‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 69 sur 207 · LIVRE L · texte numérisé non relu

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diatmctement la vérité ; car c'est par elle que nous démêlons nos idées ; ce qui fait toute la clarté de la conception.

En démêlant nos idées, et en regardant ce que chacune contient nettement en elle-même, nous entendons ce qui convient à chaque chose, et en vertu de quoi et jusqu'à quel point. Par exemple, en considérant la boule qui roule de A en B, par diverses précisions, je connais qu'elle avance de  en B, en tant que poussée de ce côté-là, qu'elle roule sur elle-même, en tant que ronde ; qu'eUe écrase ce qu'elle rencontre, et tant que pesante, et qu'en Técrasant elle le brise ou l'aplatit plus ou moins, non selon qu'elle est plus ou moins lourde : je vois qu'il lui convient, en tant qu'elle avance, de décrire une ligne droite, et qu'en tant qu'elle roule sur elle-même, elle en décrit une spirale ; d'où suivent différents effets, lesquels sans le secours de la précision, je brouillerais ensemble, sans jamais les rapporter à leurs propres causes.

Ainsi, certaines choses conviennent à l'homme en tant qu'il a une âme, en tant qu'il a un corps, en tant qu'il conçoit, en tant qu'il veut, en tant qu'il a de l'audace, et en tant que cette audace est mêlée plus ou moins de quelque crainte : toutes choses que je ne connais distinctement, et que je n'attribue à leurs propres causes, que par la précision.

Faute d'avoir fait les précisions nécessaires, quelques-uns ont cru que les animaux entendaient le langage humain, ou se parlaient les uns aux autres, parce qu'on les voit se remuer à certains cris, et particulièrement les chiens faire tant de mouvements à la parole de leur maître. Ils n'auraient pas fait un si faux raisonne-

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ment, s'ils avaient considéré que les animaux peuvent être touchés de la voix, en tant qu'elle est un air poussé et agité, mais non en tant qu'elle signifie par institution, ce qui s'appelle proprement parler et entendre.

En mathématique, on sait que tout consiste en précisions : les lignes, les superficies, les nombres considérés comme hors de toute matière, et les autres semblables idées ne sont que précisions par où on démôle un grand nombre de vérités importantes.

En théologie, saint Augustin a fait voir que l'homme est capable de pécher, non entant précisément qu'il vient de Dieu, qui est l'auteur de tout bien : mais en tant qu'il a été tiré du néant, parce que c'est à cause de cela qu'il est capable de décliner de l'être parfait ; d'où vient aussi que Dieu, qui seul est de soi, est aussi lui seul absolument impeccable \

Ce ne sont pas seulement les sciences spéculatives qui se servent des précisions ; elles ne sont pas moins nécessaires pour les choses de pratique.

En morale, on nous enseigne qu'il ne faut pas aimer le manger à cause qu'il donne du plaisir, mais à cause qu'il entretient la vie ; et la vie elle-même doit ôtre aimée, non comme un bien que nous avons, mais comme donnée de Dieu pour être employée à son service.

En jurisprudence, on regarde le même homme comme citoyen, comme fils, comme père, comme mari; et, selon ces diverses qualités, on lui attribue divers droits, et on lui fait exercer différentes actions. Le môme

1 s. Àog., De Vera Relig,^ n* 35 et seq., tom. I -, et De Civ. DH, lib. XIV, cap. xui, tom. VU.

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crime, par exemple un assassinat, en tant qu'il est regardé comme ofTensantles particuliers, engage à des dédommagements envers la famille du mort ; et en tant qu*il trouble la paix de TÉtat, il attire l'animadversion publique et un châtiment exemplaire.

Je rapporte plusieurs exemples de précisions, afin qu'on voie qu'elles régnent en toute matière et en toute science, et qu'on ne les prenne pas pour de vaines subtilités; mais plutôt qu'on les regarde comme un fondement nécessaire de tout bon raisonnement.

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