‹ De la colonisation chez les peuples modernesChapitre 11 sur 76 · INTRODUCTION DE LA PREMIÈRE ÉDITION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE LA PREMIÈRE ÉDITION. XV

ainsi dire pas à pas, Texpérience des trois derniers siècles. Dans Texamen de la croissance, de la prospérité ou de la souffrance de ces jeunes sociétés semées au delà des mers, nous nous efforcerons de dégager les principes qui peuvent être utiles à notre temps. Nous chercherons avec patience et sans parti pris les causes de la force ou de la débilité des différentes colonies, et nous examinerons avec autant de soin l'influence soit heureuse, soit funeste, qu'elles ont eue sur leurs métropoles. Analyse singulièrement compliquée et délicate! Il y a tant d'éléments divers qui influent sur le développement des sociétés ! Quand on considère un homme parvenu à Tâge adulte, il est d'une difficulté extrême de déterminer ce qui revient dans son caractère et dans sa constitution à l'éducation, à la nature ou aux circonstances : entre ces causes entre-croisées, il est presque impossible de préciser avec exactitude ce qui appartient à chacune. De même pour les sociétés humaines : les lois politiques, l'organisation économique ne sont pas les seuls agents de leur développement; il faut tenir compte du climat, de la constitution géographique et géologique, du tempérament et des habitudes de la race, et enfln des circonstances histo* riques qui ont accompagné leur naissance et leur croissance. Les esprits affîrmatifs, selon qu'ils considèrent l'un ou l'autre de ces agents, sont portés à lui attribuer la respon* sabilité de tout Tordre social, qui résulte cependant de causes beaucoup plus complexes. Nous essaierons d'agir avec plus de circonspection.

Cet exposé historique n'est que la route qui doit nous mener au but, l'exposé des doctrines. Aussi essaierons-nous d*apporter dans ces études rétrospectives de la sobriété et de la méthode. Sur cette pente on pourrait être entraîné à des développements indéfinis, d'où résulterait pour notre tâche plus de confusion que de lumière. Tout le côté purement héroïque et esthétique de la colonisation, ce point de >ue si séduisant qui a surtout fixé l'attention des écrivains,

XVI INTRODUCTION DE LA PRtSMIÊHE ÉDITION.

nous n'essaierons même pas de l'aborder; notre lâche est assez grande et assez complexe pour ne pas Télargir et la compliquer outre mesure. Fixer les principes administratifs, économiques, politiques, qui doivent présider à la création et au développement des colonies, c'est là, à vrai dire, une œuvre presque encyclopédique. Il faudrait, pour y complètement réussir, l'érudition à la fois la plus vaste et la plus précise. Que de problèmes divers, en effet, ne soulève pas la colonisation? Au point de vue économique, toutes les grandes questions, presque sans exception, se présen* tent dès l'abord : l'appropriation du sol, les rapports du capital et du travail, la taxation ; au point de vue de l'administration, le régime communal, la tutelle administrative, la part à faire à l'individu, à la commune et à l'État ; au point de vue politique, la naturalisation, les rapports de la colonie avec la métropole et les puissances étrangères, la contribution dans les dépenses communes ; au point de vue moral, philosophique ou religieux, d'autres questions non moins âpres viennent également réclamer une solution : le traitement des races inférieures, l'estimation juste de leurs droits et leur acheminement à la civilisation. Toutes ces questions hérissées de difficultés, nous nous efforcerons de les aborder sous leurs faces nombreuses et diverses; nous exposerons les solutions successives et différentes que l'expérience a tentées et qu'a provoquées la science. Nous ne chercherons pas à donner à ce sujet si complexe une simplicité qu'il n'a pas, et qui ne se pourrait obtenir que par le sacrifice de points de vue instructifs et importants. Par cet examen consciencieux, détaillé et méthodique, nous espérons qu'il nous sera donné de jeter quelque lumière sur le phénomène le plus curieux et le moins étudié de la vie des sociétés modernes, la colonisation.

Avril 1874.

Page 1