‹ De la conservation et de la restauration des tableaux: éléments de l'art du restaurateurChapitre 6 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce n'est donc pas aux mauvais résultats des expériences faites que Ton peut attribuer l'opposition que le restaurateur éprouve dans l'exercice de son art, puisqu'aujourd'hui mille preuves établissent son urgente nécessité. Peut être ne serait-il pas hors de propos d'indiquer ici les causes fâcheuses qui ont éveillé l'appréhension chez l'amateur sincère; car, chez tout autre, elle est feinte.

Le peintre restaurateur est, de fait, le directeur de tous les travaux qui constituent la mise en état d'un tableau ; la responsabilité pèse sur lui, et il doit connaître à fond toutes les ressources de cet art délicat pour pouvoir prévenir, par des conseils éclairés, les accidents de tous genres que peut entraîner l'opération.

Malheureusement les amateurs et directeurs de galeries ne le comprennent pas ainsi. En France surtout, les galeries publiques sont ordinairement confiées à des théoriciens plus ou moins habiles; mais incapables de rien prévoir puisqu'ils ignorent la pratique de l'art qu'ils sont chargés de diriger. Aussi, un accident se produit-il, il est toujours le fait, selon ces messieurs, de l'artiste employé, lorsqu'il n'est que celui de l'inexpérience du directeur de ces travaux.

Les spéculateurs amateurs ou marchands, en récriminant sans cesse contre la restauration, semblent appuyer les doléances de messieurs les conservateurs. Mais le but qui les conduit à en agir ainsi est facile à expliquer.

Ils réclament constamment les tableaux sous leurs crasses, espérant qu'ainsi voilés, ils obtiendront le

chef-d'œuvre convoité à de meilleures conditions; mais qu'on ne croie pas qu'ils dédaignent le tableau même très-malade alors qu'il est inconnu. Es prêchent, il est vrai, qu'on ne doit acheter que ceux d'une extrême conservation ; mais, tout en faisant du puritanisme à l'égard de la restauration, ils l'exploitent merveilleusement à leur profit.

En suivant avec attention les entretiens de la plus grande partie des amateurs véritables et des artistes, nous avons remarqué qu'ils parlaient de cet art, non avec connaissance de cause, mais d'après leurs sentiments, basés sur ce qu'ils ont vu et ce qu'ils ont entendu , ce qui se réduit souvent à bien peu de chose, mais qui a suffi pour leur donner de ces travaux une opinion qu'ils ne cherchent même pas à justifier.

Nous avons remarqué en outre que ces amateurs étaient presque constamment malheureux dans le choix qu'ils font des restaurateurs qu'ils emploient; car l'artiste d'un talent vrai n'est presque jamais celui que les spéculateurs produisent, craignant que les connaissances spéciales de celui-ci n'influencent le goût de l'amateur et ne dérangent ainsi leurs projets. En outre, étant plus connu, il est aussi plus exposé aux méchants propos de ceux qui le redoutent. Enfin nous constaterons ici que ce n'est pas toujours le plus habile restaurateur, reconnu tel, qui est le plus occupé; car pour que les travaux lui arrivent il faut que l'amateur en juge par lui-même, et qu'il ait surtout compris le danger du bon marché dans une partie de l'art si délicate et si difficile.

Comme on le voit, la restauration n'est arrivée à inspirer des craintes sérieuses que par les nombreux accidents qui surviennent, et que l'inexpérience de ses directeurs et les vues intéressées des divers spéculateurs laissent chaque jour se reproduire. Espérons

que le moment approche où la Térité se fera jour ; que nos yeux ne seront plus attristés par le délabrement dans lequel se trouvent la plupart des chefsd'œuvre qui font l'admiration du monde entier.

Nous avons dit, en parlant de l'enlevage, que le rentoileur doit commencer avant tout par refixer, aussi bien que possible, les parties qui se lèvent dans le tableau qu'il met en œuvre. Dans ce cas, l'opération n'étant que provisoire, il ne cherche qu'une solidité momentanée. Il l'obtient en faisant simplement pénétrer de la colle de peau chaude dans toutes les. parties qui peuvent l'absorber, sans y apporter d'autres soins.

Mais il existe d'autres refixages qui réclament de lui beaucoup d'habitude et au moins autant d'adresse : ce sont ceux que nécessite la maladie dite lever. Quand les accidents qu'elle produit n'ont qu'en petit nombre attaqué des parties peu importantes d'un tableau dont les préparations sont encore bonnes ; alors le rentoileur refixe une à une les écailles qui tentent de s'en détacher. Pour y parvenir , il pratique de légères piqûres au moyen d'une aiguille dans la pâte de la peinture qui se lève. Il introduit par ces piqùres,en soufflant, de la colle chaude entre les écailles et la préparation. Puis, quand il est certain de les en avoir suffisamment garni, au moyen du fer chaud, en interposant toujours un papier collé entre le fer et la peinture, il force la boursouflure à disparaître, et rend ainsi le tableau aussi uni qu'il l'était avant qu'il eût souffert.

Il y a quelques années, les mastics seuls étaient employés à combler les dégradations de toutes sortes qu'avaient subies les tableaux. Ces mastics sont de trois sortes : celui à la colle qui se compose de colle de peau et de blanc d'Espagne. Le second n'est autre que de la cire vierge naturelle. Le troisième est un com-

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