TITRE
Trois manuscrits cotés , dans le Supplément francois, n" 207 , 455 et 687 nous ont conservé la relation de Henri. Le n* 207 , le plus nouveau , est transcrit sur le n° 4^5 > et tous deux offrent la rubrique que j'ai reproduite. Le n° 687 n'a pas de titre ni de rubrique. Seulement , après les derniers mots qui appartiennent à Villebardouin , il ajoute :
« Ensi fu mors li marchis con vos avés dfs, et quant îi emperères « et li autre baron le sorent , si en furent moult dolent et moût o courouciez , et ce ne fu pas de merveille. Mes à tant en lesse or « li contes à parler et retorne à l'empereur de Costentinoble pour « conter comment 3 desconfist un haut home grieu qui Bucles « estoit appelés , et cil Bucles guerrotoit un sien cousin germeîn « qui avoit nom Esclas. -— Or avilit , ce dist li contes , que li « emperères , etc. »
Cette leçon , comme on voit , supprime le préambule de Henri de Valenciennes et la mention du nom de cet écrivain. Dans la première continuation de Guillaume de Tyr, le récit des événe^ mens qui précède n'est pas interro m pu ; mais aussitôt après les derniers mots de YiBehardouin on lit : « Or vous dirons de l'em- « pereour Henri qui sejornoit en Constantinoble. Non vêles li n vindrent , etc. »
33a NOTES.
Lions 2. Traictier. C'est-à-dire rédiger , composer , mettre en écrit.
Ligne 4* Q U€ M ensiuce le nom de sa grâce par traitement de plaine vérité. C'est-à-dire « qu'il justifie sa réputation et les éloges « qu'on lui a donnés , en ne composant rien dont il ne sache la « vérité. » Ensiuce , mauvais dérivé du latin insequi.
Ligne 7. A la desconfiture. L'auteur s'embarrasse ici dans son préambule. .11 met desconfiture, défaite, au lieu d'assemblée ou es tour, rencontre ou lutte.
Ligne 29. Qui tourt aucun à anui. « Qu'il paroisse ennuyeux à m plusieurs. » Qui pour qu'il. — Tourt, à la troisième personne du présent du subjonctif du verbe tourner.
Ligne i 5. Et dont primes. C'est-à-dire : et alors pour la première fois j comme s'il y a voit : Et adont primes.
Ligne 18. Qui avoit non Esclas. Les éditeurs précédons ont fait sur ce personnage des conjectures inexactes. Dom Brial dit que c'étoit Azan , fils aîné d'Azan I er , et compétiteur de Phroriles ouBurille pour le royaume que Johannis avoit usurpé sur son père. Mais d'après ce que nous confirme l'empereur Henri , dans la circulaire aux barons d'Occident (Histor. de France, tome XVIII, p. 53 1 ), Esclas étoit un Grec, dont les possessions relevant de l'empire latin , s'étendoient vers les marches des royaumes de Salonique et de Bulgarie. Il ne faut pas le confondre avec le neveu de Johannis nommé , par Henri , Stratius. Voici les passages de la lettre de Henri qui s'opposent à cette attribution :
« Stratius nepos Johannicii, magni olim populatoris Gneciss, « qui et Michalitius , lieet nobis fidelitatis juramento sacramentum « praestitissent , totis tamen viribus suis in partions illis nostro « exitio imminebant. Unde pro illis duobus debilhandis et deji-
« ciendâ eorum dura potentiâ , de consilio baronum nostrorum , « descendimus àConstantinopoli.....
« Eodem tempore , nuntiatum fuît nobis à nostris baronibus « regni Thessalonicensis , quibus marchiam servandam commise- « ramus , quod Burillus illuc venerat cum magno exercitu , damna « nobis plurima inferendo. Sed barones collecti et associati « Selavo Grœco nostro, occurrerant. Sed ipse Burillus illos me* « tuens terram fagiendo exiverat. Sic igitur intelligatis , quatuor « praenominatos hostes , Burillum scilicet , Lascarum , Hichialitium « et StNUium humiliâtes. »
Ligne 28. Bernajr. Sans doute Beroe, la Ferai de Villehardouin. Le premier continuateur de Guillaume de Tyr la nomme Berla*
Ligne 33. PaUter et bierser. Poindre et chasser. PaUter a été* formé de pal, espèce de pieu.
Ligne 4°» Hitlemes. Variantes : Heleines. Le continuateur de Guillaume de Tjr l'appelle lÀenars de Helmes.
Ligne 3. Cheval mortel , ou morel; cheval noir. Souvent on se contentoit de désigner les chevaux par leur surnom. Moriaus , Saucent, Bayait, etc. On se rappelle le joli fabliau De la Dame qui weine demandait por Mord:
Toutes fois qu'avec moi seras....
Si me diras : Biaus frères dons»
Faites Moriaus ait de Pa veine $ Et tu soies de ce certaine Que je l'en donrai volentiers.
S- iv.
Ligne 4* Gasigau. Le seul n° 687 porte Gambison , et je croîs qu'il a raison. ( Yojez plus haut la note de la page 276. )
Ligne 8. Le pignon el puing tout ensanglanté. « Le pennon de « la lance tout ensanglanté au poing. » Ce pennon attaché sous
le fer de la lance devait rendre la plaie mortelle; et c'était d'ailleurs un glorieux ornement que ce drap mi- parti du sang de l'ennemi.
Ligne 9. Au cheval reparoit. Il paroissoit bien au cheval. Le présent du verbe impersonnel par-estre étoit alors pert; imparfait paraît ou par-estoit.
Lions 36. Se ilfust remis. S'il y lut demeuré.
Ligne 38. Mains en seriesmes cremu. Moins en serions-nous craints.
Ligne 45. S'est Un peu desjeunés de pain biscuit et de vin. Il t rompu le jeûne qu'il gardoit depuis le matin , avec du biscuit et du vin. On disoit autrefois se déjeuner, et non pas comme aujourd'hui déjeuner. — Si firent li autre qui Forent. Cest-a-dire autant en firent ceux qui eurent biscuit et vin. Il étoit alors dangereux, comme il le serait encore à présent , de pénétrer dans ces contrées sans biscuit.
Ligne 10. IÀcans si plains. La plaine si unie.
Ligne aa. Et nos adversaires soient bruhiers. L'empereur bit ici allusion au proverbe jà de bruhier ne fera-on esprevier. « Bruier, « oiseau de proie , vivant aux champs de vermine , lequel jamais « on ne peut foire né au poing né au leurre. » (Dictionnaire françoitlatin de J. Dupuis. i564>)
Ligne 29. Vorifiambe Vempereour. Vous vojez bien que le nom à 9 oriflamme n'étoit pas particulier à la bannière de Saint-Denis. On peut consulter une longue note de Garin le Loherain, tome II, p. iai.
S- vi.
Ligne i4» Confiés; confessés.
Ligne 33. Bannières et eseus de diverses connissences. C'est-*-
dire de diverses couleurs et émaux , destinés à les distinguer. — Et desus toutes; et par-dessus toutes.
Ligne 47* Ai»/ &* u tonnant; même Dieu tonnant
S- vn.
Ligne 3g. A celui matin, por la douckour dou tans. Henri de Valenciennes use ici d'un lieu commun des écrivains de son temps, lesquels ne manquent jamais de rappeler la beauté du jour, ayant de (aire la description des combats.
Li jors fa bitus et chaos ru li estes, A grant merveille reverdoient les prés, Cil oiselet chantent es bois rames ; Gharions chevauche, qui avoit peine assez.
(Garin le Loherain, tome I, page 19.)
Ligue 44* <£** eschieles; les colonnes de combattans.
Ligne 48* Glaives. Ce mol ne répond pas , comme le disent les glossaires , au mot épée, mais bien à celui de pieu ou lance* De là javelot ou glavelot. — Bokaigne , Bohême.
Ligne 77. Si enruhis. Rendus si rogues, si arrogans. Les éditions précédentes donnent ce passage corrompu.
Ligne 85. Les palefrois. Cette circonstance fixe exactement la différence des destriers et des palefrois. Les premiers , véritables chevaux de bataille, tenus fraîchement jusqu'au moment de la course ; les autres , montures de parade. — Et se dHore en avant nm remaint en la gent Burille. C'est-à-dire : Et si les gens de Burille ne restent en repos. Renuàndre en ou ens; se tenir coi.
S- vm.
Ligne 1 1 . Pour Tocchoison del mors que il morseht en la pum ; à cause de la morsure de la pomme.
S- ix.
Ligne 12. Sont appareillié li autre qui les ocjrent. En général,
dans les «nuées, chaque chevalier banneret firisoit la première pointe ou course; les chevaliers de sa bannière le suivoient du même pas ou à peu de distance. Chacun d'eux a voit en outre un écuyer chargé de lui présenter des armes , de tenir un cheval de rechange à portée de lui , de le relever s'il étoit désarçonné , de le ramener s'il étoit navré, etc. Puis venoient les gens de pied, dont le principal office étoit de tomber sur les ennemis abattus, et de les achever ou garder prisonniers.
Lions. Li encan*, ou li enehaus; la poursuite.
Ligne 12. Crucemont. Ce lieu, qu'il n'est pas facile de reconnoître sur les cartes modernes , étoit sans doute au-delà de Philippopolis , vers les monts Rhodopes*
Ligne 3 1 . Que il rouvast; qu'il demandât De rogare.
Ligne 34* Que vous avis une fille* Dom Brial traite ce récit de fable. « On ne lit nulle part, dit-il , que l'empereur Henri ait eu « une fille avant le mariage qu'il contracta l'an 1206 avec la fille « de Boniface, marquis de Montferrat, qui à la vérité lui donna « un enfant dont on ignore même le sexe , mais qui , à cette épo- « que, ne pouvoit être nubile... Il est certain que Henri mourut « sans laisser d'enfans légitimes. » En supposant exact ce dernier fiait , ne pouvoit-on pas encore admettre le mariage de la fille de Henri avec Esclas? Certes, il n'auroit pas été besoin qu'elle fût nubile ; on compte un trop grand nombre de princesses mariées ou fiancées avant quatorze ans. Ajoutons que Henri de Valenciennes n'a pas seul mentionné un fiait de cette importance; le premier continuateur de Guillaume de Tyr a dit la même chose. « Li emperères , » dit-il, « li otroia une soie fille en mariage, et « li dist que il li donroit le royaume de Blaquie se le poott con- « querre , et Esclas devint hom liges à l'empereur, m ( Fol. 2o5.) Et si la lettre de l'empereur à ses amis d'Occident n'en dit pas un mot , c'est que , suivant toutes les apparences , elle précède
l'époque des événemens racontes par Henri de Valenciennes. Le récit de Henri de Valenciennes est parfaitement confirmé par Acropolis, chapitre XXIV, « Sthlavus (A8A*£«r), » dit- il, « pâti rent du roi Âzan , avoit reçu le titre de despote , de l'empereur « Henri , dont il avoit épousé la fille naturelle. » Ce passage rend le doute de dom Brial insoutenable.