LIVRE m
Nid emporté n'est capable de régner ;
Tout homme colère est emporté :
Donc nul homme colère rCest capable de régner.
Ce syllogisme est négatif, et ne diffëre de l'afArmatif, qu'en ce que dans Taffirmatif, où il s*agit d*unir^ il faut chercher un moyen qui lie ; au lieu que dans le négatif il faut chercher un moyen qui sépare : par exemple, dans le dernier argument, emporté sépare colhre d*avec capable de régner^ parce que remporté, qui n*est pas maître de lui-même, est encore moins capable d'être le maître des autres.
De cette disposition du terme moyen dépend toute la structure du syllogisme, selon Tordre naturel ; ce terme, joint au grand extrême, fait la majeure; avec le petit, fait la mineure : il ne se trouve jamais dans la conclusion, parce qu'il est pour la produire, et non pour y entrer.
Par là s'aperçoit clairement la force du terme moyen. Dans le syllogisme afBrmatif, il appelle premièrement à lui le grand terme dans la majeure ; puis, s' unissant au petit dans la mineure, il les renvoie tous deux unis par son entremise dans la conclusion.
Au contraire, dans les syllogismes négatifs, après avoir séparé de soi le grand extrême dans la majeure, il ne reprend le petit dans la mineure, que pour les rendre tous incompatibles dans la conclusion.
Voil& comme le terme moyen agit dans les arguments que nous venons de voir, et dans tous ceux dont la conclusion est nette et distincte. Dans les autres, il a toujours à peu près la même disposition ; et partout c*est en lui seul que consiste le fort de l'argument.
Au reste , quoique les prémisses , c'est-à-dire la majeure et la mineure, gardent entre eUes une espèce d'ordre naturel, la force de Targuinent ne laisse pas de subsister quand on les transpose, comme il paraîtra clairement, en faisant cette transposition dans les arguments que nous avons faits.