LIBRAIRIE GERMER-BAILL1ÈRE
Rue de l’École-de-Médecine, 17
Tou* droit* réterré».
AVERTISSEMENT
Je continue dans ce volume une série d’études sur diverses questions de psychologie qui, malgré leur importance, m’ont paru avoir été, de nos jours, plus ou moins négligées, ou analysées d'une manière incomplète, ou mal résolues. J’ai publié le Principe vital et l’âme pensante où j’ai cherché à démontrer qu’il n’y a pas d’autre principe vital que l’âme elle-même ; j’ai publié ensuite le Plaisir et la Douleur où j’ai essayé d’expliquer, en les ramenant à un principe unique, les divers phénomènes de la sensibilité. Aujourd’hui je voudrais rappeler l’attention sur la conscience elle-même qui est la condition, l’instrument de toute la psychologie, et dont néanmoins la théorie enferme encore bien des obscurités et donne
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lieu à des opinions diverses parmi les psychologues. Qu’est-ce donc que la conscience ? N’estce qu’une partie, ou bien est-ce le tout de l’âme pensante? Où la mettre dans une théorie des facultés? Au centre ou dans les embranchements ?
Il s’agira , dans la première partie de cet ouvrage, d’une question exclusivement scientifique, qui ne peut guère intéresser que les psychologues. Mais à celle-ci, j’en ajoute un autre qui peut-être intéressera un plus grand nombre de lecteurs.
Après avoir considéré la conscience au point de vue psychologique, et sans nullement prétendre exagérer le lien qui rattache ces deux questions, je la considère au point de vue moral, et j’examine particulièrement la question du progrès de la conscience morale. Y a-t-il ou n’y a-t-il pas un progrès moral dans l’humanité? En quel sens y a-t-il réellement un progrès moral, et en quel sens ne peut-il y en avoir? J’ai appelé cette question, depuis si longtemps et si vivement débattue au sein des générations humaines, la querelle des anciens et des modernes en morale. Je l’ai rapprochée de la querelle des anciens et des modernes dans les lettres, et je pense avoir éclairé les deux questions l’une par l’autre.
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Par une analyse plus exacte des divers éléments de notre nature intellectuelle et morale, j’ai fait la part de ce qui est perfectible, et de ce qui ne l’est pas, dans l’homme et dans la morale. Cela importe, à divers points de vue, soit pour ne pas trop espérer de l’avenir, soit pour ne pas juger le présent d’une manière trop sévère, et pour être équitable envers ceux qui nous ont précédés.
Ce petit livre par les questions qu’il soulève, sinon pour la manière dont elles sont traitées, ne sera pas indigne, nous l’espérons, de quelque attention de la part des psychologues et des moralistes.