chef commandant les armées des trois présidences. Les présidences étaient administrées

LINDB BRITANNIQUE. 659

par des gouverneurs spéciaux, donl chacun était assisté d'un Gon* seil composé de trois membres ordinaires et du général commandant la présidence. Sous les ordres des gouverneurs et des conseils agissait une nuée de fonctionnaires européens : les indigènes étaient systématiquement écartés de toute fonction. Ge système équivalait à la mise en exploitation de Tlnde et de ses habitants, qui étaient méthodiquement pressurés.

La période qui suivit les réformes de la Compagnie fut signalée par de nombreuses guerres, spécialement dans le nord de llnde. Le pouvoir de la vieille dame de Londres avait été prolongé en fait au delà du terme marqué par le bill de 1833, et THindoustan était soumis à une sorte de double gouvernement ou plutôt à une double action, partant de la Compagnie et de la Couronne, quand la terrible révolte des Cipayes et les inquiétudes qu'elle donna en Angleterre amenèrent le gouvernement britannique à supprimer radicalement la Compagnie et à remplacer des compromis boiteux par un système fait d'une pièce et bien coordonné. Le dernier gouverneur, pour le compte de la Compagnie, lord Canning, eut l'honneur d'être le premier vice-roi de la reine d'Angleterre dans l'Hindoustan. L'on commença par fondre tous les régiments européens dans les cadres de l'armée britannique, malgré les réclamations des ofBciers de l'armée royale, qui ne voyaient dans leurs collègues de l'armée de la Compagnie que des parvenus. L'on créa un Conseil législatif, siégeant à Calcutta, dont les membres furent nommés par le gouverneur : on a représenté cette institution comme une pierre d'attente sur laquelle devait s'élever plus tard une assemblée élective constituant une sorte de parlement indien. Violant les anciens principes, l'on admit les indigènes dans une certaine mesure à la gestion des affaires publiques : plusieurs d'entre eux eurent entrée au conseil de Calcutta. L'on vit des chrétiens, des parsis, des musulmans et des brahmines siéger côte à côte pour légiférer en commun. Les présidences de Hadras et de Bombay eurent des conseils analogues. Enfin la direction souveraine émana d'un ministère responsable siégeant à Londres.

On opéra une reconstitution des circonscriptions administratives; Ton démembra l'immense présidence de Calcutta et l'on créa un gouvernement des provinces Nord-Ouest. On se préoccupa d'imprimer un grand développement à la prospérité matérielle de rinde par la création de nombreuses voies ferrées et télégraphiques. La guerre d'Amérique développa dans d'énormes proportions la culture du coton.

Depuis lors, l'opinion publique et le Parlement ont mis la main sur les affaires de l'Inde : toutes les questions qui intéressent ce vaste pays sont discutées dans tous leurs détails; des solutions

nouvelles sont préparées ou tentées ; la gestion est sévèrement contrôlée, et fort souvent le gouvernement intervient pour protéger les indigènes contre les fabricants ou les industriels européens, qui les voudraient indûment exploiter : c'est ce qui a eu lieu, il y aune vingtaine d'années, dans une affaire qui fit beaucoup de bruit, celle des fabricants d'indigo et des paysans voisins de leurs établissements. Les questions de douanes, d'impôts, sont l'objet de nombreuses, intelligentes et persévérantes études. « La landiax, levée dans les possessions anglaises de l'Inde, dit un historien des impôts, M. de Parieu, est considérée comme ayant été, dans Torigine, une rente sur le produit du sol, accrue seulement d'un supplément d'exaction, qui seule méritait exactement le nom de taœe. La prétention du gouvernement britannique est d'avoir renoué son droit à celui qui appartenait aux gouvernements précédents à titre domanial, ou même d'être resté au-dessous de ce droit de rente foncière. Le gouvernement anglais a ajouté à cette limite une détermination de permanence dans le produit de l'impôt, qui a laissé entièrement aux tenanciers [ryots, xumeendar) le profit des améliorations agricoles qu'ils ont pu effectuer. Ce fait est du moins très certain et très notoire en ce qui concerne le Bengale On a proposé même, du moins dans des écrits économiques, de rendre l'impôt du Bengale rachetable comme la ^nc//aa? britannique (1). » Le produit de l'impôt foncier aux Indes n'en est pas moins très élevé. M. de Parrieu cite, d'après M. Hendricks, les chiffres suivants : Bengale, 4,668,000 livres sterling; provinces du Nord-Ouest, 5 millions de livres ; Madras, 3,642,000 livres ; Bombay, 2,846,000 livres ; PuDjab, 954,000 livres ; l'Inde entière, 17,110,000 livres sterling, soit près de 430 millions de francs ; mais ce chiffre, si considérable qu'il soit, peut être regardé comme modéré relativement à l'étendue du pays. Les taxes autres que l'impôt foncier furent aussi l'objet de sérieuses études et d'importantes réformes. Un habile administrateur, H. Wilson, voulut importer aux Indes le système des réductions de taxes pour augmenter le rendement : un très grand nombre de droits furent diminués, quelques-uns de moitié. L*on introduisit, il est vrai, l'impôt sur les patentes et l'impôt sur le revenu, mais dans des proportions très modérées. On a dépensé des sommes considérables en travaux publics, soit : 4,528,300 livres sterling (113,207,500 francs) pour l'exercice 1862-63 et 4,994,600 livres sterling (124,865,000 francs) pour l'exercice 1863-64. Le gouvernement s'efforce de développer l'instruction, mais jusqu'ici son action a encore été bien faible. En l'année 1860-61 il n'y avait que 800 écoles gouvernementales fréquentées par 45,000 écoliers;

(1; E. de Parieir, TraUé des impôts, S* édit., 1. 1, p. 1' 0.

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c'était, il est vrai, 100 écoles et 5,000 écoliers de plus que l'année précédente. L'autorité morale des Européens s'est agrandie et est parvenue à triompher de plusieurs importantes superstitions. Les sacrifices de suttees (femmes brûlées sur la tombe de leurs maris) ont complètement cessé. D'un autre côté, la police matérielle a fait de grands progrès, et la fameuse corporation des Thups {égor- ' geurs) ainsi que la juridiction spéciale qui avait été créée pour la combattre, n'existent plus que dans les colonnes des petits journaux parisiens et dans l'imagination de leurs lecteurs. Entre autres réformes importantes, il ne faut pas oublier que l'Angleterre a concédé à la population indigène la liberté de la presse la plus complète ; et que, d'un autre côté, le recrutement des fonctionnaires civils a lieu dans une large mesure, au moyen de concours. Dans ces dernières années, toutefois, la liberté de la presse a été de nouveau limitée.

Voici quelques détails statistiques sur l'Inde, puisés dans les plus récents documents anglais. La superficie du sol est de 808,314 milles carrés. La population était, en 1850, de 123,931,369 âmes ; en 1861, de 143,271,-ilO; en 1871, de 191,018,402, et en 1881 de 198,790,000(1). La valeur totale des importations montait, en 1888, à 79,830,468 livres sterling ou deux milliards de francs ; en 1878, à 58,819,644 livres sterling, soit environ 1 milliard et demi de francs ; en 1870, elle avait été de 46,882,386 livres sterling ; en 1856, elle ne s'élevait qu'à 25.244,782 ; en 1860, à 40,622,103 ; en 1865, à 49,514,215 livres sterling. On le voit, les importations se sont considérablement développées depuis 1865 ; elles ont en 23 ans augmenté de 80 p. 100. Les exportations étaient, en 1856, de 23,639,435 livres sterling (591 millions de francs) ; en 1860, de 28,889,210 livres sterling; en 1865, de 69,471,794; en 1870, de 53,513,728; en 1878, elles ont atteint 67,433,3'j;4 livres sterling, soit 1,686 millions de francs, et en 1888 elles se sont élevées à 92,148,269 livres sterling, 2 milliards 327 millions de francs : il y avait eu une décroissance sensible de 1865 & 1878 ; il ne faut pas oublier que la guerre de sécession aux États-Unis avait ouvert un débouché énorme au coton de l'Inde. De 1878 à 1888, sous l'influence du développement du réseau des chemins de fer et de la réduction des tarifs du canal de Suez, peut-être aussi de la grande baisse de valeur du métal d'argent, qui est Fétalon monétaire dans l'Hindoustan, l'exportation a notablement repris. Le revenu public de l'Inde s'élevait, en 1870, à 50,901,081 livres sterling; en 1878, à 61,873,651 livres sterling, soit 1,547 millions de francs ; en 1888, à

(1) Tous ces chiffres, comme presque tous ceux des statistiques anglaises, vnrieot dans les dîTers documents officiels. Ceux-ci sont empruntés au OoUmUU StatUUcal AMraet pour 1888^ publié en i8S9.

78.159,744 livrés sterling, 1,988 millions de francs. Sa dette publique atteignait, en la même année, 191,945,844 livres sterling, ou 4milliards 846 millionsenviron, tandisqu^elle était presque moitié moindre en 1870, ne s'élevant alors qu'à 108, 186,338 livres. A la fin de 1867, il y avait en exploitation 3,597 milles de chemins de fer, soit 5,787 kilomètres ; en 1878, les chemins de fer exploités aux Indes avaient une étendue de 8,212 milles, soit plus de 13,00^ kilomètres, et en 1889 le nombre de milles ferrés atteignait 15,245 soit 24,640 kilomètres. On parlait d*en construire une dizaine d'autres milles. Les constructions de voies ferrées montaient à près de 1,600 kilomètres chaque année. Le mouvement maritime de l'Inde était représenté par les chiffres suivants : 4,387,271 tonnes en 1869 ; 4,825,000 en 1875 ; 5,703,000 en 1880 et 7,308.886 en 1882. En 1888, on est descendu à 7,189,468 tonnes. Le progrès avait été énorme pendant la décade antérieure.

Les chiffres qui précèdent s'appliquent à l'Inde proprement dite, non pas à la belle et florissante tie de Geylan, que la plupart des Européens considèrent comme une annexe inséparable de l'Hîndoustan. Les établissements des Détroits- {Strails seulemenU) ne sont pas compris non plus dans ces statistiques. Geylan a 25,365 milles carrés de superficie, 2,763,000 habitants en 1881 ; ses revenus publics monleût à 1,091,000 livres sterling, près de 28 millions de francs, son mouvement maritime à 4,453,418 tonnes, ce qui indique qu'elle est une des principales escales des mers indiennes ; ses importations s'élèvent à 4,145,519 livres sterlin^p^ ou 103 millions de francs, et ses exportations à 2,789,000 liv. sterl. (70 millions de francs). Les établissements des Détroits, qui forment un territoire exigu de 1,445 milles carrés, environ 3,800 kilomètres carrés, la superficie de l'un de nos plus petits déparlements, montrent quels énormes avantages un peuple industrieux, actif et riche peut tirer de simples comptoirs bien placés. Singapour est le chef-lieu de ces établissements et l'une des merveilles commerciales du monde. La population, rapidement grandissante, des Straits seUlements, s'élevait, en 1883, à 480,000 âmes : le revenu public, pour 1888, à 578,o00 liv. sterl. (15 millions de fr.). Le mouvement maritime dépassait celui de l'Inde entière, atteignant 8,136,605 tonnes; le total des importations, toujours en 1888, montait à 22,028,848 liv. sterl. (556 millions de fr.) et celui des exportations à 18,506,000 liv. sterl. (568 millions de francs). Quel prodigieux entrepôt que cet étroit espace I

Il est impossible de quitter ce vaste sujet sans dire quelques mots des tentatives de colonisation européenne faites dans les derniers temps aux grandes Indes, sous l'auspice du gouverne* ment anglais. Le mode d'occupation des terres domaniales ne

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donnait pas satisfaction aux intérêts européens; des pétitions nombreuses furent adressées au gouvernement par des associations européennes de Calcutta afin que le système des concessions avec clauses résolutoires et celui de raffermage des terres par l'État fussent remplacés par le système des ventes avec titre définitif. Un acte émané du gouverneur général des Indes orientales, en date du 17 octobre 1861, a fait droit à cette requête. L'aliénation perpétuelle des terres incultes est autorisée moyennant un prix modéré payable dans les trois mois. Le maximum des surfaces qu'un acquéreur peut acheter est fixé à 3,000 acres, soit 1,200 hectares. Nous ne croyons sans doute pas, comme certains publicistes, que cette modification importante dans le régime des terres suffise pour attirer Témigration européenne aux grandes Indes ; le climat s'y oppose ; mais c'est une amélioration notable au point de vue du bon aménagement et de la sage exploitation des richesses naturelles du sol.

Ce rapide exposé des réformes apportées par TAngleterre dans le gouvernement des Indes suffit à montrer que cette grande dépendance entre dans une voie nouvelle. La pacification définitive de cette immense contrée, la régularité, l'intelligence, la perfectibilité d'une administration qui n'est plus confiée à des marchands ; l'économie, la bonne gestion des finances, les dégrèvements, le développement des travaux publics ; dans Tordre moral, l'abstention des Européens relativement aux coutumes des indigènes, leur influence toute persuasive qui s'étend de jour en jour, Fadmission des Indous dans les conseils du gouvernement ; ce sont là des progrès, qui, au commencement du siècle, étaient inespérés. L'on doit s'en féliciter à bien des points de vue ; l'Europe, en effet, n'attend pas seulement de l'Inde des richesses matérielles, elle a dans cette vieille et savante civilisation mille richesses intellectuelles à exploiter, mille découvertes rétrospectives à faire ; et, dans cet intérêt élevé, comme au point de vue des intérêts économiques,^il est heureux qu'une certaine harmonie puisse s'établir entre les deux races. Aussi est-ce à nos yeux une des gloires de l'Angleterre, que d'avoir su constituer un état de choses régulier, conforme autant que possible à la justice, dans un pays où, jusque-là, on n'avait organisé qu'une exploitation matérielle sans ménagement.

Quelques persohnes se posent la question de savoir* s'il est bon de donner de l'instruction européenne aux Hindous, s'ils ne finiront pas par se détacher de la Grande-Bretagne et si précisément la communication de la civilisation occidentale ne doit pas hâter ce mouvement séparatiste.

Nous croyons que la Grande-Bretagne doit être prudente dans

Foclroi de droits politiques ou administratifs aux indigènes, qu*elle doit éviter de susciter chez eux un sentiment de nationalité qui jusqu'ici n'existe pas. Néanmoins, il est inévitable qu'une certaine dose d'instruction et de civilisation européenne se communique avec le temps aux classes les plus élevées des natifs. Si l'on ne met pas d'emportement dans cette sorte d'anglicisation, le péril politique et social est mince.

Quant à la question de savoir si l'Inde pourra un jour se détacher de l'Angleterre ou ne plus retenir avec elle qu'un lien nominal d'alliance ou de vassalité plutôt que de dépendance effective, la solution en dépend et de certaines circonstances politiques et sociales propres à l'Inde et de conditions plus générales que nous exposons à la an de cet ouvrage.

En ce qui concerne les circonstances spéciales à l'Hindoustan, il faut remarquer que les races qui habitent ce pays n'offrent aucune homogénéité, qu'elles n'ont été, avant l'invasion anglaise, réunies sous un même sceptre que temporairement, qu'elles ne semblent pas posséder les éléments d'une nationalité, du moins d'ici à plusieurs siècles, que les religions y sont très diverses, que la présence simultanée du mahométisme, du bouddhisme et du brahmanisme n'y permettrait pas la formation d'une société homogène, paciBque et régulière. Les Anglais doivent s'appliquer à maintenir la distinction entre les diverses provinces et ne pas chercher à faire disparaître les dissemblances de races.

On a trop répété que les colonies se détachent de la métropole, au bout d'un certain temps, comme un fruit mûr se détache de Tarbre ; cela n'est vrai que des colonies de peuplement qui contiennent des éléments ethniques analogues à ceux de la mère patrie; cela ne saurait être vrai de la généralité des colonies d'exploitation. Nous traitons, à la fin de cet ouvrage, cette importante question, sur laquelle une erreur générale est répandue. Il est possible qu'un jour lointain, soit par un mouvement intérieur, soit plutôt par un ébranlement venant du dehors, la puissance britannique soit expulsée des Indes, mais, à moins d'être soumis à une autre race européenne, il est probable que THindoustan retomberait alors dans le morcellement, l'anarchie et le chaos, sinon immédiatement, du moins au bout de peu de générations. La disparition d'dne souveraineté européenne aux Indes serait un malheur et pour ce pays et pour la civilisation en général.

Pour avoir épuisé ce qui concerne la colonisation anglaise, il nous reste à parler d'Hong-Kong et des postes britanniques en Egypte et sur la mer Rouge. Hong-Kong n'est qu'un tlot de 31 milles carrés, 80 kilomètres, l'espace d'un canton rural ; c'est encore un de ces entrepôts qui représentent ce que pouvait être

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