‹ De la connexion des sciences physiques, ou Expose simple et rapide de tous les principaux phenomenes astronomiques, physiques, chimiques, geologiques et meteorologiques accompagne des decouvertes et experiences le plus remarquables des savans modernes, tant francais qu'etrangersChapitre 59 sur 112 · FORMATION DES IMAGES · texte numérisé non relu

FORMATION DES IMAGES

[Sect. XXII.]

ges colorées, en considérant que lorsque la lumière polarisée passe par l’axe optique d’une substance doublement réfringente, comme le mica, par exemple, elle est divisée en deux rayons par la tourmaline d'analyse; et comme /i’un des rayons se trouve absorbé, il ne peut y avoir d’interférence. Mais quand la lumière polarisée traverse le :nica dans toute autre direction, elle se divise en deux rayons blancs, qui sont divisés à leur tour en quatre rayons par la tourmaline qui en absorbe deux, tandis que les leux autres étant transmis dans le même plan , avec des vitesses inégales, interfèrent et produisent. les phénomènes colorés. Si l’analyse est faite avec du spath d’Islande, le seul rayon passant par l’axe optique du mica est réfracté en deux rayons polarisés dans des plans différens, et il n’y a point d’interférence. Mais lorsque deux rayons sont transmis par le mica, le spath les divise en quatre; deux sur ces quatre interfèrent pour former une image, tandis que les deux autres produisent par leur interférence les couleurs complémentaires de l’autre image, lorsque le spath a accompli le quart de sa révolution , c’est-à-dire lorsqu’il a parcouru un arc de 90° ; et il en est ainsi parce que, dans les positions où le spath peut produire les images colorées, il n’y a que deux rayons visibles à la fois, les deux autres étant réfléchis. Quand l’analyse est faite par réflexion, si deux rayons sont transmis par le mica, ils sont polarisés dans des plans perpendiculaires entre eux; et si le plan de réflexion de l’un ou de l’autre de ses rayons est perpendiculaire au plan de polarisation, l’un d’eux seulement est réfléchi, et par conséquent, il 11e peut y avoir d’interférence; mais dans toutes les autres positions de la plaque d’analyse, les deux rayons sont réfléchis dans le même plan ; et par suite de leur interférence, ils produisent des anneaux colorés.

Il est évident qu’une grande partie de la lumière qui

[Sect. XXII.] DÉCOUVERTE DE LA POLARISATION. 257 '* .

nous éclaire doit être polarisée, puisque la plupart des

corps qui ont le pouvoir de réfléchir ou de réfracter la lu. mière ont aussi le pouvoir de la polariser. La lumière bleue du firmament est complètement polarisée à un angle de1 74* du solçil dans un plan passant par son centre.

Une réunion de talens, presque sans égale dans les fastes de l’histoire des sciences , a contribué à la théorie de la polarisation, quoique, dans le principe, la découverte de cette propriété de la lumière ait été le résultat accidentel d’une circonstance, qui, ainsi quedes milliers d’autres, aurait pu passer inaperçue, si elle ne se fût présentée à l’un deces esprits rares, capables de tirer les plus importantes conséquences des circonstances en apparence les plus in- V différentes. En 1808, Malus, regardant avec un prisme à double réfraction un magnifique coucher du soleil réfléchi des fenêtres du palais du Luxembourg à Paris, s’aperçut, à son grand étonnement, qu’en faisant tourner ce prisme lentement , il se manifestait une très grande différence dans l’intensité des deux images, la plus réfractée passant alternativement à chaque quart de révolution du prisme d’un état de clarté à un état d’obscurité. Ce phé- . .' nomène si imprévu excita vivement l’attention de ce grand physicien , et le porta à en rechercher la cause. Telle fut l’origine de l’une des plus belles branches de l’optique phy-

sique.

Page 1