‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques (volume 4)Chapitre 6 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

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Le caractère sërieux du siècle auquel nous appartenons^ et la tendance religieuse qui s'est récemment manifestée dans toutes les classes de la société^ doit nous faire espérer <jue Ton nous saura quelque gré d'avoir entrepris un travail en harmonie avec ces idées. Aussi croyons-nous que^ dans son examen, on songera moins à l'écri* vain qu'à l'objet important de son travail. Ce sujet est assez grave pour mériter une sérieuse attention et attirer les réflexions des hommes éclairés.

Nous espérons également que les hommes même les plus religieux ne liront pas avec méfiance les observations auxquelles nous nous sommes livré ; car l'étude des phénomènes naturels conduit nécessairement à la connaissance de

quelques-uns des plus nobles attributs de la divi* nité^ et à la manifestation de sa toute puissance. Ces hommes ne repousseront pas, sans doute, des recherches faites avec scrupule et conscience, dans le but unique de la vérité. Ils ne verront peut-être pas non plus, sans quelque intérêt, les recherches géologiques en cela d'accord avec l'Écriture, nous conduire à penser que Tère de la création de Tunivers est bien antérieure à celle du genre humain, dont l'apparition remonte à peine au-delà de sept mille ans. Il y a plus encore ; d'après ces recherches comme d'après la Genèse , la création de l'homme aurait été précédée par l'apparition d un grand nombre de végétaux et d'animaux qui tour à tour, ont succès*^ sivement brillé et disparu de dessus la surface de la terre. Oui, nous le disons hautement; la géo* logiecomme toutes les autres sciences, lorsqu'elles sont bien comprises, devient un puissant et fort auxiliaire de la révélation; car si elle est la vérité, les sciences ne peuvent se trouver en op-» portion avec elle.

' Ceux donc qui considèrent la Bible comme la parole de Dieu ont tort de craindre que l'observation des phénomènes naturels, dont l'origine comme celle de la révélation dérive de IHeu même, puisse amener à des conséquences coa*' traites à la vérité,; dfmt cette révélation n'est

~ 3 — qu'une émanfttiou. Les pemécttteurs de Galilée nç sèraient^ils pas maintenant tout an moins humiliés de voir les dëcouTertes de ce grand homme, (ài iU appréhendaient quelque danger pour la religion^ être devennes,eommeIes traratix de Kepler et de Newton^ une des plus fortes preuires des pins sublimes et des plus nobles attri" bots du créateur.

8i notre travail consacré à piwiTcf que les phénomènes nattu'els s'accordent avec le récit de la création, est entaché de quelques inexactitudes, ces inexactitudes-ne peuvent qu'être infiniment légères, d après toutes les précautions que nous avons prises pour les éviter, et les hommes habiles que nous avons consultés. C'est aussi avec une pleine conviction que nous avons pris la plume, non pour défendre un livre qui n'a pas besoin de notre soutien, mais pour démontrer aux hommes, qui ù'ont pas le loisir de cultiver une science encore à son berceau, que ses découvertes sont loin d'être en opposition avec les faits qui s'y trouvent consignés. Ce but nous a puissamment encouragé, et puissions-nous avoir été assez heureux pour l'avoir atteint

Nous ne pouvons terminer ces premières lignes sans prévenir le lecteur de tous les avantages que nous a fournis la lecture de la nouvelle traduction de la Bible de M. de Genoude et celle de M. Cahen,

4 — dont les notes nous ont été si utiles. Ces notes ont eu pour nous, non seulement ravantage d'éclaircir les doutes que nous nous étions formés sur divers passages de la Genèse; mais surtout celui de nous amener à une interprétation plus exacte du texte hébreu que nous avions tant d'intérêt à bien comprendre. Puissent ces deux hommes distingués agréer Tex pression de la gratitude que nous leur devons, et sentir que si notre travail a quel* que mérite, ils doivent en partie se l'attribuer.'

iiTTRODiraTioir.

A mesure que les sciences s*étendent et se per^ feclîonnent, elles doivent porter leurs regards .aussi bien suc les faits sensibles et physiques que sur les vérités que peuvent renfermer les ouvragés de l'antiquité. Parmi les œuvres des premiers temps et que les siècles n'ont point anéanties^ il est un livre surtout qui doit à tous égards fixer Fattention des hommes écIairés.Xst haute science dont il est empreint, le style sublime avec lequel il est écrit, ont trop constamment excité Tétonnement et ladmiration des âges passés, pour ne pas mériter un sérieux et profond examen, de la part de ceux qui cherchent et poursuivent avec ardeur la connaissance de la vérité.

Cette admiration et cet étonnement auraient, été sans doute plus grands encore, si la Genèse avait élé considérée sous les rapports qu'elle paraît

avoir avec les faits géologiques. En effet, Taccord quel'on remarque entre le récit qu'elle nous donne de la crésitifyq ^ ces mâmes hiU, est si frappant, que Ton dirait que la première page du premier des livres , n'est en quelque sorte que le résumé des observations scientifiques les plus récentes(f ). C'est là une vérité trop long-temps méconnue, mais que le jplus grand des naturalistes modernes, Cuvier, a fait sentir bien avant nous, avec ceUe profondeur de talent qu'il a portée dans tous ses travaux. La science oblige seulement à considé*

(1) La Genèse qup Ton attribue avec raûon « JAcHum est )e plus ancien livre connu \ car la naissance de Moïse remonte, à ce qu'il paraît, à plus de 35 siècles, c'est-à-dire, h Fan 5662 avant les teipps actuels. Il n'est aucun écrivain epnnU| dont les ouvrages remontent à une si haute antiquité. Enfin, il n'est pas moins certain que du temps de Moïse il n'y avait pas encore de grand empire en Asie, et que la civilisation d'aucune nation ne remonte guère h plus de 4000 ans avant l'époque actuelle. lies plus anciennes colonies d'Egypte ou de Phénicie qui ont arraché la Grèce à l'état sauvage, remontent à peu près à la même époque. La barbarie et l'ignorance do tous les peuples des bords de la Méditerrjtnée attestent également la nouveauté de leurs établissements , et cette nouveauté confirme la grande catastrophe qui a renouvelé le genre humain, il y a au moins 5000 ans. Ainsi la vérité du récit de Moïse, qui nous a transmis le souvenir de ce grand événement^ est à la fois prouvée par les nombreux phénomènes du globe, par l'examen de quelquesunes de ses parties, par les traditions des peuples , et par les monuments irrécusables de leur civilisation.

rer comme de^ époques indétetminées et dont rien ne peut nous (iel*mettre de fixer ni la date ni, la durée^ee que Ton a longWoiips nomMé leé jout*8 delà création^ C'est la seule modifies-^ tion que les o^îserVations de la science nous forf Cent à faire au sens ordinaire et le plus généralement adopté au texte hébitu; heureusement ce récit considéré dans sonensemblei et ce texte envisagé en lui-même 9 se prêtent paifaitement à ce mode d'interprétation. En effets plus on approfondit cette interprétation^ plus on lui trouyede justesse^ soit que Ton y arrive par Fé^ tude des différents phénomènes qui se sent suc* cëdés pendant les sept époques de lacréàfton^ soit que l'on y parvienne par 1 étude unique du texte hébreu) preuve évidente que la vérité ^t Une^ et qu'une fois aperçue^ tous les moyens y éondui* sent également.

La science qui^ k son berceau^ cherchait^ par suite d'une faussé philosophie^ des armes pour combattre ce que le commun des hommes a constamment respecté, doitdonc proclamer hautement les conséquences auxquelles Font conduite les observations les plus consciencieuses et les plus posi* tives^ En effets consultons à la (ois les livres saints^ les observations géologiques et les faits dont les entraillés de la terre nous ont conservé le souve* nir^ et nous serons convaincus que la terre a été

long-temps privée d*êtres vivants, et qu'à l'apparition dé ces êtres, leurs générations s'y sont suo* cédé en raison inverse de la complication de leur organisation. L'homme, le plus parfait des êtres au physique côtnme au moral, a donc dû venir le dernier sur cette terre, et couronner ainsi en quelque sorte, l'œuvre du créateur. C'est aussi ce que nous apprennent les livres saints et les couches terrestres les plus récemment déposées.

Tel est l'ordre de la création que Moïse nous a révélé; tel est aussi celui que la science moderne, cette géologie, dont le nom n'existait pas, il y a un demi-siècle, nous a forcé de réconnaître depuis qu'elle a étudié les diverses couches terrestres. Dans le sein de ces couchesspnt ensevelies ces antiques générations, ces races éteintes, preuves irrécusables des grandes et diverses modifications que notre globe a successivement éprouvées, modifications qui ont précédé ou suivi chaque ordre et chaque système de création,

La science marche donc d'accord avec la religion, et ce résultat peut être considéré comme le plus heureux et le plus digne des efforts des hommes civilisés. C'est vers ce butque doivent tendre nos recherches scientifiques. Pour l'atteindre, nous, avons comparé le récit de Moïse avec les faits géologiques, afin que chacun puisse juger de leur concordance avec ce même récit, et par Con*

séquent apprécier les documents quHl nous a ti*aïismi's; si Ton veut donner à notre travail une sérieuse attention, on sera probablement convaincu avec nous de l'exactitude d'une cosmogo* nie^ qui a frappé également l'illustre Cuvier, et qui lui a fait dire que toutes les observations géo* logique^ en confirment pleinement la vérité.

On aurait du reste une bien imparfaite idée de la Bible, si l'on supposait qu'elle ne s'accorde qu-avec les faits géologiques. Les progrés de la physique, de Thistoire naturelle, de l'archéologie et de' rhistoire, sont venus appuyer de leur imposante autorité, ce qu'elle nous apprend tou-« chant les faits physiques ou les documents historiques. Il y a plus encore, les découvertes des voyageurs modernes ont confirmé les faits dont elle nous a transmis le souvenir, et ont démontré de la manière la plus incontestable qu'ils s'ac-^ cordent avec ce que nous apprennent les monu-» ments de l'antiquité.

. N'est-ce pas à l'aide des renseignements précieux que fournit la Bible , que M. Léon do Laborde a pu parcourir tout récemment l'Arabie avec fruit. Les renseignements que donne l'Écriture sur cette contrée sont surtout remarquables par leur justesse, lorsqu'on veut remonter à une époque reculée de l'histoire de ce-pays.

L'Écriture nous fait connaître les peuples et

~.io —

If s divera territoires de l'Atabie, avec une plus grande exactitude que lesauteurset les voyageurs les plus modernes^ ainsi que le fait observer Té-* crivain que nous venons de citer* Ce qui doit surtout nous surprendre^ Templaceittent fixé par la Bible aux diflSérentes peuplades arabes^ se rapporte assez exactement à la division des territoh^ea qu'ont adoptée de nos jours les diverses tribus, lies importants travaux de M. ChampoUion l6 jeune I et particulièrement ceux que nous lui devons sur lancienne Egypte ^ ont également confirmé et appuyé de leur autorité la vérité et l'exactitude des événements racontés par les livres saints et qui se rattachent à l'histoire de ce pays* La découverte faite par cet illustre sa tant des traits du roi Roboam, petit-fils de David^ sur les monuments de rÉgypte^ et ceux du roi Sésac^ figurés sur les mêmes monuments, est venue four* nir en quelque sorte une vérification de rÉcriturCi Ce Sésac n'est autre que ce Pharaon dté par la Bible et dontj d'après les traditions qu'elle nous a transmises. Dieu se serait servi pour châtier l'impiété de Roboam. Ce Pharaon n'est pas cepen* dant ce prince puissant^ dans lequel Newton et Bossuct étaieut portés à reconnaître le grand Sésostris; car ce monarque vivait à une époque bien plus ancienne que le Sésac, vainqueur de Roboam. Tout, dans cette réprésentation du roi

faiiiqueur et du roiyamca^dont la figure juWe annonce a^sez le pays^ qui la m nattn, ee roi de «Juda m tenu enchalbé f>ar Stfsac, ce oonquémnt quii d'âpre Vtcritw^, «'empara du royaume des fils çQurageux d# Jacob^ tout confirme cette trft«dition et s'accorde avec ce qu'elle nous apprend de çea granda ^vélpiementa.

Ce« monumi^nta détruisent donc Tassertion de Yolneyi qui youlait que Je Feulâteuque fût modernei et aût été rédigé seulement après la captivité des Juifs à Babylone^ Les monuments ile rancienne Egypte, bien antérieurs à cette capti- . yitéi ne peuvent nous tromper, et ik nous apprennent évidemment le contraire.

Après oea travaux /nous devrions sans doute parler de ceux de Wilkinson sur l'Egypte^ de Robert-Ker*Porter sur Babyloue, et de Paravey sur les lierres écrits aussi en hiéroglyphes courservé$ a la Chine, et qui ont ouvwt ^des voies nouvelles et jusqu'à présent inconnues, aux re^ chercbeft et aux labeurs des archéologues ; mais leur examen nous entraînerait beaucoup trop loin. Nous dirons seulement qu'à l'aide de ces livres, qu'on ne peut bien apprécier que dans l'idiome du pays, on est parvenu à démontrer que la Chronologie égyptienne^ la seule authen* tique et réelle, est celle d'Eràtosthèneet non celle de Manethon qu'ont suivie cependant Champpl-

^ Î2 — lion et quelques autres sayanls. Cette chronologie est en parfaite harmonie avec les listes données par Ératosthéne et avec celle des livres saints qui se retrouvent mot à mot dans les prétendues listes regardée à tort comme celles des souverains du céleste empire*

L'aperçu que nous venons de tracer^ quoique étranger en apparence^ au plan* de notre travail, ^ suffira sans doute^ pour prouver que si la Genèse concorde parfaitement avec les faites géologiques nouvellement ohservés, le reste de rÉcriture Sainte est également d'accord avec les nouvelles découvertes dues aux pénibles et laborieuses, recherches de nos historiens et de nos archéologues. Un livre qui s'harmonise si bien avec les faits physiques qui ne peuvent nous tromper, ne saurait être démenti par les monuments et les traditions des hommes, dont il est la première comme la plus fidèle expression. La Genèse, où des hommes pieux vont constamment puiser des sujets de méditation pour raffermir leur foi, mérite donc d'être étudiée sous des rapports nouveaux. Puisse notre travail attirer l'attention des hommes sérieux sur un livre qui contient des vérités si sublimes, et qui offre aux recherches des savants un champ si vaste et pourtant si peu exploré.

IDe la €0dm0ji}ome DE MOÏSE,

DU MOT JOUA ou PLUTOT EPOQUE EMPLOYE DAETS LA 6EN£SE«

On a tant écrit sur la Cosmogonie de Moïse, qu'il semble difficile d'ajouter quelque chose aux observations qui ont été faites sur le livre le plus ancien dont l'Occident soit en possession. En effet , la Genèse remonte à plus de 3562 ans, et lion sait que la chronologie d'aucun des peuples de l'Occident et même de l'Orient ne s'étend par un fil continu à plus de trois mille ans^ avant les temps actuels (1). Aucun d'eux ne nous offre, du

(î) Tout en convenant que la Bible est le plus ancien ded livres que nous possédons, certains écrivains ont voulu faire admettre qu'il existait des monuments d'une plus haute antiquité. Ils ont cité comme une preuve de la vérité de leur assertion; ceux que l'on découvre de toutes parts sut le sol de TEgypte.

Ces monuments ont été, comme on le sait, l'objet principal

:/: \.:: } <: / . T" ^* — moins ayaint cette époqoei nitnéoiedettx ou trois siècles plus tard, uue suite de faits liés ensemble^ avec quelque vraisemblance et quelque certitude. Aussi, les premiers qui ont étudié les livres que nous sommes en droit d'attribuer à Moïse, péïiétrés de leurs beautés qu'ils ont d^ailleurs considérées comme inspirées, leur ont accordé un . respect éminemment religieux. Les livres sacrés ont été co.nsidérés par eux comme la vérité même.

des recherclies de GhampoUIon, et voici quel ea a été le ré^ suliat* « D'après les datei certahie& que portent tous les tooi> numents existant en Egypte, et sur lesquels doit désor- » mais se foàder la chronologie égyptienne, aucun d'eux, » dit Qham^llton (lettre à M. Wisenlanii), n^ttft naDeiiieDi » antérieur à 2200 ans avant notre ère. <» C'est cert«Hi«roent une très haute antiquité. Elle n'est pourtant antérieure que de 475 ans à celle de la Bible qui remonte à 556$ ans arcnt l'époque nctttelte ou à 1725 «ha kmaUt l'ère chrétienne.

Cet habile antiquaire observe, en outre , « qu'en adop- » tant la chronologie et la succession des rois donnés par les

» faitement avec les livres saints. Ainsi , par exemple , >» Abri^an^ arriva en Egypte ver» 4900, c'est-ar-^Bre , sous » les rois pasteurs ; des rois de race égyptienne n'auraient » pa» perttis à un étranger d^entrer ^ns leur pays. Cest Xi paiement sous un roi pasteur, que Joseph firt mmistre en

# Êgypto et y éfahlît ses frères , ce qui n*eôt pu avoir lieu,

* *>us des rois de race ^yptîenne. le chef de la dynastfe » dite des Kospolrtains, considérée comme la XVlIPjesfïe » rex no9usqui igmrahca Joseph de l'écriture sainte, lecpiel' » Im de laée^ypti e nne, ne derarxtpoînt connaître Joi^ph

à laquelle on ne doit rieiî ajouter ni rien retrancher. De pareilles idées n*ont point été partagées par la plupart des philosophes des temps moderne^f et surtout par ceux du siècle qui vient de finir* C6ux*ci portant daii3 toutes les discussions cet esprit de scepticisme qui les animait n'ont voulu Toir dans le récit du législateur des Hé* breux> qw des idées incohérentes^ en contradic*

» ministre dçs rois usurpateurs ; cVst celui (j[ui réduisit les »■ Hébreux en esclavage.

n La captivité dura autant que la XY III® dynastie , et » ce fut sous RamsèS' Y dit Amenophis, au commencement » du quinzième siècle que Moïse délivra les Hébreux. Ceci » se passait' dans l'adolescence de Sésostris qui succéda im- » iné4iatement k scw père, et fit ses eonqurtes en Aàe^ pesH » daut que Moïse et Israël erraient durant quarante ans » dans le désert. C^est pour cela que les livres saints ne doii» vent point parler de ce grand conquérant. Tous les autres » roisÀ'BgyfUe nommés dans la Sible se retrouvent sur les « monuments égyptiens^ dans le même ordre de succession » et aux époques précises où les livres saints les 'placent. La » Bible en écrit mieux les véritables noms, que ne Tont fait 9 les historiens grecs.

En£n Cbampoliion finit par dire, « qu'il est curieux de » savoir ce qu'auront à répoiïdre ceux qui ont malicieu» o aement avancé, qne les étodeé égyptiennes tendaient k af- » faiblir la croyance dans les documents historiques fournis » par les livres de Moïse. ' L'application de ses découvertes » lui paraissent au contraire venir invinciblement & leur n appui »»

Telle est l'opinion du plus illustre archéologue de notre époque, sur un Jivre dont les premiers chapitres méritent surtout notre attention.

lion avec les faits physiques les mieux démontrés.

Étonné de cette diversité d'opinion^ nous avons cherché à en reconnaître les causes^ et pour cela^ nous avons examiné la Genèse sous un rapport purement scientifique^' en comparant les faits qu'elle renferme avec ceux dont nous devons la connaissance aux observations récentes. Avant tout, nous avons cherché à nous tenir en garde contre les préventions des philosophesdu dix-huitième siècle^ et contre l'admiration excessive de quelquesthéologiens.Nous avons fiaiitplus encore, nous nous sommes défendu de l'impression profonde que produit la lecture des livres saints , lorsqu'on les étudie^ non seulement sous les rapports religieux^ mais encore dans le but unique d'y rechercher et d'y découvrir la vérité. Nous avons donc étudié la Genèse, non dans le dessein d'y trouver de nouvelles preuves de la vérité d'une religion, la plus belle comme la plus consolante des croyances de l'homme pensant, mais * seulement dans des vues tout à fait humaines et purement scientifiques.

Ainsi dégagé de toute prévention, il nousa été facile de reconnaître avec quelle mauvaise foi, et nous pourrions dire avec quelle ignorance, certains philosophes du siècle passé ont jugé un livre qu'ils n'ont jamaisbien compris, et qu'ils ne pouvaient même pas comprendre, la science n étant

17 — pas encore assez avancée. 11 est donc vrai en pa^ reille matière, comme du reste en toute autre, que peu de lumières ne conduisent jamais qu'à l'erreur, la vérité ne pouvant jaillir que d'un grand nombre et d'une grande masse de lumières. Aussi avons-nous cherché à profiter de toutes celles que les sciences physiques ont réjpandues depuis peu sur la plupart des phénomènes naturels^ et à la lueur d'un pareil flambeau^ nous avons comparé le récit que Mo^se fait de la création avec les idées nouvelles qu'a données sur ce sujet la coanaissance de la structure de notice globe. Le résultat de cet examen nous a singulièrement étonné^ nous devons l'avouer; car il nous a prouvé, que ce récit taxé de ridicule et d'incohélrent, était cependant plus d'accord avec les faits géologiques les plus constants que les systèmes imaginés par les plus beaux et les plus brillants génies.

C'est à la démonstration de cette vérité que nous consacrerons ce travail; nous l'adresserons particulièrement à ceux qui cherchent la vérité de bonne foi, sans d'autre motif que celui d'arriver à sa découverte. Nous considérerons donc Moïse comme le plus ancien écrivain qui nous ait laissé quelques idées sur la formation de cette terre, que nous avons tant d'intérêt à bien connaître.

Que l'on ne pense pas que nous voulions sup-

poser que Moïse ait entendu le moins du monde faire un traité de géologie; un but plus élevé dirigeait sa pensée. Le législateur des Hébreux , loin d'écrire pour des physiciens ou des naturalistes, n'a eu sans doute d autre objet que de rap-^ peler aux Hébreux la grandeur et la puissance infinie de Dieu^ manifestée par les œuTi*es de la création. Mais en remplissant un pareil dessein, il n'a pu s'empêcher d'exprimer sur la formation du monde, des idées dont la vérité long-femps contestée» a été cependant démontrée par lea décou-^ vertes de notre siècle- Heureux^ si nous parvenons à prouver que des observations de plusieurs milliers d années ont été nécessaires pour noiis dévoiler un certain nombre de faits consignés dans le récit que nou6 allons examiner.

Mais il ne faut pas croire pour cela que la révélation ait eu en vue d'éclaircir quelques points des sciences physiques ; car une telle révélation^ ou li 'aurait pas été comprise, ou aurait été nécessairement incomplète. Ainsi, une révélation des sciences astronomiques, telle qc^ ces sciences étaient du temps de Copernic/ aurait paru imparfaite après les découvertes de Newton^ et la révélation de la science de Newton aurait paru insufr usante à La Placfe, Vi^ même la révélation de toute la science cbimiquedu dix-huitiémie aiècle

attffth; paru inonnpléte comparativement à la sciencêd'atijoùrd'hui^ aâtaiitque ce qui eftt maiti' tenatit coutiti dané cette science paraîtra proba^ blemént insuffisaDt avant la fin de notre aiéclej Ce raisfonnement , applicable an cercle entier des connaissances humaines^ sttfHt pour faire sentir qn'nne telle révélation n^aurait pu convenir qu'à ded êtres d'un ordre piiis élevé que nous^ qui sdmineslDin d'avoir cette omniscieilce qu'il aurait fallu posséder pour comprendre une pareille révélatioil ; omhiscience que Dieu> dans sa bonté infinie > r^erve peut-être pour notre bonheur à ireniré

Avant de discuter la cosmogonie de Moîse^ nous dcTvons nous demander ce qu'il faut entendre par le^ sixjdtirs meiilionnés dans la Genèse^ et quelle durée on doit leur attribuer. Ces jours doiventils enfin être oolisidérés ou non^ comme des périodesde temps indéterminées^ et convient-*ilde pen« serque laèréationa étésuecesèiveou instantanée?

Cette dernière question étudiée dans les der«* niert iempsi par l'observation dés phénomènes de la nature;^ semble avoir été résolue de manière à ûe laisser aucun dotité dans les esprits^ mérhe ks plus difficiles. Efi eUfet les résultats obtenus par Une ^ctence qiii n'avait pas été soupçonnée de* anciens philosophes, semblent prouver aved la dernière évidence^ que k ct*éation a été néces**

sairement successive^ et que les six jours dont il est question dans la Genèse, sont des espaces de temps indéterminés^ dont il est impossible de fixer le terme et la durée.

Les faits physiques annoncent encore qu'entre la création des premiers êtres organisés, qui ont apparu surlasurfaceduglobe,etcellede l'homme, de nombreuses modifications , ou, si l'on veut , plusieurs révolutions ont eu lieu, et ont anéanti les espèces primitivement créées , auxquelles ont ' succédé plus tard nos^ races actuelles. Chose bien remarquable, la succession de ces antiques générations, dont nous ne trouvons aucune trace sûr la surface du globe, reconnue dans les couches terrestres, s'y est montrée exactement dans le même ordre, que celui du magnifique tableau de la création préseptée par Moïse.

Toutes ces révolutions sont évidemment antérieures à l'apparition dé l'homme; car son existence n'a été troublée que par la dernière, qui a ravagé la plus grande partie de la surface du globe, et y a dispersé ces immenses dépôts de cailloux roulés qui en attestent la violence.

Gomment après de tels faits, supposer que de pareilles ou de semblables révolutions, et d'aussi nombreuses modifications ont pu s'opérer dans des intervalles de temps aussi courts que le seraient les six jours de la création. Serait-ce parce

que leurs traces n'auraient pas pënétrë une grande épaisseur. de notre planète, ou qu'elles n'auraient troublé que quelques régions peu' étendues. Mais elles apparaissent dans toutes les parties du monde. Les deux hémisphères, tous les continents, toutes les iles, offrent le même ordre et le même genre de phénomènes. 11 y a plus encore, nous le reconnaissons partout et aussi avant que nos travaux nous permettent de fouiller l'intérieur de cette terre, où tant de vicissitudes se sont succédé. Dés-lors il estsensi- ' ble que produites successivement, ces révolutions ont dû exiger une longue suite de siècles, et comme à chacune d'elles correspond une série d'espèces totalement différentes de celles qui avaient d'abord été détruites, et.de celles qui ont étjé anéanties plus tard, la création des êtres organisés a dû être successive et non instantanée.

Ces faits indiquent en même temps que les six jours de la création ne peuvent être considérés comme analogues à nosjours de vingt-quatre heures, mais plutôt comme des périodes de temps indéterminées.

Voyons maintenant si le texte de l'Écriture bien étudié ne nous conduira pas aux mêmes conséquences que celles qui sedéduisentdel'observation des faits géologiques. Il est d'abord essentiel de se fiixër sur le sens que Moïse parait avoir

dUacké au piQt hébreux 0^"^ jour, dont \\ s'est aervi» ÇeXtp es^pressiou u'a pas ét^, ce sraiblei poustammenl bieo iuterprêté^; car dans la yersiou grecquci elle a été reudue par ^\»^ et dasts la irulgate par le piot Vw^, que Von a fini par assin^iler ^ uq$ jours de vi^gt-quatre heures.

]VIais esH^ hien U le véritable seos du mot /bm; c'est ce qui peut paraître sujet à des doutes, lorsqu'on réfléchit quts ces expressions grecques et latiqes ont été souTent employées pour désigner des espaces de temps indéterminés pu des époques et uou pas uniquement pour indi- 4{uer des intervalles aussi courts que le sq^\ nos jours de yingtnquatre heures.

Pour déterminer avec exactitù(le et prépisiou le sens qu'un écrivain a attaché à une eîtpression, ù^ doiti ce semblei considérer Qon seulement celui qu'il lut a donné dans upe partie de ses épritSi mais surtout dans leur ensetuhle- fin appliq^ant ce principe, qui ne peut»etre contesté, à la question qui nous occMpe, il est facile de reconnaître que d^us le langage de VÉcriture, le mot lom ne semble pas avoir un sens fiîte et in*^ variable. Il signifie en général plutôt un espace de temps indéterminé qu une époqne précise etlimitée comme nos jours de vingt-quqtre heures (1)\

(i)IJp effet le rootOV lom e§t souvent pris pour tei»p»,

Paus la Genèse même, Moïse remploie dans ce sens ; en effet , après avoir détaillé les œuvres successives de la création, il en fait une sorte, de récapitulation, en di$ânt } « Telles ont été les gé- (c nérations des êtres, au jour où Dieu créa le If ciel et la terre., « /

Or évidemment dans ce passage, ce mot lom signifie non pas un jour de vingt-quatre heures , mais plutôt les six jours ou les six époques dje la création et répond au mot temps ou à des époques indéterminées. D'ailleurs, ainsi que Ta observé Deluc, comment, en parlant de la première époque. Moïse âurait^il pu l'assimiler à nos-jours de vingt-quatre heures, puisque ceux-ci sont mesurés par des révolutions de la terre sur son axe, en présence du soleil, et que cet astre n'a été

époque. Ba lom în tempore ; Ba lom a en y in tempore îslo. Ainsi l'expression hébcaïque UV traduite par jour, sîgnîiie dans SQo ac(;eption ordinaire, comme d'après un grand nombre d'interprètes, un espace de temps, une époque, une manifestation réelle, ou une oeuvre quelconque. La même opinion a été également partagée par M. S. Cahen.dans sa traduction de la Bible ; cet écrivain y a même persisté depuis les attaques dont cette partie de sa traduction a été l'objet. Il observe, dans sa réponse, ce nous semble avec raison , que celte doctrine est loin d'attaquer la sanctification du septième jour instituée eh mémoire du repos de la septième époque de, la création.

Voy. la réponse de M. S. Cahen aux observations faites sur sa traduction. Paris , 1832.

approprié qu*à la quatrième époque^ ou au quatrième jour, à éclairer et à répandre la lumière sur la terre* Moïse n*a doue point voulu parler d'un jour d« vingt-quatre heures, mais bien d'une période d'une longueur indéterminée.

Aussi l'expression lom du texte hébreu a-t-elle été employée dans ce sens, en d'autres endroits de la Genèse, où le mot Matin désigne le commencement, et le mot Soir la fin de chaque période. C'est du reste la seule manière d'entendre cette désignation de chacun des jours ou de chacune des époques dont parle la Genèse. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin, ce fut le premier jour et ainsi de tous les autres fi).

En effet l'intervalle du soir et du matin ne fait qu'une portion d'un jour de vingt-quatre heures et non un de ces jours, au lieu que le commencement et la fin d'une période la constituent et la complètent.

Il n'y apas'de doute à cet égard, si, en consultant bien le sens du texte hébreu, on lé traduit, non en disant que du soir et du matin se fit le

(1) On lit également dans Daniel , usquè ad vesperam c' manè dies duo millia Crecenti; viu. 14. Il est bien évident ici que ces mots soir et matin, s'appliquent à la fin et au commencement d'une période et ne se rapportent nullement à des portions de nos jours de vingt-quatre heures.

premîer jour, et ainsi des autres, Ton ne voit autre chose dans ce passage que ce qui y est réellement^ c'est-à-dire, que de la fin jusqu'au commencement ce fut la première ou la seconde ou la troisième époque; car Ton sait que contrairement à nos idéeS;^ les Hébreux plaçaient constamment la fin d'une période ou d'une époque avant son commencement (1).

Cette opinion, adoptée d'abord par Buriiet, Whiston et Deluc^ l'a été également par Dom Calmet, Tabbé Frayssinous et enfin par Kirwan et Cuvier. Si elle ne Ta pas été par la plupart des commentateurs de la Bible, c'est moins parce qu'ils ne l'ont point considérée comme fondée^ que dans la crainte d'altérer eu

(1)M. Cahen dans l'excellente traduction de la Bible cpi'îl vient de publier, fait observer que le mot hébreu dît uniquement un jour et non le premier ]0\ïT': Le nombre car-» dînai est mis ici pour l'ordinal />r^/n/cr; ce qui se pratîquç assez souvent eu bëbreu , de même qu'en arabe. D'ailleurs observe-t-U encore, ce joiir unique ne pouvait pas étre.l© premier : nous trouvons également ce changement en latin ] car z^/2z^ est souvent mis au lieu àeprimus.

Du reste il ne s'agît pas ici d'un jour ordinaire, puisque le soleil n'était pas encore approprié à marquer cet Intervalle de temps. Il n'est pas probable que cette mesure dépendît de la rotation de la terre elle-même. I/expression de jour serait donc employée ici au figuré pour signifier une époque ou des intervalles de temps indéterminés.

— 26 ~ quelque manière» un texte qu'iU regardaient eoipme saoré«

Cependant^ récemment M* Letronne» ai»^ \w^ mières diiqu^l personne ne rend plus hqmnuige que nousi n'^ pas cru pouvoir partager ce mode d'interprétation ; d'aprt^ lui, cette interprétation aérait font à fait contraire.à l'ensenible du texte et le rendrait complètement iniotelligible. u Cfs » récit , a-t-il ajouté , demeure yéritablemeut n inexpUcabloi lorsqu'on part du point de vue D scientifique; mais il devient clair et facile, » comme le reste du chapitre de la Genèse, quand a on ne veut y voir que Texpresslon native de >i ces i4ées élémentaires qui se sont présentées à )) tous les penples dans l'enfance de. la civilisa- » tion. »

. M. Lctronne n'ayant pas autrement fait connaître les motifs de son opinion, et en quoi cette interprétation contrarierait le texte hébreu et le rendrait inintelligible , nous nous en tiendrons à l'opinion de Deluc et de Kirwan ; car il nous semble avec ce dernier, que lorsqu'un sens raisonnable peut être donné à une expression, dont la valeur n'est pas parfaitement déterminée, il vaut mieux l'adopter que de s'attacher au sens précis et littéraL C'est surtout dans des cas pareils, que s'applique dans toute sa force, ce vieil adage, que la lettre tue et l'esprit seul vivifie.

D'aHteurs, I0 langage 40 MqîP p»i»(4l ^ oo«iparë à celui du pbysieiea icpiî fliMwrt» « ou du savant qui di$aut& sur nue question mi^ troTOraëe. Encore uiéme , sous ce rapport» n'esta il pas dans les sciences» un langage de eon« vention, qni , s'il fêtait pris dans son sens littéral et rîgoureuxi conduirait %uif> plus gravés erveuftf Ainsi l'Annuaire du burfftu des longitudes ne p^rlM^^il pas constaniment du cours du soleil^ de son lever, de son coucher» quoique dans Topi^ nion des savants qui le rédigent» tout cela ne soit qu'apparent.

Ces eKpressions sont aujourd'hui tellement iîppsacrées p^r l'usage, que ceux qni le? em* ploient ne réfléchissent pas plus sur leur véri* table sens que ceux dont ils les tiennent» et k tel point que tout autre langage paraîtrait aux uns et aux autres tout au moins éxtraordi-* naire, si ce n'est peut-être ridicule.

N'employons-nous pas nous- même et constamment le mot /V?wr dans le sens et la signification 4' époque ? Jife disonS'-nous pas communément les beaux jours de Ja Grèce, et par ces mots^ n'entenvdons-nous pas la brillante époque et le beau siècle de cette contrée, à laquelle nous devons, nous , peuples modernes/ une partie de notre civilisatioû?

Du reste cette opinion est loin d'être en op-

position avec les doctrines religieuses. En efiTet, d'après un évêqae illustre, qui, dans ses conférences sur la religion, a porté le plus sérieux examen sur cette question, il est permis de voir dans chacun des six jours, autant de périodes indéterminées, et d*entendre de cette manière ces divers passages de la Genèse, dont le sens n'est pas entièrement fixé. Aussi St.-Âugustin dit expressément qu'il ne faut pas se hâter de prononcer sur la nature des jours de la création, ni affirmer qu'ils fussent semblables à ceux dont se compose la semaine ordinaire (1). Revenant sur la même -idée^ dans le plus fini de ses ouvrages, la Cité de Dieu, «il ajoute qu'il nous est difficile et même impossible d'imaginer, et à plus forte raison de dire quelle était la nature de ces jours (2).

Or d'après, ce passage n'est -il pas évident qu'aux yeux de Saint-Augustin, les jours ou les époques de la Genèse ne pouvaient être assimilés k des espaces de temps ausssi faciles à concevoir qu'à embrasser, que lé sont des jours semblables & nos jours de vingt -quatre heures (3); aussi

(i) De Gcnes. ad lîtteram. Lib. iv. N^ U.

(2) Qui dîes cujusmodi sint autperdifficilfenobis, aut etîam, impossîblle est cogîtare, quanto magîs dlcere. De civitate Dei. Lib. 1. Cap. vi. Voyez les conférences sur la religion, par l'évéque d'Hermopolis. Tome II, Conf. %

(3) Daniel prend aussi les jours de la semaine pour des

n'est-ce point dans ce sens que les a considérés Moïse^ ainsi que nous l'avons déjà fait observer. On a enfin invoqué en faveur de l'opinion que nous soutenons^ une épitre de Saint - Barnabe que DomLuc d'Achery a publiée en 1645, et qui a été reproduite par Cdtelier dans le premier volume des pères apostoliques. Mais en supposant, ce qui a été fort contesté, que cette lettre soit réellement du Saint - Apôtre, c'est tout-à-fait dans un sens allégorique qu'il a considéré les six jours de la création comme correspondant à six mille

ans.

Voici du reste le passage de Saint- Baroabé

tel qu'il est rapporté par Gotelier.dans l'ouvrage

que nous venons de citer.

» Sabatum dicit initiumconstitutionis; eife--

ïï cit Deus die sexto opéra sua, et consurrunavit

» in die septimo et requievit in illo Ji^.Âttendite

» filii, quid dicit consummavii in sex dies. Hoc

» dicit, quia consummavit Deus omnia in sex

» millia annorum. Dies enim, apud illum, mille

» anni sunt. Ipse mihi testis est diçens ; Ecce

» hodiernus dies erittanquam mille anni. Unde

annéeSydans la fameuse prophétiesur l'avènement du Messie* Sans doute les prophètes ont souvent employé un style figure ^ maïs ne peut-on pas supposer qu'il en, a été quelquefois d* même de celui dont Moïse a fait usage.

~ 30 n sciredebetis quia in sexmiUia annorum coun raoïmabuntar omnia* Et qnid dicit; requie-^ n 9it Dmâs die septima ? Patres apostolict toIumeniHrimtiin^ foi. 65. Aànstelodaini^ 1724. n

Ce passage prouTe que Saint-fiarnàbé^ paur^ suiTant ses mes allëgoriques, a touIu voir dans les six jours de Moise, une figure de tous les éTënements qui doitent se succéder sur la terre jusqu'au dernier jour, ou au jour du jugement. Ainsi ti'aprés lui, les six jours de la création si* gnifient autant de milliers d'années, et dans ces six mille ans, est le terme que Dieu a marqué à tous ses ouvrages.

En général il y a peu de fixité dans le sens attaché à l'expression hébraïque UV lom, que les traducteurs ont rendue par le mot Jour. Il est certain que nos grandes divisions de temps, d'à-^ ges, de périodes, d'ères, et d'époques, étaient peu familières aux premiers hommes ou mente n^existaient pas dans les langues primitives on anciennes. Aussi aux yeux de l'Écriture, lés successions des siècles sont comme un seul jour. Mille ans, sont pour clle^ dît le prophétef, comme le jour d'hier qui a déjà passé et dans des temps bien plus rapprochés de nous^ Saint- Paul n*appclle-t-îl pas un jour, hodiè, tout le temps qui est donné à Fhomme voyageur sur la terre? Saint-Pierre s'est égafecMniser^ du mot

jour pour indiquer ùneépoque, oh un temps in«* déterminéj^ lorsqu'il dit^ awp jours de Noé, ce qui signifie simplemeni à rëpoqueou au temps de Noé* C'est également dans le même sens que les Grecs entendaient le 'mot 4f^<p«. Enfin Téglise ne nomme-t-^Ue paslejour de réternité, le jour éternel^ cette ère de bonheur sans fin qui est promise aux justes et à tous ceux qui obseryent les commandements de Dieu, et ne donne-t^-elle pas à ce mot plusieurs autres significations, tourtes d'accord ateo celles que nous lui supposonsi

On peut encore ajouter à toutes ces autorités celle de Bossuet qui soutient dans ses Élévations sur les mystères que les six jours sont six diffii*« rents progrès^ Il dit en effet dans la troisième semaine et à la cinquième ëléTation, que Dieu par la création du ciel et de la terre, et de toute cette mas$einforme,quid après lespremiéres paroles de Moïse, a précédé les six jours qui ne commencent qu'à la création de la lumière, a roulu faire et marquer l'ébauche de son ouvrage* avant que d*en montrer la perfection, et après avoir fait d'aboril comme le fond dn mondcj i^ a voulu en £abire l'ornement avec siK différent progrés qu'il à voulu appeler i^iir /our^«

Nous nous estimons heureux de partager l'opinion de Bossuet relativement à l'explication du texte de la Genèse. Du re^te, l'église^ ainsi que

— B2 ~ nous rapprend M. Frayssinous^ a abandonné ce point de discussion aux recherches et aux investigations de tous les hommes. JSous dirons donc avec ces deux illustres prélats que la chronologie de Moïse date moins de Tinstant de la création delà matière que de l'instant de la création de l'homme , laquelle n'eut lieu qu a la sixième époque. Aussi les dates ou les supputations d'années que nous donne le législateur des hébreux^ et qui forment la chronologie des livres Saints, ne remontent pas à Torigine de l'univers ni même à celle de la terre, ainsi que nous le verrons plus tard, mais uniquement à l'origine du genre humain.

Ajoutons à la force de ces ejLemples, cette nécessité d'époques indéterminées, que nous indiquent les couches de la terre dans lesquelles sont ensevelies toutes les générations qui s'y sont suc* cédé.

*Ges générations nous annoncent en effet que si l'homme esl fort nouveau sur cette terre, il n'eu est pas de même du globe sur lequel la main de Dieu l'a placé. Après de tels faits est-il possible de douter de l'antiquité de cette terre, sur laquelle de pareils événements se sont passés, et qui sans doute ont exigé non six jours, mais six époques pour s'y succéder ?

Nous ferions encore observer, si cela pouvait

être nécessaire^ qu'aujourd*hui même il existe une grande diversité dans la manière d'enten* dre et de désigner ces espaces de temps que nous nommons jours. Ainsi ^ chez certains peuples^ ces espaces ne comprennent pas vingt-quatre heures/ mais uniquement la moitié de cet intervalle/ tandis que d'autres commencent leur jour à six heures du matin. Cependant , dans l'usage le plus général, l'heure de minuit est fixée pour le commencement et la fin de cette période, en sorte que la journée est comprise dans l'intervalle qui s'écoule d'un minuit à l'autre. Comment dès-lors et (tans un pareil désaccord^ vouloir que Moïse ait entendu désigner par le mot iom des jours semblables aux nôtres, surtout lorsqu'il se rapporte à une époque où les astres qui règlent ces intervalles de temps aussi bien que les saisons et les années , n'étaient point appropriés à les déterminer et à les fixer.

Il est enfin une dernière observation que l'on a faite à l'égard de ce mode d'interprétation, et que l'on a reproduite lorsqu'un savant Israélite a publié une traduction nouvelle de la Bible. Cette objection adressée à M. Cahen se divise en deux branches principales. Ainsi l'on a dit : puisque la Genèse porte que ce. fut à la septième époque que Dieu termina tout l'ouvrage qu'il avait fait, comment est - il présumable que Dieu se soit

reposé pendant toute cette époque? car il semble ' «uffisant^ pour ce repos^ d'une période aussi courte qu'un jour de vingt-quatre heures. Ce serait se faire une bien petite idée de la divinité que de supposer qu'un travail quelconque^ même celui de ]a création, de cet admirable et immense univers, pût être pour elle le sujet d'une fatigue quelconque. Tout ce que TÉcriture a voulu nous apprendre^ c'est qu'à la septième époque. Dieu avait terminé tous ses ouvrages,et qu'aussi il avait béni cette époque comme celle à laquelle il avait cessé de produire et de créer.

Cette doctriue est-elle contraire, ainsi qu'on Ta si gratuitement supposé, à la sanctification du septième jour de nos semaines^ sanctification instituée en mémoire du repos de la septième époque de la création ? nous ne saurions le pen« ser. JHous avouerons avec M. C^hen, auquel on a adressé la même objection^ que nous ne pouvous voir dans cette interprétation rien qui attaque cette sanctification du septième jour; car pour nous^ comme pour ceux qui ne voient autre chose dans Texpi^essiou iom que Tidéeque nous avons combattue, le jour consacré au sei-* gneur es( un jour à part, un jour saint et sacré.

Enfin, ceux qui se sont exposés au mode d'iaterprétation que nous avons adopté^ sentant que Jies nombreuses couches qui composent la «urfoçe

du globe et les nombreux débris d'animaux antérieurs à l'existence de Thomnie que l'on y voit ensevelis, ne pouvaient pas avoir été déposés dans des périodes aussi courtes que le seraient les six jours de la création^ ont en recours pour les ex-^ pliquer à (fes miracles bien plus étonnants que les faits que Ton cherche à nous faire concevoir. Ainsiylesuns ont soutenu que Dieu avait créé tout' ausèi bien les fossiles dans leur état pierreux^ que les êtres actuellement vivanis.B'autres ont observé que celui qui avait tiré la matière du Néant avait fort bien pu en disposer toutes les parties à aon gré^ et lui donner au moment même de la création la forme et la structure qui lui convenaient. Le physitîien et le géologue se taisent devant de pareils raisonnements; car évidemment il n'y a plus rien à exi^iquèr^ lorsqu'on parle de miracles.

^n pourrait cependant observer que c'est Dieu lui -* même y qui a donné à l'univers ces lois admirables qui le régissent et d'après lesquelles nous nous efforçons d'expliquer les révolutions, dont nous trouvons tant de preuves dans les (entrailles de la terre. La sagesse infinie qui â présidé à l'établissement de ces lois, semble n a-^ voir jamais voulu s'écarter des règles qu'elle avaii elle-même imposées à là nature; aussi depuis son origine Tunivers se meut d'après les mêmes j^in^

cipes, et est entraîné par les mêmes forces. Si quelquefois la sagesse divine a suspendu ses rè^ gles immuables^ c'est seulement lorsqu'elle a voulu frapper l'imagination des hommes, et vaincre leur incrédulité. Mais ici, Ton ne voit point quels auraient pu être les motifs du créateur, pour intervertir et suspendre la loi de la nature.

Après cette digression , peut-être longue, mais nécessaire, rappelons succinctement les faits que nous avons exposés.

Il résulte évidemment de ces faits que si l'on ne considérait pas le mot iom, dont Moïse s'est servi , comme une époque indéterminée, oq ne pourrait se former une idée de la création, d'accord avec ce que les faits physiques nous en apprennent. Si l'on n'adoptait pas ce mode d'interprétation, il serait à peu près impossible de donner au récit de Moïse un sens raisonnable , et surtout de le faire concorder avec les faits les plus positifs et les mieux démontrés. En l'adoptant^on admire au contraire l'exactitude du récit de Moïse, et combien les observations géologiques récentes sont venues en confirmer la vérité. Lorsqu'on considère sous ce point de vue le grand œuvre du législateur des Hébreux, ou est pénétré d'admiration pour son auteur, qui, il y a déjà plus de trois mille ans, avait proclamé ce fait si remarquable de la succession dea êtres

vivants, en raison inverse de la complication de leur organisation; et cependant ce fait ne nous est connu par des observations positives que depuis moins d'un demi-siécle.

PREMIÈBE PÉAIODE OU PÉRIODE UNIVEaSELLE.

Moïse a très-bien distingué dans son récit içux sortes de création ^ l'une générale et primitive qui eut lieu au commencement des temps ; Vautre particulière à notre globe qui se rapporte aux temps plus récents, où dans sa sagesse infioie Dieu jiigea bon d'en organiser la surface et de la peupler d'êtres vivants.

Ainsi, d'après ce grand législateur, la matière qui compose les corps célestes , la terre et les autres corps planétaires, aurait été créée dans le principe des choses, ou au commencement, bien auparavant que notre globe eût pris la forme sphéroïdale et surtout bien antérieurement à l'époque où les végétaux vinrent l'embellir et les animaux y- répandre la vie et le mouvement.

A la pren^iére période, ou plutôt au commen-> cément des temps, ainsi que l'exprime le texte hébreu, Dieu créa la matière, ou ce qui fut le ciel et la terre, cpr c'est là toute la matière. Par l'effet de sa toute puissance la substance dont les

4toiles^ k8 soleils et les planètes sont fimnés, ainsi que la matière étbérée et les atmosphères danslesquelles les astres sont disséminés sortirent du néant et précédèrent ToeuTre de la création, ou plutôt de la coordination et de l'arrangement des astres nombreux qui composent Tunirers. C*est aussi à cette primitive création que se rapporte ce passage du premier verset de la Genèse, que l'on a traduit par ces mots : au commencement Dieu créa le ciel et la terre : in principio Deus crewU cœlum et îerram.

Cependant, si l'on se pénétre bien delà pensée de IVfoïse, on reconnaît aisément que le texte hébreu n'a pas été toujours bien compris; car ce texte porte uniquement, qu'au commencement Dieu créa ce qui fut les cîeux et la terre, c'est-àdire, pendant une période de temps indéterminée, laquelle précéda les opérations de la première époque, et non au premier jour, comme le disent certains commentateurs.

La Genèse ne dit point en effet que ce fut à la première époque ou au premier jour, que Dieu créa les cieux et la terre, mais au commencement. Or, par ces mots, au commencement, il Taut entendre une période indéfinie suivie égaleihent d'époques indéterminées, dont rien ne peut faire apprécier la durée. C'est pendant ces époques successives qu*ont eu lieu les diverses opé-

rations physiques ' on les diverses modiftcatiims de la surface du globe, dont nous devons la connaissance à la géologie.

I.e premier verset de 4a Genèse s'occupe donc de la manière la plus explicite de la création de Tunivers. D abord du oiel«ou deTespaceoùsont disséminés les différents corps célestes et planée taires, enfin du système général des astres. En second lieu, de la terre qdi désigne particulièrement notre planète, sur laquelle devaient s'opérer les différentes modifications .ou les opérations physiques qui furent l'ouvrage des six époques ou des six jours dontMoise nous a donné une idée.

Le législateur des Hébreux ne nous a fourni aucun renseigneitient sur la longueur de cette période antérieure aux six époques de la création^ période pendant laquelle Dieu créa Tenserable des corps célestes et des corps planétaires. Aussi, faute de données, on peut supposer avec quelque vraisemblance, que des millions d'années ont rempli Fintervalle indéfini entre le commencement des temps, où Dieu manifesta sa toute puis* sance par une aussi grande œuvre et la première époque où la (erre créée dans le principe des choses reçutune formeet des dispositions nouvelles Dans les diverses questions que soulève ce récit, et sur lesquelles nous appellerons successivement ^attention, nous prions le lecteur de ne point

~ 40 -oublier qu^^les ne porteront jamais sur 6oa £ucli(ude^.mais sur l'exactitude de notre manière de le concevoir et de Texpliquer. Le principal but de ce récit a été, non de nous faire connaitre.le mode d'après lequel le monde a été produit/mais par qui il a été fait.

Après ces explications qui nous ont paru

nécessaires^ reprenons la discussion du texte. Le

mot aschamaim employé dans le preoiier verset

de la Genèse^ ne peut pas signifier proprement

ce que nous entendons par ciel, puisque c'est

seulement à la seconde époque que Dieu donne

le nom de ciel au firmament. Dès-lors, le mot

aschamaim ou schamaimy doit s'entendre de la

matière qui a formé les différents corps célestes

et planétaires. Cette matière peut être Téther, ou

l'air, ou l'eau gazeuse ou toute autre substance;

du moins, d'après le rabbin Joseph, Tétymologie

du mot schamaim dériverait des expressions

Scham et maim, ibi aqucB,oj^imon,qui s'accorde

assez bien avec le mode d'interprétation que nous

croyons devoir adopter.

La phrase où l'on trouve cette expression roule h peu-prés sur ce mot maim D^O qui parmi les différents sens qu'on lui attribue, a particulièrement celui d'indiquer des eaux ou des amas de vapeurs ou de fluidités. Enfin Moïse lui-même a attaché plusieurs sens à cette expression. Ainsi,

lorsqu'il la fait précéder du signe o^D^, mot €|ue Fon prononce alors îeunim, elle devient le nom des mers. Lorsqu'au contraire, il laccom* pagne du signe o'»OV ScAamaim, cette ex[»«ssion indique les cieux. Ces deux mots si différents sont donc fondés sur le primitif maim et suivant la physique de Moîse^ les mers et les cieux auraient une commune origine • d'où résulterait également celle des poissons et des oiseaux.

On peut également faire la même observation à l'égard du mot areiz, puisque c'est encore seulement à la troisième époque que Dieu donne le nom de terre à la matière aride. Ainsi le mot areiz employé dans le premier verset de la Genèse^ doit s'entendre de la matière qui fut la terre , comme Schamaim de celle qui fut les cieux. ^

Du reste^ Tétymologie de o*OV Schamaim tirée de OV Scbam et de ctd maim ,, que nous avons adoptée^ est loin d'être contraire à la ponctuation massorétique. L'absence du daguesch^ n'est pas une preuve de la fausseté de cette . interprétation et de cette , étymologie. Quoiqu'en principe^ le daguesch se place sur une lettre pour indiquer rélision d'une autre lettre et rendre la syllabe longue ; cette règle souffre du reste de , nombreuses exceptions. Ainsi , par exemple^ on lit dans la grammaire de Buxtorf

— tô —

( page i9)post kameth hhgum rerum êsi da^^ gesch,ei précisément le mot o>ov Schamaim eommence par un Kameth long. On a donc pii dèa-lora se dispenser d'employer le daguesch dans ce cas.

Au surplus^ Pagnin^dans son dictionnaire regardé à juste titré comme un des meilleurs ourrages de ce genre et qui rappelle les direrses leçons des hétiraisans les plus estimés, présente cette version et. ne s arrête pas à Tabsence dudaguesch. Une autre étymologie est présentée. par plusieurs auteurs ; c'est celle de v» o»o Esch^ maîm feu et eau , dont on aurait fait o>O0 Schamaim, composé de Tun et de l'autre. Cette étymologie conviendrait plutôt au génie delà langue hébraïque, dont les expressions sont en général très significatives.

Il parait certain que le mot a>0 maim est entré dans l'expression qui indique les cieux^ et il serait difficile de faire dériver ce mot hé« breu d'une expression arabe , langue née beau* coup plus tard , et qui est à l'hébreu ce que l'italien est au latin.

Le mot Q^ iam qui signifie mer, n'a pas la même racine que le mot D»d maim.'A cet égard, Pagnin se borne à dire que ces deux expressions ont en tr elles une grande affinité. Elles peuvent néanmoins avoir des racines différentes; car le

mot Di> iam a fort bien pu dérÎTer do mot OV lom qui signifie jour. L'expression ov lom signifie aussi occident; dés lors on a bien p« ^donner ce pom à la mer qui ^^trouvait au eàté occidental de la terre dlsraêl; et c*estau8si l'ai^plication que nous en donne Fagnin.

Quant au mot o*)"^ Tom, si Von convient qu'il peut Signifier époque^ ce qui est incontestable^ il faut bien que les mots Ereb et Boker, qui expriment une idée analogue ausoir et au malin^ puissent également signifier la fin et le commencerment d'une période. Fagnin l'explique du moins ainsi, en disantioAer dicitur interdum non tant in primo diei tempore quam rei aut acUonis d^ qua agiiur.

Cet écrivain cite à Tappui de son opinion le verset 4 du psaume Y et le verset 6 du psaurme 46. Ces exemples suffisent^ ce semble^ pour démontrer, que les mots Ereb et boker ne signifient pas toujours soir et matin d'un jour natu-« rel; mais peuvent fort bien être entendus dans le sens de la fin et du commencement d'une période.

Pour supposer le contraire, on invoquerait etl vain la concordance hébraïque de Calasio^ dans laquelle on trouve la table générale de tous les passages -où les mots employés par la Bible sont reproduits avec la plus grande exactitude. En effet, il est évident, que dans ce mode d'interpré^

— A4 — tatiooi tout se réduit à sayoir quel sens on attache au moi lom; car du moment qu'on lui donne celui que nous lui avons attribué, il s'ensuit d'une manière nécessaire que relativement à ime période indéterminée, il ne saurait y avoir jni soir ni matin , mais bien une fin et un cornmencemebt.

Aussi Fagnin observe-t-il, à Tégard du mot Ereb Cut se hahet boker ad mane^ sic ereb ad noctem,J que si boker peut signifier commence^ ment , ereb peut également exprimer fin. Tout dépend donc ici, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer du sens que l'on attache au mot QV lom. Il ne faut pas perdre de vue que le sens grammatical ne contrarie nullement l'interprétation que nous avons suivie. Elle peut sans doute être sujette à quelques contestations; mais évidemment, elles ne peuvent porter que sur des points peu importants. Nous devons donc maintenir notre version, comme la plus conforme au véritable sens des mots , et surtout à Tesprit de l'ensemble de la Genèse. Du moins, les faits naturels ne sauraient s'expliquer sans elle et en la repoussant, on entendrait nécessairement l'Écriture d'une manière contraire aux expériences certaines; car les faits géologiques les plus constants et les mieux démontrés, ne peuvent s'expliquer qu'en prenant le mot jour^ dans le sens

de période. Les faits naturels fixent ainsi Vambi^ guitë du mot DV lom et en déterminent le réritablesens.

En résumant donc ces observa tions^on peut en conclure qu'au commencement, c'est-à-dîre à une époque bien antérieure à celle à laquelle Dieu organisa la terre ^ il créa la matière qui fut le Ciel et la terre. Dans le langage ordinaire, nous comprenons sous le nom de ciel, non seulement la matière éthérée , qui remplit les espaces célestes, mais encore les corps célestes eux-mêmes qui y sont disséminés.

Le verbe bara «na dont Moïse se sert pour exprimer Tacte ou la volonté de Dîeu^ se rapporte à une création proprement dite, ou à une extraction complète du néant de la matière qui composa les corps célestes et les corps planétaires. Bara, disent tous les commentateurs^ c'est créer id est creare II suffit pour s'en convaincre de comparer ce verset avec le troisième du chapitre second où on lit bara lassaoth, creaifit utfacerety créant ut ordinaret , ce qui veut dire. Dieu créa la matière au commencement et la tira du néant pour l'ordonner et lui communiquer ensuite de nouvelles formes.

L'opposition qui existe ainsi entre assa nv9 et hara vtrsn indique assez que le verbe assa faire,

supposé unemattère préexistante; tandis que hara créer, n*en suppose point.

Aussi lorsque l'Écriture dit que Dieu appropria le soleil pour répandre constamment la lumière sur la terre, elle emploie toujours le verbe hébreu nw iissa^ parce que d'après elle y le so-^ leil et les étoiles avaient été créés bien antérieu<rement, c'est-à-dire, dans le commencement de» temps.

. Il est encore une observation essentielle à faire |k>ur bien comprendre le récit de la création. Cette observation se rapporte à la distinction que fait la Genèse elle-même^ entre cette création primitive de la matière, dont furent composés plus tard les corps célestes et planétaires, qt celle qui se rapporte principalement à notre terre. Aussi distinguerons-nous ces deux créations en deux grandes périodes , la première fut celle où Dieu fit sortir du néant ce qui plus tard fut le ciel et la terre, et la seconde celle où Pauteur de toutes choses organisa cette terre et appropria les différents corps célestes pour y répandre la lumière et la chaleur dont elle avait besoin. Cette seconde période comprend nécessairement les six jours ou les six époques de la création , qui en sont en quelque sorte les divisions naturelles , époques qui se rapportent aux temps géologiques, ^ous avons suivi cet ordre dans notre travail :

mais avant d'exposer les faits qui se rapportent à cette seconde période, nous avons expliqué ceux qui sont relatifs à la première. Nous avons nomnié celle-ci universelle j à raison de ce que cette période embrasse l'universalité des corps célestes et planétaires. Par des motifs du même genre, nous avons désigné cette seconde période sous le nom de céleste et terrestre , puisqu'elle se rattache à la création des mondes célestes et planétaires. On pourrait élément la nommer géologique , par opposition avec la plus récente des trois ou la période historique.

Avant la période universelle ou avant la création primitive qui eut lieu au commencement , le temps n'existait point encore, ou rien du moins i&'en marquait les intervalles ni la durée. Ce fut seulement du moment que Dieu eut créé ce qui' fut les cieux et la terre, que les temps commen<eèrent à être marquée, et avec cette création de la matière, soit céleste ^ soit planétaire^ qui eut lieu au commencement de toutes choses, les temps furent divisés et distincts. Ils le furent bien plus -«ncore pour la terre dans la période suivante, où ties astres furent appropriés dans les espaces célestes, à l'effet de marquer les saisons , les jours et les années j et dès lors la succession des temps fat bien circ<Hiscrite et bien déterminée.

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