SUR LES MATIÈRES DE CONTROVERSE
Après plus d'un siècle de contestations avec Messieurs de la religion prétendue réformée, les matières dont ils ont fait le sujet de leur rupture doivent être éclaircies, et les esprits disposés à concevoir les sentiments de l'Église catholique. Ainsi il semble qu'on ne puisse mieux faire que de les proposer simplement, et de les bien distinguer de ceux qui lui ont été faussement imputés. En effet, j'ai remarqué en différentes occasions que l'aversion que ces Messieurs ont pour la plupart de nos sentiments, est attachée aux fausses idées qu'ils en ont conçues, et souvent à certains mots qui les choquent tellement, que, s'y arrêtant d'abord, ils ne viennent jamais à considérer le fond des choses. C'est pourquoi j'ai cru que rien ne leur pourroit être plus utile que de leur expliquer ce que l'Église a défini dans le concile de Trente, touchant les matières qui les éloignent le plus de nous; sans m'anêterà ce qu'ils ont accoutumé d'objecler aux Docteurs particuliers ou contre les choses qui ne sont ni nécessairement ni universellement reçues. Car tout le monde convient, et M. Daillé même, que c'est chose déraisonnable d'ùnimter les sentùnenii
des pai'ticuliersà un corps entier ; el il ajoute qu'on ne peut se séparer que pour des articles établis aulhenliquement, à la créance et observation desquels toutes sortes de personnes sont obligées. Je ne m'arrêterai donc qu'aux décrets du concile de Trente, puisque c'est là que l'Église a parlé décisivement sur les matières dont il s'agit : et ce que J3 dirai pour faire mieux entendre ces décisions est approuvé dans la même Église, el paroîtra manifestement conforoii à la doctrine de ce saint concile.
Cette exposition de notre doctrine produira deux bons effets. Le premier, que plusieurs disputes s'évanouiront tout à fait, parce qu'on reconnoitra qu'elles sont fondées sur de fausses explicationsde notre créance. Le second, qui les disputes qui resteront, ne paroîtront pas, selon las principes des prétendus réformés, si capitales qu'ils ont voulu d'abord le faire croire ; et que selon ces mômes principes elles n'ont rien qui blesse les fondements de la Foi.
Et pour commencer par ces fondements et articles principaux de la Foi, il faut que Messieurs de la religion prétendue réformée confessent qu'ils sont crus et professés dans l'Église catholique.
S'ils les font consistera croire qu'il faut adorer un seul Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, et qu'il faut se confier en Dieu seul par son Fils incarné, crucifié et ressuscité pour nous : ils savent en leur conscience que nous professons celte doctrine. Et s'ils veulent y ajouter les autres articles qui sont compris dans le symbole des Apôtres, ils ne doutent pas non plus que nous ne les recevions tous sans exception, et que nous n'en ayons la pure et véritable intelligence.
M. Daillé a fait un traité, intitulé : la Foi fondée sur les Écritures, où, après avoir exposé tous les articles de la créance des Églises prétendues réformées, il dit, qu'ils tout sans contestation; que l'Église romaine fait pro/ession
de les crcùe; çh à la hérité ilne tient pas toutes nos opinions, mais que nom tenons toutes ses créances.
Ce Minisire ne peut donc nier que nous ne croyions tous les articles principaux de la religion chrétienne, à moins qu'il ne veuille lui-même détruire sa foi.
Mais quand M. Caillé ne l'auroil pas écrit, la chose parle d'ei;e-n.ên:.e, et tout le monde sait que nous croyoïs tous les articles que les Calvinistes appellent londaraentaux : si bien que la bonne foi voudroit qu'on nous accordât sans contestation que nous n'en avons en efTet rejeté aucun.
Les prétendus réformés qui voient les avantages que nous pouvons tirer de cet aveu, veulent nous les ôier, en^ disant que nous détruisons ces articles, parce que nous en posons d'autres qui leui sont contraires. C'est ce qu'ils tâchent d'établir par des conséquences qu'ils tirent de notre doctrine : mais le même M. Daillé que je leur allègue encore, moins pour les convaincre par le témoignage d'un de leurs plus doctes ministres, que parce que ce qu'il dit est évident de soi-même, leur apprend ce qu'il faudroil croire de ces sortes de conséquences, supposé qu'on en pût tirer de mauvaises de notre doctrine. Toici comme il parle dans la lettre qu'il a écrite à M. de Monglat, sur le sujet de son apologie. Encore que l'opinion des Lutliériens sur l Eucharistie induise selon nous, aussi bien que celle de Borne, la destruction de l'humanité de Jesus- Cqrist, celte suite néanmoins ne leur peut être înise sus sans calomniey vu qu'ils la rejettent furmellement.
Il n'y a rien de plus essentiel à la religion chrétienne,, que la vérité delà nature humaine en Jésus-Chuist; eL cependant, quoique les Luthériens tiennent une doctrine, d'où l'on infère la destruction de cette vérité capitale, par des conséquences que les prétendus réformés jugent évidentes, ils n'ont pas laissé de leur offrir leur comrau-
nion, parce que leur opinion n'a aucun venin, comme dit M. Daillé dans son Apologie; et leur synode national tenu à Charenton en 463 1 , les admet à la sainte table sur ce fondement, quils conviennent es principes et points fondamentaux de la religion. C'est donc une maxime constamment établie parmi eux, qu'il ne faut en cette matière regarder les conséquences qu'on pourroit tirer d'une doctrine, mais simplement ce qu'avoue et ce que pose celui qui l'enseigne.
Ainsi quand ils infèrent par des conséquences qu'ils prétendent tirer de notre doctrine, que nous ne savons pas assez reconnoître la gloire souveraine qui est due à Dieu, ni la qualité de sauveur et de médiateur en Jésus- Christ, ai la dignité infinie de son sacrifice, ni la plonitude surabondante de ses mérites : nous pourrions nous défendre sans peine de ces conséquences par cetle courte réponse <jue nous fournit M. Daillé, et leur dire que l'Église catholique les désavouant, elles ne peuvent lui être imputées sans calomnie.
Mais je veux aller plus avant et faire voir à Messieurs de la religion prétendue réformée, par la seule exposition de notre doctrine, que bien loin de renverser les articles fondamentaux de la foi ou directement ou par conséquence, elle les établit, au contraire, d'une manière si solide et si évidente, qu'on ne peut, sans une extrême injustice, lui contester l'avantage de les bien entendre.
Pour commencer par l'adoration qui est due à Dieu, l'Église catholique enseigne qu'elle consiste principalement à croire qu'il est le Créateur et le Seigneur de toutes choses, et à nous attacher à lui de toutes les puissances de notre âme par la foi, par l'espérance et par la charité, comme à celui qui seul peut faire notre félicité, par la communication du bien infini, qui est lui-môme.
Cette adoration intérieure que nous rendons à Dieu en
esprit et en vérité a ses marques extérieures, dont la principale est le sacriûce, qui ne peut être offert qu'à Dieu seul, parce que le sacrifice est éiabli pour faire un aveu public et une protestation solennelle de la souveraineté de Dieu, et de notre dépendance absolue.
La même Église enseigne que tout culte religieux se doit terminer à Dieu, comme à sa fin nécessaire; et si l'honneur qu'elle rend à la sainte Vierge et aux saints peut être appelé religieux, c'est à cause qu'il se rapporte nécessairement à Dieu.
Mais avant que d'expliquer davantage en quoi consiste cet honneur, il n'est pas inutile de remarquer que Messieurs de la religion prétendue réformée, pressés par la force de la vérité, commencent à nous avouer que la coutume de prier les saints, et d'honorer leurs reliques, étoit établie dès le quatrième siècle de TÉglise. M. Daiilé, en faisant cet aveu dans le livre qu'il a fait contre la tradition des latins louchant l'objet du culle religieiix, accuse saint Basile, saint Ambroise, saint Hiérôme, saint Jean, saint Chrysostome, saint Augustin, et plusieurs autres grandes lumières de l'antiquité qui ont paru dans ce siècle, et surtout saint Grégoire de Nazianze, qui est appelé le théologien par excellence, d'avoir changé en ce point la doctrine des trois siècles précédents. Mais il paroîtra peu vraisemblable que M. Daiilé ait mieux entendu les sentiments des Pères des trois premiers siècles, que ceux qui ont recueilli pour ainsi dire la succession de leur doctrine immédiatement après leur mort; et on le croira d'autant moins que bien loin que les Pères du quatrième siècle se soient aperçus qu'il s'introduisît aucune nouveauté dans leur culte, ce ministre, au contraire, nous a rapporté des textes exprès par lesquels ils font voir clairement, qu'ils prelendoient, en priant les saints, suivre les exemples de ceux qui les avoient précédés. Mais sans examiner davan-
tage le sentiment des Pères des trois premiers siècles, je me contente de l'aveu de M. Daillé, qui nous abandonne tant de grands personnages qui ont enseigné l'Église dans le quatrième. Car encore qu'il se soit avisé, douze cents ans après leur mort, de leur donner par mépris une manière de nom de secte, en les appelant reliquaires, c'està-dire gens qui honorent les reliques, j'espère que ceux de sa communion seront plus respectueux envers ces grands hommes. Ils n'oseront du moins leur objecter qu'en priant les saints, et en honorant leurs reliques, ils soient tombés dans l'idolâtrie, ou qu'ils aient renversé la confiance que les chrétiens doivent avoir en Jésus-Gurist : et il faut espérer que dorénavant ils ne nous feront plus ces reproches, quand ils considéreront qu'ils ne peuvent nous les faire sans les faire en môme temps à tant d'excellents hommes, dont ils font profession, aussi bien que nous, de révérer la sainteté et la doctrine. Mais comme il s'agit ici d'exposer notre créance plutôt que de faire voir quels ont été ses défenseurs, il en faut continuer l'explication.
L'Église, en nous enseignant qu'il est utile de prier les saints, nous enseigne à les prier dans ce môme esprit de charité et selon cet ordre de société faternelle qui nous porte à demander le secours de nos frères vivants sur la terre; et le catéchisme du concile de Trente conclut de cette doctrine, que si la qualité de médiateur que l'Écriture donne à Jésus-Curist, recevoit quelque préjudice de l'intercession des saints qui régnent avec Dieu, elle n'en recevroit pas moins de l'intercession des fidèles qui vivent avec nous.
Ce catéchisme nous fait bien entendre l'extrême différence qu'il y a entre la manière dont on implore le secours de Dieu, et celle dont on implore le secours des saints : Car, dit-il, nom prions Dieu, ou de nous donner les biens, ou de nous délivrer des maux; mais parce que les saints
lui sont plus agréables que nous, nous leur demandons qu'ils prennent notre défense et qu'ils obtiennent pour nous les choses dont nous avons besoin. De là vient que nous mons de ueux formes de prier fort différentes; puisqu'au lieu qu'en parlant à Dieu, la manière pj^opre est dédire : Ayez piiié de Nous, ÉCOUTEZ-NOUS, nous nous contentons de dii^e aux saints: Priez pour nous. Par où nous devons entendre, qu'en quelques termes que soient conçues les prières que nous adressons aux saints, l'intention de l'Église el de ses fidèles les réduit toujours à cette forme, ainsi que ce catéchisme le conlirme dans la suite.
Mais il est bon de considérer les paroles du concile même qui, voulant prescrire aux évoques comment ils doivent parler de l'invocation des saints, les oblige d'enseigner que les saints qui régnent avec Jésus-Curist offrent à Dieu leurs prières pour les hommes ; qu'il est bon et utile de les invoquer dune manière suppliante, et de recourir à leur aide et à leur secours, pour impétrer de Dieu ses bienfaits, par son Fils Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui seul est notre Sauveur et notre Rédempteur. Ensuite le concile condamne ceux qui enseignent une doctrine contraire. On voit donc qu'invoquer les saints, suivant la pensée de ce concile,^ c'est recourir à leurs prières pour obtenir les bienfaits de Dieu par Jesus-Christ. En effet, nous n'obtenons que par Jésus-Gqrist el en son nom, ce que nous obtenons par l'entremise des saints, puisque les saints eux-mêmes ne prient que par Jésus-Gbrist, et ne sont exaucés qu'en son nom. Telle est la foi de l'Église, que le concile de Trente a clairement expliquée en peu de paroles. Après quoi nous ne concevons pas qu'on puisse nous objecter que nous nous éloignons de Jésus-Cerist, .quand nous prions ses membres qui sont aussi les nôtres, ses enfants qui sont nos frères, et ses saints qui sont nos prémices, de prier avec nous et pour nous notre com-
mun Maître au nom de noire commun Médiateur., Le môme concile explicjie clairement et en peu de mots quel est l'esprit de l'Église, lorsqu'elle offre à Dieu le saint Sacrifice pour honorer la mémoire des saints. Cet honneur que nous leur rendons dans l'action du Sacrifice, consiste à les nommer comme de fidèles serviteurs de Dieu dans les prières que nous lui fai sons ; à lui rendre grâces des victoires qu'ils ont remportées, et à le prier humblement qu'il se laisse fléchir en notre faveur par leurs intercessions. Saint Augustin avoit dit, il y a déjà douze cents ans, qu'il ne falloit pas croire qu'on offrît le Sacrifice aux saints martyrs, encore que, selon l'usage pratiqué dès ce temps-là par l'Église universelle, on offrît €6 Sacrifice sur leurs saints corps, et à leurs mémoires ; c'est-à-dire devant les lieux oîi se conservoient leurs précieuses reliques. Ce même Père avoit ajouté qu'on faisoit mémoire des martyrs à la sainte table, dans la célébration du Sacrifice, non afin de prier pour eux, comme on fait pour les autres morts, mais ulutôtafîn qu'ils'priassent pour nous. Je rapporte le sentiment de ce saint évêque, parce que le concile de Trente se sert presque de ses mêmes paroles pour enseigner aux fidèles que VEglhe n'offre pas aux saints le Sacrifice, mais qu'elle Voffre à Dieu seul, gui les a couronnés; qu'aussi le prêtre ne s'adresse pas à saint Pierre ou à saint Paul, pour leur dire, .te vous offre ce Sacrifice ; mais que rendant grâces à Dieu de lem^s victoires, il demande leur assistance, afin que ceux dont nous faisons mémoire sur la terre, daignent prier pour nous dans le ciel. C'est ainsi que nous honorons les saints, pour obtenir par leur enlremise lès grâces de Dieu ; et la principale de ces grâces que nous espérons obtenir est celle de les imiter : à quoi nous sommes excités par la considération de leurs exemples admirables, et par l'honneur que nous rendons devant Uicu à leur mémoire bienheureuse.
Ceux qui considéreront la doctrine que nous avons proposée seront obligés de nous avouer que comme nous n'ôtons à Dieu aucune des perfections qui sont propres à son essence infinie, nous n'attribuons aux créatures aucunes de ces qualités, ou de ces opérations qui ne peuvent convenir qu'à Dieu : ce qui nous distingue si fort des idolâtres, qu'on ne pe'jt comprendre pourquoi on nous en donne le litre.
Et quand Messieurs de la religion prétendue réformée nous objectent, qu'en adressant les prières aux saints, et en les honorant, comme présents par toute la terre, nous leur attribuons une espèce d'immensité, ou du moins la connoissance du secret des cœurs, qu'il paroît néanmoins que Dieu se réserve, par tant de témoignages de l'Ecriture ; ils ne considèrent pas assez notre doctrine. Car enfin, sans examiner quel fondement on peut avoir d'attriîmcr aux saint? jusqu'à certain degré la connoissance des choses qui se passent parmi nous, ou même de nos secrètes pensées, il est manifeste que ce n'est point élever la créature au-dessus de sacondition, que de dire qu'elle a quelque connoissance de ces choses par la lumière que Dieu lui en communique. L'exemple des prophètes le justifie clairement, Dieu n'ayant pas même dédaigné de leur découvrir les choses futures, quoiqu'elles semblent bien plus particulièrement réservées à sa connoissance.
Au reste, jamais aucun catholique n'a pensé que les saints connussent par eux-mêmes, nos besoins, ni même les désirs par lesquels nous leur faisons de secrètes prières. L'Église se contente d'enseigner avec toute l'antiquité, que ces prières sont très-profitables à ceux qui les font, soit que les saints les apprennent par le ministère et le commerce des anges, qui, suivant le témoignsge de l'Écriture, savent ce qui se passe parmi nous, étant établis par ordre de Dieu esprits administrateurs, pour concou-
rir à l'œuvre de noire salut ; soit que Dieu môme leur fasse connoître nos désirs par une révélation particulière; soit enfin qu'il leur en découvre le secret dans son essence infinie, où toute vérité est c omprise. Ainsi l'Église n'a rien décidé sur les différents moyens dont il plail à Dieu de se servir pour cela.
Mais quels que soient ces moyens, toujours est-il véritable qu'elle n'attribue à la créature aucune des perfections divines, comme faisoienl les idolâtres, puisqu'elle ne permet de reconnoître dans les plus grands saints aucun degré d'excellence qui ne vienne de Dieu, ni aucune considération devant ses yeux que par leurs vertus, ni aucune vertu qui ne soit un don de sa grâce, ni aucune connoissance des choses humaines que celle qu'il leur communique, ni aucun pouvoir de nous assister que leurs prières, ni enfin aucune félicité que par une soumission et une conformité parfaile à la volonté divine.
Il est donc vrai qu'en examinant les sentiments intérieurs que nous avons des saints, on ne trouvera pas que nous les élevions au-dessus de la condition des créatures, et de 1;\ on doit juger de quelle nature est l'honneur que nous leur rendons au dehors, le culte extérieur étant établi pour témoigner les sentiments intérieurs de l'âme.
Mais comme cet honneur que l'Église rend aux saints paroît principalement devant leurs images et devant leurs saintes reliques, il est à propos d'expliquer ce qu'elle en croit.
Pour les images, le concile de Trente défend expressément d'y croire aucune divinité ou vertu pour laquelle on doive les révérer, de leur demander aucune grâce, et d'y attacher sa confiance, et veut que tout l'honneur se rapporte aux originaux qu elles représentent.
Toutes ces paroles du concile sont autant de caractères qui servent à nous faire distinguer des idolâtres, puisque
liien loin de croire comme eux que quelqi e divinité hibite dans les images, nous ne leur attribuons aucune vertu que celle d'exciter en nous le souvenir des origiiiaux.
C'est sur cela qu'est fondé l'honneur qu'on rend aux images. On ne peut nier par exemple que celle de JÉsus- GniusT crucifié, lorsque nous la regardons, n'excite plus vivement en nous le souvenir de celui qui nous a aimés jwquà se livrer pour nous à la mort. Tant que l'image présente à nos yeux fait durer un si précieux souvenir dans notre âme, nous sommes portés à témoigner par quelques marques extérieures, jusques où va noire reconnoissance; et nous faisons voir, en nous humiliant en présence de l'image, quelle est notre soumission pour son divin original. Ainsi, à parler précisément et selon le style ecclésiastique, quand nous rendons honneur à l'image d'un apôtre ou d'un martyr, noire intention n'est pas tant d'honorer l'image que d'honorer l'apôtre ou le martyre en présence de Cimage. C'est ainsi que parle le pontifical romain; et le concile de Trente exprime la même chose, lorsqu'il dit que l honneur que nous rendons aux images se rapporte tellement aux originaux, que par le moyen des images que nous baisons, et devant lesquelles nous nous mettons à genoux, nous adorons Jésus- Christ, et honorons les saints dentelles sont la ressemblance.
Enfin on peut connoîlre en quel esprit l'Église honore les images, par l'honneur qu'elle rend à la croix et au livre de l'Évangile. Tout le monde voit bien que devant la croix elle adore celui qui a porté nos crimes sur le bois ; et que si ses enfants inclinent la tête devant le livre de l'Évangile, s'ils se lèvent par honneur quand on le porte devant eux, et s'ils le baisent avec respecl, tout cet honneur se termine à la vérité éternelle qui nous y est proposée.
Il faut èlre peu équitable pour appeler idolâtrie ce mou-
vement religieux qui nous fait découvrir, et baisser la lêle devant l'image de la croix, en mémoire de celui qui a élé crucifié pour l'amour de nous ; et ce seroit être trop aveugle que de ne pas apercevoir l'exlrôme différence qu'il y a entre ceux qui se confloient aux idoles, par l'opinion qu'ils avoient que quelque divinité ou quelque vertu y éloit pour ainsi dire attachée, et ceux qui déclarent comme nous, qu'ils ne se veulent servir des images que pour élever leur esprit au ciel, afin d'y honorer Jésus -Christ ou lee saints, et dans les saints Dieu même, qui est l'auteur de toute sanctification et de toute grâce.
On doit entendre de la même sorte l'honneur que nous rendons aux reliques, à l'exemple des premiers siècles de l'Église ; et si nos adversaires considéroient que nous regardons les corps des saints comme ayant été les victimes de Dieu par le martyre ou par la pénitence, ils ne croiroient pas que l'honneur que nous leur rendons par ce motif pût nous détacher de celui que nous rendons à Dieu même.
Nous pouvons dire en général que s'ils vouloient bien comprendre de quelle sorte l'affection que nous avons pour quelqu'un, s'étend, sans se diviser, à ses enfants, à ses amis, et ensuite par divers degrés à ce qui le représente, •à ce qui reste de lui, à tout ce qui en renouvelle la mémoire ; s'ils concevoient que l'honneur a un semblable progrès, puisque l'honneur en effet n'est autre chose qu'un amour mêlé de crainte et de respect; enfin s'ils considéroient que tout le culte extérieur de l'Église catholique a sa source en Dieu même, et qu'il y retourne : ils ne croiroient jamais que ce culte que lui seul anime pût exciter sa jalousie. Ils verroient au contraire que si Dieu, tout jaloux qu'il est de l'amour des hommes, ne nous regarde pas comme si nous nous partagions entre lui et la créature, quand nous aimons notre prochain pour l'amour de
lui ; ce même Dieu, quoique jaloux du respect dos fidèles» ne les regarde pas comme s'ils partageoient le culte qu'ils ne doivent qu'à lui seul, quand ils honorent par le respect qu'ils ont pour lui ceux qu'il a honorés lui-môme.
Il est vrai néanmoins que comme les marques sensibles de révérence ne sont pas toutes absolument nécessaires, l'Église, sans rien altérer dans la doctrine, a pu étendre plus ou moins ces pratiques extérieures, suivant la diversité des temps, des lieux et des occurrences, ne désirant pas que ses enfants soient servilement assujettis aux choses visibles, mais seulement qu'ils soient excités, et comme avertis parleur moyen de se tourner à Dieu, pour lui offrir en esprit et en vérité le service raisonnable qu'il attend de ses créatures.
On peut voir par cette doctrine avec combien de vérité j'ai dit qu'une grande partie de nos controverses s'évanouiroit par la seule intelligence des termes, si on traitoit ces matières avec charité : et si nos adversaires considéroient paisiblement les explications précédentes, qui comprennent la doctrine expresse du concile de Trente, ils cesseraient de nous objecter que nous blessons la médiation de JÉSUS Christ ; et que nous invoquons les saints, ou que nous adorons les images d'une manière qui n'est propre qu'à Dieu. Il est vrai que comme en un certain sens l'adoration, l'invocation, et le nom de médiateur ne convient qu'à Dieu et à Jésus-Christ, il est aisé d'abuser de ces termes, pour rendre notre doctrine odieuse. Mais si on les réduit de bonne foi au sens que nous leur avons donné, ces objectious perdront toute leur force ; et s'il reste à Messieurs de la religion prétendue réformée quelques au" tres difficultés moins importantes, la sincérité les obligera d'avouer qu'ils sont satisfaits sur le principal sujet de leurs plaintes.
Au reste il n'y a rien de plus injuste que d'objecter à
l'Église, qu'elle fail consister toute la piété dans celle dévotion aux saints, puisque, comme nous l'avons déjà remarqué, le concile de Trente se contente d'enseigner aux fidèles que cette pn'ti \ue leui- est bonne et utile, sans rien dire davantage. Ainsi l'esprit de l'Église est de condamner ceux qui rejettent celte pratique par mépris ou par erreur. Elle doit les condamner, parce qu'elle ne doit pas souffrir que les pratiques salutaires soient méprisées, ni qu'une doctrine que l'Antiquité a autorisée soit condamnée par ies nouveaux docteurs.
La matière de la justification fera paraître encore dans un plus grand jour, combien de difficultés peuvent ôlre terminées par une ^imp!e exposition de nos sentiments.
Ceux qui savent tant soit peu l'histoire de la réformation prétendue, n'ignorent pas que ceux qui en ont été les premiers auteurs, ont proposé cet article à tout le monJe comme le principal de tous, et comme le fondement le plus essentiel de leur rupture ; si bien que c'est celui qu'il est le plus nécessaire de bien entendre.
Nous croyons premièrement que nos péchés nous sont remis yratuiteuient par la miséricorde divine, à cause </e Jésl'S- CuRisT. Ce sont les propres termes du concile de Trente , qui ajoute que nous sommes dits Justifiés gratuitement parce {ju aucune de ces choses gui précèdent la justification, soit la foi, soit les œuvres, ne peut mériter cette grâce.
Comme lÉcriture nous explique la rémission des péchés, tanlôl en disant que Dieu les couvre, et tantôt en disant qu'il les ôte, et qu'il les efface par la grâce du Sainl-Esprit qui nous fait nouvelles créatures : nous croyons qu'il faut joindre ensemble ces expressions, pour former l'idée parfaite de la justification du pécheur. C'est pourquoi nous croyons que nos péchés non-seulement sont couverts, mais qu'ils sont entièrement effacés par le sang de Jésus-Christ et par la grâce qui nous régénère : ce
qui, loin d'obscurcir ou de diminuer l'idée qu'on doit avoir du mérite de ce sang, l'augmente au contraire, et la relève.
Ainsi la justice de Jésus-Curist est non-seulement imputée, mais actuellement communiquée à ses fidèles par l'opération du Sainl-E-prit, en sorte que non-seulemenl ils sont réputés, mais faits justes par sa grâce.
Si la justice qui est en nous, n'étoil justice qu'aux yeux des hommes, ce ne seroit pas l'ouvrage du Saint-Esprit : elle est donc justice même devant Dieu, puisque c'est Dieu même qui la fait en nous, en répandant la charité dans nos cœurs.
Toutefois il n'est que trop certain, que la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit co7itre la chair ; et que nous manquons tous en beaucoup de choses. Ainsi, quoique notre juslice soit véritable par l'infusion de la charité, elle n'est point justice parfaite à cause du combat de la convoitise : si bien que le continuel gémissement d'une âme repentante de ses fautes fait le devoir le plus nécessaire de la justice chrétienne. Ce qui nous oblige de confesser humblement avec saint Augustin, que notre justice en cette vie consiste plutôt dans la rémission des péchés^ que dans la perfection des vertus.
Sur le mérite des œuvres, l'Église catholique enseigne que la vie éternelle doit être proposée aux enfants de Dieu, et comme une g' ace qui leur est miséricordieusement promise par le moyen de JSotre-Seigneur Jésus-Chkist, et comme une récompense qui est fidèlement rendue à leurs bonnes œuvres et à leurs mérites^ en vertu de cette promesse. Ce sont les propres termes du concile de Trente. Mais de peur que l'orgueil humain ne soit flatté par l'opinion d'un mérite présomptueux, ce même concile enseigse que tout le prix et la valeur des œuvres chrétiennes provient de la grâce sanctifiante, qui nous est donnée gratuitement au nom de Jésus-Christ, et que c'est un
effet de l'influence continuelle de ce divin chef sur ses membres.
A'érilablemenl les préceptes, les exhortations, les promesses, les menaces et les reproches de l'Évangile font assez voir qu'il faut que nous opérions notre salut par le mouvement de nos volontés avec la grâce de Dieu qui nous aide : mais c'est un premier principe, que le libre arbitre ne peut rien faire qui conduise à la félicité éternelle, qu'autant qu'il est mû et élevé par le Saint-Esprit. Ainsi, l'Église sachant que c'est ce divin Esprit qui fait en nous par sa grâce tout ce que nous faisons de bien, elle doit croire que les bonnes œuvres des fidèles sont très-agréables à Dieu, et de grande considération devant lui : et c'est justement qu'elle se sert du mot de mérite avec toute l'anliquilé chrétienne, principalement pour signifier la valeur, le prix et la dignité de ces œuvres que nous faisons par la grâce. Mais comme toute leur sainteté vient de Dieu qui les fait en nous, la même Église a reçu dans le concile de Trente comme doctrine de foi catholique, cette parole de saint Augustin, que Dieu couronne ses dons en couronnant le mérite de ses serviteurs.
Nous prions ceux qui aiment la vérité et la paix, de vouloir bien lire ici un peu au long les paroles de ce concile, afin qu'ils se désabusent une fois des mauvaises impressions qu'on leur donne de noire doctrine. Encore que nous voyions, disent les Pères de ce concile, que les saintes lettres estiment tant les bonnes œuvres, que Jésus- Christ nous promet lui-même, qu'un ven^e d'eau froide donné à un pauvre ne sera pas privé de sa récompense ; et que l'Apôtre témoigne qu'un moment de peine légère soufferte en ce monde produira un poids éternel de gloire : toutefois à Dieu ne plaise que le chrétien se fie et se glorifie en lui-même et non en Notre-Seigneur, dont la bonté est si
grande envers (ous les hommes, qu'il veut que les dons qu'il leur fait soient leurs mérites.
Cette doctrine est répandue dans tout ce concile, qui enseigne dans une autre Session, que nous, qui ne pouvons rien de nous-mêmes, pouvons tout avec celui qui nous fortifie, en telle sorte que l'homme n'a rien dont il se puisse glorifier en lui-même; mais que toute sa confiance et toute sa gloire est en JÉsus-GnitiST, en qui nous vivons, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons, faisant de dignes fruits de pénitence, qui tirent leur force de lui, par lui sont offerts au Père, et en lui sont acceptés par le Père. C'est pourquoi no ;s demandons tout, nous espérons tout, nous rendons grâces de tout, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous confessons hautement que nous ne sommes agréables à Dieu qu'en lui et par lui, et nous ne comprenons pi.s qu'on [luisse nous attribuer une autre pensée. Nous mettons tellement en lui seul toute l'espérance de notre salut, que nous disons tous les jours à Dieu ces paroles dans le Sacrifice : Daignez, ô Dieu, accorder à nous pécheurs, vos servitews, qui espérons en la multitude de vos miséricordes, quelque part et société avec vos bienheureux opûircs et martyrs, au nombre desquels nous vous prions de vouloir nous recevoir, ne regardant pas au uicrite, mais nous pardonnant par grâce au nom de Jésus-Chuist Notre- Seigneur.
L'Église ne persuadera-t-elle jamais à ses enfants qui sont devenus ses adversaires, ni par l'explication de sa loi, ni par les décisions de ses conciles, ni par les prières de son sacrifice, qu'elle croit n'avoir de vie, et qu'elle n'a d'espérance qu'en JÉsus-GaKisr seul? Cette espérance est si forte qu'elle fait sentir aux enfants de Dieu qui marchent fidèlement dans ses voies, ane paix qui surpasse toute intelligence, selon ce que dit TApôtre. Mais encore que celte espérance soit plus forte que les pro-
messes et les menaces du monde, et qu'elle sufûse pour calmer le trouble de nos consciences; elle n'y éteint pas tout à fait la crainte, parce que si nous sommes assurés que Dieu ne nous abandonne jamais de lui-même, nous ne sommes jamais certains que nous ne le perdrons pas par notre faute, en rejetant ses inspirations. Il lui a plu de tempérer par cette crainte salutaire la conliance qu'il inspire à ses enfants, parce que, comme dit saint Augustin, telle est notre infirmité dans ce lieu de tentations et de périls, qu'une pleine sécurité uroduiroit en nous le relâchement et l'orgueil; au lieu que cette ciainte, qui, selon le précepte de l'Apôtre, nous fait opérer notre salut avec tremblement, nous rend vigilanl^, et fait i^ue nous nous attachons avec humble dépendance à celui qui opère en nous par sa gi^âce le vouloir et le faire suivant son bon plaisir, comme dit le même saml Paul.
Voilù ce qu'il y a de plus nécessaire dans la doctrine de la justification; et nos adversaires seroient fort déraisonnables s'ils ne confessoient que cette doctrine suffit pour apprendre aux chrétiens, qu'ils doivent rapporter à Dieu par Jesus-Ghrist toute la gloire de leur salut.
Si les ministres après cela sejettenl sur des questions de sublilité, il est bon de les avertir qu'il n'est plus temps désormais qu'ils se rendent si difficiles envers nous, après les choses qu'ils ont accordées aux Luthériens ei à leurs propres frères sur le sujet de la prédestination et de la glace. Cela doit leur avoir appris à se réduire dans cette matière, à ce qui est absolument nécessaire pour établir les fondements de la piété chréiienne.
Que s'ils peuvent une fois se résoudre à se renfermer i dans ces limites, ils seront bientôt satisfaits, et ils cesseront de nous objecter que nous anéantissons la grâce de Dieu, en attribuant tout â nos bonnes œuvres; puisque nous leur avons montré en termes si clairs dans le cou-
cile de Trente ces trois points si décisifs en celle mntière : Que nos /échés nous sont pardonnes par une pure miséricorde, à muse de Jésus-Christ; que nas devons à une libéralité gratuite la justice qui est en nous par le Saint- Esprit; et que toutes l-s bonnes œuvres que nous faisons sont autant de dons de la grâce.
Aussi faut-il avouer que les doctes de leur parti ne contestent plus tant sur cette matière qu'ils faisoientau commencement; et il y en a peu qui ne nous confessent qu'il ne falloit pas se séparer sur ce point. Mais si celte importante difficulté de la justification, de laquelle leurs premiers auteurs ont fait leur fort, n'est plus maintenant considérée comme capitale par les personnes les mieux sensées qu'ils aient entre eux, on leur laisse à [XMiser ce qu'il faut juger de leur séparation, et ce qu'il faudroil espérer pour la paix, s'ils se metloient au-dessus de la préoccupation, et s'ils quittoienl l'esprit de dispute.
Il faut encore expliquer de quelle sorte nous croyons pouvoir satisfaire à Dieu par sa grâce, afin de ne laisser au2un doute sur cette matière.
Les catholiques ense'gnent d'un commun accord, que le seul JÉSUS Curist Dieu et homme tout ensemble, étoit capable par la dignité infinie de sa personne, d'offrir à Dieu une sali^faclion suffisante pour nos péchés. Mais ayant satisfait surabondamment, il a pu nous appliquer cette satisfaction infinie en deux manières : ou bien en nous donnant une entière abolition, sans réserver aucune peine; ou bien en commuant une plus grande peine enj une moindre, c'est-à-dire la peine éternelle en des peines temporelles. Comme celte première façon est la plus entière et la plus conforme à sa bonté, il en use d'abord dans le baptême : mais nous croyons qu'il se sert de la seconde dans la rémission qu'il accorde aux baptisés qui retombent dans le péché, y étant forcé en quelque ma-
nière par ringiatil! de de ceux qui ont abusé de ses premiers dons; de s-orle qu'ils ont à souiïrir quelque peine temporelle, bien que la peine éternelle leur so't remise. Il ne faut pas conclure de \h que Jésus Cdrist n'ait pas entièrement satisfait pour nous ; mais au contraire qu'ayant acquis sur nous un droit absolu par le prix infini qu'il a donné pour notre salut, il nous accorde le paidon, à telle condition, sous telle loi, et avec tella réserve qu'il lui plaît.
Nous serions injurieux et ingrats envers le Sauveur, si nous osions lui disputer l'infinité de son mérite, sous prétexte qu'en nous pardonnant le péché d'Adam, il ne nous décharge pas en même temps de toutes ses suites, nous laissant encore assujettis à la mort et à tant d'infirmités corporelles et spirituelles que ce péché nous a causées. Il suffit que JÉsus-CiiRiST ait payé une fois le prix par lequel nous serons un jour entièrement délivrés de tous les maux qui nous accablent : c'est à nous à recevoir avec humilité et avec actions de gtâces chaque partie de son bienfait, en considérant le progrès avec lequel il lui plaît d'avancer notre délivrance, selon l'ordre que sa sagesse a établi pour notre bien, et pour une plus claire manifestation de sa bonté et de sa justice.
Par une semblable raison, nous ne devons pas trouver
étrange si celui qui nous a montré une si grande facilité
dans le baptême, se rend plus difficile envers nous après
ue nous en avons violé les saintes promesses. Il est juste,
même il est salutaire pour nous, que Dieu, en nous re-
ettant le péché avec la peine éternelle que nous avions
éritée, exige de nous quelque peine temporelle pour
us retenir dans le devoir; de peur que sortant trop
mptement des liens de la justice, nous ne nous aban-
nions à une téméraire confiance, abusant de la faci-
du pardon.
C'est donc pour salisfaire à cette obligation que nous sommes assujettis à quelques œuvres pénibles, que nous devons accomplir en esprit d'humilité et de pénitence; et c'est la nécessité de ces œuvres salisfacloires qui a obligé l'Église ancienne à imposer aux pénitents les peines qu'on appelle canoniques.
Quand donc elle impose aux pécheurs des œuvres pénibles et laborieuses, et qu'ils les subissent avec humilité, cela s'appelle satisfaction; et lorsqu'ayant égard ou à la ferveur des pénitents ou à d'autres bonnes œuvres qu'elle leur prescrit, elle relâche quelque chose de la peine qui leurestdue, cela s'appelle indulgence.
Le concile de Trente ne propose autre chose à croire sur le sujet des indulgences, sinon que la puùsance de les accordera élé donnée à r Église par Jésus-Christ, et que l'usage en est salutai/e ; à. quoi ce concile a']Qu[e, qu il doit être retenu, aveu modération toutefois^ de peur que la discipline ecclésiastique ne soit énervée par une excessive facilité : ce qui montre que la manière de dispenser les indulgences regarde la discipline.
Ceux qui sortent de cette vie avec la grâce et la charité, mais toutefois redevables encore des peines que la justice divine a réservées, les souffrent en l'autre vie. C'est ce qui a obligé toute l'antiquité chrétienne à offrir des prières, des aumônes et des bacriQces pour les fidèles qui sont décédés en la paix et en la communion de l'Église, avec une foi certaine qu'ils peuvent être aidés par ces moyens. C'est ce que le concile de Trente nous propose à croire touchant les âmes détenues dans le purgatoire, sans déterminer en quoi consistent leurs peines, ni beaucoup d'autres choses semblables sur lesquelles ce saint concile demande une grande retenue, blâmant ceux qui débitent ce qui est incerlainet suspect.
Telle est la sainte et innocente doctrine de l'ÉgHse ca-
tholique louchant les salisfcicLions dont on a voulu lui faire un si grand crime. Si après celte explication Messieurs de la religion prétendue réformée nous objectent que nous faisons tort à la satisfaction de jÉsus-CnRiST, il faudra qu'ils aient oublié que nous leur avons dit que le le Sauveur a payé le prix entier de notre rachat; que rien ne manque à ce prix, puisqu'il est infini; et que ces réserves de peines, dont nous avons parlé, ne proviennent d'aucun défaut de ce payement, mais d'un certain ordre qu'il a établi pour nous retenir par de justes appréhensions, et par une discipline salutaire.
Que s'ils nous opposent encore que nous croyons pouvoir satisfaire par nous-mêmes à quelque partie de la peine qui est due à nos péchés, nous pourrons dire avec confiance que le contraire paroît par les maximes que nous avons établies. Elles font voir clairement que tout notre salut n'est qu'une œuvre de miséricorde et de grâce ; que ce que nous faisons par la grâce de Dieu n'est pas moins à lui que ce qu'il fait tout seul par sa volonté absolue; et qu'enfin ce que nous lui donnons ne lui appartient pas moins que ce qu'il nous donne. A quoi il faut ajouter que ce que nous appelons satisfaction après toute l'Église ancienne, n'est après tout qu'une application de la satisfaction infinie de Jésus- Christ.
Celle même considération doit apaiser ceux qui s'offensent, quand nous disons que Dieu a tellement agréable la charité fraternelle, et la communion de ses saints, que souvent même il reçoit les satisfactions que nous lui offrons les uns pour les autres. 11 semble que ces Messieurs ne conçoivent pas combien tout ce que nous sommes est à Dieu; ni combien tous les égards, que sa bonté lui fait avoir pour les fidèles qui sont les membres de JÉsus- CuRiST, se rapportent nécessairement à ce divin Chef. Mais certes ceux qui ont lu et qui ont considéré que Dieu
même inspire à ses servileurs le désir de s'affliger dar.s le jeûne, dans le sac et dans la cendre, non-seulement pour leurs péchés, mais pour les péchés de tout le peuple, ne s'étonneront pas si nous disons que, touché du plaisir qu'il a de gratifier ses amis, il accepte miséricordieusement l'humble sacrifice de leurs mortifications volontaires, en diminution des chàlimenls qu'il piéparoit à son peuple : ce qui montre que, satisfait par les uns, il veut bien s'adoucir envers les autres, honorant par ce moyen son Fils Jésus-Christ dans la communion de ses membres, et dans la sainte société de son corps mystique.
L'ordre de la doctiine demande que nous parlions maintenant des sacrements, par lesquels les mérites de Jésus- Christ nous sont appliqués. Gomme les disputes que nous avons en cet endroit, si nous en exceptons celle de l'Eucharistie, ne sont pas les plus échauffées, nous éclaircirons d'abord en peu de paroles les principales difficultés qu'on nous fait louchant les autres sacrements, réservant pour la fin celle de l'Eucharistie, qui est la plus importante de toutes.
Les sacrements de la nouvelle alliance ne sont pas seulement des signes sacrés qui nous représentent la grâce, ni des sceaux qui nous la confirment, mais des instruments du Saint-Esprit qui servent à nous l'appliquer, et qui nous la confèrent en vertu des paroles qui se prononcent, 3t de l'action qui se fait sur nous au dehors, pourvu que nous n'y apportions aucun obstacle par notre mauvaise disposition.
Lorsque Dieu attache une si grande grâce à des signes extérieurs, qui n'ont de leur nature aucune proportion avec un effet si admirable, il nous marque clairement qu'outre tout ce que nous pouvons faire au dedans de nous par nos bonnes dispositions, il faut qu'il intervienne pour notre sanctification une opération spéciale du Saint-Esprit,
et une application singulière du mérite de notre Sauveur, qui nous est démontrée par les sacrements. Ainsi, l'on ne peut rejeter cette doctrine sans faire tort au mérite de JÉsus-CnRisT et à l'œuvre de la puissance divine dans notre régénération.
Nous reconnoissons sept signes ou cérémonies sacrées établies par Jésus-Christ, comme les moyens ordinaires de la sanctification et de la perfection du nouvel homme. Leur institution divine paroît dans l'Écriture sainte, ou par les paroles expresses de Jésus-Christ qui les établit, ou par la grâce, qui selon la même Écriture y est attachée, et qui mar(iue nécessairement un ordre de Dieu.
Gomme les petits enfants ne peuvent suppléer le défaut du baptême par les actes de Foi, d'Espérance et de Charité, ni par le vœu de recevoir ce sacrement, nous croyons que s'ils ne le reçoivent en effet, ils ne participent en aucune sorte à la grâce de la rédemption ; et qu'ainsi mourant en Adam, ils n'ont aucune part avec Jf.sus Christ.
11 est bon d'observer ici que les Luthériens croient av€c l'Église catholique la nécessité absolue du baptême pour les petits enfants, et s'étonnent avec elle de ce qu'on a nié une vérité, qu'aucun homme avant Calvin n'avoit osé ouvertement révoquer en doute, tant elle étoit fortement imprimée dans l'esprit de tous les fidèles.
Cependant les prétendus réformés ne cr;iignenl pas de laisser volontairement mourir leurs enfants, comme les enfants des infidèles, sans porter aucune marque du christianisme, et sans en avoir reçu aucune giâce, si la mort prévient leur jour d'assemblée.
L'imposition des mains pratiquée parles saints apôtres pour confirmer les fidèles contre les persécutions, ayant Ison effet principal dans la descente intérieure du Saintfisprit, et dans l'infusion de ses dons, elle n'a pas dû être rejelée par nos adversaires, sous prétexte que le Saint-
Esprit ne descend plus visiblement sur nous. Aussi loules les Églises chrétiennes l'ont-elles religieusement retenue depuis le temps des apôtres, se servant aussi du saint chrême, pour démontrer la vertu de ce sacrement par une représentation plus expresse de l'onction intérieure du Saint-Esprit.
Nous croyons qu'il a plu à Jésus-Christ, que ceux qui se sont soumis à l'autorité de l'Église par le baptême, et qui depuis ont violé les lois de l'Évangile, viennent subir le jugement de la môme Église dans le tribunal de la pénitence, où elle exerce la puissance qui lui est donnée de remettre et de retenir les péchés.
Les termes de la commission, qui est donnée aux mini^stres de l'Église pour absoudre les péchés, sont si généraux, qu'on ne peut sans témérité la réduire aux péchés publics; et comme quand ils prononcent l'absolution au nom de Jésus-Curist, ils ne font que suivre les termes exprès de cette commission, le jugement est censé rendu par Jésus-Christ même, pour lequel ils sont établis juges. C'est ce Poniife invisible qui absout intérieurement le pénitent, pendant que le prêtre exerce le ministère extérieur.
Ce jugement étant un frein si nécessaire à la licence, une source si féconde de sages conseils, une si sensible consolation pour les âmes aflligées de leurs péchés, lorsque non-seulement on leur déclare en termes généraux leur absolution, comme les ministres le pratiquent, mais qu'on les absout en effet par l'autorité de JÉsus-CuttJsx après un examen particulier et avec connoissance de cause : nous ne pouvons croire que nos adversaires puissent envisager tant de biens sans en legrelter la perte, et sans avoir quelque honte d'une réformation qui a retranché une pratique si salutaire et si sainte.
Le Saint-Esprit ayant attaché à l'extrême onction, selon k témoignage de saint Jacques, la promesse expresse de
la rémission des péchés et du soulagement du malade, rien ne manque à celle sainte cérémonie pour être un véritable sacrement. Il faut seulement remarquer que, suivant la doctrine du concile de Trente, le malade est plus soulagé selon l'âme que selon le corps ; et que comme le bien spirituel est toujours l'objet principal de la loi nouvelle, c'est aussi celui que nous devons attendre absolument de cette sainte onction, si nous sommes bien disposés : au lieu que le soulagement dans les maladies nous est seulement accordé par rapport à notre salut éternel, suivant les dispositions cachées de la divine. Providence, et les divers degrés de préparation et de foi qui se trouvent dans les fidèles.
Quand on considérera que Jésus-Ghrist a donné une nouvelle forme au mariage, en réduisant cette sainte société à deux personnes immuablement et indissolublement unies; et quand on verra que cette inséparable union est le signe de son union éternelle avec son Église, on n'aura pas de peine à comprendre que le mariage des fidèles est ftccompagué du Saint-Esprit et de la grâce ; et on louera la bonlé divine de ce qu'il lui a plu de consacrer de cette ïorte la source de notre naissance.
L'imposition des mains que reçoivent les ministres des choses saintes étant accompagnée d'une vertu si présente du Saint-Esprit, et d'une infusion si enlière de la grâce, elle doit être mise au nombre des sacrements. Aussi fautil avouer que nos adversaires n'en excluent pas absolument la consécration des ministres, mais qu'ils l'excluent simplement du nombre des sacrenaents qui sont communs à toute l'Eglise.
Nous voilà enfin arrivés à la question de l'Eucharistie, 01^ il sera nécessaire d'expliquer plus amplement notre doctrine, sans toutefois nous éloigner trop des bornes que nous nous sommes prescrites.
La présence réelle du corps el du sang de Nolre-Scigneur dans ce sacrement est solidement établie par les parolesde l'inslitulion, lesquelles nous entendons à la lettre ; el il ne nous faut non plus demander pourquoi nous nous attachons au sens propre et littéral, qu'à un voyageur pourquoi il suit le grand chemin. C'est à ceux qui ont recours aux sens figurés, et qui prennent des sentiers détournés, à rendre raison de ce qu'ils font. Pour nous, qui ne trouvons rien dans les paroles dont Jésus-Christ se sert pourl'instilulion de ce mystère, qui nous oblige à les prendre en un sens figuré, nous estimons que cette raison suffit pour nous déterminer au sens propre. Mais nous y sommes encore plus fortement engagés, quand nous venons à considérer dans ce mystère l'intention du Fils de Dieu, que j'expliquerai le plus simplement qu'il me sera possible, et par des principes dont je crois que nos adversaires ne pourront disconvenir.
Je dis donc que ces paroles du Sauveur : Prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous, nous font voir que comme les anciens Juifs nes'unissoient pas seulement en esprit à l'immolation des victimes qui étoient offertes pour eux, mais qu'en effet ils mangeoient la chair sacrifiée, ce qui leur éloit une marque de la part qu'ils avoient à cette oblalion : ainsi Jésus-Curist, s'étantfail lui-même notre victime, a voulu que nous mangeassions effectivement la chair de ce sacrifice, afin que la communication actuelle de cette chair adorable fût un témoignage perpétuel à chacun de nous en particulier, que c'est pour nous qu'il l'a prise, el que c'est pour nous qu'il l'a immolée.
Dieu avoit défendu aux Juifs de manger l'hostie qui étoil immolée pour leurs péchés, afin de leur apprendre que la véritable expiation des crimes ne se faisoit pas dans la loi, ni par le sang des animaux : tout le peuple étoit
comme en incerdil par celte défense sans i>ouvoir actuellement participer à la rémission des péchés. Par une raison opposée il falloit que le corps de notre Sauveur, vraie ho>lie immolée pour le péché, fût mangé par les fidèles, afin de leur montrer par cette manducation que la rémission des péchés étoit accomplie dans le Nouveau-Testament.
Dieu défendoit aussi au peuple juif de manger du sang; et l'une des raisons de cette défense éloit, que le sang nous est donné pour l'expiation de nus âmes. Mais au contraire, notre Sauveur nous propose son sang à boire à cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés.
Ainsi la manducation de la chair et du sang du Fils de Dieu est aussi réelle à la sainte table, que la grâce, l'expiation des péchés, et la participation au sacrifice de Jésus- Christ est actuelle et effective dans la nouvelle alliance.
Toutefois, comme il désiroit exercer notre foi dans ce mystère, et en même temps nous ôter l'horreur de manger sa chair et de boire son sang en leur propre espèoe; il étoit convenable qu'il nous les donnât enveloppés sous une espèce étrangère. Mais si ces considérations l'ont obligé de nous faire manger la chair de notre victime d'une autre manière que n'ont fait les Juifs, il n'a pas dû pour cela nous rien ôter de la réalité et de la substance.
Il paroitdonc que pour accomplir les figures anciennes, et nous mettre en possession actuelle de la victime offerte pour notre péché, Jésus-Christ a eu dessein de nous donner en vérité son corps et son sang : ce qui est si évident, que nos adversaires mêmes veulent que nous croyions qu'ils ont en cela le même sentiment que nous, puisqu'ils ne cessent de nous répéter qu'ils ne nient ni la vérité ni la participation réelle du corps et du sang dansi'Eucharislie. C'est ce que nous examinerons dans la suite, où nous croyons devoir exposerleursenlimeutaprès que nous aurons
DE l'église CATUOLJQUE. 291
achevé d'expliquercelui de l'Église. Mais en attendant nous conclurons que si la simplicité des paroles du Fils de Dieu les force à reconnoilre que son intention expresse a été de nous donner en vérité sa chair, quand il a dit, ceci est moncorps, ils ne doivent pas s'étonner si nous ne pouvons consentir à n'entendre ces mots qu'en figure.
En elïet, le Fils de Dieu si soigneux d'exposeràses apôtres ce qu'il enseigne sous des paraboles et sous des figures, n'ayant rien dit ici pour s'expliquer, il paraît qu'il a laissé ses paroles dans leur signification naturelle. Je sais que ces messieurs prétendent que la chose s'explique assez d'elle-même, parce qu'on voit bien, disent-ils, que ce qu'il présente n'est que du pain el du vin : mais ce raisonnement s'évanouit, quand on considère que celui qui parle est d'une autorité qui prévaut aux sens, et d'une puissance qui domine toute la nature. Il n'est pas plus difficile au Fils de Dieu de faire que son corps soit dans l'Eucharistie, en disant, ceci est mon corps, que de faire qu'une femme soit délivrée de sa maladie, en disant, femme, tu es délivrée de la maladie ; ou de faire que la vie soit conservée à un jeune homme, en disant à son père, ton fils est vivant ; ou enfin de faire que les péchés du paralytique lui soient remis, en lui disant, tes péchés te sont remis.
Ainsi n'ayant point à nous mettre en peine comment il exécutera ce qu'il dit, nous nous attachons précisément à ses paroles. Celui qui fait ce qu'il veut, en parlant opère ce qu'il dit ; et il a été plus aisé au Fils de Dieu de forcer les lois de la nature pour vérifier ses paroles, qu'il ne nous est aisé d'accommoder notre esprit à des interprétations violentes qui renversent toutes les lois du discours.
Ces lois du discours nous apprennent que le signe qui représente naturellement reçoit souvent le nom de la chose, parce qu'il lui est comme naturel d'en ramener l'idée à l'esprit. Le même arrive aussi, ql^ûiqu*avep certaines li-
mites, aux signes d'inslilulion, quand ils sont reçus, et qu'on y est accoutumé. Mais qu'en établissant un signe qui de soi n'a aucun rapporta la chose, par exemple un morceau de pain pour signifier le corps d'un homme, on lui en donne le nom sans rien expliquer, et avant que personne en soit convenu, comme à fait Jésus-Cohist dans la Gène : c'est une chose inouïe, et dont nous ne voyons aucun exemple dans toute l'Écriture sainte, pour ne pas diic dans tout le langage humain.
Aussi messieurs de la religion prétendue réformée ne s'arrêtent pas tellement au sens figuré qu'ils ont voulu donner aux paroles de Jésus-Curist, qu'en même temps ils ne reconnoissent qu'il a eu intention en les proférant de nous donner en vérité son corps et son sang.
Après avoir proposé les sentiments de l'Église touchant ces paroles : Ceci est mon corps, il faut dire ce qu'elle pense de celles que Jésus-Christ y ajouta : Faites ceci en mémoire de moi. Il est clair que l'intention du Fils de Dieu est de nous obliger par ces paroles à nous souvenir de la mort qu'il a endurée pour noire salut; et saint Paul conclut en ces mêmes paroles que nous annonçons la mort du Seigneur dans ce mystère. Or il ne faut pas se persuader que ce souvenir de la mort de Notre-Seigneur exclue la présence réelle de son corps : au contraire, si on considère ce que nous venons d'expliquer, on entendra clairement que celte commémoration est fondée sur la présence réelle. Carde même que les Juifs en mangeant les victimes pacifiques se souvenoient qu'elles avoient été immolées pour eux ; ainsi en mangeant la chair de Jésus-Christ notre victime, nous devons nous souvenir qu'il est mort pour nous. C'est donc celte môme chair mangée par les fidèles, qui non-seulement réveille en nous la mémoire de son immolation, mais encore qui nous en confirme la vérité. El loin de pouvoir dire que cette commémora*
DE LÉGLISE CATHOLIQUE. 293
tion solennelle, que JÉsus-CnRiST nous ordonne de faire, exclue la présence de sa chair, on voit, au contraire, que ce tendre souvenir qu'il veut que nous ayons à la sainte table de lui, comme immolé pour nous, est fondé sur ce que celte môme chair y doit être prise réellement, puisqu'en effet il ne nous est pas possible d'oublier que c'est pour nous qu'il a donné son corps en sacrifice, quand nous voyons qu'il nous donne encore tous les jours cette victime à manger.
Faut-il que des chrétiens, sous prétexte de célébrer dans la Cène la mémoire de la Passion de notre Sauveur, ôlent à cette pieuse commémoration ce qu'elle a de plus efficace et de plus tendre? Ne doivent-ils pas considérer que Jésus-Christ ne commande pas simplement qu'on se souvienne de lui, mais qu'on s'en souvienne en mangeant sa chair et son sang? Qu'on prenne garde à la suite et à la force de ses paroles. Il ne dit pas simplement, comme Messieurs de la religion prétendue réformée semblent l'entendre, que le pain et le vin de l'Eucharistie nous soient un mémorial de son corps et de son sang : ma'i il nous avertit qu'en faisant ce qu'il nous prescrit, c'està-dire, en prenant son corps et son sang, nous nous souvenionsde lui. Qu'ya-t-ilene£fetdepluspuissantpour nous en faire souvenir? Et si les enfants sesouviennentsi tendrement de leur père, et de ses bontés, lorsqu'ils s'approchent <lu tombeau oti son corps est enfermé, combien notre souvenir et notre amour doivent-ils être excités, lorsque nous tenons sous ces enveloppes sacrées, sous ce tombeau mystique, la propre chair de notre Sauveur immolé pour nous, celte chair vivante et vivifiante, et ce sang encore tout chaud par son amour, et tout plein d'esprit et de giâce? Que si nos adversaires continuent de nous dire que ce! ui qui nous commande de nous souvenir de luinenousdonne pas sa propre substance, il faudra enfin les prier de s'accorder
avec eux-mêmes. Ils protestent qu'ils ne nient pas dam i'Edcharislie la communication réelle de la propre sul)stance du Fils de Dieu. Si leurs paroles sont'sérieuses, si , leur doctrine n'est pas une illusion, il faut nécessairement qu'ils disent avec nous que le souvenir n'exclut pas toule sorte de présence, mais seulement celle qui frappe les sens. Leur réponse sera la nôtre, puisqu'en disant que Jésus-CHRisiest présent, nousreconnoissons en même temps qu'il ne l'est pas d'une manière sensible.
Et si l'on nous demande d'où vient que croyant, comme nous faisons, qu'il n'y a rien pour les sens dans ce saint mystère, nous ne croyons pas qu'il suffise que Ji^sus-Chbist y soit présent par la foi : il est aisé de répondre et de di'mêler cette équivoque. Autre chose est de dire que le Fils de Dieu nous soit présent par la foi; et autre chose, de dire que nous sachions par la foi qu'il est présent. La première façon de parler n'emporte qu'une présence morale ; la seconde nous en signifie une très-réelle, parce que la foi est très-véritable ; et celte présence réelle connue par la foi suffit pour opérer, dans le juste qui vit de foi, tous les effets que j'ai remarqués.
Mais pour ôter une fois toutes les équivoques, dont les calvinistes se servent en celte matière, et faire voir en même temps jusques à quel point ils se sont approchés de nous ; quoique je n'aie entrepris que d'expliquer la doctrine de l'Église, il sera bon d'ajouter ici l'exposition de leurs sentiments.
Leur doctrine a deux parties : l'une ne parle que de figure du corps et du sang; l'autre ne parle que de réalité du corps et du sang. Nous allons voir par ordre chacune ée ces parties.
Ils disent premièrement que ce grand miracle de la présenceréelleque nousadmettonsnesert de rien ; que c'est assez pour notre salut que Jésus-Gurist soit mort pour nous ;
que ce sacrifice nous est suffisamment appliqué par la foi; et que celle application nous est suffisamment certifiée par la parole de Dieu. Ils ajoutent que s'il faut revêtir celte parole de signes sensibles, il suffit de nous donner de simples symboles, tels que l'eau du baptême, sans qu'il soit nécessaire de faire descendre du ciel le corps et le sang de Jésus-Christ.
Il ne paroît rien de plus facile que cette manière d'expliquer le sacrement de la Cène. Cependant nos adversaires mêmes n'ont pas cru qu'ils dussent s'en contenter. Ils savent que de semblables imaginations ont fait nier aux Socinicns ce grand miracle de l'incarnation. Dieu, disent ces hérétiques, pouvoit nous sauver sans tant de détours ; il n'avoit qu'à nous remettre nos fautes ; et il pouvoit nous instruire suffisamment, tant pour la doctrine que pour les mœurs, par les paroleset par les exemples d'un homme plein du Sainl-Espril, sans qu'il fût besoin pour cela d'en faire un Dieu. Mais les calvinistes ont reconnu, aussi bien que nous, le foible de ces arguments, qui paroît premièrement en ce qu'il ne nous appartient pas de nier ou d'assurer les mystères, suivant qu'ils nous paroissent utiles ou inutiles pour notre salut. Dieu seul en sait le secret; et c'est ànous de les rendre utiles et salutaires pour nous, en les croyant corameil les propose, elen recevant ses grâces de la manière qu'il nous les présente. Secondement, sans entrer dans la question de savoir s'il étoit possible à Dieu de nous sauver par une autre voie que par l'incarnation et par la mort de sonFils, et sans nousjeler dans celte dispute inutile que messieurs de la religion prétendue réformée traitent si longuement dans leurs écoles, il suffit d'avoir appris par les saintes Écritures que le Fils de Dieu a voulu nous témoigner son amour par des effets incompréhensibles. Cet amour a été la cause de cette union si réelle, par laquelle il s'est fait homme. Cet amour l'a porté à immoler pour nous ce
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môme corps aussi réellement qu'il l'a pris. Tous ces desseins sont suivis, et cet amour se soutient pariout de la môme force. Ainsi quand il lui plaira de faire ressentir à chacun de ses enfants, en se donnant à lui en particulier, la bonté qu'il a témoignée à tous en général, il trouvera le moyen de se satisfaire par des choses aussi effectives que celles qu'il avoit déjà accomplies pour notre salut. C'est pourquoi il ne faut plus s'étonner, s'il donne à chacun de nous la propre substance de sa chair et de son sang. Il le fait pour nous imprimer dans le cœur que c'est pour nous qu'il les a pris et qu'il les a offerts en sacrifice. Ce qui précède nous rend toute cette suite croyable; l'ordre de ses mystères nous dispose à croire tout cela ; et sa parole expresse ne nous permet pas d'en douter.
Nos adversaires ont bien vu que de simples figures et de simples signes du corps et du sang ne conlcnleroienl pas les chrétiens, accoutumés aux bontés d'un Dieu qui se donne à nous si réellement. C'est pourquoi ils ne veulent pas qu'on les accuse de nier une participation réelle et substantielle de Jésus-Curist d uis leur Cène. Ils assurent, comme nous, qu'il nous y fait participants de sa propre substance; ils disent qu'il nous nourrit et vivifie de la substance de son corps et de son sang ; et jugeant que C6 ne seroit pas assez qu'il nous montrât par quelque signe, que nous eussions parla son sacrifice, ils disent expressément que le corps du Sauveur, qui nous est donné dans la Cène, nous le certifie : paroles très-remarquables que nous examinerons incontinent.
Yoilà donc le corps et le sang de Jésus Ciiiust présents dans nos mysières, de l'aveu des calvinistes : car ce qui est communiqué selon sapropjre substance doit être réellement présent. Il est vrai qu'ils expliquent celte communication en disant qu'elle se fait en esprit et par foi, mais il est vrai aussi qu'ils veulent qu'elle soit réelle. Et parce
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qu'il n'est pas possible de faire entendre qu'un corps qui ne nous est comm'jniqué qu'en esprit et par foi nous soit communi'jué réellement et en sa propre substance, ils n'ont pu demeurer fermes dans les deux parties d'une doctrine si contradictoire, et ils ont f'.lé obligés d'avouer deux cboses. qui ne peuvent être véritables qu'en suddosant ce que l'Église catholique enseigne.
La première est que Jésus-Christ nous est donné dans l'Eucharistie d'une manière qui ne convient ni au baptême, ni à la prédication de l'Évangile, et qui est toute propre à ce mystère. Nous allons voir la conséquence de ce principe, mais voyons auparavant comme il nous est accordé par Messieurs de la religion prétendue réformée.
Je ne rapporterai ici le témoignage d'aucun auteur particulier, mais les propres paroles de If ur catéchisme dans l'endroit oii il explique ce qui regarde la Cène. Il porte en termes formels, non-seulement que Jésis-Chf.ist nous est donné dans la Cène en vérité et selon sa propre svbîfancey mais qu encore qu'il nous soit vraiment communiqué et par le baptême et par l'Écangile. toutefois ce n est qu en partie^ et non pleinement . D'oij il suit qu'il nous est donné dans la Cène pleinement, et non en partie.
11 y a une extrême différence entre recevoir en partie et recevoir pleinement. Si donc on reçoit Jésus-Chbist partout ailleurs en partie, et qu'il n'y ait que dans la Cène où on le reçoive pleinement, il s'ensuit, du consentement do nos adversaires, qu'il faut chercher dans la Cène une participation qui soit propre à ce mystère, et qui ne convienne pas au baptême et à la prédication; mais en même temps il s'ensuit aussi que cette participation n'est pas attachée à la foi, puisque la foi, se répandant généralement dans toutes les actions du chrétien, se trouve dans i.i prédication et dans le baptême aussi bien que dans la Cène. En effet, il e^t remarquable que quelque désir qu'aient
eu les prétendus réformateurs, d'égaler le baptême et la prédication à la Cène, en ce que Jésus-Christ nous y est vraiment communiqué, ils n'ont osé dire dans leur catéchisme que Jésus-Christ nous lût donné en sa propre substance dans le baptême et dans la prédication, comme ils l'ont dit de la Cène. Ils ont donc vu qu'ils ne pouvoient s'empêcher d'attribuer à la Gène une manière de posséder Jésus GnaiST qui fût particulière à ce sacrement, et que la foi, qui est commune à toutes les actions du chrétien, ne pouvoit être cette manière particulière. Or celte manière particulière de posséder Jésus Cerist dans la Cène doit aussi être réelle, puisqu'elle donne aux fidèles la propre substance du corps et du sang de Jésus- Christ. Tellement qu'il faut conclure des choses qu'ils nous accordent, qu'il y a dans l'Eucharistie une manière réelle de recevoir le corps et le sang de notre Sauveur qui ne se fait pas par la foi; et c'est ce que l'Église catholique enseigne.
La seconde chose accordée par les prétendus réformateurs est tirée de l'article qui suit immédiatement celui que j'ai déj^ cité de leur catéchisme : c'est que le corps du Seigneur Jksus, en tant quil a une fois été offert en sacrifice pour nous réconcilier à. Dieu, nous est maintenant donné pour nous certifier que nous avons part à celte réconciliation.
Si ces paroles ont quehjue sens, si elles ne sont point un son inutile et un vain amusement, elles doivent nous faire entendre que Jésus-Christ ne nous donne pas un symbole seulement, mais son propre corps, pour nous certifier que nous avons part à son sacrifice, et à la réconciliation du genre humain. Or, si laréception du corps de Noire-Seigneur nous certifie la participation au fruit de sa mort, il faut nécessairement que cette participation au fruit soit distinguée de la réception du corps, puisque l'une est le gage de l'autre. D'où, passant plus avant, je
dis que si nos adversaires sont contraints de distinguer dans la Cène la participation au corps du Sauveur d'avec la participation au fruit et à la grâce de son sacrifice, il faut aussi qu'ils distinguent la participation à ce divin corps d'avec tonte la participation qui se fait spirituellement et par la foi. Car cette dernière participation ne leur fournira jamais deux actions distinguées, par l'une desquelles ils reçoivent le corps du Sauveur, et par l'autre le fruit de son sacrifice ; nul homme ne pouvant concevoir quelle différence il y a entre participer par la foi au corps du Sauveur et participer par la foi au fruit de sa mort. Il faut donc qu'ils reconnoissent qu'outre la communion, par laquelle nous participons spirituellement au corps de notre Sauveur et à son esprit tout ensemble en recevant le fruit de sa mort, il y a encore une communion réelle au corps du même Sauveur, qui nous est un gage certain que l'autre nous est assurée, si noiis n'empêchons l'effet d'une telle grâce par nos mauvaises dispositions. Cela est nécessairement enfermé dans les principes dont ils conviennent ; et jamais ils n'expliqueront cette vérité d'une manière tant soit peu solide, s'ils ne reviennent au sentiment de l'Église.
Qui n'admirera ici la force de la vérité ? Tout ce qui suit des principes avoués par nos adversaires s'entend parfaitement dans le sentiment de l'Église. Les catholiques les moins instruits conçoivent sans aucune peine qu'il y a dans l'Eucharistie une communion avec JÉSDS-CnRiST, que nous ne trouvons nulle part ailleurs. Il leur est aisé d'entendre que son corps nous est donné, pour nous certifier que nous avons part à son sacrifice et à sa mort. Ils distinguent nettement ces deux façons nécessaires de nous unir à Jésds-Christ : l'une, en recevant sa propre chair ; l'autre, en recevant son esprit ; dont la première nous est accorliée comme un gage certain de la seconde. Mais comme
ces choses sont inexplicables dans le sentiment de nos adversaires, quoique d'ailleurs ils ne puissent les désavouer, il faut conclure nécessairement que l'erreur les a jetés dans une contradiction manifeste.
Je me suis souvent étonné de ce qu'ils n'ont pas expliqué leur doctrine d'une manière plus simple. Que n'ont-ils toujours persisté à dire, sans tant de façons, que Jésus-Christ ayant répandu son sang pour nous, nous avoil représenté cette effusion, en nous donnant deux signes distincts du corps et du sang; qu'il avoit bien voulu donner à ces signes le nom de la chose même ; que ces signes sacrés nous éloient des gages que nous participions au fruit de sa mort, et que nous étions nourris spirituellement par la vertu de son corps et de son sang. Après avoir fait tant d'efforts pour prouver que les signes reçoivent le nom de la chose, et que pour cette raison le signe du corps a pu être appelé le corps, toute cette suite de doctrine les obligeoit naturellement à s'en tenir là. Pour rendre ces signes efficaces, il suffisoit que la grâce de la rédemption y fût attachée, ou plutôt, selon leurs principes, qu'elle nous y fût confirmée. 11 ne falloit point se tourmenter, comme Ms ont fait, à nous faire entendre que nous recevons le propre corps du Sauveur, pour nous certifier que nous participons à la grâne de sa mort. Ces messieurs s'étoient bien contentés d'avoir dans l'eau du baptême un signe du sang qui nous lave; et ils ne s'étoient point avisés de dire que nous y reçussions la propre substance du sang du Sauveur, pour nous certifier que sa vertu s'y déploie sur nous. S'ils avoient raisonné de même dans la matière de l'Eucharistie, leur doctrine en auroit été moins embarrassée. Mais ceux qui inventent et qui innovent, ne peuvent pas dire tout ce qu'ils veulent. Ils trouvent des vérités constantes, et des maximes établies qui les incommodent, et qui les obligent à forcer leurs
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pensées. Les Ariens eussent bien voulu ne pas donner au Sauveur le nom de Dieu et de Fils unique. Les Nestoriens n'admetloient qu'à regret en Jésus-Christ celle je ne sais quelle unité de personne que nous voyons dans leurs écrils. Les Pélagiens, qui nioient le péché originel, eussent nié aussi volontaireuient que le baptême dùl être donné aux petits enfants en rémissio i des péchés ; par ce moyen ils se seroient débarrassés de l'argument que les Catholiques tiroient de cette pratique pour prouver le péché originel. Mais, comme je viens de dire, ceux qui trouvent quelque chose d'établi n'ont pas la hardiesse de tout renverser. Que les Calvinistes nous avo-ient de bonne foi la vérité : ils eussent été fort disposés ;\ reconnaître seulement dans l'Eucharistie le corps de Jésus-Chhist en figure, et la seule participation de son esprit en effet, laissant à part ces grands mots de participation de propre substance, et tant d'autres qui marquent une présence réelle et qui ne font que les embarrasser. Il auroit été assez de leur goût de ne confesser dans la Cène aucune communion avec Jésus-Christ, que celle qui se trouve dans la prédication et dans le baptême, sans nous aller dire, comme ils ont fait, que dans la Gène on le reçoit pleinement, et ailleurs seulement en partie. Mais quoique ce fût là leur inclination, la force des paroles y résistoit. Le Sauveur ayant dit si précisément de l'Eucharistie, ceci est mon corps, ceci est mon sang ; ce qu'il n'a jamais dit de nulle autre chose, ni en nulle autre rencontre : quelle apparence de rendre commun à toutes les actions du chrétien, ce que sa parole expresse attache à un sacrement particulier? Et puis, tout l'ordre des conseils divins, la suite des mystères et de la doctrine, l'intention de Jésus- Christ dans la Cène, les paroles mêmes dont il s'est servi, et l'impression qu'elles font naturellement dans l'esprit des fidèles ne donnent que des idées de réalité. C'est pour-
quoi il a fallu que nos adversaires trouvassent des mots dont le son du moins donnât quelque idée confuse de celle réalité. Quand on s'attache, ou tout à fait à la foi, comme font les catholiques, ou tout à fait à la raison humaine, comme font les infidèles, on peut établir une suite et faire comme un plan uni de doctrine. Mais quand on veut faire un composé de l'un et de l'autre, on dit toujours plus qu'on ne voudroit dire, et ensuite on tombe dans des opinions dont les seules contrariétés font voir la fausseté toute manifeste.
C'est ce qui esl arrivé à Messieurs de la religion prétendue réformée ; et Dieu l'a permis de la sorte, pour faciliter leur retour à l'unité catholique. Car, puisque leur propre expérience leur fait voir qu'il faut nécessairement parler comme nous, pour parler le langage de la vérité ; ne devroient-ils pas juger qu'il faut penser comme nous pour la bien entendre ? S'ils remarquent dans leur propre créance des choses qui n'ont aucun sens que dans la nôtre: n'en est-ce pas assez pour les convamcre que la vérité n'est en son entier que parmi nous? et ces parcelles détachées delà doctrine catholique qui paroissenldeçà et delà dans leur catéchisme, mais qui demandent, pour ainsi dire, d'être réunies à leur tout, ne doivent-elles pas leur faire chercher dans la communion de l'Église la pleine et entière explication du mystère de l'Eucharislie ? Ils y viendroient sans doute, si les raisonnements humains n'emharrassoient leur foi trop dépendante des sens. Mais, après leur avoir montré quel fruit ils doivent tirer de l'exposition de leur doctrine, achevons d'expliquer la nôtre.
Puisqu'il étoit convenable, ainsi qu'il a été dit, que les sens n'aperçussent rien dans ce mystère de foi, il ne falloit pas qu'il y eût rien de changé à leur égard dans le pain et dans le vin de l'Eucharistie. C'est pourquoi comme
on aperçoit les mômes espèces, et qu'on ressent les mômes effets qu'auparavant dans ce sacrement, il ne faut pas sïtonner si on lui donne quelquefois, et en un certain sens, le môme nom. Cependant la foi attentive à la parole de celui qui fait tout ce qui lui plaît dans le ciel et dans la terre, ne reconnoît plus ici d'autre substance que celle qui est désignée par cette même parole, c'est-à-dire le propre corps et le propre sang de JÉsus-CaRisT, auxquels le pain et le vin sont changés : c'est ce qu'on appelle Transsubstantiation.
Au reste, la vérité que contient l'Eucharistie dans ce qu'elle a d'intérieur, n'empêche pas qu'elle ne soit un signe dans ce qu'elle a d'extérieur et de sensible; mais un signe de telle nature, que bien loin d'exclure la réalité, il l'emporte nécessairement avec soi, puisqu'en effet cette parole, ceci est mon corps, prononcée sur la matière que Jésus-Christ a choisie, nous est un signe certain qu'il est présent : et quoique les choses paroissent toujours les mêmes à nos sens, notre âme en juge autrement qu'elle ne feroit, si une autorité supérieure n'étoitpas intervenue. Au lieu donc que de certaines espèces et une certaine suite d'impressions naturelles qui se font en nos corps ont accoutumé de nous désigner la substance du pain et du vin, l'autorité de celui à qui nous croyons fait que ces mêmes espèces commencent à nous désigner une autre substance. Car nous écoutons celui qui dit que ce que nous prenons, et ce que nous mangeons est son corps; et telle est la force de cette parole, qu'elle empêche que nous ne rap portions à la substance du pain ces apparences extérieures, et nous les fait rapporter au corps de Jésus-Christ présent : de sorte que la présence d'un objet si adorabl nous étant certifiée par ce signe, nous n'hésitons pas à y porter nos adorations.
Je ne m'arrête pas sur le point de Vadoration, parce que
les plus doctes et les plus sensés de nos adversaires nous ont accordé il y a longtemps que la présence de JÉsus- Cdrist dans l'Eucharistie doit porter à l'adoration ceux qui en sont persuadés.
Au reste, étant une fois convaincus que les paroles toutes-puissantes du Fils de Dieu opèrent tout ce qu'elles énoncent, nous croyons avec raison qu'elles eurent leur effet dans la Cène aussitôt qu'elles furent proférées; et par une suite nécessaire, nous reconnoissons la présence réelle du corps avant la manducation.
Ces choses étant supposées, le sacrilice que nous reconnoissons dans l'Eucharistie n'a plus aucune difOculté particulière.
Nous avons rem irqué deux actions dans ce mystère, qui ne laissent pas d'être distinctes, quoique l'une se rapporte à l'autre. La première est la consécration, par laquelle le pain et le vin sont changés au corps et au sang; et la seconde est la manducation, par laquelle on y participe.
Dans la consécration, le corps et le sang sont mystiquement séparés, parce que Jésus-Christ a dit séparément : ceci est mon corps, ceci est mon sang^ ce qui enferme une vive et efficace représentation de la mort violente qu'il a soufferte.
Ainsi le Fils de Dieu est mis sur la sainte table, en vertu de ces paroles, revêtu des signes qui représentent sa mort : c'est ce qu'opère la consécration ; et cette action religieuse porte avec soi la reconnoissance de la souveraineté de Dieu, en tant que Jésus-Christ présent y renouvelle et perpétue en quelque sorte la mémoire de son obéissance jusqu'à la mort de la Croix; si bien que rien ne lui manque pour être un véritable sacrifice.
On ne peut douter que cette action, comme distincte de la manducation, ne soit d'elle-même agréable à Dieu, et ne l'oblige à nous regarder d'un œil plus propice, parce
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qu'elle lui remet devant les yeux la mort volontaire que son Fils bien-aimé a soufferte pour les pécheurs ; on plutôt elle lui remet devant les yeux son Fils même sous les signes de cette mort, par laquelle il a été apaisé.
Tous les chrétiens confesseront que la seule présence de Jésus-Christ est une manière d'intercession très- puissante devant Dieu pour tout le genre humain, selon ce que dit l'Apôtre, que Jésus-Christ se présente et paraît pour nous devant la face de Dieu. Ainsi nous croyons que Jésus-Christ présent sur la sainte table en cette figure de mort intercède pour nous, et représente continuellement à son Père la mort qu'il a soufferte pour son Église.
C'est en ce sens que nous disons que Jésus-Christ s'offre à Dieu pour nous dans l'Eucharistie : c'est en celte manière que nous pensons que cette oblalion fait que Dieu nous devient plus propice; et c'est pourquoi nous l'appelons propitiatoire.
Lorsque nous considérons ce qu'opère Jésus-Christ dans ce mystère, et que nous le voyons par la foi présent actuellement sur la sainte table avec ce^ signes de mort, nous nous unissons à lui en cet étal; nous le présentons à Dieu comme notre unique victime, et notre u.uque propiliateur p:ir son sang, protestant que nous n'avons rien à offrir à Dieu que Jésus-Christ, et le mérite infini de sa mort. Nous consacrons toutes nos prières par cette divine offrande, et en présentant Jésus Christ à Dieu, nous apprenons en même temps à nous offrir à la majesté divine en lui et par lui comme des hosties vivantes.
Tel est le sacrifice des chrétiens, infiniment différent de celui qui se pratiquoit dans la loi : sacrifice spirituel et digne de la nouvelle alliance, oh la victime présente n'est aperçue que pa" !a foi, où le glaive est la parole qui sépare mystiquement le corps et le sang, où ce sang par conséquent n'est répandu qu'en mystère, et où la mortn'in
tervient que par représentation : sacrifice néanmoins trèsvéritable, en ce que Jésus-Christ y est véritablement contenn et présenté à Dieu sous cette figure de mort : mais sacrifice de commémoration qui, bien loin de nous détacher, comme on nous l'objecte, du sacrifice de la Croix, nous y attache par toutes ses circonstances, puisque nonseulement il s'y rapporte tout entier, mais qu'en effet il n'est et ne subsiste que par ce rapport, et qu'il en tire toute sa vertu.
C'est la doctrine expresse de l'Église catholique dans le concile de Trente, qui enseigne que ce sacrifice n'est institué, qn'ofn de représenter celui qui a été une fois accompli en la Croix; d'en faire durer la mémoire jusqu'à la fin des siècles; et de nous en appliquer la ve?'tu salutaire pour la rémission des péchés quen 'Us ommettons tous les Jours. Ainsi, loin de croire qu'il manque quelque chose au sacrifice de la Croix, l'Église au contraire le croit si parfait et si pleinement suffisant, que tout ce qui se fait ensuite n'est plus établi que pour en célébrer la mémoire, et pour en appliquer la vertu.
Par là cette même Église reconnoît que tout le mérite de la rédemption du genre humain est attaché à la mort du Fils de Dieu ; et on doit avoir compris par toutes les choses qui ont été exposées, que lorsque nous disons à Dieu dans la célébration des divins mystères : nous vous présentons cette hostie sainte, nous ne prétendons point par cette oblation faire ou présenter à Dieu un nouveau payement du prix de notre salut, mais employer auprès de lui les mérites de Jésus-Christ présent, et le prix infini qu'il a payé une fois pour nous en la Croix.
Messieurs de la religion prétendue réformée ne croient point offenser Jésus-Chiust, en l'offrant à Dieu coinme présent à leur foi ; et s'ils croyaient qu'il fût présenten effet, quelle répugnance auroient-ils à l'offrir comme étant
efFectîvement présent? Ainsi toute la dispute devroit de bonne foi être réduite à la seule présence.
Après cela, toutes ces fausses idées que Messieurs de la religion prétendue réformée se font du sacrifice que nous offrons, devroient s'effacer. Ils devroient reconnoître franchement que les catholiques ne prétendent pas se faire une nouvelle propitiation, pour apaiser Dieu de nouveau, comme s'il ne l'étoit pas suffisamment par le sacrifice de la Croix, ou pour ajouter quelque supplément au prix de notre salut, comme s'il étoit imparfait. Toutes ces choses n'ont point de lieu dans notre doctrine, puisque tout se fait ici par forme d'intercession et d'application, en la manière qui vient d'être expliquée.
Après celte explication, ces grandes objections qu'on tire de l'Épîlre aux Hébreux, et qu'on fait tant valoir contre nous, paroîtront peu raisonnables; et c'est en vain qu'on s'efforce de prouver par le sentiment de l'Apôtre, que nous anéantissons le sacrifice de la Croix. Mais comme la preuve la plus certaine qu'on puisse avoir que deux doctrines ne sont point -opposées, est de reconnoître en les expliquant, qu'aucune des propositions de l'une n'est contraire aux propositions de l'autre : je crois devoir en cet endroit exposer sommairement la doctrine de l'Épitre aux Hébreux.
L'Apôtre a dessein en cette Épître de nous enseig 'er que le pécheur ne pouvoit éviter la mort, qu'en subrogeant en sa place quelqu'un qui mourût pour lui; (}iie tant que les hommes n'ont mis en leur place que des animaux égorgés, leurs sacrifices n'opéroient autre chose qu'une reconnoissance publique qu'ils méritoient la mort"; et que la justice divine ne pouvant pas être salisfiite d'un échange si inégal, on recommençoit tous les jours à égorger des victimes; ce qui étoit une marque certaine de l'insuffisance de cette subrogation : mais que depuis que Je-
susCRBifiT avoit voulu mourir pour les pécheurs, Dieu, satisfait de la subrogation volontaire d'une si digne personne, n'avoit plus rien à exiger pour le prix de notre rachat^ d'où l'Apôtre conclut, que non-seulement on ne doit plus immoler d'autre victime après Jésus-Christ, mais que Jésus-Christ môme ne doit être offert qu'une seule fois à la mort.
Que le lecteur soigneux de son salut, et ami de la vérité, repasse maintenant dans son esprit ce que nous avons dit de la manière dont Jésus-Christ s'offre pour nous à Dieu dans l'Eucharistie; je m'assure qu'il n'y trouvera aucunes propositions qui soient contraires à celle? que je viens de rapporter de l'Apôtre, ou qui affoiblissent sa preuve : de sorte qu'on ne pourroit tout au plus nous objecter que son silence. Mais ceux qui voudront considérer la sage dispensation que Dieu fait de ses secrets dans les divers livres de son Écriture, ne voudront pas nous astreindre à recevoir de la seule Épilre aux Hébreux toute notre instruction sur une matière qni n'étoit point nécessaire au sujet de celte Épîlre, puisque l'Apôtre se propose d'y expliquer la perfection du sacrifice de la Croix, et non les moyens différents que Dieu nous a donnés pour nous l'appliquer.
Et pour ôter toute équivoque, si l'on prend le mot offrh\ comme il est pris dans cette Épître, au sens qui emporte la mort actuelle de la victime, nous confesserons hautement que Jésus-Christ n'est plus offert, ni dans l'Eucharistie, ni ailleurs. Mais ce même mot a une signification plus étendue dans les autres endroits de l'Écriture, oh il est souvent dit qu'on offre à Dieu ce qu'on présente devant lui; l'Église, qui forme son langage et sa doctrine, non sur la seule Épître aux Hébreux, mais sur le corps des Écritures, ne craint point de dire que Jésus-Curist s'offre à Dieu partout oh il paroît pour nous à sa face, et
qu'il s'y offre par conséquent dans l'Eucharistie, suivant les expressions des Saints Pères.
De penser maintenant que celte manière dont Jésus- Christ se présente à Dieu, fasse tort au sacrifice de la Croix, c'est ce qui ne se peut en façon quelconque, si l'on ne veut renverser toute l'Écriture, et particulièrement cette môme Epître que l'on veut tant nous opposer. Car il faudroit conclure par même raison, que lorsque Jésus- Christ se dévoue à Dieu en entrant au monde, pour se mettre à la place des victimes qui ne lui ont pas plu ^ il fait tort à l'action par laquelle il se dévoue sur la Croix; que lorsqu'il continue de paroîire pour nous devant Dieu, il affoiblit l'oblation, par laquelle il a paru une fois par l'immolation de lui-même; et que ne cessant d'intercéder pour nous, il accuse d'insuffisance l'inlercession qu'il a faite en mourant avec ta7it de larines et de si grands cris.
Tout cela seroit ridicule. C'est pourquoi il faut entendre que Jésus- Christ, qui s'est une fois olfert pour être l'humble victime de la justice divine, ne cesse de s'offrir pour nous ; que la perfection infinie du sacrifice de la Croix consiste en ce que tout qui le précède, aussi bien que ce qui le suit, s'y rapporte entièrement; que comme ce qui le précède en est la préparation, ce qui le suit en est la consommation et l'application : qu'à la vérité le payement du prix de notre rachat ne se réitère plus, parce qu'il a été bien fait la première fois; mais que ce qui nous applique celte rédemption se continue sans cesse ; qu'enfin il faut savoir distinguer les choses qui se réitèrent comme imparfaites, de celles qui se continuent comme parfaites et nécessaires.
Nous conjurons Messieurs de la religion prétendue réformée de faire un peu de réflexion sur les choses que nous avons dites de l'Eucharistie.
La doctrine de la présence réelle en a été îe fondement
nécessaire. Ce fondement nous est conleilé par les calvinistes. 11 n'y a rien qui paroisse plus important dans nos controverses, puisqu'il s'agit de la présence de Jésus- Christ môme; il n'y a rien que nos adversaires trouvent plus difficile à croire; il n'y a rien en quoi nous soyons si effectivement opposés.
Dans la plupart des autres disputes, quand ces JMessieurs nous écoutent paisiblement, ils trouve-nt que les difficultés s'aplanissent, et que souvent ils sont plus choqués des mots que des choses. Au contraire sur ce sujet nous convenons d'avanlage de la façon de parler, puisqu'on entend de part et d'autre ces mots de participation réelle, et autres semblables. Mais plus nous nous expliquons à fond, plus nous nous trouvons contraires, parce que nos adversaires ne reçoivent pas toutes les suites des vérités qu'ils ont reconnues, rebwtés, comme j'ai dit, des difficultés que les sens et la raison humaine trouvent dans ces conséquences.
C'est donc ici, à vrai dire, la plus importante et la plus difficile de nos controverses, et celle où nous sommes en effet le plus éloignés.
Cependant Dieu a permis que les luthériens soient demeurés aussi attachés à la créance de la réalité, que nous ; et il a permis encore que les calvinistes aient déclaré que cette doctrine n'a aucun venin ; qu'elle ne renverse pas le fondement du salut et de la foi; et qu'elle ne doit pas rompre la communion entre les frères.
Que ceux de Messieurs de la religion prétendue réformée, qui pensent sérieusement à leur salut, se rendent ici attentifs à l'ordre que tient la divine Providence, pour les rapprocher insensiblement de nous et de la vérité. On peut, ou dissiper tout à fait, ou réduire à très-peu de chose les autres sujets de leurs plaintes, pourvu qu'on s'explique. En celle-ci, qu'on ne peut espérer de vaincre
par ce moyen, ils ont eux-mêmes levé la principale diflicullé, en déclarant que cette doctrine n'est pas contraire au salut, et aux fondements de la religion.
11 est vrai que les Luthériens, quoique d'accord avec nous du fondement de la réalité, n'en reçoivent pas toutes les suites. Ils mettent le pain avec le corps de Jésus- Christ : quelques-uns d'eux rejettent l'adoration ; ils semblent ne reconnoîlre la présence que dans l'usage. Mais aucune subtilité des ministres ne pourra jamais persuader aux gens de bon sens que, supportant la réalité, qui est le point le plus important et le plus difûcile, on ne doive supporter le reste.
De plus, cetle même Providence, qui travaille secrètement à nous rapprocher, et pose des fondements de réoonciliation et de paix au milieu des aigreurs et des disputes, a permis encore que les calvinistes soient demeurés ifaccord que, supposé qu'il faille prendre à la lettre ces paroles, ceci est mon corps, les catholiques raisonnent mieux et plus conséquemment que les luthériens.
Si je ne rapporte point les passages qui ont été tant de fois cités en cette matière, on me le pardonnera facilement, puisque tous ceux qui ne sont point opiniâtres, nous accorderont sans peine que la réalité étant supposée, notre doctrine ezi celle qui se suit le mieux.
C'est donc une vérité établie, que notre doctrine en ce point ne contient que la réalité bien entendue. Mais il n'en faut pas demeurer là, et nous prions les prétendus réformés de considérer que nous n'employons pas d'autres choses pour expliquer le sacrifice de l'Eucharistie, que celles qui sont enfermées nécessairement dans cette réalité.
Si l'on nous demande, après cela, d*où vient donc que les Luthériens, qui croient la réalité, rejettent néanmoins ce sacrifice, qui selon nous n'en est qu'une suite : nous ré-
pondrons en un mot, qu'il faut mettre celte doctrine parmi les autres conséquences de In présence réelle, que ces mCmes Luthériens n'ont pas entendues, et que nous avons mieux pénétrées qu'eux, de l'aveu même des calvinistes.
Si nos explications persuadent à ces derniers que notre doctrine sur le sacritice est enfermée dans celle de la réalité, ils doivent voir clairement que cette grande dispute du sacrifice de la messe, qui a rempli tant de volumes, et qui a donné lieu à tant d'invectives, doit être dorénavant retranchée du corps de leurs controverses, puisque ce point n'a plus aucune difficulté particulière ; et (ce qui est bien plus important) que ce sacrifice, pour lequel ils ont tant de répugnance, n'est qu'une suite nécessaire et une explication naturelle d'une doctrine qui selon eux n'a aucun venin. Qu'ils s'examinent maintenant eux-mêmes, et qu'ils voient après cela devant Dieu s'ils ont autant de raison qu'ils pensent en avoir de s'être retirés des autels où leurs pères ont reçu le pain de vie.
Il reste encore une conséquence de cette doctrine à examiner, qui est que Jésus-Christ étant réellement présent dans ce sacrement, la grâce et la bénédiction n'est pas attachée aux espèces sensibles, mais à la propre substance de sa chair qui est vivante et vivifiante, à cause de la divinité qui lui est unie. C'est pourquoi tous ceux qui croient la réalité ne doivent point avoir de peine à ne communier que sous une espèce, puisqu'ils y reçoivent tout ce qui est essentiel à ce sacrement, avec une plénitude d'autant plus certaine, que la séparation du corps et du sang n'étant pas réelle, ainsi qu'il a été dit, on reçoit entièrement et sans division celui qui est seul capable de nous rassasier.
Voilà le fondement solide sur lequel l'Église, interprétant le précepte de la communion, a déclaré que l'on pouvoit recevoir la sanctification que ce sacrement apporte
SOUS une seule espèce; et si elle a réduit les fidèles à celte seule espèce, ce n'a pas été par mépris de l'autre, puisqu'elle l'a fait au contraire pour empocher les irrévérences que la confusion et la négligence des peuples avoit causées dans les derniers temps, se réservant le rétablissement de la communion sous les deux espèces, suivant que cela sera plus utile pour la paix et pour l'unité.
Les théologiens catholiques ont fait voir à Messieurs de la religion prétendue réformée qu'ils ont eux-mêmes usé de plusieurs interprétations semblables à celle-ci, en ce qui regarde l'usage des sacrements; mais surtout on a eu raison de remarquer celle qui est tirée du chapitre XII de leur Discipline, lit. de la Cène, art. 7, oii ces paroles sont écrites : On doit administrer le pain de la Chne à ceux qui ne peuvent boire de vin, en faisant protestation que ce nest par mépins, et faisant tel effort qu'ils pourront, même approchant la coupe de la bouche tant quils pourront, pour obvier à tout scandale. Ils ont jugé par ce règlement que les deux espèces n'étoient pas essentielles à la communion par l'i.istilulion de Jésus-Corist, autrement il eût fallu refuser tout à fait le sacrement à ceux qui n'eussent pas pu le recevoir tout entier, et non pas le leur donner d'une manière contraire à celle que Jésus-Christ auroit commandée; en ce cas leur impuissance leur au* roit servi d'excuse. Mais nos adversaires ont cru que la rigueur seroit excessive, si l'on n'accordoit du moins une des espèces à ceux qui ne pouri oient recevoir l'autre; et comme cette condescendance n'a aucun fondement dans les Écritures, il faut qu'ils reconnoissent avec nous que les paroles par lesquelles Jésus-Christ nous propose les deux espèces sont sujettes à quelque interprétation, et que cette interprétation se doit faire par l'autorité de l'Église.
Au reste, il pourroit sembler que cet article de leur
Discipline, qui est du synode de Poitiers tenu en 1560, aui'oit été réformé par le synode do Verlueil tenu en lî;57 , oÏjl il est porté que la compagnie n'est pas d'avis qu'on adiiiinistre le pain à ceux qui ne voudront recevoir la coupe. Ces deux synodes néanmoins ne sont nullement opposés. Celui de Verlueil parle de ceux qui ne veulent pas recevoir la coupe, et celui de Poitiers parle de ceux qui ne le peuvent pas. En effet, nonobstant le synode de Vertueil, l'article est demeuré dans la Discipline, et même a été approuvé par un synode postérieur à celui de Vertueil, c'est-à-dire par le synode de la Rochelle de 1571, oîî l'article fut revu et mis en l'état qu'il est.
Mais (juand les synodes de Messieurs de la religion prétendue réformée auroient varié dans leurs seiitinvenls, cela ne serviroit qu'à faire voir que la chose dont il s'agit ne regarde pas la foi, et qu'elle est de celles dont l'Église peut disposer selon leurs principes.
Il ne reste plus qu'à exposer ce que les catholiques croient touchant la parole de Dieu et touchant l'autorité de l'Église.
Jésus-Christ ayant fondé son Église sur la prédication, la parole non écrite a été la première règle du christianisme, et lorsque les Écritures du Nouveau Testament y o^t été jointes, cette parole n'a pas perdu pour cela son autorité : ce qui fait que nous recevons avec une pareille vénération tout ce qui a élé enseigné par les apôtres, soit par écrit, soit de vive voix, selon que saint Paul môme l'a expressément déclaré. Et la marque certaine qu'une doctrine vient des apôtres est lorsqu'elle est embrassée par toutes les Églises chrétiennes sans qu'on en puisse marquer le commencement. Nous ne pouvons nous empêcher de recevoir tout ce qui est établi de la sorte, avec la soumission qui est due à l'autorité divine; et nous sommes persuadés que ceux de Messieurs de la rehgioa
prétendue réformée qui ne sont pas opiniâtres ont ce même sentiment au fond du cœur, n'étant pas possible de croire qu'une doctrine reçue dès le coramencemenl de rÉglise vienne d'une autre source que des apôtres. C'est pourquoi nos adversaires ne doivent pas s'étonner si, étant soigneux de recueillir tout ce que nos pères nous ont laissé, nous conservons le dépôt de la tradition aussi bien que celui des Écritures.
L'Église étant éiablie de Dieu, pour être gardienne des Écritures et de la tradition, nous recevons de sa main les Écritures canoniques; et quoi que disent nos adversaires, nous croyons que c'est principalement son autorité qui les détermine à révérer comme des livres divins le Cantique des cantiqu s, qui a si peu de marques sensibles d'inspiration prophétique; l'Épître de saint Jacques, que Luther a rejelée, et celle de saint Jude, qui pourroit paroître suspecte à cause de quelques livres apocryphes qui y sont allégués. Enfin ce ne peut être que par cette autorité qu'ils reçoivent tout le corps des Écritures saintes, que les chrétiens écoutent comme divines avant même que la lecture leur ait fait ressentir l'Esprit de Dieu dans ces livres.
Étant donc liés inséparablement comme nous le sommes à la sainte autorité de l'Église, par le moyen des Écritures que nous recevons de sa main, nous apprenons aussi d'elle la tradition, et par le moyen de la tradition le sens véritable des Écritures. C'est pourquoi l'Église professe qu'elle ne dit rien d'elle-même, et qu'elle n'invente rien de nouveau dans la doctrine : elle ne fait que suivre et déclarer la révélation divine par la direction intérieure du Saint-Esprit qui lui est donné pour docteur.
Que le Sainl-E>pril s'explique par elle, la dispute qui s'éleva sur le sujet des cérémonies de la loi, du temps même des apôtres, le fait paroltre; et leurs actes ont ap-
pris à tous les siècles suivants, par la manière dont fut décidée celle première contestation, de quelle autorité se doivent terminer toutes les autres. Ainsi tant qu'il y aura des disputes qui partageront les fidèles, TÉglise interposera son autorité, et ses pasteurs assemblés diront après les apôtres : // a semblé bon au Saint-Fsprù et à nous. Et quand elle aura parlé, on enseignera à ses enfants qu'ils ne doivent pas examiner de nouveau les articles qui auront été résolus, mais qu'ils doivent recevoir humblement ses décisions. En cela on suivra l'exemple de saint Paul et de Silas, qui portèrent aux fidèles ce premier jugement des apôtres, et qui, loin de leur permettre une nouvelle discussion de ce qu'on avoil décidé, afloient par les villes, leur enseignant de gaixkr les ordonnances des apôtres.
C'est ainsi que les enfants de Dieu acquiescent au jugement de l'Église, croyant avoir entendu par sa bouche l'oracle du Saint-Esprit; et c'est à cause de cette croyance, qu'après avoir dit dans le symbole, je crois au Saint-Esprit, nous ajoutons inconlinenl après, la sainte Église catholique, par où nous nous obligeons à reconnoître une vérité infaillible et perpétuelle dans rÉi;lise universelle, puisque celte même Église que nous croyons dans tous les temps, cesseroit d'êlre Église si elle cessoil d'enseigner la vérité révélée de Dieu. Ainsi ceux qui appréhendent qu'elle n'abuse de son-pouvoir pour établir le mensonge, n'ont pas de foi en celui par qui elle est gouvernée.
El quand nos adversaires voudroienl regarder les choses d'une façon plus humaine, ils seroienl obligés d'avouer que l'Église catholique, loin de se vouloir rendre maîtresse de sa foi, comme ils l'en ont accusée, a fait au contraire tout ce qu'elle a pu pour se lier elle-même et pour s'ôler tous les moyens d'innover, puisque non-seulement elle se soumet à l'Écriture sainte, mais que, pour bannir à jamais les inlerprélalions arbitraires, qui font passer les
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pensées des hommes pour l'Écriture, elle s'est obligée de l'entendre, en ce qui regarde la foi et les mœurs, suivant le sens des saints Pères, dont elle professe de ne se départir jamais, déclarant par tous ses conciles et par toutes les professions de foi qu'elle a publiées, qu'elle ne reçoit aucun dogme qui ne soit conforme à la tradition de tous les siècles précédents.
Au reste, si nos adversaires consultent leur conscience, ils trouveront que le nom d'Église a plus d'autorité sur €ux qu'ils n'osent l'avouer dans les dispu tes ; et je ne crois pas qu'il y ait parmi eux aucun homme de bon sens qui, se voyant tout seul d'un sentiment, pour évident qu'il lui semblât, n'eût horreur de sa singularité, tant il est vrai que les hommes ont besoin en ces matières d'être soutenus dans leurs sentiments par l'autorité de quelque société qui pense la même chose qu'eux. C'est pourquoi Dieu, qui nous a faits et qui connoît ce qui nous est propre, a voulu pour notre bien que tous les particuliers fussent assujettis à l'aulorité de son Église, qui de toutes les autorités est sans doute la mieux établie. En effet, elle est établie, nonseulement parle témoignigeque Dieu lui-mêmerendensa faveur dans les saintes Écritures, mais encore par les marques de sa protection divine, qui ne paroîl pas moins dans la durée inviolable et perpétuelle de cette Église, que dans son établissement miraculeux.
Cette autorité suprême de l'Église est si nécessaire pour régler les différends qui s'élèvent sur les matières de foi et sur le sens des Écritures, que nos adversaires mêmes, après l'avoir décriée comme une tyrannie insupportable, ont été enfiu obligés de l'établir parmi eux.
Lorsque ceux qu'on appelle Indépendants déclarèrent ouvertement que chaque fidèle devoit suivre les lumières de sa conscience, sans soumettre son jugement à l'autorité d'aucun corps ou d'aucune assemblée ecclésiastique,
et que sur ce fondement ils refusèrent de s'assujettir aux synodes, celui de Charenlon, tenu en 1644, censura cette doctrine par les mêmes raisons, et à cause des mêmes inconvénients qui nous la font rejeter. Ce synode marque d'abord que Terreur des Indépendants consiste en ce qu'ils enseignent, que chaque Église se doit gouverner par ses propres lois, sans aucune dépendance de personne en matières ecclésiastiques, et sans obligation de reconnoître l'autorité des colloques et des synodes pour son régime et conduite. Ensuite ce même synode décide que cette secte est autant préjudiciable à l'Etat quà V Eglise; qu'elle ouvre la porte à toutes sortes d'irrégularités et d'extravagances ; qu'elle ôte tous les moyens d^y apporter le remède ; et que si elle avait lieu. Use pourrait former autant de religions que de paroisses ou assemblées particulières. Ces dernières paroles font voir que c'est principalement en matière de foi que ce synode a voulu établir la dépendance ; puisque le plus grand inconvénient où il remarque que les fidèles tomberoient par l'indépendance, est qu'il se pourvoit former autant de religions que de paroisses. Il faut donc nécessairement, selon la doctrine de ce synode, que chaque Église, et à plus forte raison chaque particulier, dépende, en ce qui regarde la Foi, d'une autorité supérieure, qui réside dans quelque assemblée ou dans quelque corps, à laquelle autorité tous les fidèles soumettent leur jugement. Car les indépendants ne refusent pas de se soumettre à la parole de Dieu, selon qu'ils croiront la devoir entendere; ni d'embrasser les décisions des Synodes, quand, après les avoir examinées, ils les trouveront raisonnables. Ce qu'ils refusent de faire, c'est de soumettre leur jugement à celui d'aucune assemblée, parce que nos adversaires leur ont appris que toute assemblée, même celle de l'Église universelle, est une société d'hommes sujette h. faillir, età laquelle par conséquent le chrétien ne doit pas assujettir
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son jugement, uf devant cette sujétion qu'à Dieu seul. C'est de cette p- ' tention des indépendants que suivent les inconvénients q;ii' le synode de Gharenton a si bien marqués. Carque](iue profession qu'on fasse de se soumettre à la parole de Dieu, si chacun croit avoir droit de l'interprète? selon son sens, et contre le sentiment de l'Église déclaré par un jnjement dernier, cette prétention ouvrira la porte à toute sortes d'extravagances; elle ôfe^^a tout le moyen d'y (ipporc'T le remède, puisque la décision de l'Église n'est pas un remède à ceux qui ne croient pas être obligés de s'y souniettre ; enfin elle donnera lieu à former autant de religions non-seulement qu'il y a de paroisses, mais encore qu'il y a de tôles.
Pour éviter cos inconvénients d'oîi s'ensuivroit la ruine du Christianisme, le synode de Gharenton est obligé d'établir une dépewliroceen matières ecclésiastiques, et même en matière de foi; mais jamais cette dépendance n'empêchera les suites !)t:!rnicicuses qu'ils ont voulu prévenir, si l'on n'établit avTr nous cette maxime que chaque église particulière, et à plus forte raison chaque fidèle en particulier, doit croi:e qu'on est obligé de soumettre son propre jngementà 'autorité de l'Église.
Aussi voyons-nous au chapitre v de la Discipline de Messieurs de la religion prétendue réformée, titre des Consistoires, article 3! , que voulant prescrire le moyen de terminer les débat- qui pow^r oient survenir sur quelque point de doctrine ou de Jscipline, etc., ils ordonnent premièrement que le consi>toire tâchera d'apaiser le tout saris bruit^ et avec toute doucnir de la parole de Dieu; et qu'après avoir établi le consisto'r-L', le colloque et le synode provincial, comme autant de divers degrés de juridiction, venant enfin au synode national, au-dessus duquel il n'y a parmi eux aucune puissance, ils en parlent en ces termes : Là 'era faite l'entière et finale résolution par la parole de Dieu^
à laquelle s'ils refusent d'acquiescer de point en point, et avec exprès désaveu de leurs erreurs, ils seront retranchés de VÉglise. Il est visible que Messieurs de la religion prétendue réformée n'attribuent pas l'autorité de ce jugement dernier à la parole de Dieu prise en elle-même, et indépendamment de l'interprétation de l'Église, puisque celte parole ayant été employée dans les premiers jugements, ils ne laissent pas d'en permettre l'appel. C'est donc cette parole comme interprétée par le souverain tribunal de l'Église, qui fait cette finale et dernière résolution, à laquelle quiconque refuse d' acquiescer de point en point , quoiqu'il se vante d'être autorisé par la parole de Dieu, n'est plus reg.irdé que comme un profane qui la corrompt et qui en abuse.
Mais la forme des lettres d'envoi qui fut dressée au synode de Vitré en 1617 pour être suivie par les provinces, quand elles députeront au synode national, a encore quelque chose de bien plus fort. Elle est conçue en ces termes : ISous promettons devant Dieu de nous soumettre à tout ce qui sera conclu et résolu en votive sainte assemblée, y obéir, et l'exécuter de tout notre pouvoir, persuadés que nous sommes que Dieu y présiiera, et vous conluira par son Saint Esprit en toute vérité et équité, par la règle de sa parole. Il ne s'agit pas ici de lecevoir la résolution d'un synode, après qu'on a reconnu qu'il a parlé selon l'Écriture : on s'y soumet avant môme qu'il ait été assemblé, et on lo fait, parce qu'on est persuadé que le Saint-Esprit y pi^ésidera. Si cette persuasion est fondée sur une présomption humaine, peuton en conscience promettre devant Dieu de se soumettre à tout ce qui sera conclu et résolu, y obéir, et l'exécuter de tout son pouvoir? Et si cette persuasion a son fondement dans une croyance certaine de l'assistance que le Saint-Esprit donne à l'Église dans ses derniers jugements; les Catholiques mômes n'en demandent pas davantage.
Ainsi la conduite de nos adversaires fait voir qu'ils conviennent avec nous de cette suprême autorité, sans laquelle on ne peut jamais terminer aucun doute de Religion; et si lors qu'ils ont voulu secouer le joug, ils ont nié que les lidèles fussent obligés de soumettre leur jugement à celui de l'Église, la nécessité d'établir Tordre les a forcés dans la suite à reconnoltre ce que leur premier engagement leur avoit fait nier.
Ils ont passé bien plus avant au synode national tenu à Sainte-Foy en l'an 1578. Il se Qt quelque ouverture de réconciliation avec les Luthériens, par le moyen d'un F't.fmidaire de profession de foi générale el commune à toutes les Églises qu'on proposoit de dresser. Celles de ce royaume furent conviées d'envoyer à une assemblée qui se devoit tenir pour cela, des gens de bien, approuvés et autorisés de toutes lesdites Églises, avec ample procuration pour traiter,
ACCORDER, RT DÉCIDER DE TOUS LES POINTS DE LA DOCTRINE, et
autres choses concernant l'union. Sur cette proposition, voici en quels termes fut conçue ki résolution du synode de Sainte- Foy : Le synode national de ce royaume, après avoir remercié Dieu d'une telle ouverture, et loué le soin, diligence, et bons conseils des susdits convoqués, et approuvant les REMÈDES qu'ils ONT MIS EN AVANT, c'csl à-dire principalement celui de dresser une nouvelle confession de foi, et de donner pouvoir à certaines personnes de la faire, a ordonné, que si la copie de la susdite confession de foi est envoyée à temps, elle soit examinée en chacun synode provincial, ou autrement, selon la commodité de chacune province; et cependant a député quatre minùt)es les plus expérimentés en telles affaires^ auxquels charge expresse a été donnée de se trouver au lieu et four avec lettres, et amples procuraliuns de tous les ministres et anciens députés des provinces de ce royaume, ensemble de Monseigneur le vicomte de Turenne, pour faire toutes les choses que dessm : même en cas qu'on n'eut le moyen
d'examiner par toutks les provinces ladite confession, on s'est reynis à leur prudence et sain jugement pour accorder c/ CONCLURE tous les poinis qui Seront mis en délibération, soit POUR LA doctrine, OU autre chose con'^ernant le bien, union et repos de toutes leS Églises. C'est à quoi aboutit enfin la fausse délicatesse de Messieurs de la religion prétendue réformée, lis nous ont tant de fois reproché comme une foiblesse, cette soumission que nous avons pour les ju:zemenls de TÉglise, qui n'est, disent-ils, qu'une société d'hommes sujets à faillir ; et cependant, étant assemblés en corps dans un synode national qui représentoit toutes les Églises prétendues réformées de France, ils n'ont pas craint de mettre leur foi en compromis entre les mains de quatre hommes, avec un si grand abandonnement de leurs propres sentiments, qu'ils leur ont donné plein pouvoir de chan'.!;erla même confession de foi, qu'ils proposent encore aujourd'hui à tout le monde chrétien comme une confession de foi, qui ne contient autre chose que la pure parole de Dieu, et pour laquelle ils ont dit en la présentant à nos rois, qu'une infinité de personnes étoient prêtes à répandre leur sang. Je laisse au sage lecteur à faire ses réflexions sur le décret de ce synode, et j'achève d'expliquer en un mot les sentiments de l'Église.
Le Fils de Dieu ayant voulu que son Église fût une, et solidement bâtie sur l'unité, a établi et institué la primauté de saint Pierre pourl'entreteniret la cimenter. C'est pourquoi nous reconnoissons celte môme primauté dans les successeurs du Prince des apôtres, auxquels on doit pour celte raison la soumission et l'obéissance que les saints Conciles et les saints Pères ont toujours enseignée à tous les fidèles.
Quant aux choses dont on sait qu'on se dispute dans les écoles, quoique les ministres ne cessent de les alléguer pou- rendre celle puissance odieuse, il n'est pas nécessaire
d'en parler ici, puisqu'elles ne sont pas de la foi catholique. Il suffil de reconnoîlre un chef élabli de Dieu pour conduire tout le troupeau dans ses voies : ce que feront toujours volontiers ceux qui aiment la concorde des frères et l'unanimité ecclésiastique.
Et certes, si les auteurs de la réformation prétendue eussent aimé l'unité, ils n'auroient ni aboli le gouvernement épiscopal, qui est établi par Jésus-Christ même, et que l'on voit en vigueur dès le temps des apôtres, ni méprisé l'autorité de la chaire de saint Pierre, qui a un fondement si certain dans l'Évangile, et une suite si évidente dans la tradition; mais plutôt ils auroient conservé soigneusement et l'autorité de Tépiscopat, qui établit l'unité dans les églises particulières, et la primauté du siège de saint Pierre, qui est le centre commun de toute l'unité catholique.
Telle est l'exposition de la doctrine catholique, en laquelle, pour m'attacher à ce qu'il y a de principal, j'ai laissé quelques questions que Messieurs de la religion prétendue réformée ne regardent pas comme un sujet légitime de rupture. J'espère que ceux de leur communion qui examineront équitablement toutes les parties de ce Traité, seront disposés par cette lecture à mieux recevoir les preuves sur lesquelles la foi de l'Église est établie, et reconnoîtront en attendant que beaucoup de nos controverses se peuvent terminer nar une sincère explication de nos sentiments, que notre doctrine est sainte, et que selon leurs principes mêmes aucun de ses articles ne renverse les fondements du salut.
Si quelqu'un trouve à propos de répondre à ce Traité, il est prié de considérer que, pour avancer quelque chose, il ne faut pas qu'il entreprenne de réfuter la doctrine qu'il contient, puisque j'ai eu dessein delà proposer seulement, sans en faire la preuve ; et que si en certains endroits j'aii