CHAPITRE VII
Des propositions universelles et particulières, affirmatives et négatives.
Mais parmi les différentes espèces de propositions, celles qui méritent le plus de réflexion, sont les universelles ou particulières, les afSrmatives ou négatives. Nous avons dit que les premières regardent la quantité, et les deux autres la qualité des propositions.
Les universelles sont celles dont le sujet est universel^ et pris sans restrUition, ou dans toute son étendue^ comme quand je dis, en afSrmant : Tout homme est raisonnable , tout vertueux est heureux^ ou en niant : Nul homme n'est irraisonnable^ nul vertueux n'est malheureux. Les particulières sont celles oà le sujet est pris avec restriction; comme quand je dis : Quelque homme est vertueux^ quelque homme est sage,
' Chap. ziT de ce même hvre.
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Ainsi, les termes de tout ou de nu/, et celui de quelque j senties marques de l'étendue ou de la restriction du suget, et par là de l'universalité ou de la particularité des propositions.
On supprime pourtant quelquefois la marque de l'universalité. On dit : Le triangle est une figure terminée de trois lignes droites^ sans exprimer tout triangie. De telles propositions sont appelées indéfinies^ et, de leur nature, ont la môme force que les propositions universelles.
La marque d'universalité ne se prend pas toujours à toute rigueur. On dit : Tout homme est menteur , ou in* dé&niment. L* homme est menteur^ pour signifier que la plupart le sont, et que leur nature corrompue les porte à l'être. C'est ]e sens et la suite du discours qui nous peut faire juger si de telles propositions se doivent prendre moralement, c'est-à-dire moins exactement, ou à la rigueur. Mais la logique, qui conduit l'esprit à une vérité précise, lui fait regarder les termes selon leurs propriétés, et les propositions selon des règles exactes.
Au reste, la restriction qui se fait par le mot de quelque^ dans un certain terme, ne regarde pas la force du terme, et ne lui ôte rien de sa raison propre ; mais, comme nous avons dit, elle le resserre seulement. Quelque cercle est un cercle entier; mais c'est un cercle tiré du nombre de tous les cercles, et considéré à part.
Parmi les propositions particulières, il y en a qu'on peut appeler singulières^ et ce sont celles qui ont pour sujet des individus particuliers ; comme quand on dit : Alexandre est ambitieux^ Charlemagne est religieux, Louis IX est saint.
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Ces termes particuliers signifient quelque hommey h la vérité ; mais ce n'est point quelque homme indéfiniment, ou, comme on dit dans l'École, un individu vague^ c'est quelque homme déterminément, c'estrà-dire un tel et un tel.
Quant à la proposition affirmative ou négative, on entend par soi-même quelle en est la force et la nature. Affirmer^ n*est autre chose que d'identifier le sujet de deux idées et de deux termes, ou plutôt reconnaître que deux idées et deux termes ne représentent en substance que la môme chose : comme quand on dit que l'homme est raisonnable, on entend que l'idée et le terme d'homme, avec Tidée et le terme de raisonnable, ne montrent que la môme chose ; c'est pourquoi on se sert du verbe est, pour unir ces termes, afin qu'on entende que ce qui est montré par Tun est la môme chose, au fond, que ce qui est montré par l'autre.
La négation doit faire un effet contraire, et ceci est si clair de soi, qu^on n'a besoin pour l'entendre que d'un peu d'attention.
Il fau ici observer, pour éviter toute équivoque, que les propositions douteuses se rapportent aux affirmatives ou aux négatives, en tant qu'on affirme ou qu'on nie d'une chose qu'elle soit douteuse ^ .
On peut encore observer que telle proposition qui parait afBrmative, enferme une négation ; par exemple, qnand je dis : La seule vertu rend l'homme heureux, ce mot de seule est une exclusion qui nie de tout autre chose que de la vertu le pouvoir de nous rendre heureux.
> Voyez, à la fin du volume, note C*
Et, à proprement parler, cette proposition qui paraît si simple, en effet, est composée, et se résoud en deux propositions, dont Tune est affirmative et Tautre négative. Car, en disant que la seule vertu rend l'homme heureux, je dis deux choses : Tune que la vertu rend rhomme heureux ; l'autre, que ni les plaisirs, ni les honneurs, ni les richesses ne le peuvent faire.