IE8 ARTÈRES, LES VEINES ET LES NERFS
Les artères, les veines et les nerfs sont joints ensemble, et se répandent par tout le corps jusqu'aux moindres parties.
Les artères et les veines sont des vaisseaux qui portent par tout le corps, pour en nourrir toutes les parties, cette liqueur qu'on appelle sang ; de sorte qu'elles-mêmes, pour être nourries, sont pleines d'autres petites artères et d'autres petites veines, et celles-là d'autres encore, jusqu'au
terme que Dieu seul peut savoir. Et toutes ces veines et ces ai tores composent avec les nerfs, qui se multiplient de lamônH;>orle, un tissu vraiment merveilleux et inimitable.
11 y a, aux extrémités des artères et des veines, de secrètes communications, par où le sang passe continuellemenl des unes dans les autres.
Les artères le reçoivent du cœur, elles veines l'y reportent. C'est pourquoi, à l'ouverture des artères, et à l'embouchure des veines du côté du cœur, il y a des valvules, ou soupapes, qui ne s'ouvrent qu'en un sens, et qui, selon le sens dont elles sont tournées, donnent le passage el enipôchent le retour. Celles des artères se trouvent disposées de sorte qu'elles peuvent recevoir le sang en sortant du cœur; et celles des veines, au contraire, de sorte qu'elles ne peuvent le rendre. Et il y a, par intervalles, le long des artères et des veines, des valvules de môme nature, qui ne permettent pas au sang, une fois passé, de remonter au lieu d'où il est venu; tellement qu'il est forcé, par le nouveau sang qui survient sans cesse, d'aller toujours en avant, et de rouler sans fin par tout le corps.
Mais ce qui aide le plus à celte circulation, c'est que les artères ont un battement continuel, semblable à celui du cœur, et qui le suit : c'est ce qui s'appelle le pouls.
Et il est aisé d'entendre que les artères doivent s'enfler au battement du cœur, qui jette du sang dedans; mais, outre cela, on a remarqué que, par leur composition, elles ont, comme le cœur, un battemcut qui leur est propre.
On peut entendre ce battement, ou en supposant que leurs fibres, une fois enflées par le sang que le cœur y jette, font sur elles-mêmes une espèce de ressort, ou qu'elles sont tournées de sorte qu'elles se remuent comme le cœur même, à la manière des muscles.
Quoi qu'il eu soitf l'artère peut être considéi ée comme
im cœur répandu partout, pour battre le sang et le pousser en avant; et comme un ressort, ou un muscle monté, pour ainsi parler, sur le mouvement du cœur, et qui doit battre en même cadence.
Il paroîtdonc, que par la structure et le battement de l'artère, le sang doit toujours avancer dans ce vaisseau ; et d'ailleurs l'artère battant sans relâcbe sur la veine qui lui est conjointe, y doit faire le même effet que sur elle-même, quoique non de môme force, c'est-à-dire qu'elle y doit battre le sang et le pousser continuellement de valvule en valvule, sans le laisser reposer un seul moment.
Et par là il a fallu que l'arlète, qui devoit avoir un battement si continuel et si ferme, fût d'une consistance plus solide et plus dure que la veine; joint que l'artère, qui reçoit le sang comme il vient du cœur, c'est-à-dire plus écbauffé et plus vif, a dû encore, pour cette raison, être d'une structure plus forte, pour empêcber que cette liqueur n'échappât en abondance par son extrême subtilité, et ne rompît ses vaisseaux, à la manière d'un vin fumeux.
U n'est pas possible do s'empêcher d'admirer la sagesse de la nature, qui ici, comme partout ailleurs, forme les pai'ties de la manière qu'il faut, pour les effets auxquels on les voit manifestement destinées.
Il y a deux artères et deux principales veines, d'où naissent toutes les autres. La plus grande artère s'appelle Vao7-te; la plus grande veine s'appelle la veine-cane. La plus petite artère, crue autrefois veine, s'appelle encore maintenant veine-artérieuse, comme la plus petite veine, crue autrefois artère, s'appelle artère veineuse.
A chaque côté du cœur il y a une veine et une artère. La veine-cave est au côté droit, où elle vide, dans la cavité du même côté, le sang qui est reçu dans la plus petite artère. L'aorte, ou la grande artère, est au côté gauche, où elle reçoit le sang, qui est versé par la plus petite veine.
7G DE LA CONNÛlSSAiNCE DE DIEU
Les veines et les artères ont leur bouche large du cùlé du cœur, d'où elles s'étendent en diverses brandies, qui à force de se partager deviennent imperceptibles. '
L'aorte et la veine-cave vont par tout le corps, excepté le poumon, où la plus petite artère et la plus petite veine, à mesure qu'elles s'éloignwjt du cœur, se répandent et se perdent en mille petits rameaux.
Immédiatement en sortant du cœur, l'aorte et la grande veine envoient une de leurs branches dans le cerveau; et c'est par là que s'y fait ce transport soudain des esprits, dont il a été parlé.
Les nerfs sont comme de petites cordes, ou plutôt comme de petits fdets, qui commencent par le cerveau, et s'étendent par tout le corps jusqu'aux dernières extrémités.
Partout où il y a des nerfs, il y a quelque sentiment; et partout où il y a du sentiment, il s'y rencontre des nerfs : ?e qui fait regarder les nerfs comme le propre organe des sens.
Les nerfs sont creux au dedans, en forme de petits tuyaux ; et nous avons déjà vu, que c'est par eux que se fait la conduite des esprits par tout le corps.
Leur cavité est remplie d'une certaine moelle, qu'on dit être de même nature que le cerveau, et à travers de laquelle les esprits peuvent aisément continuer leurs cours à cause qu'elle est rare et poreuse.
Par là se voient deux usages principaux des nerfs. Ils sont premièrement les organes propres du sentiment. C'est pourquoi, à chaque partie qui est le siège de quelqu'un des sens, il y a des nerfs destinés pour servir au sentiment : par exemple, il y a aux yeux les nerfs optiques, les auditifs aux oreilles, les olfactifs aux narines, et les gustatifsù la langue. Ces nerfs servent aux sens situés dans ces parties; et comme le toucher se trouve par tout le corps, il y a aussi des nerfs répandus par tout le corps.
Ceux qui vont ainsi par tout le corps, en sortant du cer- Veau, passent le long de l'épine du dos, d'où ils se partagent et s'étendent dans toutes les parties.
Le second usage des nerfs n'est guère moins importart-v. C'est de porter par tout le corps les esprits qui font agir ' les muscles, el causent tous les mouvements.
Ces mêmes nerfs répandus partout, qui servent au loucher, servent aussi à cette conduite des esprits dans tous les muscles. Mais les nerfs, que nous avons considérés comme les propres organes des quatre autres sens, n'ont point cet usage.
Et il est à remarquer q'ie les nerfs qui servent au toucher se trouvent môme dans les parties qui servent aux autres sens, dont la raison est que ces parties-là ont avec leur sentiment propre celui du toucher. Les yeux, les oreilles, les narines et la langue peuvent recevoir des impressions qui ne dépendent que du toucher seul, et d'oiîi naissent des douleurs auxquelles ni les couleurs, ni les sons, ni les odeurs, ni le goût n'ont aucune part.
Ces parties ont aussi des mouvements qui demandent d'autres nerfs que ceux qui servent immédiatement à leurs sensations particulières. Par exemple, les mouvements des yeux qui se tournent de tant de côtés, et ceux de la langue qui paroissenl si divers dans la parole, ne dépendent en aucune sorte des nerfs qui servent au goût el à la vue. Et aussi y en trouve-t-on beaucoup d'autres ; par exemple, dans les yeux, les nerfs moteurs, et les autres que démontre l'analomie.
Lesparties quenousvenonsdedécrireonttoutes, ou presque toutes, de petits passages qu'on appelle pores, par où s'échappent et s'évaporent les matières les plus légères et les plus subtiles, par un mouvement qu'on appelle transpiration.
78 DE LA CONiNOlSSANCE DE DIEU