PASSAGE DE VÉNUS
[Sect. VII.]
à peu près ( 86,000 lieues environ ). La parallaxe étant égale au rayon de la terre divisé par la distance de la lune, elle varie avec la distance de la lune à la terre sous le même parallèle de latitude, et prouve par là l’excentricité de l’orbite lunaire. Lorsque la lune est à sa moyenne distance, la parallaxe varie avec les rayons terrestres, et montre que la terre n’est pas une sphère ’.
Quoique suffisamment exacte pour déterminer la parallaxe d’un corps aussi rapproché que la lune, la méthode indiquée ci-dessus ne suffit pas pour le soleil , dont l’énorme distance fait que la plus petite erreur d’observation conduirait à un faux résultat; mais les passages de Vénus remédient à cet inconvénient. Quand cette planète est dans ses nœuds ’, ou a i°‘ de ses nœuds, c’est-àdire dans le plan, ou presque dans le plan de l’écliptique, on la voit quelquefois passer sur le soleil comme une tache noire. Si nous pouvions imaginer que le soleil et Vénus n’ont point de parallaxe, la ligne décrite par la planète sur le disque du soleil, et la durée du passage, seraient les mêmes pour tous les habitans de la terre; mais comme, vu du centre du soleil, le demi-diamètre de la terre a une grandeur sensible, la ligne décrite 3 par la planète dans son passage sur le disque solaire, parait être ou plus près ou plus loin de son centre, selon la position de l’observateur j de sorte que la durée du passage varie suivant les différent points de la surface de la terre desquels il est observé. Cette différence de temps, étant entièrement l’effet de la parallaxe, fournit un moyen de la calculer d’après les mouvemens connus de la terre et de Vénus, par la même * méthode qu’on emploie pour les éclipses de soleil. En effet, le rapport des distances de Vénus et du soleil à la terre, au moment du passage, est connu d’après la théorie de
• Note 124. — » .Note 120. — 3 Note 126.
[SeCt. VU. } PARALLAXE SOLAIRE. 75
leur mouvement elliptique. Conséquemment le rapport de leurs parallaxes, qui est l’inverse de celui de leurs distances, se trouve déterminé; et comme Je passage donne la différence de ce* mêmes parallaxes, l’on obtient ainsi celle du soleil. En 1769,1a parallaxe du soleil fut déterminée par les observations d’un passage de Vénus faites à Wandhus en Laponie, et à Otaliiti dans la mer du Sud ; la dernière observation fut l’objet du premier voyage de Cook. Le passage dura environ six heures a Olahiti, et la différence de sa durée à ces deux stations fut de huit minutes; d’où l’on trouva que la parallaxe horizontale du soleil est de 8,r,72 Mais par d’autres observations, elle a été réduite depuis a 8", 0776; ce qui fixe la distance moyenne du soleil a 95,070,500 milles environ, ou 95 millions de milles à peu près (34 millions de lieues environ). Celte valeur se trouve confirmée par une inégalité dans le mouvement de la lune, qui dépend de la parallaxe du soleil, et qui, lorsqu’elle est comparée à l’observation, donne 8", 6 pour la parallaxe solaire.
La parallaxe de Vénus est déterminée par ses passages, celle de Mars par l’observation directe. Cette dernière est a peu près double de celle du soleil, lorsque la planète est en opposition. Les distances de ces deux planètes ù la terre étant connues en rayons terrestres, leurs distances moyennes au soleil peuvent être calculées; et comme les rapports des distances des planètes au soleil sont connus par la loi de Kepler qui exprime que les carrés des temps périodiques de deux planètes sont comme les cubes de leurs distances moyennes au soleil, il est aisé de déterminer en milles, ou toute autre mesure de longueur, leurs distances absolues». Cette loi, en unissant ainsi tous les corps du système, est des plus remarquables*
.» Hôte
76 PARALLAXE INSENSIBLE DES ÉTOILES. [SeCt. VH.]
et s'applique aux satellites aussi bien qu’aux planètes.
Quelque loin que la terre semble être du soleil, elle eu paraîtra près si nous venons à comparer sa distance à celle d’Uranus, qui en est au moins dix-neuf fois plus éloigné. Placé à l’extrémité du système, le soleil ne doit pas lui paraître beaucoup plus grand que Vénus ne le parait pour nous. La terre ne peut, même au télescope, être visible pour un corps si éloigné. L’homme, cependant, l’habitant de la terre, s’élance au-delà des vastes dimensions du système auquel appartient sa planète, et prend le diamètre de son orbite pour base d’un triangle dout le sommet s’étend jusqu’aux étoiles.
Quelque sublime que soit cette idée, son application reste impossible; car la révolution annuelle de la terre ne laisse apercevoir aucun changement sensible dans les places apparentes des étoiles fixes. Il est encore douteux qu’à l’aide des raffinemens de l’astronomie moderne, et des instrumens les plus parfaits, l’on soit parvenu à découvrir une parallaxe sensible, même dans le plus voisin de ces soleils éloignés. .Si une étoile fixe avait une parallaxe d’une seconde, cette étoile serait ai 5,789 fois plus loin du soleil que la terre. A une telle distance, non seulement l’orbite terrestre ne serait plus qu’un point, mais le système solaire tout entier, vu au foyer du télescope le plus puissant, pourrait être couvert par l’épaisseur d’un fil d’araignée. La lumière dont la vitesse prodigieuse est de 200,000 milles par seconde (70,000 lieues environ), emploierait troisans et sept jours à traverser cet espace. Une des étoiles les plus voisines de nous pourrait donc avoir été allumée ou éteinte plusde troisansavantqu’il nous eût été possible d'avoir connaissance d’un si grand évènement. Cependant, combien celte distance paraîtra petite, toute immense quelle est, si nous la comparons à celle des corps les plus éloignés qui brillent dans les cieux ! Il est hors de doute que les étoiles
[ SeCt. VII. ] DISTANCES DES ÉTOILES FIXES.
fixes sont lumineuses comme le soleil ; il est donc probable qu’elles ne sont pas plus près les unes des autres que ne l'est le soleil de la moins éloignée d’entre elles. Dans la voie lactée, de même que dans les autres nébuleuses, quelques unes des étoiles qui nous semblent se toucher, peuvent être prodigieusement loin, les unes derrière les autres, dans la profondeur sans bornes de l’espace; l’on pourrait même, rationnellement, les supposer plusieurs milliers de fois plus éloignées encore. La lumière mettrait donc des milliers d’années à nous parvenir de ces myriades de soleils, dont celui qui occupe le centre de notre système n’est que « le compagnon obscur et éloigné. »