CARACTÈRES PHYSIOLOGIQUES
Un sang peut présenter des caractères anatomiques, organoleptiques et physiques, sensiblement et même absolument identiques au sang à la sortie des vaisseaux, sans qu'il puisse être pour cela apte à remplir le rôle thérapeutique exigé dans une transfusion. La preuve en est pour le sang défibriné, Ce sang, dont le battage seul à soustrait la fibrine, acquiert en quelques minutes des propriétés nocives. C'est ce que montrent de nombreuses expériences pratiquées sur le lapin: après une forte hémorragie, l’injection de son propre sang défibriné le tue régulièrement,
Détails curieux: le sang est d'autant plus nocif qu'il est réinjeeté plus près du moment de la défibrination et un vieillissement de plus de vingt minutes le rend inoffensif.
Les chiens résistent beaucoup mieux à cette action nocive et, même saignés à blanc, ils peuvent être restaurés définitivement par une transfusion suffisante de sang défibriné.
Chez l’homme, enfin, les transfusions faites au cours de tentatives ultimes, montrent que l'injection de sang humain battu suscite des troubles, en général, mortels.
Ces considérations nous prouvent la valeur de la recherche des caractères physiologiques.
En ce qui nous concerne, {rois grandes propriétés sont à considérer: l’hémalose, la coagulation et l’agglutination. Cette dernière, en raison de son application à la médecine légale, fera l'objet d'un chapitre distinet.
Propriétés hémalosiques. — Nous désignons ainsi cette propriété primordiale que possède l'hémoglobine, de fixer l'oxygène et de abandonner aussi facilement: C'est là, la fonction dite respiratoire de l'hémoglobine. Cette qualité en fait un test de vitalité du plus haut iniérêt: un sang conservé, ne possédant plus le pouvoir d'oxygénation, est un sang inutilisable pour une transfusion, c'est-à-dire un sang mort. On sait déjà que l’on peut réaliser, in vitro, l'oxydation de l'hémogiobine soit avee sa solution, soit avec des globules rouges. Mais, in vivo, les solutions d’hémoglobine ne peuvent jouer le anême rôle, car lhémoglobine devient un pigment, inapte aux échanges gazeux, destiné à la dégénérescence et à lélimination.
On peut utiliser des appareils précis tels que les spectroscopes, pour saisir les différents états d'oxydation de l’hémoglobine. (
La capacité respiratoire du sang, indiquée comme l'on sait, par le nombre de centimètres cubes d'oxygène que 100 em° de sang peuvent fixer par agitation prolengée à l’air (100 em° de sang humain ou de chien ont une capacité respiratoire de 24 em’, sous une pression d'oxygène de 150 millimètres de Hg environ et une température de 15°), peut être recherchée, avec précision, à l’aide de la pompe à mercure, où le vide et la chaleur libèrent complètement les gaz du sang. Les gaz une fois recueillis, sont analysés par les méthodes courantes. Il est à noter que le sang citraté, analysé après un repos de vingt-quatre heures et simple agitation à l'air, contient les gaz en proportion normale. Toutefois, si cette agitation à l'air est prolongée, la quantité d’anhydride carbonique peut diminuer, la proportion d'oxygène restant d’ailleurs toujours voisine du chiffre normal (Hédon, 1918).
Ainsi, faut-il, de toute évidence, éviter l’hémolyse du sang et s'assurer de sa propriété hématosique après un contact suffisant avec l’air ou avec loxygène pur.
Nous verrons plus tard que des sangs conservés, ayant séjourné dix jours hors de l'organisme, s’artérialisent de nouveau par simple agitation à Pair.
Propriétés de coagulation. — La coagulation qui se réalise plus ou moins rapidement, n'a qu’une importance très relative à notre point de vue. En effet, la coagulation qui est sous la dépendance de facteurs trop nombreux, est difficile à analyser.
à CHAPITRE II
L'Agglutination
La troisième grande propriété physiologique du sang est la propriété d'agglutlination. Elle a été particulièrement étudiée ces dernières années et nous allons essaver, au cours de ce chapitre, de classer les résultats encore épars.
En étudiant les phénomènes nocifs très graves, qu'on note lors de la transfusion sanguine, Creite et Landois (1874) constatent, les premiers, l’action des sérums sur les globules rouges appartenant à une autre espèce; phénomène actuellement äésigné par le terme d’hétéroagglutination.
On admet que l'agglutination se trouve sous la dépendance de substances, hypothétiques pour l'instant, désignées sous le nom d'agglutinines, ou, plus précisément, d'hémoagglutinines.
Parmi celles du sérum humain, il faut distinguer:
(a) les hétéro-hémoagelutinines,
(b) les iso-hémoagglutinines,
(e) Les auto-hémoagglutinines, que nous allons définir, dont nous relracerons succinetement l'histoire jusqu’à ce jour et dont nous nous efforcerons de mettre en valeur les propriétés importantes relatives aux applications de l’agglutination.
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HÉTÉRO-HÉMOAGGLUTININES
Substances capables d'agglutiner les globules rouges d'espèce étrangère.
Ces substances, peu étudiées, existent chez les individus malades comme chez les individus sains.
Le pouvoir agglutinant se retrouve, bien qu'atténué, dans le sérum dilué à 1/20 et n’est nullement impressionné par le chauffage à 52°.
ISO-HÉMOAGGLUTININES
Substances qui n'agissent que sur les hémalties d'individus de même espèce.
La connaissance des iso-agglutinines humaines est relativement ancienne; mais, au lieu de les considérer comme un attribut individuel, on les rattacha, tout d’abord, à des états pathologiques variés. Les premières recherches sur cette question remontent à 1899-1900 et pratiquées simultanément en Angleterre par Schattock et en Autriche, par Landsteiner, [ls observent que beau coup de sérums d'individus malades sont susceptibles d’agglutiner fortement les globules rouges d’indivi lus sains. Mais, c'est à Landsteiner (1905) et à ses collaborateurs que revient le mérite d’avoir établi que les isoagglutinines ne sont aucunement l'apanage de phénomènes pathologiques, mais qu’elles existent dans le sang de la grande majorité des individus normaux, ne faisant complètement défaut que par exception.
L'iso-agglutinine physiologique esi bien niée par quelques-uns, mais la confirmation constante de sa présence chez l'individu normal, fait foi désormais. Donc
les iso-agglutinines se trouvent dans presque tous les sérums d'individus adultes, Par contre, chez les nouveau-nés les iso-agglutinines se rencontrent rarement, Halban (1900) obtient l’agglutination des globules rouges maternels par le sérum fœtal, mais d’autres auteurs, très nombreux, infirment cette constatation.
En ce qui concerne le sérum d'enfant, Halban, Landsteiner et d'autres auteurs admettent qu'il se comporte comme le sérum des adultes.
Ainsi, la courbe de fréquence partie de zéro à la naïssance, tend vers l'unité avec la croissance.
Dans nos sérums conservés, à la température ordinaire, les iso-agglutinines se retrouvent entièrement et persistent pendant six mois avec leur maximum d'intensité. Mais il n'en est plus de même après deux ans, où les iso-agglutinines ont pratiquement disparu.
La richesse du sérum en iso-agglutinines est très
variable.
Les auteurs, comme Schattock, Eisenberg, constatent la disparition des agglutinines à des dilutions telles que 1/2, 1/10, 1/20, 1/30. Landsteiner et Leiner observent une réaction positive avec un sérum dilué à 1/100. Lattes et la plupart des auteurs affirment que les sérums dilués à 1/15, à 1/25 conservent, dans la majorité des cas, leur pouvoir agglutinant.
Les iso-agglutinines sont thermostabiles, et se maintiennent aclives, même à 60° (Hektoen, 1907). Lüdke (1905), constate, en étudiant le sérum de tuberculeux, que les iso-agglutinines disparaissent après le chauffage à 65°, alors que les hétéro-agglutinines vis-à-vis des globules rouges de lapin restent intactes, Le froid
= Die
n'a aucune action: les sérums placés plusieurs mois à la glacière restent actifs.
Bien que l’activité agglutinante disparaisse avee le temps, nous avons observé des propriétés sensiblement identiques avec nos sérums conservés.
Les iso-agglutinines résistent assez bien aux agents cosmiques, si bien que l’on peut les trouver actives après plusieurs mois dans les taches de sang.
Nous avons observé celte persistance sur des sérums et des sangs dont la putréfaction datait de plus de six mois.
Il n'existe pas de type familial d’iso-agglutinine, la parenté n’imposant pas les mêmes propriétés sanguines — l'étude de Langer (1903), examinant le sang des membres de 15 familles, l'établit nettement, —- Hektoen, en 1907, fait la même constatation. Mais si les sérums d’une famille ne présentent pas les mêmes isoagglutinines, il est prouvé toutefois que les parents transmettent à leur descendance certains caractères de ces substances. Ce fait, déjà entrevu par R. Ottenberg et Epstein, a été confirmé par Von Dungern et Hirschfeld.
La loi de Mendel est applicable à la transmission des iso-agglutinines.
Les sérums contenant des iso-agglutinines ne se comportent pas tous de la même manière; les uns sont capables d’agglutiner certains érythrocytes, les autres en sont incapables. On en déduit que les iso-agglutinines sont spécifiques et ne réagissent seulement qu'avec une espèce déterminée de globules rouges.
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D'après Landsteiner, Decastello, et bien d’autres, les iso-agglutinines sont au nombre de deux. Pour Hektoen, Jansky et Moos, elles seraient au nombre de trois. Toutefois, les travaux les plus récents confirment les données de Landsteiner, c’est-à-dire l'existence de deux iso-agglutinines isolées, coexistant ou manquant toutes deux.
A chaque iso-agglutinine correspond une substance agglutinable renfermée dans les globules rouges et daprès les expériences d'Ottenberg (1911), il résulte que les hématies peuvent absorber de l’agglutinine sans subir d’agglutination — fait observé lorsqu'on ajoute trop de globules rouges à une dose déterminée de sérum.
La substance agglutinogène des hématies, à la température de+ 1 à + 3° C, se montre encore active après deux ans et demi, durée pendant laquelle nous avons pu suivre nos Conserves.
En résumé:
Les iso-hémoagglutinines sont spécifiques, indépendantes des conditions physiologiques et pathologiques.
Rencontrées dans les premiers temps de la vie, elles se maintiennent indéfiniment fixées chez l'adulte.
De leur grande résistance aux agents cosmiques, il résulte que l’on peut les trouver actives dans les taches de sang.
Au nombre de deux, désignées par + et 6 ou (a, b), elles se transmettent par hérédité mendélienne.
A ces deux agglutinines correspondent deux substances agglutinables où agglutinogènes, A et B, renfermées dans les globules rouges. L'aggelutinine et la substance agglutinable correspondante ne peuvent coexister dans un même sang.
NT Nes
AUTO-HÉMOAGGLUTININES
Substances manifestant leur action sur les hématies mêmes du porteur.
Tout d’abord, on attribua une grande valeur à ces auto-agglutinines. Après leur découverte, par Klein (1890), de nombreux auteurs supposèrent le phénomène en relation avec des lésions hépatiques; puis, leur fréquence particulière dans la maladie du sommeil, en fi alors un symptôme caractéristique de trypanosomiase. Mais, constatée par la suite dans de nombreux états pathologiques, l’auto-agglutination est aujourd’hui interprétée comme un phénomène banal.
Lattes le rattacha à la disposition en piles de monnaie qui se produit dans les sérums normaux récents.
En 1922, il analysa le mécanisme de cette auto-agglutination et élucida les rapports existants entre l’auto, l'iso et la mise en piles des globules rouges.
D'après lui, il y à :
Présence constante de piles de monnaie dans les amas d'auto-agglutination.
Absence de fixation d'agglutinine sur les globules et, par suite, impossibilité de suppression du pouvoir autoagolutinant du sérum moyennant des doses répétées de globules.
Diminution considérable avee le temps, du pouvoir auto-agglutinant ( par analogie avec le pouvoir « empilant » des sérums normaux) avee persistance complète du pouvoir iso-agglutinant. De même action inhibitrice sur le phénomène par les sérums normaux vieillis.
L’auto-agglutination est intensifiée à la température
de 0° et supprimée à celle de 37°. La dilution au 1/3 la suspens tandis que le titre de dilution de l’iso-agglutination est plus élevé.
Done, pour Lattes:
L'auto-agglutination est un phénomène exceptionnel, simple exagération d’un phénomène normal: « l’empilement ».