NÉ À SAINT-QUENTIN EN 4750, Y MEURT EN
Dès l'âge le plus tendre Latour fit pressentir sa vocation , ses livres de classes en fournirent plus d'un témoignage. Ses professeurs y rencontrèrent et souvent y reconnurent leur pédantesque caricature , et quoique chaque fois ils récompensassent ce génie naissant , sa verve , loin d'être refroidie par les châtiments douloureux qui lui étaient infligés , en devenait plus animée , sa satire plus mordante, et ses ennemis plus ridicules.
Au sortir du collège , son père le plaça chez un peintre médiocre qu'il surpassa bientôt. Un négociant de sa famille l'ayant emmené en Flandre , ses progrès y furent si rapides , qu'en peu de temps il fut remarqué et recherché. Il fit en ce pays un grand nombre de portraits parmi lesquels se rencontrent plusieurs ministres des cours étrangères ; entre autres , celui de l'ambassadeur d'Angleterre. Ce dernier l'engagea à l'accompagner à Londres, où il obtint sous son patronage un grand succès.
Mais l'amour de la patrie le ramena en France , comblé de présents et de marques d'affection de cette nation qui sait apprécier le talent , et mieux encore le récompenser.
Dé retour à Paris, une maladie nerveuse le contraignit à abandonner la peinture à l'huile : il se livra dès* lors à celle du pastel, qu'il étudia durant toute une année.
En France , le portrait de M. Permet le révéla au monde artistique. Ce portrait fit sensation au salon; car son talent ne consiste pas seulement à rendre la ressemblance des traits , il sait y joindre jusqu'à la tournure d'esprit de ceux qu'il reproduit sur la toile. Cette qualité , jointe à une harmonie suave qui n'affaiblit point la vigueur extraordinaire de ses portraits , vigueur inconnue jusque-là , leur donne une âme qui y est en quelque sorte visible. En un mot , il sut mettre dans sa peinture tout ce que la science peut apprendre et réchauffer cette science par ce feu sacré que la nature donne seule.
Latour possédait une gaieté franche qu'il conserva toute sa vie. Sesjréparties , vives et spirituelles, charmaient ses modèles. Jamais flatteur , il n'embellissait rien. Simple et vrai dans l'imitation des formes et du coloris , ses portraits sont un miroir fidèle, une repro-
duotion exacte des inclination* et des habitudes de ceux qu'il peignit. Jamais courtisan, il méprisait ce que Voltaire appelait de magnifiques bagatelles (les décorations de cour).
Il refusa le cordon de Saint-Michel. Citoyen utile , le désir d'obliger fut sa passion dominante* Il préférait faire des ingrats que de manquer à secourir l'indigent*
Peu ébloui par l'éclat des grandeurs, il conservait son franoparler et son indépendance en tous lieux.
Une dame de la plus haute considération l'ayant virement pressé de la peindre, il demanda son heure précise, elle lui est donnée. Latour arrive, on le fait attendre..,, il disparaît.»..
Pressé de se rendre à la cour pour y peindre le roi f il décline cette faveur* Cependant , appelé impérieusement, il se rend aux vœux de Louis XV. Le roi avait choisi pour lieu de la séance un belvédère. — « Oh ! a'éorie Latour en entrant, que veut-on que je fasse dans cette lanterne, quand il ne me faut pour peindre qu'un setil jour ?— Je l'ai choisi exprès à l'écart, répond le roi, pour ne pas être dérangé. — Je ne savais pas , aire , qu'un roi de France ne fût pas maître chez lui I b . Quoiqu'il aimât peu les courtisans , il n'était pas ennemi de la société ; au contraire , il la cherchait lorsqu'elle se composait de savants, d'artistes, ou de gens qui les aimaient. Au milieu d'eux , il se livrait à toute la joyeuse franchise de son caractère.
Il suivait exactement la société d'un fermier général, chez lequel se réunissaient tous ceux qui , dans Paris , se distinguaient dans les lettres et dans les arts.
Un jour qu'une partie de plaisir avait été organisée par ce financier dans une campagne qu'il possédait à , Auteuil , il fit une telle chaleur ce jour-là , que chaque invité y arriva couvert de poussière et tout en désordre* Latour seul se présenta frais et dispos , et tout le
présentée en pied dans son boudoir; un volume de l'Encyclopédie est posé près d'elle sur un fauteuil.
Ce portrait donna lieu à plusieurs anecdotes qui dépeignent bien le caractère de Latour ; nous croyons devoir les consigner dans cette notice.
Ayant été mandé à Versailles d'une manière impérative, pour y peindre cette belle maltresse du roi, il répondit simplement au gentilhomme chargé de ce message qu'il n'allait pas travailler en ville....
Un de ses amis qui l'entendit, redoutant pour lui les suites d'un procédé si mal séant, lui fit rétracter ses paroles, mais Latour ne consentit à satisfaire aux ordres reçus qu'autant que la séance ne serait interrompue par personne.
Arrivé chez la favorite , il réitère ses conventions et demande la permission de se mettre à l'aise , ce qui lui fut accordé. Il détache donc les boucles de ses souliers , ses jarretières , son col ; ôte sa perruque ; tire de sa poche un petit bonnet de taffetas , et s'en couvre le chef; en un mot, il fait comme chez lui, puis se met à l'oeuvre.
Il n'y avait pas un quart d'heure que notre original était au travail, que les portes s'ouvrant à deux battants donnent passage au roi....
Latour ôtant son bonnet , dit d'un air courroucé : « Vous aviez promis, Madame , que votre porte serait fermée. » — Louis XY rit de bon cœur, et l'engagea à continuer. — « Il m'est impossible d'obéir à votre majesté, réplique le peintre, je reviendrai quand Madame sera seule. » Aussitôt il se lève , emporte sa perruque, et va s'habiller dans une autre pièce en répétant : a Je n'aime pas à être dérangé. » La maîtresse céda au caprice de son peintre, et le portrait fut achevé.
Latour était laborieux , entouré de véritables amis , ses talents estimés de tous ; aussi fit-il une fortune