‹ De la conservation et de la restauration des tableaux: éléments de l'art du restaurateurChapitre 18 sur 61 · SI · texte numérisé non relu

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les; maïs il faut être prompt et ne pas tourmenter son tableau, car c'est un procédé funeste aux préparations qui ont reçu les peintures. Il est tout à fait dangereux pour les préparations à la colle, pour les tableaux italiens gothiques surtout. Nous avons vu de ces tableaux dont les ors ont entièrement frisé sous cette immersion.

On peut encore, pour détruire cette crasse grasse, utiliser les alcalis; mais ce moyen est très-dangereux entre des mains inexpérimentées. Il réclame l'attention la plus soutenue et les précautions les plus minutieuses, puisque tous les sels alcalins, cendre, potasse, sel de tartre, etc., attaquent facilement l'huile, et qu'il'est impossible de déterminer la force de leurs solutions (4 ).

Le tartrate de potasse n'agit que sur les crasses et ne se combine pas avec l'huile, comme les sels précédents: aussi doit-il être recommandé spécialement.

Il faudra toujours que le tableau sur lequel on voudra expérimenter soit bien rentoilé et solide dans toutes ses parties. C'est une condition essentielle afin que les liqueurs alcalines ne s'écartent pas de la surface de la peinture.

Pour opérer un nettoyage au moyen des alcalis, on aura soin de tenir près de soi un grand vase plein d'eau, et une éponge remplie de cette eau propre sera tenue à portée de la main ; puis on en imbibera une autre plus fine et plus douce de la préparation alcaline dont on frottera légèrement la partie du tableau que l'on veut nettoyer, en commençant par le haut, afin que les crasses grasses ou huileuses protègent la peinture contre les eaux saturées de sels qui couleront sur

(i) Les alcalis n'ont pas d'action sur les tableaux couverts de vernis ou de substances bitumineuses , pourvu qu'on ne les laisse séjourner que le temps nécessaire pour un nettoyage ordinaire.

elle nécessairement ; car dans l'instant même où tous aurez posé votre alcali, il faudra l'inonder en passant votre grosse éponge pleine d'eau pure sur la partie qui en aura été frottée. Nous ferons ici la môme recommandation que nous avons déjà faite , c'est que pour toute opération dans laquelle on se servira de l'eau froide ou chaude afin de ménageries préparations, il faudra agir avec promptitude , suspendre même le nettoyage au besoin, c'est-à-dire au moment où Ton s'apercevra que le tableau courrait quelque risque en conservant plus longtemps de l'humidité sur sa surface; alors avec du vieux linge on en extraira autant que possible l'eau , et on le laissera sécher jusqu'à ce que les préparations aient repris leur consistance accoutumée ; après quoi on reprendra de nouveau son travail pour l'achever sans danger.

Les anciens n'ont pas seuls couvert leurs tableaux d'huile. De nos jours, comme on le verra en parlant de la peinture de restauration, certains peintres restaurateurs se servent de patines pour dissimuler leur travail. Ces patines ont le plus souvent pour base le vernis; mais souvent aussi les huiles grasses sont employées : les Italiens surtout en couvrent leurs tableaux. En Angleterre, ils en font un mélange avec le vernis. Heureusement ces patines, d'une invention récente, n'ont pas eu le temps de prendre une dureté qui expose les tableaux à des inconvénients. Un simple nettoyage en fait facilement justice. Puis il est encore vrai que toutes ces salissures ne sont employées que sur des tableaux d'un ordre très-inférieur qu'il faut se garder de toucher, car toute leur valeur réside souvent dans leur restauration.

Cependant il est arrivé quelquefois qu'une bonne peinture a été ainsi enterrée , mais cela est bien rare.

Voici ce qu'il faut faire en ce cas : Toujours ces ta*

bleaux ont reçu un vernis sur leur patine ; si les restaurations sont déjà anciennes et qu'elles résistent à l'esprit, il faudra d'abord enlever le vernis en respectant la patine huileuse que Ton attaquera ensuite par les bains d'huile de lin, en continuant l'opération telle que nous l'avons indiquée.

DBS VSBNIS AU HLAHC D'OBUF. — DES COLLES ET CRISSES.

Outre remploi que faisaient les anciens des corps gras, ainsi que des huiles, afin de faire revivre les couleurs de leurs tableaux, ils se servaient encore d'encollage et de vernis factices. Beaucoup aussi de leurs productions sont restées telles qu'elles ont été créées. Il faut alors se bien garder de les confondre, n'étant que couvertes des crasses du temps.

Ces vernis ou encollages loin de protéger la peinture ont fait corps avec les crasses du temps , et ce genre d'encrassement est aujourd'hui une des grandes difficultés du nettoyage.

Nous avons bien souvent entendu des plaintes s'élever contre l'usage du vernis que nous employons, pourtant il est le seul moyen de conservation des tableaux. Sans sa présence, les peintures, comme par le passé, se couvriraient de poussière que l'humidité de l'air y fixerait ; les fumées viendraient y joindre leur ton bistré, les mouches y déposer leurs salissures (4), en un mot, il se formerait sur leur pâte même une croûte de saletés que l'humidité ferait pénétrer dans tous les

(1) Les salissures des mouches ou de tout autre insecte sont bien difficiles à faire disparaître entièrement des peintures non Ternies, surtout lorsqu'elles proviennent de crosses mouches ou d'araignées, car elles sont très-caustiques.

pores, et qui en changerait le ton général, ce qui se voit trop souvent.

Le vernis fermé ces pores; il subit seul les avaries que le temps faisait éprouver aux tableaux. En le renouvelant tous les 30 ou 40 ans, époque où les chancissures viennent le décomposer, les. peintures reparaîtront de nouveau brillantes et pures. €e vernis pourra même se conserver plus longtemps, si on a soin de ressuyer souvent d'un foulard, de le préserver de la trop grande chaleur, comme de l'air humide ; ces précautions prises, nul doute qu'un tableau ne traverse des siècles. L'expérience a prouvé suffisamment que Tétat le plus funeste d'un tableau est celui qui l'expose à recevoir, sans protection aucune, toutes les souillures que le temps accumule nécessairement sur lui, comme à l'influence délétère de l'humidité où d'une chaleur trop vive.

Les vernis au blanc d'oeuf étaient principalement employés par les anciens. Leurs tableaux en traversant les siècles en ont reçu probablement plusieurs couches à des époques différentes, car ils arrivent jusqu'à nous couverts d'une croûte d'un -brun jaunâtre et d'une grande dureté.

Pour opérer leur extraction, il faudra, comme pour les huiles , laisser séjourner le tableau sous l'huile de lin pendant plusieurs jours. Puis on frottera le tableau avec du savon noir que l'on laissera séjourner jusqu'à ce que la surface de cette croûte se soit amollie. Aussitôt que l'on s'apercevra que l'effet s'est produit (ce dont on s'assurera eh grattant avefc l'ongle), on se servira alors de l'eau chaude pour en laver le tableau. 11 arrive toujours qu'après ce lavage la peinture n'est nettoyée que par places ; alors on la recouvrira d'huile, et le lendemain «on recommencera son opération par parties, mais sans chercher l'entière propreté.

Lorsqu'il ne restera plus que l'harmonie à obtenir, l'esprit mitigé d'huile devra être employé (4).

Quand on aura nettoyé ainsi ces sortes de tableaux dans leur ensemble, qu'il ne restera plus que des saletés dans les inégalités des empâtements, on mouillera ces derniers avec un peu de savon, ou bien une légère impression d'alcali en liqueur à l'aide d'une brosse rude ou d'une éponge imbibée d'eau. On frottera pour extraire ces crasses. Il ne faudra pas cependant s'obstiner, si elles résistent. Dans ce cas il faudra recourir au grattoir. Si, lui aussi , était impuissant et qu'il fallût absolument les enlever, comme dernier moyen on se servira pour toucher ces empâtements de l'eau-forte que l'on inondera immédiatement d'eau pure. Le grattoir doit alors pouvoir les extraire. Après deux épreuves infructueuses, il ne restera plus que la retouche pour y porter remède. Il est bien entendu que toutes ces dernières opérations ne devront être tentées que sur des tableaux parfaitement émaillés et sur leurs parties claires.

Lorsque les crasses ont été simplement produites par les poussières d'un appartement, ainsi qu'occasionnées par les exhalaisons et les fumées des habitations ordinaires, elles ont rarement de la consistance. Une simple eau savonneuse les fait disparaître.

Mais quand les tableaux ont été exposés dans une cuisine, par exemple, où la fumée .grasse, où la buée des eaux chaudes pénétrent jusque dans les pâtes les plus fermes, alors il faut réclamer le secours des alcalis, en ayant préalablement fait séjourner son tableau sous l'huile pendant plusieurs jours. 11 est bon

(1) Toujours en imbibant et frottant le coton sur la partie que Ton veut nettpyer, exactement comme pour les vernis. Seulement on substituera l'huile à l'essence.

aussi de ne pas chercher à opérer ce iiettoyage le même jour, car en le couvrant d'huile entre les différents lavages on aide les crasses à se détacher.

Cependant, il faut observer qu'un tableau qui a passé un long espace de temps dans un tel lieu ne peut presque jamais reprendre ses tons brillants; on s'exposerait à tout détruire si Ton voulait s'y entêter.

Nous avons acheté un tableau de Jeaurat à Vermenton, sa ville natale. Ce tableau occupait le dessus de la cheminée d'une pièce où les gens de la maison faisaient leur cuisine journalière. Il y avait été placé parle peintre lui-même, qui l'avait fait pour son père, ancien propriétaire de cette demeure. Cette peinture était à peine visible, tant elle était noire. Comme elle avait une réputation parmi les petits amateurs du pays, nous l'achetâmes au hasard.

Nous employâmes tous les moyens possibles, même les plus violents, pour arriver à son nettoyage, nous ne pûmes obtenir le blanc dans les parties qui devaient y être les plus brillantes; elles restèrent toutes d'un jaune sale. Ce maître cependant, comme la plupart des artistes français de cette époque, possède une couleur sinon belle, du moins claire et agréable.

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