‹ De la connaissance de Dieu et de soi-même (volume 3)Chapitre 26 sur 44 · I. Ce que c est que le corps organique · texte numérisé non relu

I. Ce que c est que le corps organique

La première chose qui paraît dans notre corps, c’est qu’il est organique, c’est-à-dire composé de parties de différente nature , qui ont différentes fonctions,

Ces organes lui sont donnés pour exercer certains inouvemens.

U y a de trois sortes de inouvemens. Celui de haut en bas , qui nous est commun avec toutes les choses pesantes : celui de nourriture et d’accroissement, qui nous est commun avec les plantes : celui qui est excité par certains objets, qui nous est commun avec les animaux.

L’animal s’abandonne quelquefois à ce mouvement de pesanteur, comme quand il s’asseoit, ou qu’il se couche ; mais le plus souvent il lui

ET DE SOI-MEME. CliAP. II. 71 résiste , comme quand il se tient droit, ou qu’il marche. L’aliment est distribué dans toutes les parties du corps, au préjudice du cours qu’ont naturellement les choses pesantes ; de sorte qu’on peut dire que les deux derniers mouvemens résistent au premier; et que c’est une des différences des plantes et des animaux d’avec les autres corps pesans.

Pour donner des noms à ces trois mouvemens divers , nous pouvons nommer le premier, mouvement naturel ; le second, mouvement vital; le troisième , mouvement animal. Ce qui n’empêchera pas que le mouvement animal ne soit vital, et que l’un et l’autre ne soient naturels.

Ce mouvement que nous appelons animal, est le même qu’on nomme progressif, comme avancer, reculer, marcher de côté et d’autre.

Au reste , il vaut mieux , ce semble , appeler ce mouvement, animal , que volontaire , à cause que les animaux , qui n’ont ni raison ni volonté, le font comme nous.

Nous pourrions ajouter à ces mouvemens , le mouvement violent, qui arrive à l’animal, quand 011 le traîne ou quand on le pousse , et le mouvement convulsif. Mais il a été bon de considérer, avant toutes choses, les trois genres de mouvemens , qui sont, pour ainsi parler, de la première intention de la nature.

Le premier n’a pas besoin d’organes ; et c’est pourquoi nous l’appelons purement naturel,

quoique les médecins réservent ce nom au mouvement du cœur. Les deux autres ont besoin d’organes; et il a fallu, pour les exercer, que le corps fût composé de plusieurs parties.

ïl. Division des parties du corps , et description des extérieures

Elles sont extérieures et intérieures.

Entre les parties extérieures , la principale est la tête , qui au dedans enferme le cerveau , et au dehors sur le devant fait paraître le visage, la plus belte partie du corps, où sont toutes les ouvertures par où les objets frappent les sens, c’est-à-dire, les yeux, les oreilles, et les autres de même nature.

On y voit entre autres l’ouverture par où entrent les viandes , et par où sortent les paroles , c’est-à-dire ,1a bouche. Elle renferme la langue, qui avec les lèvres cause toutes les articulations de la voix , par ses divers battemens contre le palais et contre les dents.

La langue est aussi l’organe du goût, c’est par elle qu’on goûte les viandes. Outre qu’elle nous les fait goûter, elle les humecte et les amollit, elle les porte sous les dents pour être mâchées , et aide à les avaler.

On voit ensuite le cou, sur lequel la tête est posée , et qui paraît comme un pivot sur lequel elle tourne.

Après , viennent les épaules , où les bras sont

attachés, et qui sont propres à porter les grands fardeaux.

Les bras sont destinés à serrer et à repousser, à remuer ou à transporter, selon nos besoins, les choses qui nous accommodent ou nous embarrassent. l.es mains nous servent aux ouvrages les plus forts et les plus délicats. Par elles nous nous faisons des instrumens pour faire les ouvrages qu’elles ne peuvent faire elles mêmes. Par exemple, les mains ne peuvent ni couper ni scier; mais elles font des couteaux , des scies, et d’autres instrumens semblables, qu elles appliquent chacun à leur usage. Les bras et les mains sont en divers endroits divisés par plusieurs articulations, qui, jointes à la fermeté des os, leur servent pour faciliter le mouvement , et pour serrer les corps grands et petits. Les doigts, inégaux entre eux, s’égalent pour embrasser ce qu’ils tiennent. Le petit doigt et le pouce servent à fermer fortement et exactement la main. Les mains nous sont données pour nous défendre , et pour éloigner du corps ce qui lui nuit. C’est pourquoi il n’y a d’endroit où elles ne puissent atteindre.

On voit ensuite la poitrine , qui contient le cœur et le poumon , les côtes en font et en soutiennent la cavité. Entre la poitrine et le ventre se trouve le diaphragme , qui est une cloison charnue dans son tour , et membraneuse à son centre, dont l’usage est d’allonger la concavité de la poitrine en se bandant, et d’accourcir la COXNAISS. DE DIEU. 4

•y4 DE LA CONNAISSANCE DE DIEU même concavité en se relâchant et se voûtant de bas en haut, ce qui fait la meilleure partie de la respiration tranquille.

Au-dessous du diaphragme est le ventre, qui enferme l’estomac, le foie, la rate, les intestins ou les hoyaux, par où les excrémens se séparent et se déchargent.

Toute cette masse est posée sur les cuisses et sur les jambes , brisées en divers endroits , comme les bras , pour la facilité du mouvement et du repos.

Les pieds soutiennent le tout; et quoiqu’ils paraissent petits en comparaison de tout le corps, les proportions en sont si bien prises , qu'ils portent sans peine un si grand fardeaut Les doigts des pieds y contribuent, parce qu’ils serrent et appliquent le pied contre la terre ou le pavé.

Le corps aide aussi à se soutenir par la manière dont il se silue ; parce qu’il se pose naturellement sur un certain centre de pesanteur , qui fait que les parties se contre-balancent mutuellement, et que le tout se soutient sans peine par ce contre -poids.

Les chairs et la peau couvrent tout le corps , et servent à le défendre contre les injures de l’air.

Les chairs sont cette substance molle et tendre , qui couvre les os de tous côtés. Elles sont composées de divers filets qu’on appelle fibres, tors en différens sens , qui peuvent s'allonger et

et de soi-même. chap. II. y5 se raccourcir, et par-là tirer, retirer, étendre, fléchir, remuer en diverses sortes les parties du corps, ou les tenir en état. C’est ce qui s’appelle muscles, et de là vient la distinction des muscles extenseurs, ou fléchisseurs.

Les muscles ont leur origine à certains endroits des os , où on les voit attachés , excepté quelques-uns, qui servent à l’éjection des excrémens, et dont la composition est fort différente des autres.

La partie du muscle qui sort de l’os , s’appelle la tête : l’autre extrémité s’appelle la queue, et c’est le tendon. Le milieu s’appelle le ventre , et c’est la plus molle , comme la plus grosse. Les deux extrémités ont plus de force, parce que l’une soutient le muscle, et que par l’autre, c’est-à-dire par le tendon, qui est aussi le plus fort, s’exerce immédiatement le mouvement.

Il y a des muscles qui se meuvent ensemble, en concours , et en même sens, pour s’aider les uns les autres ; on les peut appeler concurrens. Il y en a d’autres opposés, et dont le jeu est contraire, c’est-à-dire que pendant que les uns se retirent, les autres s’allongent, on les appelle antagonistes. C’est par-là que se font les mouvemens des parties, et le transport de tout le corps.

On ne peut assez admirer cette prodigieuse quantité de muscles , qui se voient dans le corps humain , ni leur jeu si aisé et si commode, non

j6 DE LA CONNAISSANCE DE DIEU plus que le tissu de le peau qui les enveloppe,

si fort et si délicat tout ensemble.

III. Description des parties intérieures , et premièrement de celles qui sont enfermées dans la poitrine .

Parmi les parties intérieures, celle qu’il faut considérer la première , c’est le cœur. Il est situé au milieu de la poitrine, couché pourtant de manière que la pointe en est tournée et un peu avancée du côté gauche. Il a deux cavités, à chacune desquelles est jointe une artère et une veine qui, de là, se répandent par tout le corps. Ces deux cavités, que les anatomistes appellent les deux ventricules du cœur, sont séparées par une substance solide et charnue, à qui notre langue n’a point donné de nom, et que les Latins appellent septum medium.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans le cœur, est son battement continuel, par lequel il se resserre et se dilate. C’est ce qui s’appelle systole et diastole : systole , quand il se resserre ; et diastole , quand il se dilate. Dans la diastole , il s’enfle et s’arrondit; dans la systole, il s’apetisse et s’allonge. Mais l’expérience a appris que, lorsqu’il s’enfle au dehors, il se resserre au dedans ; et au contraire , qu’il se dilate au dedans, quand il s’apetisse et s’amenuise au dehors. Ceux qui, pour connaître mieux la nature des parties, ont fait des dissections d’animaux vivans.

ET DE SOI-TVTEME. CHAP. II. JJ assurent qu’a prés avoir fait une ouverture dans leur cœur, quand il bat encore , si on y enfonce le doigt, on se sent plus pressé dans la diastole; et ils ajoutent que la chose doit nécessairement arriver ainsi , parla seule disposition des parties.

A considérer la composition de toute la masse du cœur, les fibres et les filets dont il est tissu, et la manière dont ils sont tors, on le reconnaît pour un muscle , à qui les esprits venus du cerveau causent son battement continuel. Et on ■prétend que ces fibres ne sont pas mues selon leur longueur prise en droite ligne, mais comme torses de côté ; ce qui fait que le cœur se ramenant sur lui-même , s’enfle en rond ; et en même temps que les parties, qui environnent les cavités, se compriment .au dedans avec grande force.

Cette compression fait deux grands effets sur le sang; l’un, qu’elle le bat fortement, et par la même raison elle l’échauffe : l’autre , quelle le pousse avec force dans les artères , après que le cœur, en se dilatant, l’a reçu par les veines.

Ainsi , par une continuelle circulation , le sang doit couler nécessairement des artères dans les veines, des veines dans le cœur, du cœur dans le poumon, où il reprend de l’air et avec l’air une nouvelle vie, du poumon dans le cœur, du cœur dans les artères de la tête , et dans celles de tout le corps.

C’est à l’occasion de cette distribution du sang artériel dans la tête, que les esprits animaux,

78 DE LA CONNAISSANCE DE DIEU ou plutôt la liqueur animale , y est formée pour être distribuée par les nerfs dans toutes les parties du corps , où elle porte par les nerfs le sentiment, et à l'occasion des nerfs distribue dans les muscles le mouvement.

Il y a beaucoup de chaleur dans le cœur. Mais ceux qui ont ouvert des animaux vivans, assurent qu’ils 11e la ressentent guère moins grande dans les autres parties.

Le poumon est une partie molle et vésiculaire qui , en se dilatant et se resserrant à la manière d’un soufflet, reçoit et rend l’air que nous respirons. Ce mouvement s’appelle inspiration et expiration , en général respiration.

Les mouvemens du poumon se font par le moyen des muscles insérés en divers endroits au-dedans du corps , et par lesquels la partie est comprimée et dilatée.

Cette compression et dilatation se font aussi sentir dans le bas-ventre , qui s’enfle et s’abaisse au mouvement du diaphragme, par le moyen de certains muscles, quifontla communication de l’une et de I autre partie.

Le poumon se répand de part et d’autre dans toute la capacité de la poitrine. Il est autour du cœur, pour le rafraîchir par l’air qu’il attire. En rejetant cet air, on dit qu’il pousse audeliors les fumées que le cœur excite par sa chaleur, et qui le suffoqueraient, si elles n’étaient évaporées. Cette même fraîcheur de l’air, sert aussià épaissir le sang , et à corriger sa trop

ET DE SOI-MÊME. CHAP, II. 79 grande subtilité. Le poumon a encore beaucoup d’autres usages , qui s’entendront beaucoup mieux par la suite.

C’est une cfiose admirable, comme l’animal , qui n’a pas besoin de respirer da s le ventre de sa mère, aussitôt qu’il en est dehors , ne peutplus vivre sans respiration. Ce qui vient de la différente manière dont il se nourrit dans l’un et dans l’autre état. Sa mère mange , digère et respire pour lui, et , par les vaisseaux disposés à cet effet, lui envoie le sang tout préparé et conditionné comme il faut, pour circuler dans son ( orps, et le nourrir.

Le dedans de la poitrine est lendu d’une peau assez délicate , qu’on appelle pleure. Elle est fort sensible , et c’est de l’inflammation de cette membrane que nous viennent les douleurs de la pleurésie.

Au-dessous du poumon est l’estomac , qui est un grand sac eu forme d’une bourse , ou d’une cornemuse, et c est là qui se fait la digestion des viandes.

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