LE SANG ET LES ESPRITS
Après avoir parlé des parties qui ont de la consistance, il faut parler maintenant des liqueurs et des esprits.
86 DE LA G0NNAI8SÂNCB DE DIEU
Il y a une liqueur qui arrose tout le corps, et qu'on appelle le sang.
Cette liqueur est mêlée dans toute sa masse de beaucoup d'autres liqueurs, telles que sont la bile et les sérosités. Celle qui est rouge, qu'on voit à la &n se Qger dans une palette, et qui en occupe le fond, est celle qu'on appelle proprement sang.
C'est par cette liqueur que la chaleur se répand et s'entretient. C'est d'elle que se nourrissent toutes les parties ; et si l'animal ne se réparait continuellement par cette nourriture, il périrait.
C'est un grand secret de la nature, de savoir comment le sang s'échauffe dans le cœur.
Et d'abord, on peut penser que le cœur étant extrêmement chaud, le sang s'y échauffe et s'y dilate, comme l'eau dans un vaisseau déjà échauffé.
Et si la chaleur du cœur, qu'on ne trouve guère plus grande que celle des autres parties, ne sufQt pas pour cela, on y peut ajouter deux choses : l'une, que le sang soit composé, ou en son tout, ou en partie, d une matière de la nature de celles qui s'échauffent par le mouvement. Et déj& on le voit fort môle de bile, matière si aisée à échauffer ; et peut-être que le sang même, dans sa propre substance, tient de cette qualité : de sorte qu'étant, comme il est continuellement, battu premièrement par le cœur, et ensuite par les artères, il vient à un degré de chaleur considérable.
L'autre chose qu'on peut dire, est qu'il se fait dans le cœur une fermentation du sang.
On appelle fermentation, lorsqu'une matière s'enfle par une espèce de bouillonnement, c'est-à-dire par la dilatation de ses parties intérieures. Ce bouillonnement
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se fait par le mélange d'une autre matière qui se répand et s'insinue entre les parties de celle qui est fermentée, et qui, les poussant du dedans au dehors, leur donne une plus grande circonférence. C'est ainsi que le levain enfle la pâte.
On peut donc penser que le cœur mêle dans le sang une matière, quelle qu'elle soit, capable de le fermenter ; ou même, sans chercher plus loin, qu'après que l'artère a reçu le sang que le cœur y pousse, quelque partie restée dans le cœur, sert de ferment au nouveau sang que la veine y déchaîne aussitôt après, comme un peu de vieille p&te aigrie fermente et enfle la nouvelle.
Soit donc qu'une de ces causes sufBse, soit qu'il les faiUe toutes joindre ensemble, ou que la nature ait encore quelque autre secret inconnu aux hommes ; il \0, est certain que le sang s'échaufle beaucoup dans le cœur, et que cette chaleur entretient la vie.
Car d'un sang refroidi, il ne s'engendre plus d'esprits ; ainsi le mouvement cesse, et l'animal meurt.
Le sang doit avoir une certaine consistance médiocre, et quand il est ou trop subtil ou trop épais il en arrive divers maux à tout le corps.
Il bouillonne quelquefois extraordinairement, et souvent il s'épaissit avec excès ; ce qui lui doit arriver par le mélange de quelque liqueur.
Et il ne faut pas croire que cette liqueur, qui peut ou épaissir tout le sang, ou le faire bouillonner, soit toujours en grande quantité : l'expérience faisant voir combien peu il faut de levain pour enfler beaucoup de pftte, et que souvent une seule goutte d'une certaine
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liqueur agite et fait bouillir une quantité beaucoup plus grande d*une autre.
C'est par là qu'une goutte de venin, entrée dans le sang, en fige toute la masse, et nous cause une mort certaine : et on peut croire de môme, qu'une goutte de liqueur d'une autre nature fera bouillonner tout le sang. Ainsi ce n'est pas toujours la trop grande quantité de sang, mais c'est souvent son bouillonnement qui le fait sortir des veines, et qui cause les saignements de nez, ou les autres accidents semblables, qu'on ne guérit pas toujours aussi en tirant du sang, mais en trouvant ce qui est capable de le rafraîchir et de le calmer.
Nous avons déjà dit du sang, qu'il a un cours perpétuel du cœur dans les artères, des artères dans les veines, et des veines encore dans le cœur, d'où il est jeté de nouveau dans les artères ; et toi\jours de même tant que l'animal est vivant.
Ainsi c'est le même sang qui est dans les artères et dans les veines ; avec cette différence, que le sang artériel sortant immédiatement du cœur doit être plus chaud, plus subtil et plus vif, au lieu que celui des veines est plus tempéré et plus épais. Il ne laisse pas d'avoir sa chaleur, mais plus modérée ; et se figerait tout à fait, s'il croupissait dans les veines, et ne venait bientôt se réchauffer dans le cœur.
Le sang artériel a encore cela de particulier, que quand l'artère est piquée, on le voit saillir comme par bouillons, et à diverses reprises, ce qui est causé par le battement de l'artère.
Toutes les humeurs, commeMa bile jaune ou noire, appelée autrement mélancolie, les sérosités, et la pituite ou le flegme, coulent avec le sang dans la môme
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masse, et en sont aussi séparées en certaines parties du corps, ainsi qu'il a été dit. Ces humeurs ont différentes qualités, tant par leur propre nature, que selon qu'elles sont diversement préparées, et pour ainsi dire criblées. C'est de cette masse commune que sont épreintes et formées la salive, les urines, les sueurs, les eaux contenues dans les vaisseaux lymphatiques qu'on trouve auprès des veines ; celles qui remplissent les glandes de l'estomac, par exemple, qui servent tant à la digestion ; ces larmes enfin que la nature tient réservées en de certains tuyaux auprès des yeux peut-être pour les rafraîchir et les humecter.
Les esprits sont la partie la plus vive et la plus agitée du sang. C'est une espèce de vapeur extraordinairement subtile et mouvante, que la chaleur du corps en fait élever, et qui est portée promptement par certains vaisseaux au cerveau, où les esprits s'afSnent davantage par leur propre agitation, par celle du cerveau même, et par la nature des parties où ils passent, h peu près comme des liqueurs s'épurent et se clarifient dans les instruments par où on les coule.
De là ils entrent dans les nerfs qu'ils tiennent tendus ; par les nerfs ils s'insinuent dans les muscles qu'ils font jouer , et mettent en action toutes les parties.