INTRODUCTION
Peut-on conserver les hématies humaines en dehors de l'organisme?
Peut-on trouver un milieu tel qu'elles y gardent entièrement leurs propriétés vitales?
Nous nous sommes posé ce problème auquel nous apportons notre modeste effort.
La question nous à paru intéressante à plusieurs points de vue:
D'abord au point de vue histophysiologique, le « tissu sanguin » peut servir de sujet d'étude pour des essais de culture in vitro (1). Il semble même que, par sa résistance et l’objectivité de son hémolyse, la cellule rouge soit apte à Jouer le rôle de test mieux que certaines cellules plus différenciées et plus fragiles. La recherche du milieu, répondant à notre désir, ne peut qu’apporter de précieux indices sur les besoins de toute cellule vivante.
Pour, si intéressant que soit ce point de vue purement scientifique, il en est d’autres qui tendraient à bénéficier d'applications pratiques immédiates, en particulier dans la transfusion et dans l'identification médico-légale des taches de sang.
En ce qui concerne la transfusion, on sait que l’écueil résidant autrefois dans la coagulation du sang pendant l'acte d'injection a. pu être évité, grâce à CRILE
(1) Comme CARREL et tant d’autres observateurs les ont tentés pour les tissus proprement dits.
et LEwisoux en Amérique, à H£Épon et JEANBRAU en France. D'ailleurs la guerre a fait entrer la transfusion citratée dans la pratique courante. On sait aussi que les dangers inhérents à l'incompatibilité des sangs ont pu être définitivement écartés, par la recherche systématique des groupes sanguins.
Les difficultés auxquelles se heurte actuellement la pratique de la transfusion, résident dans le fait tout autre de se procurer un sang en quantité suffisante et de qualité appropriée. On n’a pas toujours à sa disposition — jamais en chirurgie de guerre — des parents consanguins du blessé et nous ne sommes pas pourvus, en France, de « donneurs professionnels », véritables vendeurs de sang, que les hôpitaux américains ont sous la main pour les cas d'urgence. Il ne reste done que la seule ressource de s'adresser aux personnes de l’entourage présentant les trois conditions indispensables de bon vouloir, de compatibilité sanguine et d'intégrité humorale (Wassermann en particulier), et les chirurgiens savent combien il est parfois malaisé de renconirer de tels « donneurs ». Quelle simplification, et quelle sécurité apporterait un sang conservé, toujours prêt à utiliser; quelle commodité surtout pour la pratique des petites transfusions répétées !
Enfin, le point de vue médico-légal n'est nullement négligeable, Une méthode actuelle d'identification des taches de sang est basée sur l'agglutination d'hématies témoins par le sérum extrait de la tache. Or, les laboratoires de médecine légale, à moins d’être en relation avec un hôpital pourvu de lots de « donneurs », ne disposent pas toujours de sujets des différents groupes. Ici encore, la mise en conserve du sang faciliterait indiscutablement la technique,
Telles sont les considérations qui nous ont engagé,
sur les conseils de notre maître, M. le Professeur G. Gr- RAUD, à rechercher les procédés de laboratoire susceptibles de réaliser la conservation intégrale du sang in vilro.
Nous avons adopté, pour l'exposé de notre thèse, le plan suivant:
— Un historique bref, résumant les divers travaux sur la question.
— Une première partie passant en revue les différentes propriétés physiologiques du sang frais, en particulier celles d’agglutination et cherchant à établir les caractères propres à servir de critères pratiques, pour juger de l’état de conservation d’un sang.
— Une deuxième partie, consacrée à nos travaux personnels, contenant les résultats que nous avons ohbtenus dans nos essais de conservation de sang.