‹ De la consécration épiscopale d'après le pontifical romain (volume 2)Chapitre 3 sur 13 · LA DISPERSION DES APOTRES · texte numérisé non relu

LA DISPERSION DES APOTRES

Les Apôtres, réunis au pied do la croix, se séparent pour porter l'Évangile aux nations. D’après la peinture do Ch. Gleyre, xix* siècle.

DE

Si l’on ne se fait pas une juste idée de l’Épiscopat et de l’Évêque, on n’aura pas l’intelligence de cette incomparable fonction de la « Consécration d’un évéque », de ces nobles pages du Pontifical romain , que nous voudrions mettre ici en lumière.

Qui ne comprend pas la dignité de l’Épiscopat et de l'Évêque ne saurait comprendre la beauté de l’Église.

Qu’est-ce donc que l’Épiscopat et l’Évêque ?

L’Épiscopat est, comme on l’a si bien dit, « la continuation directe de l’Apostolat ». C’est le prolongement jusqu’à nos jours du ministère apostolique.

L’Évêque, c’est ce personnage auguste qui, « légalement

soumis au chef de l’Église universelle, exerce dans un diocèse la plénitude de la puissance ecclésiastique » ; c’est le successeur authentique de ces premiers collaborateurs, de ces cuvepyoi auxquels les Apôtres ont communiqué le pouvoir spécial qui est inhérent à l’apostolat. Ab Apostolis instituti Episcopi in ecclesiis et successores eorum usque ad nos : tel est le cri de saint Irénée ; tel est le témoignage de toute l’antiquité chrétienne.

Il faut ici faire un bond de dix-huit siècles, et nous transporter, d’une façon vivante, dans une communauté chrétienne du premier âge de l'Église. Cette Communauté se compose de plusieurs éléments qu’il importe de distinguer l’un de l’autre. 11 y a tout d'abord le peuple chrétien, foule immense et variée, où l’esclave coudoie l’homme libre, où le dernier des mendiants est l’égal du plus riche des patriciens. Ces jeunes gens au visage angélique, qui pénètrent dans les ergastules et dans les bouges les plus abjects, qui visitent les malades et portent aux pauvres le pain qui nourrit le corps avec les tendresses qui relèvent l’âme, ces consolateurs de toutes les misères sont les Diacres, qu’il faut seulement considérer comme les représentants et les messagers d’une autorité supérieure. Au dessus d’eux, les Anciens, les irpeorêuTepoi, ceux à qui il est donné de faire descendre Dieu sur l’autel dans la majesté des saints mystères, et de faire circuler dans tout ce peuple la vie des sacrements, les Prêtres enfin, forment comme un Conseil qui administre et dirige la communauté ; mais les Prêtres, eux aussi, ne sont point placés au sommet de la hiérarchie. 11 y a quelqu’un devant qui ils inclinent leurs fronts, vers lequel ils tournent leurs yeux, dont ils attendent et exécutent les ordres : il

JÉSUS-CHRIST, PRINCIPE DE LA. HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUE Je suis le cep de la vigne, dit Jésus à ses apôtres, et vous ôtes les branches. » (S. Jean, xv, 5. ) — Fresque des Catacombes.

y a le surintendant, le surveillant, l’administrateur général de la famille chrétienne, le successeur des apôtres, l’interprète de la révélation, le dépositaire sacré de l’autorité doctrinale, sacerdotale et disciplinaire ; il y a le Pontife, il y a l'Évêque 1 .

C’est lui, c’est l’Évêque qui exerce sacerdotalement la plénitude des jura ministerii , la plénitude du « ministère » ; qui confère les sacrements de la Confirmation et de l’Ordre ; qui bénit les églises et sacre les rois.

C’est lui, c'est l’Évêque qui, humblement soumis au Pontife de Rome, exerce doctrinalement la plénitude des jura magisterii , la plénitude du « magistère » ; qui confesse, maintient et propage la foi ; règle l’enseignement des % écoles, censure les livres et combat les hérésies.

C’est lui, c’est l’Évêque qui exerce disciplinairement la plénitude de la juridiction, dans les limites de son diocèse ; et qui nous y apparaît à la fois comme un législateur, un administrateur et un juge ; c'est lui qui, en qualité de législateur, rédige et impose des règlements qui peuvent passer pour des lois, prend des décisions liturgiques sans violer le droit suprême du Pape, explique officiellement tout ce qui touche aux matières de la foi, et accorde des privilèges et des dispenses ; c’est lui qui, en qualité d’administrateur, tient la main à ce que les décrets des Papes et des Conciles soient régulièrement exécutés, qui convoque les synodes, gère les biens de son église, règle les affaires de corporations qui sont soumises à l’ordinaire, dispose des bénéfices qui lui sont réservés, ap-

1. Nous n'avons guère fait que résumer ici, sous une forme plus animée, un excellent article de Buss dans le Dictionnaire encyclopédique dt la théologie catholique , des docteurs Wetzer et Welte (trad. Goschler).

prouve les prêtres qui ont charge d’âmes et favorise la correspondance des fidèles avec le chef de l’Église uni-

S. MARTIN ET S. REMI, PATRIARCHES DE LA NATION FRANÇAISE Fresque de II. Flandrin.

verselle ; c’est à lui, enfin, qu’appartient, en sa qualité de juge, le jugement des causes ecclésiastiques, comme aussi de celles qui ont le mariage pour objet.

C’est lui, c’est ce docteur, ce pontife, ce juge, cet Evê-

que enfin, à la consécration duquel nous allons maintenant assister. Sursum corda.

Supposons que ce rite admirable ait pour théâtre notre cathédrale de Paris, et entrons, recueillis, sous les voûtes de Notre-Dame.

Nous arrivons au moment où la fonction liturgique vient de commencer. L’Evêque consécrateur est assis gravement, au pied de l’autel, entre les deux Évêques assistants : tout prend je ne sais quel air de grandeur. Le plus ancien des Assistants, s’adressant au Consécrateur, lui a dit : « Révérendissime Père, la sainte Église catholique vous prie d’élever ce prêtre ici présent à la charge de l’épiscopat ; » puis, le Mandat pontifical a été lu à haute voix, et il est maintenant établi que Rome a parlé, que Rome agrée l’élection, et que l’on peut procéder en toute sûreté aux rites solennels de la consécration. Ce préambule, qui a une si grande importance au point de vue du droit, est imprégné déjà de je ne sais quelle grave et lumineuse beauté.

Le Serment occupe dans toute la jurisprudence canonique une place qui est considérable et mérite de l’être. Sans aucun doute, tous les peuples dignes de ce nom ont connu et pratiqué l’usage du juramentum ; mais c’est dans l’Église peut-être que cet usage a reçu son développement le plus solennel et le plus efficace. La dignité de l’être humain est renfermée dans le serment, qui est la forme la plus rigoureuse de la loyauté et de l’honneur. On demande donc au futur Évêque de prendre publiquement l’engagement de demeurer toujours soumis à l’apôtre Pierre et à

SERAS-TU DOUX AUX PAUVRES ? — JE LE SERAI Jésus guérit la Chananéenne, D’après une gravure de Wierix, dans les • Evangolicæ historim imagines • du P. Natal. Anvers, 1596.

la sainte Église Romaine ; d’observer les règles des Pères et les mandements apostoliques; de se rendre aux Conciles, quand il y sera convoqué; de faire tous les quatre ans sa visite ad limina et de rendre compte au Souverain Pontife de tout ce qui regarde le salut des âmes qui vont lui être confiées. Ce texte du serment, tel qu’on peut le lire au Pontifical , remonte certainement à l’époque féodale, et c’est ce qu’attestent certaines formules, comme la suivante : Possessiones admensam meam pertinentes non infeudabo 1 ; mais on se convaincra sans peine qu’il n’est pas sans offrir encore quelque actualité facile à saisir. Le futur Évêque prête ce serment à genoux devant le Consécrateur, et le voici désormais lié avec le Siège apostolique d’un lien que rien ne pourra briser.

Le terrain cependant n’est pas encore déblayé, et l’on ne saurait encore vaquer réellement aux rites du sacre. Il faut qu’au préalable, l’Élu soit scrupuleusement interrogé sur la foi et les mœurs ; il faut qu’il subisse un véritable examen ; il faut que ses réponses, nettes et décisives, dégagent la responsabilité de ceux qui vont bientôt lui imposer les mains, et mettent en plein relief sa propre personnalité, sa vraie foi, ses promesses et ses engagements. Il est très antique et très beau, cet Examen qui n’est aujourd’hui connu que d’un si petit nombre de catholiques : « Voulez-vous enseigner au peuple tout ce qu’enseignent les saintes Écritures ? Voulez-vous le lui prêcher, non seulement par vos paroles, mais par vos exemples ? » Et plus loin : « Voulez-vous vous attacher uniquement au service de Dieu et demeurer étran-

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