VI "PREFACE
. fit aucun scrupule de braver cette puissance en face.
Ce livre paraît aujourd'hui en un temps plus utile et moins prospère. Mais ce n'est pas à un lion tombé qu'il s'attaque. Le théâtre s'est relevé à Paris aussi vite que le trottoir. Le mauvais génie littéraire est debout ; il n'a abdiqué aucune erreur; il trône, toujours le même, sur les ruines de la France ; on l'y a entendu jeter un cri d'hyène, par la bouche du plus grand corrupteur de la scène français0.(()n doit se demander aujourd'hui si les succès de sa littérature ne seront pas plus mortels à la France que la défaite de ses armées.
En effet, il n'est point de blessure, faite par la force, que ne puisse cicatriser le devoir. Mais un peuple est perdu sans retour s il laisse sa pensée se corrompre et se dégrader ses mœurs?) A ce compte, ce n'est ni à Sedan, ni à Metz, ni à Paris que la France a subi ses plus cruels échecs.
"PRÉFACE, Vn
Ce livre a été écrit en temps de calme ; l'auteur s'en félicite: il lui eût peut-être été difficile aujourd'hui de ménager les personnes ; il a pu alors ne s'en prendre qu'aux idées. Il n'est pas de ceux qui triomphent de la chute d'un peuple, gaulois ou germanique. Il croit : en principe, à la solidarité des hommes ; en fait, à la solidarité de la famille européenne ; selon lui, la décadence d'un des membres de cette famille ne se consommerait pas sans de terribles souffrances pour le corps entier, sans des pertes cruelles pour la civilisation. Ces sortes d'études n'étaient d'abord que des tentatives de réforme morale, elles deviennent de plus en plus des efforts de salut.
Jamais ce devoir n'aurait dû être négligé par des hommes qui assument la mission d'écrire. Mais c'est chose difficile à des maîtres de se transformer, se purifier, à un moment venu, même sous le coup des plus grands désastres de la patrie ; accuser de ces désastres quelqu'un ou quelque chose est plus aisé.
VllI "P REFACE,
Les jeunes écrivains s'émancipent plus facilement ; ils en ont montré souvent le désir. Puisse cette étude porter leurs réflexions sur un problème capital !
(Le public surtout, le public sérieux des romans, le public honnête des théâtres, peut réagir : ilestle maître. Mais, tant que leur juge naturel ne les contrôlera pas, lès écrivains auront bien autre chose à faire que d'étudier les lois morales de l'art ! « A quoi bon se « faire un fond de croyances ou tout au « moins de notions sérieuses pour un public « qui ne veut pas être instruit ! » dit ironiquement un personnage de G. Sand.
En littérature plus qu'en toute autre chose, il appartient à la partie éclairée et morale d'un peuple de décider de son salut ou de sa perte. La force et les lois n'y peuvent rien. Tout est remis à la liberté de la raison et de la conscience. Si l'on ne veut pas laisser tomber la France, corrompue et corruptrice, que son public lettré cesse d'adopter pour muses