partie du poids du tronc est transmise au membre inférieur
§ I. — De l'articulation coxo-fémorale.
On appelle noix en mécanique une disposition en vertu de laquelle deux corps solides se meuvent l'un sur l'autre parle moyen de surfaces sphériques. La sphéricité des surfaces de glissement constitue aux deux corps en contact, au lieu d'un axe unique de révolution, autant d'axes qu'il y a de lignes droites à pouvoir passer par le centre. Ce mode d'agencement est le plus simple et le plus parfait moyen d'union entre deux corps à la mobilité réciproque desquels il s'agit de ménager une liberté complète.
Type des énarthroses au point de vue de l'arthrologie : à celui de la dynamique, l'articulation coxo-fémorale est une noix.
Quelque frappante que soit cette vérité, elle a trouvé des contradicteurs. A la fin du siècle dernier, un observateur doué pourtant d'un esprit profondément judicieux, Paletta (1), abusé sans doute par le mode vicieux de ses investigations, était arrivé à formuler cette conclusion : que le volume de la tête du fémur et la capacité de la cavité destinée à la recevoir étaient dans un désaccord profond, et que la tête de l'os était flottante dans la cavité [in ampla cotylis cavitalé) où elle pouvait affecter les positions les plus diverses; mais Paletta appuyait son opinion sur cette circonstance dont les expériences si ingénieuses et si souvent répétées des frères Weber ont
(1) Paletta, Eœercitationes pathologicWi p. 65,
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plus tard donné la clé, que si l'on perfore le fond de la cavité cotyloïde on trouve entre celle-ci et la tête fémorale un espace qui n'est point rempli. Tout le monde aujourd'hui sait à quoi s'en tenir sur la véritable raison de ce phénomène. La tête du fémur a été chassée de sa cavité parce que la pression atmosphérique ne contrebalance plus la pesanteur du membre ; ou, ce qui revient au même, parce que Faccès a été donné à l'air dans la cavité de l'article.
De son côté, M. J. Guérin (i), tout en apportant à l'opinion de Paletta de très-fortes restrictions, s'est efforcé de démontrer, par une série d'expériences , que certains mouvements du fémur déterminent dans la cavité cotyloïde la formation d'espaces vides.
M. Parise (2), qui admet les conclusions de M. Guérin, s'exprime ainsi qu'il suit, à l'endroit de leur expHcation : « La production de ces intervalles vides résulte, dit-il, » d'un léger défaut de symétrie entre la tête fémorale et » sa cavité de réception. La tête du fémur est à peu près » sphérique, ainsi que Ton peut s'en assurer par diverses » coupes , mais elle est un peu allongée et saillante vers )) l'insertion du ligament rond.
» De là l'explication des vides qui tendent à se former » dans certains mouvements, et qui font descendre ou » monter le mercure dans le tube recourbé de M. Gué- » rin. » Cet argument, nous l'avouons, ne suffit pas pour
(1) J. Guérin, Mémoire sur V intervention de la pression atmosphérique dans le mécanisme des exhalations séreuses {Gaz. méd., mai 1840).
(2) Parise, Recherches historiques, physiologiques et pathologiques sur le mécanisme des luxations spontanées ou symptomaliques du fémur {Arch. gén, deméd-, numéro de mai 1842).
nous convaincre. H y a plus, les expériences instituées à ce sujet par M. Parise nous semblent se prêter à une conclusion contraire.
Voici, dit M. Parise (1), ce que nous avons constamment observé :
« 1° Dans le mouvement de flexion sur le bassin, le » peloton adipeux fait une légère saillie ; il se déprime » dans l'extension.
» 2° Il fait saillie dans le mouvement d'abduction ; il » se déprime dans l'adduction*
» rV Quelle que soit la position du membre, le paquet » adipeux devient saillant dans la rotation en dehors ; il » s'enfonce dans la rotation en dedans. » Puis il ajoute : « De ce qui précède, nous concluons que le tissu adipeux » articulaire de la hanche est destiné à remplir les vides » qui tendent à se former dans le cotyle pendant certains » mouvements. » Si, avec M. Parise, nous constatons sur l'articulation dénudée d'un cadavre le jeu encore régulier des fonctions du peloton adypeux qui occupe l'arrière fond du cotyle ; si nous adoptons cette conclusion (et nous le faisons sans difficulté), que le peloton dont il s'agit est là pour annuler lu tendance à la production du vide qui serait inhérente à certains mouvements , nous ne saurions accepter la prémisse que l'auteur donne à son argumentation et qu'il formule ainsi :
«Comme ces mouvements (du peloton adipeux) cessent » quand on a perforé la cavité cotyloïde, ils résultent évi- » demment de la formation d'espaces vides dans l'inté- » rieur de l'article. »
(1) Loc. cit.
ARTICULATION COXO-FÉMORALE. 17
Autant vaudrait conclure de ce qu'après la môme opération la tête du fémur cesse d'être maintenue dans l'article, qu'elle y [était retenue préalablement par le vide, qu'elle y était aspirée, si l'on peut s'exprimer ainsi.
L'immobilité du peloton adipeux , après la perforation de la cavité cotyloïde, nous paraît dépendre de la même cause qui détermine alors la chute instantanée de la tête du fémur.
L'accomplissement de ses mouvements nous paraît dû, comme la suspension physiologique du fémur dans la cavité cotyloïde, avant la perforation de celle-ci, à la raison si habilement mise en relief par les frères Weber : à l'action de la pression atmosphérique sur la cavité cotyloïde. S'il ne peut venir désormais à l'esprit de personne d'expliquer la suspension physiologique du fémur dans le cotyle, par le fait d'un espace vide qui existerait au fond de la cavité, l'existence d'un pareil espace vide, quelque restreint qu'on le suppose , ne nous paraît nullement démontrée, chez le vivant, par les expériences entreprises sur le cadavre. Ces expériences, loin de nous porter à admettre une semblable disposition, nous engageraient plutôt à la rejeter.
Plus récemment, M. Richet (1) a dit qu'en regardant sur une pièce fraîchement préparée, par l'échancrure du sourcil cotyloïdien, on voit qu'il reste entre la tête et la partie la plus reculée de la cavité, un espace de quelques miUimètres qu'on ne parvient jamais à faire disparaître, « quelque fortes que soient les pressions qu'on exerce
(1) Richet, Traité d'anatomie médico-chirurgicale, p. 923,
F. MARTIN et COLLINE AU, 2
i8 SQUELETTE DE LA HANCHE.
» soit latéralement sur le grand trochaiiier, soit de bas » en haut, sur l'extrémité inférieure de i'os. »
Qu'il nous soit permis d'en faire l'aveu, une fois le contact exactement établi entre les deux surfaces articulaires, nous avons peine à comprendre quelle distance on pourrait gagner au point de vue du rapprochement^ par des pressions quelque énergiques qu'on les imagine ; mais nous ne saurions voir non plus dans la constatation de cet espace libre entre la tête fémorale et la paroi de l'arrière-fond de la cavité cotyloïde, le plus faible argument en faveur du prétendu vide que certains auteurs ont signalé en ce point.
. Cet argument tombe, en effet, devant la précision de détails avec laquelle M. Richet a soin d'indiquer le moyen de s'assurer du fait anatomique qu'il expose. « Après )) avoir désarticulé le fémur, il faut, dit-il, enlever le » peloton graisseux qui occupe le fond du cotyle, puis » rassembler de nouveau les surfaces articulaires. » C'est ainsi qu'on reconnaîtra l'espace libre dont nous avons parlé. Pour nous, nous serions tenté d'inférer des seules préparations qui sont nécessaires pour le rendre visible, que, dans l'état physiologique^ cet espace vide de l'arrièrefond du cotyle n'existe pas ; mais les remarquables expériences des frères Weber et les savantes recherches de M. Longet fournissent, à notre manière de voir, uii appui plus solide. Par deux expériences qui se confirment, les frères Weber (i) ont justifié l'exactitude de la définition dont ils avaient fait choix pour l'articulation coxofémorale.
(1) G. et E. Weber, -Traité de la mécanique des organes de la locomotion (.ncyclopéne anatomique^ t. II, p. 319.
ARTICULATION GOXO-FÉMORALE. 10
La première expérience consiste dans des coupes qui ont permis de constater de visu une intimité de rapports parfaite entre les difiFérents points de la surface cotyloïde, et les points correspondants de la surface fémorale (i). Pour la seconde, les deux anatomistesont détaché sur un cadavre frais la tête du fémur de sa cavité articulaire. Après quoi, l'une fet l'autre furent moulées en plâtre : «Le moule de la cavité représentait une demi-sphère )) pleine, et celui de la tête une demi-sphère creuse qui, » après qu'on eut fait disparaître les inégalités de la cavité >i cotyloïde et les petits enfoncements delà tête dufémur, » s'adaptaient si parfaitement l'une à l'autre qu'il suffisait » d'introduire un petit morceau de papier dans le creux » de la cavité cotyloïde artificielle pour empêcher serin siblement la tête artificielle d'y pénétrer. »
îi fallut faire disparaître les inégalités produites par la fossette cotyloïde. Or, ces inégalités représentent exactement le volume du Hgament rond et du peloton adipeux qui Fenvironne.
Nous le démontrerons tout à l'heure.
Toujours est-il, que cette double expérience dont la valeur s'accroît de toute celle des expérimentateurs et de toutes les conditions d'exactitude dont ils avaient coutume de s'entourer, nous paraît établir d'une manière péremptoire l'égalité de volume de la iête du fémur et de la cavité cotyloïde ; la justesse, en un mot, des termes de leur comparaison lorsqu'ils ont assimilé à une noix l'articulation coxo -fémorale.
Cette assertion, du reste, se trouve confirmée dans les
(1) Lcc. cil. Atlas, pi. IX, fig. 2, .
travaux de M. Longet (1) de la manière la plus explicite : « L'articulation coxo-fémorale, dit le savant auteur du » traité de physiologie à bon droit devenu classique, l'arti- » culation coxo-fémorale est une vraie noix. La tête du )) fémur et la cavité cotyloïde à l'état frais se touchent » dans toute leur étendue, et appartiennent à une sphère » de môme diamètre. Toutes ses parties sont disposées » pour qu'elle jouisse à la fois d'une grande solidité et » d'une grande mobilité. »
Eh bien ! si, au centre de cette jointure, il y avait place pour le vide, que deviendrait l'union de ces deux qualités : solidité et mobihté, son caractère distinctif ?
Surfaces articulaires. — De la cavité cotyloïde. — C'est au point de jonction des os ilium^ pubis et ischion, que correspond le fond delà cavité cotyloïde. Centre commun des trois cartilages qui, durant le premier âge, attendent l'envahissement des dépôts osseux, il devient vers la sixième année de la vie le siège d'une triple traînée osseuse disposée en forme de Y et ressemblant à une étoile à trois branches.
C'est cette soudure qui rassemble en une pièce unique les éléments jusque là distincts de l'os iliaque.
Chose digne de remarque : tandis que née de ce point central, l'ossification va faire dans les parties circonvoisines de rapides progrès; tandis qu'à la richesse de son développement sera due une des parties les plus épaisses et les plus résistantes du squelette, Tactivité de sa progression restera très-atténuée au lieu même où elle s'est
(I) Longet» Traité de physiolOi^ie^ t. I, p. 71. — Des mouvements de la locomotion.
ARTICULATION COXO- FÉMORALE. 24
manifestée d'abord. L'observation de ce phénomène n'a point échappé à l'esprit attentif de M. Malgaigne. Aussi ce professeur en formule-l-il la conséquence en signalant la faiblesse extrême que conserve chez certains sujets le centre de la cavité.
Plus explicite encore, M. Richet (1 ) va jusqu'à dire de la paroi à laquelle répond le fond du cotyle, que chez certains sujets elle reste douée de flexibilité. Et la double conséquence que ce chirurgien tire de cette constatation consiste dans l'imminence de la propagation au sein de la cavité pelvienne, du travail phlegmasique consécutif à la désarticulation , et dans celle de la perforation de la cavité, lorsque l'articulation coxo-fémorale est affectée de coxalgie.
L'ossification du point central dont nous parlons, faible relativement à celle des parties périphériques, procède, à la vérité, avec une sorte d'apathie, et laisse la partie centrale d'un os aux proportions d'ailleurs massives, d'une gracilité véritablement disparate ; mais nous croyons que, séduits par l'antithèse, les auteurs ne sont point restés, dans leur appréciation de la faiblesse de cette partie centrale de l'os coxal, à l'abri de toute exagération. ïl est, par malheur, incontestable que les altérations delà coxalgie peuvent aller jusqu'à envahir, perforer le fond du cotyle, et livrer aux fusées purulentes une funeste issue dans la cavité pelvienne. Nous rapporterons en temps et lieu des exemples remarquables de pareilles désorganisations; mais il ne doit pas moins être avéré que cette lame osseuse, toute mince qu'elle paraît, offre en général une résistance
(1) Richet, ?oc. c/7., p. 922.
assez grande, pour opposer aux altérations et aux accidents une barrière longtemps difficile à franchir.
Envisagée dans son ensemble, la cavité cotyloïde repré" sente un vaste segment de sphère dont l'ouverture mesure 5 à 6 centimètres dans tous les sens, et dont la profondeur varie entre 25 et 35 millimètres. Ses bords épais et résistants présentent des sinuosités très-appréciables sur les pièces sèches, et décomposables en trois saillies et trois échancrures dont M. xMalgaigne a fixé avec une grande précision la situation réciproque. Des trois saillies, l'une supérieure occupele môme plan vertical que l'épine ihaque antérieure et inférieure, la saillie moyenne répond àl'éminence ilio-pectinée, et l'inférieure, à la colonne ascendante de l'ischion. Des trois échancrures, deux sont peu profondes : ce sont la postérieure (échancrure ilio-ischiatique de M. Malgaigne) comprise entre les saillies supérieure et inférieure, et Téchancrure supéro-antérieure (ilio-pectinée de M. Malgaigne) comprise entre les saillies supérieure et moyenne. La troisième échancrure enfin, beaucoup plus prononcée, antéro-inférieure (ischio-pectinée de M. Malgaigne), comprise entre les saillies moyenne et inférieure, constitue à proprement parier une interruption, unhiatus, sur la circonférence de l'orifice cotyloïdien, est destinée au passage des vaisseaux nourriciers du centre articulaire, et en porte le nom. 11 résulte de cette disposition que le bord du cotyle (excepté à sa partie antérojnférieure, où se remarque l'interruption que nous venons jde signaler), fait sur la surface de l'os coxal une saiUie très-prononcée qui lui a valu la désignation de sourcil cotyloïdien; et que la profondeur de la cavité cotyloïde en est augmentée d'autant.
ARTICULATION COXO-FÉMORALE. ?§
De cette portion aiitéro- inférieure (siège précis de l'écliaiicriire cotyloïdieiine) part une fossette qui, creusée sur la surface de la cavité articulaire, remonte jusqu'à la partie centrale de cette cavité où se trouve sa limite supérieure. Cette limite supérieure correspond exactement h la dépression dont est creusé le sommet de la tête fémorale. Nous verrons tout à l'heure, en étudiant les moyens d'union des surfaces articulaires, quelle déduction on doit tirer de cette précision constante de rapports ; nous nous bornons quant à présent à la signaler. Pour ne pas laisser croire à une interprétation inexacte de notre part, autant que pour prémunir contre elle, il nous reste encore à dire quelques mots importants au sujet du sourcil coîyloïdien. Les saillies et les échancrures, les sinuosités qu'avec M. Malgaigne nous y avons reconnues, sont manifestes, sans contredit, sur les pièces sèches. Il est même à remarquer que les points déprimés correspondent à ceux qui se sont ossifiés le plus tardivement; mais, comme si la nature avait pris soin de remédier à cette inégalité, ces sinuosités sont singulièrement atténuées, dans l'état physiologique, par le bourrelet fibreux qui adhère à tout le pourtour du sourcil cotyloïdien.
La multiplicité et l'importance des fonctions de ce bourrelet justifient la courte description que nous allons en donner.
. Prismatique triangulaire, le bourrelet cotyloïdien s'insère au rebord osseux de la cavité par ses deux bords adhérents, et s'effile en s'amincissant, de sorte que son bord libre est aminci, aigu et comme tranchant.
îl est composé d'un tissu fîbro-cartilagineux dont les fibres serrées entre elles, feutrées, se rencontrent sous un
2/i SQUELETTE DE LA HANCHE.
angle très-aigu pour se succéder sur toute la circonférence. Au niveau de l'échancrure cotyloïdienne, elles s'enroulent les unes sur les autres, se continuent d'un angle del'échancrure à l'angle opposé, à la manière d'un pont qui convertit celle - ci en une sorte de canal , en même temps qu'il obvie à l'inconvénient d'une solution dans la continuité de la circonférence. C'est là sou moindre avantagée .
De toute retendue transversale du bourrelet s'accroît la profondeur de la cavité cotyloïde, et la solidité d'union des surfaces articulaires y trouve une condition favorable de plus.
Du mode de son implantation sur le sourcil osseux, résulte que le bord libre du bourrelet mesure une circonférence moins étendue que le bord osseux de la cavité qu'il prolonge ; cet appendice flbro-cartilagineux englobe donc à la manière d'un anneau la tête du fémur. Grâce à l'élasticité dont il est pourvu, il exerce sur cette tête une pression circulaire, et préserve le centre articulaire contre l'invasion de tout fluide. Le rôle du bord libre du bourrelet cotyloïdien est, selon les frères Weber (1), de serrer de près la tête du fémur. « Il s'oppose, disent-ils, » comme le ferait une soupape à ce que les liquides ou les )) tissus membraneux extérieurs pénètrent dans la cavité » cotyloïde, et la pression de ces liquides, jointe à sa » propre élasticité , fait qu'il se maintient continuel- » lement en contact avec tout le pourtour de la tête du » fémur. »
Adoptant cette manière de voir, M. Longet s'exprime
(1)G. etE. Weber, loc. cit., p. 321, §. 55.
ARTICULATION COXO-FÉMORALE. 25
presque dans les mêmes termes (1), et l'on peut dire que l'autorité de ce physiologiste la corrobore singulièrement. « Véritable continuation des parois de la cavité, » ce bourrelet cotyloïdien fait surtout l'office d'une sou- » pape. Il s'oppose pendant la vie à ce que les liquides » environnants s'introduisent dans l'intérieur de l'articu- » lation. C'est ce même bourrelet qui, lorsque l'articula- » tion est mise à nu, et la capsule ligamenteuse coupée, » s'oppose à la pénétration de l'air dans la cavité cotyloïde, » et permet d'apprécier exactement l'effet de la pression » atmosphérique sur cette articulation. »
Dans le traité classique d'anatomie descriptive de M. Cruveilhier (2), nous lisons : « Le bourrelet cotyloïdien » présente, en outre, une disposition remarquable, savoir : » que le diamètre de sa circonférence libre est plus étroit . » que le diamètre de la circonférence adhérente, disposi- » tion qui tend à retenir et à emprisonner, en quelque » sorte, la tête du fémur dans la cavité cotyloïde. »
M. Richet (3) enfin constate que le bourrelet, destiné par- dessus tout à s'appliquer sur la circonférence de la tête fémorale , « représente parfaitement , sous ce » dernier rapport, ces bandelettes de caoutchouc qu'on » place sur les bords des appareils inflexibles dans les- » quels on veut faire le vide : des ventouses de Junod, par » exemple. »
Nous avons accumulé ici les citations, parce qu'il s'agit d'une considération de la plus haute importance.
(1) Longet, Traité de physiologie, t. I, p. 71.
(2) Cruveilhier, Traité d'anatomie descriptive, t. L, p. 520.
(3) Richet, loc. d/.,p. 924.
Nous mettrons en relief les conséquences capitales pour l'histoire de la coxalgie qui ressortissent aux données anatomiques et physiologiques que nous venons d'exposer touchant le bourrelet cotyloïdien. Qu'il nous suffise, pour le moment, d'étabhr que ce prolongement circulaire fibrocartilagineux de la cavité emprisonne la tête du fémur contre laquelle il exerce une pression; et que, remplissant les conditions d'une soupape, il s'oppose à ce titre à la pénétration dans l'interstice articulaire, non-seulement des dépôts pseudo-membraneux, mais aussi des fluides quelle que soit leur nature. Et faisons remarquer que c'est sous l'abri d'autorités nombreuses autant qu'imposantes, que nous produisons cette assertion.
De la tête du fémur. — Sphéroïde presque complet, la tête du fémur regarde en haut , en dedans et en avant; cette direction de la tête fémorale tient au de gré d'obliquité de la colonne osseuse effilée qui la supporte.
Ce n'est point ici le lieu de discuter les conclusions des curieuses recherches de M. Ghassaignac (1) sur les diiFérences individuelles qu'on observe dans l'obliquité de direction du col fémoral Disons seulement que d'après M. Ghassaignac, le degré de l'obliquité oscillerait entre le zéro et 90 degrés. M. Rodet (2) assigne aux limites extrêmes des proportions plus resteintes ; et suivant M- Richet (o) qui parait se ranger aux conclusions de ce dernier auteur, la direction ordinaire du col se trou-
(1) Ghassaignac, De la (raclure du col du fémur. Th. inaug. Paris, i835.
(2) Rodet, Thèses de Paris, 18/i/i.
(3) Richet, loc. cit., p. 925.
AaTIGULATJON GOXO-FÉMOr.ALE. *27
verait dans la moyenne entre la verticale et l'horizontale.
Toujours est-il que le col du fémur étranglé à sa partie moyenne aplati d'avant en arrière offre deux faces, l'une antérieure qui semble faire suite au corps de Fos, l'autre postérieure qui se termine par l'empreinte digitale du i^rand trochanter.
Quant à la tête, elle est, nous l'avons dit, arrondie, sphéroïdale. Les expériences des frères Weber ont démontré (pi'elle représente un segment de sphère sensiblement égal à celui que représente elle-même la cavité cotyloïde. Lisse dans tous les autres î3oints de son étendue, elle est à sa partie centrale creusée par une dépression rugueuse circulaire qui fournit au ligament intra capsulaire les attaches fémorales. Nous avons fait remarquer que le niveau de cette dépression et celui qu'atteint l'extrémité supérieure de la fossette cotyloïdienne, se correspondent exactement.
La tête du fémur si souvent envahie par les tubercules ne diffère point,' pour la structure, des extrémités osseuses en général. Encore complètement cartilagineuse au moment de la naissance, elle se traqsforme, avec les développements de l'âge, en un tissu spongieux aréolaire que recouvre une couche peu épaisse de tissu compacte.
Telles sont, au moins dans leurs caractères fondamentaux, les deux surfaces osseuses dont l'union constitue l'articulation de la hanche. Ici, comme dans les autres diarthroses, les surfaces articulaires sont encroûtées de cartilages; ici, plus que dans toute antre jointure, l'extension des mouvements, et la rudesse des chocs nécessitait la présence de cartilages épais et résistants.
Érigé par Brodie (i), avec un talent d'exposition digne d'une cause plus juste, en point de départ des désordres les plus graves qu'il soit donné d'observer dans la coxalgie, le tissu cartilagineux qui recouvre la surface du cotyle, et celle de la tète fémorale, n'est point doué d'une vitalité qui lui soit propre. Comme dans le reste de l'économie, il se compose de lames organisées, mais dont la structure très-rudimentaire ne peut suffire qu'à une vie purement passive et parasitaire. Dépourvus, en effet, de toute existence propre, les cartilages ne jouissent d'aucune sensibilité, et s'ils deviennent le siège d'altérations, celles-ci ne peuvent être que secondaires, et consécutives aux envahissements des désorganisations osseuses. Dans l'espèce , ce que les caractères anatomiques des cartilages ont de remarquable, c'est d'abord, au point de vue de l'intimité des connexions que présentent les surfaces, et de la solidité de leur em.boîtement, que le cartilage fémoral est d'une épaisseur beaucoup plus grande au centre qu'à la périphérie. Le cartilage cotyloïdien offre une disposition inverse. Double condition qui rapproche la tête du fémur d'une part, le cotyle de l'autre, de la sphéricité complète. En second heu, les cartilages, par l'agencement des lames qui les composent, jouent, relativement à la liberté des mouvements dont ils assurent la souplesse, et à l'innocuité des chocs dont ils adoucissent la violence, un rôle qu'on connaît, et sur le mécanisme duquel les frères Weber ont fortement appelé l'attention.
Il faut noter enfin qu'au niveau de la fossette qui con-
(l)«Brodie, Traite des maladies des articulations. Traduction du docteur Léon Marchant. PaHs, 1819. Ch. IV, p. 76 à 158.
ARTICULATION COXO-FÉMORALE. 29
slitiie rarrièrc-foiid de la cavité cotvloïde, le cartila2;e d'encroûtement cesse d'exister. Il devait en être ainsi, cette porlion du cotyle étant destinée à tout autre chose qu'à prendre part aux glissements réciproques des surfaces.
Pour ne pas nous départir de l'ordre méthodique que jusqu'à présent nous avons suivi, nous devrions, progressant du centre vers la périphérie, aborder immédiatement la description de la synoviale articulaire. Imbus des doctrines de l'immortel Bichat, sur la constitution des séreuses, et les considérant comme des sacs sans ouvertures dont seraient recouverts les organes destinés à se mouvoir les uns par rapport aux autres, c'est ainsi que les auteurs les plus recommandables ont longtemps procédé ; mais les remarquables recherches de M. le professeur Velpeau (i) sont venues ébranler les idées reçues à cet égard. Au lieu de membranes séreuses distinctes continues et isolables, tapissant les cavités closes, M. Velpeau a démontré qu'il existe sur les parois de ces cavités, des surfaces séreuses, mais non des sacs membraneux; que, dans les cavités articulaires, ces surfaces séreuses ne se continuent pas sur toute l'étendue des parties articulaires; mais que^ dans les points même où leurs caractères parvenus à leur summum de développement rendent leur constatation facile, elles gardent beaucoup des caractères anatomiques propres aux organes qu'elles tapissent.
Nous aurons à revenir sur ces considérations. Le peu que nous en disons maintenant est destiné à faire com-
(l) Velpeau, Recherches anatomiques, physiologiques et pathologiques sur les cavités closes {Annales de la chirurgie, t. II. p. 151).
prendre pourquoi i'étude des moyens d'union doit ici précéder celle des moyens de glissement.
Moyens cV union. ~ Le principal moyen d'union entre la tête du fémur et l'os coxal consiste dans là capsule fibreuse décrite sous le nom de ligament capsulaire ou orbiculaire. Il en est un second, mais accessoire et d'une puissance restreinte : le ligament rond dont nous allons parler tout d'abord.
Du ligament rond. — Agent protecteur pour les vaisseaux articulaires cjui daiis sa profondeur suivent là direction de son axe, autant .que partie constituante de l'appareil ligamenteux qui retient en contact les surfaces articulaires, le ligament rond [ligamentum térès des anciens auteurs) s'insère d'une part à l'échancrure de la cavité cotyloïde ; de l'autre à la dépression que présente 11 cet effet la tête du fémur. Par son insertion inférieure, disent les frères Weber (i), « il s'attache à toute l'étendue )) de l'échancrure, principalement à sa corne postérieure, » et bouche le trou formé par elle et son ligament, de » manière qu'on ne peut pas arriver par le trou dans » l'articulation, mais seulement dans la substance du )) hgament....... »
C'est là un point important, puisque aux deux fonctions dévolues au ligament rond, nous devons en ajouter une troisième : d'être pour l'acetabulum un moyen d'occlusion.
Quant à leur insertion supérieure, fémorale, nous avons eu déjà l'occasion de signaler une intimité particu- Uère de rapports entre la dépression de la tète du fémur,
(1) Weber, Igc. cit., p. 325.
ARTICULATION GOXO-FÉMORALE. 3l
et l'extrémité supérieure de la fossette cotyloïdieniie. Ces deux parties se trouvent exactement sur uu môme plan transversal. Or, nous venons de dire que sur cette dépression fémorale, le ligament rond prend son attache supérieure. Il s'ensuit qu'il est en entier contenu d-ans la fossette cotyloïdienne dont la raison d'être se trouve du même coup expliquée.
Si l'on veut bien maintenant se donner la peine de comparer le volume du ligament rond à la capacité de Farrière-fond destiné à le loger, on verra que les dimensions de celle-ci excèdent à peine le volume de celui-là ; et que la différence est remplie par un peloton adipeux sur lequel l'attention a déjà été appelée. Ce peloton adipeux, grâce à la mobilité qui le caractérise, est susceptible, suivant les mouvements qu'on imprime à l'article, soit de faire saillie au dehors, soit de se déprinier dans le sens de la cavité; or, c'est la constatation de pareils déplacements qu'on a voulu prendre pour base de la théorie du vide dans le centre articulaire. Nous l'avons dit, et nous le répétons, cet argument nous paraît précisément militer en faveur de l'opinion inverse.
Qu'on remarque combien de précautions la nature a accumulées en ce point de l'organisme pour que le ligament dont nous parlons échappe à tout tiraillement, à toute compression. Ce luxe de moyens eût-il été nécessaire pour remplir le but proposé : — Assurer la hberté de la circulation, — s'il n'avait été urgent, à la fois, de prévenir la formation d'espaces vides dans le centre de l'article? Le degré de profondeur, l'étendue en largeur et en longueur de la fossette cotyloïdienne répond à la première condition. Le ligament rond ainsi que les vaisseaux
nourriciers qu'il contient sont logés là dans une cavité qui les met à l'abri de toute compression . Les mouvements de la cuisse peuvent s'accomplir dans tous les sens sans que le cours du sang puisse jamais être frappé d'obstruction. Mais n'est-il de toute évidence que le peloton adipeux dont nous avons parlé ne peut avoir qu'une fonction , celle de remplir exactement le reste de la cavité, et qu'il est pourvu de mobilité pour le plus parfait accomplissement de cette fonction ; qu'il ne fait saillie dans ce mouvement de flexion, mais surtout d'adduction, qu'afm de ne pas devenir une cause de compression lui-même ; qu'alors le ligament rond, tendu et appliqué plus exactement sur les parois de la cavité destinée à le contenir, chasse le peloton adipeux de sa situation normale; que celui-ci, au contraire, se déprime dans l'abduction, non point comme le veut M. Parise (1) « parce qu'il est attiré » dans l'intérieur de l'article par la formation d'espaces » vides , » mais tout simplement parce que dans l'abduction le ligament rond est dans le relâchement, et que le peloton adipeux qui lui est annexé reprend naturellement sa situation première.
Si les oscillations du peloton adipeux « résultaient de » la formation d'espaces vides dans l'article (2) » si des mouvements donnés du fémur étaient de nature à déterminer physiologiquement la production de ces espaces, qu'adviendrait-il de l'utilité de ce peloton?
Il fallait insister sur ce point, parce que d'une interprétation anatomique et physiologique forcée, les auteurs
(1) Parise, loc. cit., p. 12.
(2) Parise, /oc. cit., p. 12.
AKTJCULA'IION COXO-l"ÉMOUALi: . i^o
ont déduit des conséquences pathologiques à l'origine vicieuse desquelles nous aurons lieu de remonter.
La véritable direction du ligament rond, longtemps elle-même méconnue, a été mise en lumière par Nsegele. Il revient à cet observateur d'avoir montré que dans l'appréciation de cette direction on négligeait de tenir compte de l'inclinaison normale du bassin. Dans la station verticale l'inclinaison du bassin est de 60 degrés. Dans cette position, la direction du ligament rond, de son insertion inférieure cotyloïdienne à son insertion supérieure fémorale, est également verticale. Reprise par les frères Weber, cette vérité est rendue incontestable par leurs expériences sur le cadavre (i).
La conséquence à tirer de ce fait est celle-ci : Le sujet étant debout, la tête fémorale décrira dans l'adduction une courbe dirigée de dedans en dehors, qui augmentera l'état de tension du ligament. Arrivée à un certain degré, cette tension limitera l'étendue de la courbe, et consécutivement le mouvement d'adduction.
Dans cet acte, hâtons-nous de le reconnaître, le liga-
(1) « Voulant connaître la situation exacte du ligament rond, nous avons pris » des bassins de cadavres frais auxquels tenaient encore les jambes; nous les » avons placés dans la situation droite en leur imprimant cette inclinaison (60*^), » et nous les avons sciés dans le plan vertical passant par le milieu des têtes » des deux fémurs. Les coupes divisèrent le ligament dans le sens de sa longueur, » de manière que les deux moitiés de la tête du fémur tenaient encore à la » cavité cotyloïde par le moyen de ces fibres, alors même que la capsule avait » été détachée sur toute sa circonférence. Il résulte de là que le ligament rond » descend verticalement de la fossette de la tète du fémur à l'échancrure coty- » loïdienne, et qu'en conséquence, celle-ci, à laquelle il prend son inseriion, » doit être située tout au bas du bord delà cavité cotyloïde. » (G. et E. Weber, loc. cil., p. 326.)
F. MARTIN ET COLLLNEAU. 3
3/l SQUELETTE DE LA HANCHE.
ment rond n'est que l'auxiliaire cl'ageotsplus énergiciues, car sa résistance est faible ; et il ne saurait par lui-même, ni s'opposer à la sortie de la tête, quand la capsule est une fois rompue, ni surtout, comme le voulait Gerdy, cbasser dans l'adduction forcée la tête fémorale hors de la cavité cotyloïde.
Nous dirons plus : loin de favoriser la luxation par adduction forcée du membre^ le ligament rond ne peut qu'être un obstacle à la lésion. Puisque dans l'adduction la tête du fémur est portée en dehors, c'est une luxation en dehors qui résultera de l'exagération du mouvement ; mais puisque la direction du ligament est verticale, sa tension sera portée à l'excès par l'adduction forcée do membre ; le ligament ne peut donc, en pareil cas, que s'opposer^ dans la mesure de sa solidité, à la disjonction des surfaces articulaires.
Du ligament capsulaire. — Le véritable moyen d'union entre les surfaces articulaires de l'énarthrose coxo-fémorale consiste dans une membrane en forme de manchon orbiculaire qui s'attache au col fémoral d'une part, et de l'autre au pourtour de la cavité cotyloïde.
Les insertions, l'arrangement de la trame organique, la texture intime, les usages de ce ligament capsulaire offrent, au point de vue de la coxalgie, une ioiportance capitale; chacune de ces questions mérite de nous occuper tour à tour.
Les faisceaux fibreux dont ruoioo en une membrane, ordinairement continue, compose le ligament capsulaire, prennent leurs insertions fémorales sur le col du fémur : en avant, à une ligne ou mieux à un plan étendu du grand au pelit trochanter, sur lequel on remarque des rugo-
ARTICULATION GOXO-FÉMORALE. 35
sites qui assurent aux points d'attache une solidité remarquable; en arrière, à la réunion des deux tiers internes avec le tiers externe du col (fig. 1). L'insertion iliaque a lieu à tout le pourtour de la cavité cotyloïde, sur une ligne circulaire, i , extérieure au sourcil cotyloïdien, 2, qui se trouve ainsi embrassé par la capsule.
Fi.?, 1.
Nous pouvonstoutdesuitedéduire de cette donnée anatomique précise une importante conséquence : nous avons dit, à propos du bourrelet cotyloïdien, 1 , qu'il était exactement appliqué sur la tète du fémur, et qu'il interceptait l'interligne articulaire à la manière d'une soupape ; BOUS disons maintenant que la capsule orbiculaire embrasse dans sa cavité non-seulement le bourrelet, mais le sourcil cotyloïdien au delà duquel elle s'insère. Que vat-il résulter de cette disposition? Une sorte de cul -de-sac
circulaire, [\. Et qu'arrivera-t-il si la capsule orbiculaire devient le siège d'un épanchement, de quelque nature qu'on le suppose ? La pression du liquide accumulé dans le culde-sac s'exercera en dehors, sur la paroi fibreuse, et, en ce sens, son expansion trouvera un obstacle dans la résistance de cette paroi d'abord, mais surtout dans celle des plans musculaires ambiants.
Une égale pression se fera sentir de la périphérie vers le centre sur la face externe du bourrelet cotyloïdien. En raison directe de l'abondance de l'épanchement, croîtra la pression que supporte ce coUier fibro-cartilagineux ; et, pour user de l'expression pittoresque emj)loyée par les frères Weber, en raison directe encore de l'abondance du liquide, le bourrelet serrera de plus près le pourtour de la tête fémorale. Partant, il fermera d'une manière d'autant plus absolue l'accès de l'interligne articulaire. En temps et en lieu , nous reviendrons sur ce fait. Bornonsnous ici à le constater. .
Si l'on entreprend de se rendre compte des conditions anatomiques qui régissent l'intrication des fibres dans le tissu du ligament, dès les premiers pas de cette recherche, une remarque frappe l'esprit. Pour conserver une continuité de parois qui légitime la dénomination de capsule orbiculaire qu'il a reçue, ce ligament est bien loin pourtant de posséder sur toute son étendue une égale force de résistance. Chose curieuse, l'épaisseur, la densité de sa trame en certains de ses points sert à mettre en relief la laxité qu'elle présente en certains autres. Chose plus curieuse peut-être, ces points résistants de la capsule correspondent à ceux par lesquels l'article est le plus exposé aux violences extérieures. Par contre, la situation
ARTICULATION COXO-FÉMORALE. 37
des points faibles est constante, et les frères Weber ont consacré un paragraphe de leur remarquable étude (1) à la détermination précise de ces espaces, il convient ici d'en dire quelques mots.
Au nombre de trois, les points faibles de la membrane capsulaire sont tous situés au côté inférieur de celle-ci, et dans le voisinage de la cavité cotyloïde.
D'arrière en avant, le premier occupe sur le plan postérieur un espace compris entre le bord de la cavité cotyloïde et la gouttière de l'ischion destinée au glissement du muscle obturateur interne ; le second correspond à l'échancrure du rebord cotyloïdien ; le troisième, situé sur un plan plus antérieur, séparé du précédent par un faisceau assez fort de fibres longitudinales, est doublé de la bourse séreuse qui appartient au muscle psoas. Or, il n'est pas très-rare de trouver à ce niveau une interruption complète dans la continuité de la membrane fibreuse; un hiatus véritable dans l'étendue duquel sa paroi n'est pas constituée par autre chose que par la paroi même de la bourse séreuse qui, le plus ordinairement, lui est simplement accolée. Les dangers d'une semblable anomalie se décèlent d'eux-mêmes : la capsule est ouverte aux épanchements purulents qui se sont collectionnés dans le psoas, ou qui, reconnaissant une origine encore plus distante, ont fusé le long de la gaine de ce muscle. Mais, sans faire intervenir un vice de conformation anatomique, nierat-on que la membrane capsulaire n'oppose en ce point, chez tous les sujets indifféremment, qu'un bien faible
(1) 0, et E. Weber, loc, cit., § 58. Des parties minces de la membrane capsulaire.
rempart à îa perpétration de pareils désordres? Nous avons déjà constaté, en décrivant les parties molles de îa hanchej la voie toute frayée que trouvent au sortir de l'abdomen les fusées purulentes, pour se rapprocher de l'articulation coxo- fémorale. Sioiialer maintenant la laxité et ia faiblesse normales, la discontinuité exceptionnelle que présente au point même le plus rapproché de cette voie, la trame du ligament capsulaire, c'est rapprocher deux conditions aoatomiques qui rendent imminente l'apparition des lésions articulaires, toutes les fois qu'un abcès intra-abdominal se prépare à suivre cette direction. Disonsle tout de suite : indépendamment de circonstances d'ordre différent qu'on retrouve presque toujours en pareil cas, el dont le concours aggrave singulièrement les éventualités morbides, on peut inscrire au pronostic le plus fâcheux les coxalgies dont les lésions reconnaissent une semblable origine.
De ce qui précède, ce qu'il importe de ne point oublier, c'est que la membrane capsulaire présente constamment des parties minces où son tissu est lâche et ténu ; et qu'un travail phîegmasique qui viendrait à naître à la surface externe de la membrane, ne saurait trouver dans ces par» ties faibles qu'un obstacle facile à franchir.
Occupons-nous maintenant des bandelettes fibreuses, épaisses et serrées dont l'union donne à la capsule orbiculaire la résistance très-grande qui lui est indispensable. D'une manière générale, il faut noter : 1° que l'aspect brillant et nacré qu'offrent les ligaments de certaines articulations fait place ici à une teinte terne et jaunâtre ; 2" que les faisceaux fibreux ont une direction sensiblement parallèle ; ^"^ que tout en faisant corps les unes avec
ARTICULATION COXO- FÉMORALE. 39
les autres, ces bandelcUes cependant se distinguent entre elles par l'inégalité de leur épaisseur.
Pour se rendre un compte exact du mode d'action de ces différents faisceaux, il est non-seulement indispensable de les étudier successivement à la face antérieure et à la face postérieure de la capsule, il faut encore rechercher quelles modifications les attitudes diverses de la cuisse impriment à la direction et àk distension de leurs fibres.
i ' F ace antérieure de la capsule (fig. 2). — Un faisceau
'i.;ÀVa.v.p,y;i.\j
Fii?. 2.
ligamenteux d'une résistance et d'une épaisseur remarquables s'étend diagonalement sur la face antérieure de la capsule à laquelle il paraît en quelque sorte surajouté. C'est le faisceau de Bertin, 1. 11 prend son insertion supérieure, 2, au-dessous de l'épine iliaque antéro-
/iO SQUELETTE DE TA HANCHE.
inférieure : et s'attache en bas aux aspérités de la ligne rugueuse intertrochantérienne, qui avoisinent le petit trochaoter, 3. Son aspect est rubaniforme, mais en plongeant dans l'eau bouillante une articulation fraîchement préparée, on juge de l'épaisseur par laquelle il se distingue des parties du manchon qui lui confinent en dehors et surtout en dedans. A son bord interne correspond le point faible, 4, de la capsule sur lequel Lenoir a appelé l'attention.
Lorsque le fémur est dans Y extension (fig. 2), les fibres qui composent le ligament de Bertin sont tendues. Elles se portent obliquement de haut en bas et de dehors en dedans, par rapport à l'axe du col fémoral. Elles brident la tête de l'os, dont la convexité détermine la saillie de leur partie moyenne.
L'obliquité de leur trajet, la diversité des plans occupés par leur insertion supérieure, par leur insertion inférieure et par leur partie moyenne, inipriment à leur direction générale celle d'un commencement de spire. Plus l'extension est portée à son extrême limite, mieux on voit r'accentuer la torsion que subit alors le ligament.
Qu'on porte maintenant le fémur dans la demi-flexion (fîg. 3), on voit se produire dans Fétat du ligament de Bertin les changements suivants :
1° Leur tension fait place à une complète laxité.
2° Le petit trochanter étant porté en avant, tandis que l'épine iliaque antéro-inférieure reste fixe, et de plus le relief de la tête fémorale étant moins sensible, les extrémités supérieure et inférieure du ligament tendent à se placer sur le même plan que leur partie moyenne (fig. o). Il suit de là que la torsion des fibres ligamenteuses n'existe
AUTICULATTON GOXO-FÉMORALE. Z|1
plus. Elles cessent d'affecler une direction spiroïdale.
r/ Si Ton combine à la demi-flexion un léger degré
d'abduction, les phénomènes ci-dessus indiqués s'ac-
Fn
cusent davantage, et le trajet décrit par les faisceaux ligamenteux tend à devenir parallèle à la direction de Taxe du col fémoral.
Enfin, en portant jusqu'à la rendre complète, \dL flexion du fémur (fig. /i), on provoque dans les fibres du ligament de Berlin une tension extrême. Elles sont, comme dans l'extension, fortement tordues sur elles-mêmes; maison remarque que dans l'extension et dans la flexion, cette torsion se produit en sens inverse. Dans ce dernier cas, leur direction devient oblique en haut et en dehors, par rapport à l'axe du col fémoral.
2"* Face postérieure delà capsule. — Les faisceaux liga-
nieoieux qui coiistitLieni en arrière la capsule sont loin d'acquérir l'épaisseur et la résistance qui caractérisent le
Fig. i.
faisceau cie Berlin, mais chez les sujets vigoureux leur iranie est encore notablement serrée (fîg. 5).
Au lieu de se diri2;er, comme les fibres de la face antérieure^ dit pourtour, 1, 2, de la cavité cotyloïde vers la crête intertrochantérienne , o, Zi , elles affectent une direction générale qui les porte vers l'empreinte digitale, 5, du grand trochanter. C'est là qu'elles s'insèrent inférieurement. Aussi laissent-elles à la face postérieure du col fémoral, à la réunion du tiers externe avec le tiers moyen de cette portion rétrécie de rextrémité osseuse, un espace béant, 6, intercepté seulement par des fibres rares, ténues, qui s'insèrent directement au col fé-
ARTICULATION COXO-FÉMORALE. AB
moral. Elles livrent passage en ce point à la synoviale, que l'on voit souvent faire hernie à travers leurs interstices.
Dans Y extension les fibres de la face postérieure sont tendues et fortement fléchies sur elles-mêmes.
Fîsr. 5.
Cette torsion est surtout accusée dans les faisceaux inférieurs dont la densité l'emporte sur celle des faisceaux qui se rapprochent de la face supérieure. La direction générale des fibres ligamenteuses de la face postérieure de la capsule est oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Affectant une disposition palmée, elles convergent pour la plupart vers l'empreinte digitale, comme vers le sommet d'un triande, et brident étroitement en arrière et en haut le col du fémur.
Que maintenant on porte le fémur dans la demi-flexion (fig. 6), de manière que le bord supérieur, i, 2, du grand
/|/l SQUELETTE DE LA HANCHE.
trochanter, et les parties correspondantes se présentent de iace, on voit se produire à la fois, dans l'état des fibres ligamenteuses postérieures, les modifications suivantes : 1" L'extension fait place à une complète laxité.
Fig. 6.
2° Au lieu d'être tordues sur elles-mêmes au voisinage de leur insertion fémorale, et d'affecter une disposition palmée, elles deviennent sensiblement rectiligneset parallèles. Elles offrent, en se confondant avec les fibres directement étendues de la partie supérieure du pourtour du cotyle, 3, à la base, i, du grand trochanter, la disposition d'un rectangle.
3" La direction de ces fibres tend à devenir parallèle à celle de Taxe du col fémoral. Enfin, en portant jusqu'à la rendre complète la flexion du fémur (fîg. 7), on provoque
ARTICULATION COXO -FÉMORALE. /|5
dans les fibres de la face postérieure une tension extrême. Elles sont, comme dans l'extension, fortement tordues sur elles-mêmes; mais cette torsion se produit
Figr. 7.
en sens inverse. Dans la flexion, la direction des fibres devient oblique en bas et Jen dehors, par rapport à l'axe du col fémoral.
On sera frappé de l'analogie qui existe entre les modifications que font subir aux faisceaux fibreux de la face antérieure et de la face postérieure à la capsule orbiculaire, les diverses attitudes imprimées à la cuisse. Dans l'extension, ces faisceaux fibreux sont tendus et dirigés obliquement par rapport au col du fémur, contournés sur eux-mêmes à la manière d'une spire. La flexion modérée les met dans le relâchement, rapproche leur direction générale du parallélisme avec celle que présente l'axe du col fémoral ; en un mot, fait cesser leur disposition spiroïdale.
La ilexioo complète leur rend les attributs qu'ils offraient dans l'extension. Fortement tendus et tordus sur eux-mêmes, obliques, mais en sens inverse, par rapport à Taxe du col fémoral, ils brident puissamment cette portion de l'extrémité osseuse, et limitent bientôt d'une manière absolue cette attitude forcée du membre.
Nous avons vu que les fd3res de la face postérieure se confondent en haut avec un faisceau supérieur, directement étendu du pourtour du cotyle au bord correspondant du grand trochanter; par l'intermédiaire de ce faisceau, les fibres postérieures entrent en continuité avec celles de la face antérieure de la capsule. De la même façon, en bas, ou si l'on aime mieux, sur le bord interne de l'articulation, la capsule est renforcée d'un faisceau assez serré de fibres qui, d'abord parallèles à l'axe au col fémoral, naissent de la partie du rebord colyloïdien à laquelle confine le bord inférieur de la branche supérieure du pubis; puisles fibres s'épanouissent pour se confondre, en avant, avec celles du ligament de Berlin, en arrière, avec celles de la face postérieure. Il résulte de cette dispositioii, qu'inférieurement la capsule orbiculaire est pourvue d'une assez grande laxité, qu'elle forme poche autour des parties osseuses sans y adhérer intimement.
Lorsque nous arriverons à fétude des mouvements de l'articulation coxo- fémorale, nous verrons que les détails anatomiques avec lesquels nous avons décrit son appareil ligamenteux n'avaient rien de superflu ; mais notre interprétation physiologique du rôle que joue cet appareil dans l'accomplissement des mouvements, risquerait d'être inexacte, si nous n'envisagions préalablement dans leur texture intime, dans leurs propriétés de tissu, les mem-
SYNOVIALE ARTICULAIRE. /l7
branes qui retiennent en contact les surfaces articulaires.
Avant de nous livrer à cette dernière étude, disons que la face superficielle de la capsule orbiculaire, entourée des plans musculaires profonds, en est séparée par une couche de tissu cellulaire dont on l'isole dans les dissections, en niêine temps que des parties charnues ; que sa face profonde se conforme à la loi qui régit la constitution anatomique des cavités closes : qu'elle est doublée d\uie surface séreuse.
Disons qu'entre cette séreuse et la membrane capsuiaire, l'union est tellement intime que les auteurs classiques coosidèreni celle-ci comme la charpente de celle-là, et qu'entre elles deux persistent de nom^breus caractères de communauté ; puis abordons, sans plus de retard, la description, longtemps controversée, de la synoviale articulaire dont la surface séreuse qui double la capsule, constitue, à proprement parler, l'élément fondamental.
§ il. ■ — Pe la sjiîowlale as°tic5slaîre.
Parmi les notions anatomiques qui ont beaucoup coûté à acquérir, celles qui ont trait à l'histoire du système séreux sont loin de tenir le dernier rang. Elles ont nécessité des recherches laborieuses et répétées. S'il était curieux, en effet, de rencontrer constamment dans l'économie les surfaces organiques destinées à glisser les unes sur les autres, recouvertes d'un tissu doué de caractères spéciaux: s'il était intéressant de constalerque la gravité des altérations morbides de ce tissu égalait l'importance de ses fonctions physiologiques, il était difficile de déterminer les règles de sa production ^ les caractères de sa
hS SQUELETTE DE LA HANCHE.
texture, les limites de son étendue. Justement préoccupés de ces questions, les maîtres ont tour à tour fourni à la science des réponses opposées.
Nous l'avons déjà dit : durant de longues années, Bichat eut le privilège de rallier à sa théorie l'opinion générale, et après l'illustre auteur des Recherches sur la vie et la mort, on prit coutume de considérer comme des sacs sans ouverture, comme des membranes distinctes, continues, isolables, les séreuses qui tapissent les parois des cavités closes.
Mais, par ses remarquables travaux sur l'anatomie, la physiologie et la pathologie de ces cavités, c'est M. le professeur Velpeau qui devait, aidé des recherches micrographiques de l'époque, livrer aux anatomistesla véritable solution du problème. Avec lui, les caractères anatomiques des séreuses, comme la nature de leurs altérations, trouvent une interprétation aussi simple que satisfaisante. C'est qu'à un fait d'observation rigoureuse se rattachent toutes ses recherches; toutes ses déductions à un principe unique. « Une étude attentive, dit M. Yelpeau (1), de ces » cavités décrites jusqu'ici sous le nom de membranes » séreuses ou synoviales, m'a démontré que ce ne sont ni » des sacs, ni de véritables membranes, comme on le croit » généralement depuis Bichat. Les recherches multiples » auxquelles je me suis livré ne laissent dans mon esprit » aucun doute à ce sujet. Aux divers âges de la vie intra- » utérine, sur le cadavre de jeunes sujets, sur des adultes, » des vieillards, j'ai toujours trouvé à la place de sacs ou
(1) Velpeau, Recherches analomiques, physiologiques et pathologiques sur les cavités closes {Annales de chirurgie, t. U, p. 551),
SYNOVIALE ARTICULAIRE. Il9
» de membranes fermées, de simples surfaces formant des » cavités sans ouverture. » Ce fait est capital, car il ressort de lui que ces surfaces suivront, dans le degré de leur développement, le degré de la vitalité, celui de l'étendue des fonctions dans les organes qu'elles tapissent; qu'elles ferontcorps aveceux, qu'elles jouiront des mêmes aptitudes pathologiques; et que, par contre, celles de ces aptitudes qui sont propres aux séreuses ne tarderont pas à rejaillir sur les organes avec lesquels elles ont une si intime communauté.
On sait aujourd'hui que le tissu séreux à son état de parfait développement se décompose en trois feuillets : un feuillet superficiel, un feuillet intermédiaire, un feuillet profond en connexion avec la surface de l'organe que la séreuse tapisse.
Le feuillet superficiel, vernis protecteur d une frappante analogie avec l'épiderme, est un épithélium pavimenteuûo.
Le feuillet intermédiaire n'est autre qu'une couche très-ténue de tissu cellulaire qui n'offre point de traces de vascularité.
Le feuillet profond — partie fondamentale de la séreuse — est constitué par un réseau très-fin^ très-délié mais très-riche à la fois^ de vaisseaux artériels et veineux. Or, il résulte des recherches de M. Velpeau (1) que ces trois feuillets, dont l'union se constate dans toute rétendue des séreuses splanchniques , se trouvent aussi dans la constitution des synoviales articulaires, avec cette différence très-remarquable que ces éléments constitutifs
(1) Velpeau, loc, cit.
F. MARTIN ET COLLINEÂU. 4
des séreuses complètes ne persistent point dans toute rétendue de la cavité articulaire sur les parois de laquelle règne la synoviale. C'est ainsi qu'après avoir reconnu sur la surface profonde des tissus ligamenteux de l'articulation les trois feuillets de la séreuse, on ne retrouve plus sur celle des cartilages, ni le feuillet profond vasculaire (élément histologique essentiel du tissu qui nous occupe) ni son feuillet moyen. Seul, le feuillet superficiel, épithélial (élément histologique, accessoire, parasitaire), se prolonge sur la surface du cartilage dont la vitalité est passive comme la sienne. Seul, ce feuillet épithélial pavimenteux se continue sur toute la surface du centre articulaire. « C'est donc lui seul, comme l'a dit si judi- » cieusement M. Richet (1), qu'il faut regarder comme » une membrane continue tapissant toute la face interne » de la cavité close. »
N'omettons pas de dire encore ( ceci indique avec une précision plus grande les limites auxquelles s'arrête la synoviale ) qu'on voit dans les injections fines, les bords des cartilages occupés par des anses anastomotiques, dont l'aspect est comparable à celui des cercles anastomotiques de la cornée, et dont la direction ne tarde pas à devenir rétrograde.
Ainsi se touve infirmée l'opinion de Bichat, puisque Télément histologique essentiel de la séreuse ne se continue pas avec lui-même sur toute la surface de la cavité close, et qu'on ne peut, à bon droit, considérer cette membrane comme un sac sans ouverture. Ainsi se trouve expliquée Terreur des frères Weber (2), qui consiste,
(1) Richet, loc. cit., p. 31.
(2) G= et E. Weber, loc. cit., § 56. .
SYNOVIALE ARTICULAIRE. 51
pour la synoviale de la hanche, dans la distinction d'une portion capsulaire et d'une portion cartilagineuse : celleci très-vasculaire, celle-là complètement dépourvue de vaisseaux. Mais du même coup sont controuvées de la manière la plus absolue, l'assertion de Gerdy, qui faisait passer entre le cartilage et la tête de l'os la membrane synoviale dont, à la vérité, les investigations les plus scrupuleuses ne sauraient en ce lieu déceler une trace même fugitive; l'assertion par trop éclectique de Blandin, qui dédoublait la synoviale en deux feuillets au niveau du rebord du cartilage, et faisait passer l'un des deux feuillets sur sa face libre, l'autre sur sa face adhérente.
Maintenant que nous avons déterminé dans quels points de la cavité articulaire on aurait tort de chercher la synoviale, parce qu'à proprement parler elle ne s'y rencontre point, étudions cette séreuse dans les points où elle existe avec ses caractères de parfait développement ; c'est-à-dire sur la face profonde de l'appareil ligamenteux, et tâchons de saisir ses rapports d'intimité avec le tissu dont elle procède» Nous avons dit ce qu'il advient des séreuses articulaires au niveau des surfaces cartilagineuses. Ces données nous fournissent à l'instant même une apphcation, en permettant de prendre pour point de départ de la synoviale de la hanche, le rebord môme des cartilages de cette articulation. Partie de ce point, la surface synoviale tapisse toute la face profonde de la capsule orbiculaire.
Bien distancée, au point de vue de l'épaisseur, par les synoviales de l'épaule et du genou , où le développement du tissu séreux est en rapport avec l'étendue, avec la multiplicité, avec la hardiesse, en un mot, des mouve-
menls qui s'y passent, la séreuse acquiert pourtant à la hanche des proportions suffisantes pour rendre incontestable son identité, en tant que membrane, et pour seconder d'une manière efficace les plus larges mouvements de l'articulation.
Quelque lisse que soit, grâce à cette surface synoviale, la face profonde du ligament orbiculaire, on commettrait une grave erreur si on se la figurait plane et dépourvue d'anfractuosités. Ce n'est pas cependant que l'articulation de la hanche soit, comme celle du genou, le réceptacle de ces vastes feuillets synoviaux que Clopton Havers. considérait comme des glandes.
Les anfractuosités dont nous parlons dépendent de ce que la synoviale se prolonge en quelque sorte par une série de replis oblongs, replis qui s'engagent dans l'interstice des faisceaux fibreux de la capsule. Chacun de ces nombreux replis peut être comparé à un petit diverticulum qui empiète sur l'épaisseur du ligament. « Ils » s'ouvrent, disent les frères Weber (i), en beaucoup » d'endroits de la synoviale, font saillie en dehors entre
» les fibres de la membrane capsulaire » De telle
sorte que si l'on venait à racler avec un scalpel la face externe de celle-ci, on arriverait bientôt à emporter le fond de ces culs- de-sac, et à ouvrir la séreuse par un nombre égal de pertuis oblongs.
Cette disposition est en vérité fort curieuse. Elle a fixé, dans ces derniers temps, Tesprit chercheur de M. Gosselin qui lui a fait jouer le principal rôle dans le développement des ganglions ou kystes synoviaux. Il serait
(1) G. et E. Weber, loc, cit., p. 322, § 56,
SYNOVIALE AUTIGULAIRE. 63
intéressant de savoir si ces prolongements villiformes dont le nombre additionné accroît sensiblement l'étendue de la surface séreuse, n'offriraient pas par leurs rapports avec la sécrétion de la synovie, une importance physiologique particulière ?
Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que leur présence même démontre l'intimité qui existe entre la synoviale et la capsule. On peut dire qu'elles ne se bornent pas à s'appliquer l'une contre l'autre dans le contact le plus immédiat; mais que, grâce à leur cohésion extrême, réciproquement elles se confondent par une intrication véritable. Avec quelle facilité ne conçoit-on pas maintenant comment des lésions nées dans des tissus extérieurs à l'articulation envahissent promptement la séreuse articulaire?
En parlant des points faibles de la capsule, nous avons insisté sur cette cause permanente de dangers pour le centre de l'article. En décrivant les prolongements synoviaux, nous en avons tout à l'heure signalé une seconde.
Le regrettable Lenoir s'est chargé de nous faire connaître la troisième. Comme l'interruption qui a élé mentionnée dans la capsule orbiculaire et qui met la synoviale en contact immédiat avec la paroi de la bourse séreuse du muscle psoas, cette troisième cause de dangers est une anomalie. Disons mieux : les deux anomalies n'en font qu'une à deux degrés différents. 11 arrive en efïet quelquefois que la grande bourse séreuse du muscle psoas est ouverte dans le centre articulaire et communique librement avec la synoviale de l'articulation. Elle en est, en un mot, un vaste appendice.
Notons enfin que la surface du ligament rond est enveloppée d'un repli de tissu séreux à défaut duquel ses glis-
Il SQUELETTE DE LA HANCHE.
sements eussent été dépourvus de la facilité qui les caractérise; et qu'ici, la texture de la séreuse est remarquable par son extrême ténuité.
Afin de nous rendre compte maintenant de la solidarité qui, dans un même ordre de circonstances, engage les deux éléments dont se compose la membrane capsulaire, nous devons, pour l'élément séreux qui en assure la mobilité, comme pour l'élément fibreux qui en est la solide charpente, faire intervenir Fanatomie de texture. Nous ne pouvons entrer dans une analyse micrographique approfondie ; malgré tout l'intérêt qui s'y attacherait , l'étendue qu'elle comporte s'oppose à ce qu'elle trouve ici sa place. Cependant il convient d'exposer les données histologiques qui assignent à priori en quelque sorte, aux divers tissus dont l'assemblage concourt à former la trame du ligament, une affinité dont ils ne sauraient se départir qu'à grand'peine dans les conditions de la vie.
Pour être brefs, et en même temps pour couvrir notre responsabilité d'une autorité plus compétente, prenons pour interprète M. Richet (1).
« Quand on descend, dit-il, dans les derniers éléments » de la structure microscopique des tendons, ligaments, » capsules fibreuses^ membranes aponévrotiques, mem- » branes séreuses , on voit que tous ces tissus ont une » commune origine , et qu'ils se composent de filaments S) cylindriques, longs et très-déliés, mous et hyalins, de B grosseur à peu près la même partout, à contours » lisses, nets, mais clairs, présentant un diamètre qui
(1) Richet, Traité d'anatomie médico-chirurgicale, p. 18.
CAPSULE ARTlGULAlRi:. 55
i> varie de 0,0003 à 0,0008 de ligne, et possédant une » élasticité assez prononcée. Réunis côte à côte et déposés » en faisceaux, ils forment les lamelles de tissu cellulaire, » les ligaments , les tendons , etc. ; tandis que quand ils » s'entrecroisent suivant les directions les plus variées, » ils constituent des membranes. L'élément fondamental » du tissu séreux, ajoute le même auteur (1), n'est autre » que cette fibrille cylindrique hyaline très-déliée qui » forme la base du tissu cellulaire. »
Quant au tissu fibreux lui-même, « des fibres de tissu » cellulaire réunies en faisceaux serrés et reliés entre eux » par du tissu glutineux excessivement ténu, constituent » son essence (2). »
Qu'est-ce que ce tissu glutineux interposé aux faisceaux déliés des fibres? Du tissu cellulaire a réduit à sa » plus simple expression (1). »
Avecquel tissu, enfin, la capsule est-elle en connexion immédiate par sa face externe? Avec une couche de tissu cellulaire, dii sous^aponévrotique ou profond, lequel, plus lâche, moins résistant, moins chargé de graisse que les couches sous-cutanées de tissu lamelleux , se répand entre les gaines musculaires, où il devient le siège d'élection d'une phlegmasie redoutable : le phlegmon profond. Et comme il n'existe nullement, suivant la judicieuse remarque de M. Richet, de larges communications entre la couche sous- cutanée et la couche sous-aponévrotique, les phénomènes inflammatoires qui s'allument
(1) Richet, îoc. cit., p. 23.
(2) Id., iUd., p. 43.
(3) \d.,ibid., p. 22.
dans celle-ci , y restent concentrés sans pouvoir progresser vers la superficie.
On le voit, le ligament orbiculaire de l'articulation coxo-fémorale est plongé dans une atmosphère cellulaire qui l'enveloppe, qui le pénètre, et dont son tissu propre n'est lui-même qu'un dérivé.
Est-il besoin d'insister davantage pour faire admettre que, parmi les éléments divers qui le constituent, l'organe dont nous parlons, n'en possède pas un dont la texture distincte tranche nettement sur celle des autres ; pas un seul qui soit apte, comme on le voit pour beaucoup d'organes, à s'opposer, ainsi qu'une barrière, à l'envahissement des influences pathogéniques ? Niera-t-on qu'une lésion anatomique développée à la surface externe du ligament, dans la couche qui double cette surface et l'isole des plans musculaires, puisse se propager jusqu'à la surface profonde, pour ainsi dire comme à travers un tissu continu? La lésion, sans contredit, devra conformer sa modalité au caractère propre à chaque couche membraneuse dont l'intrication ourdit la trame de la capsule. Aura-t-elle besoin de changer de nature? Nous ne le croyons pas : elle n'a point à désorganiser des tissus dont la nature difl'ère. Aura-t-elle, dans sa progression de la périphérie vers le centre, de puissants obstacles à vaincre? Nous avons répondu implicitement : non. Mais pour asseoir la conviction, faut-il des arguments plus directs? L'anatomie est là qui va nous en fournir.
En proclamant que le tissu cellulaire était exclusivement un lacis vasculaire, Ruysch était tombé dans une exagération flagrante. Ce tissu contient moins de vaisseaux qui lui soient destinés, qu'il n'en accompagne, enve-
loppe et protège jusqu'aux organes d'ordre différent auxquels sont destinés ces agents de nutrition. Des dérivés du tissu cellulaire, celui qui s'écarle le plus, sous ce rapport, de la souche commune, est le tissu séreux. Si des injections pénétrantes suffisent à démontrer sur les mailles du tissu cellulaire un beau réseau de capillaires; si c'est à cette particularité de structure que le tissu cellulaire doit sa faiblesse de résistance aux pblegmasies suppuratives, le tissu séreux a aussi pour élément essentiel un lacis artériel et \eineux fin et délié, serré et riche, autant que fin. Aussi, un travail inflammatoire vient- il à s'allumer en lui? ce travail devient, c'est M. Bouillaud qui le professe, le prototype de l'inflammation.
Si la vascularité des dérivés du tissu cellulaire atteint dans les séreuses sa suprême richesse, elle reste dans les tissus fibreux d'une grande pauvreté relative. Est-ce à dire pourtant, car on l'a prétendu, que le tissu fibreux soit dépourvu de vaisseaux? En vérité, cette opinion ne nous paraît pas soutenable. Ou le tissu fibreux (qu'on le prenne dans un tendon musculaire, dans la sclérotique et le périoste, ou mieux entre ces deux extrêmes, dans un ligament articulaire), ou le tissu fibreux, disons-nous, est un organe parasitaire qui, à l'instar des cartilages, se répare passivement parce qu'il ne jouit que d'une existence végétative, et alors il n'a pas besoin de vaisseaux nourriciers ; ou il a une vie propre, et alors il a (en petit nombre peut-être), mais il a des vaisseaux qui lui sont propres. Or, avec les données anatomiques que nous possédons aujourd'hui, il ne viendra à Tesprit de personne de considérer le tissu fibreux comme réduit à un rôle physiologique parasitaire. Donc il lui faut des moyens de nutri-
tion. Réduit à son expression la plus rudimentaire, ce système nourricier est constitué par des ramuscules trèsdéliés n'admettant, dans l'état physiologique, que la séro-' site du sang. Celui-là, on ne peut faire moins que de l'admettre dans les tissus fibreux. Mais si beaucoup des organes que ce tissu compose (les tendons par exemple), ne paraissent pas recevoir de plus amples vaisseaux, d'autres — - le périoste, la sclérotique — en sont abondamment pourvus. Ici le sang suit, dans un lacis artériel serré, un cours libre et rapide.
D'autres encore ^ — lesmembranescapsulairesdesgrandes articulations — décèlent entre les faisceaux de leurs fibres des vaisseaux sanguins artériels et veineux. Agrandis dans certaines membranes articulaires où ils n'étaient pas apparents à l'état physiologique, par l'influence de phénomènes inflammatoires et par l'apport plus considérable du sang, ils se montrent alors flexueux et aplatis, et on les voit se glisser entre les fibrilles.
Plus richement douée, la capsule fibreuse de l'articulation de la hanche reçoit un certain nombre de vaisseaux dont l'évidence n'a nul besoin pour se trahir, du secours d'un état morbide. Si maintenant on n'a pas oublié que l'interstice des faisceaux qui la composent est occupé ici par du tissu glutineux, là par des prolongements de la synoviale ; si l'on se souvient que ce tissu glutineux n'est autre que du tissu cellulaire, et que celui-ci ofî^re sur ses maiUes un lacis vasculaire non équivoque ; si surtout on prend en considération la texture essentiellement vasculaire de la séreuse, on ne nous taxera point d'exagération, quand nous dirons que dans le corps même de la capsule fibreuse se rencontre une notable quantité
de vaisseaux, parvient une notable quantité de sang.
Comment admettre maintenant que le faisceau fibreux qui reçoit un certain nombre de vaisseaux, qui est entouré d'une couche cellulaire et d'une couche séreuse où l'on en trouve un nombre considérable, qui ne diffère point, par sa nature, de ces deux derniers tissus éminemment enclins à l'inflammation, soit, lui, profondément réfractaireà l'influence phlegmasique?
Quoi qu'on ait dit, c'est donc à bon droit que la plupart des pathologistes considèrent les capsules fibreuses articulaires comme aptes à devenir le siège de maladies inflammatoires ; et la prétendue spécificité des lésions qu'elles présentent n'est rien moins que démontrée.
Parce que le tissu fibreux qui constitue les capsules articulaires oiïre aux désorganisations une résistance plus grande que les tissus qui l'entourent ; parce qu'il est moins riche en vaisseaux et par conséquent moins exposé à la congestion ; parce qu'il est plus serré et par conséquent moins facilement enclin à la suppuration, s'ensuitil que lorsqu'une maladie, inflammatoire jusque-là, vient à l'intéresser, elle perde à l'instant son caractère phlegmasique ; et que si le tissu fibreux ^devient malade « il » le soit à sa manière » , comme certains auteurs l'ont avancé? C'est là une opinion que nous ne saurions admettre. Du moment qu'un tissu reçoit des vaisseaux, ces vaisseaux peuvent devenir le siège d'une congestion inflammatoire. Or, nous avons démontré que ceux de la capsule coxo-fé morale sont de deux ordres : des vaisseaux blancs, charriant seulement la sérosité du sang, communs au tissu fibreux dans quelque point de l'organisme qu'on l'envisage, et pouvant, dans l'état patholo-
gique, devenir apparents et tlexueux; des vaisseaux capables de recevoir les globules sanguins, et qui se reconnaissent dans l'état physiologique le plus parfait de la capsule orbiculaire.
La sclérotique contient à l'état normal un riche système vasculaire. On ne niera pas qu'elle puisse s'enflammer, et qu'alors elle devienne le siège d'une vascularisation encore beaucoup plus serrée. La régression du travail inflammatoire (pourvu qu'elle ne soit pas tardive) entraîne avec elle cette vascularisation pathologique. La sclérotique est une membrane fibreuse : elle a subi les modifications suscitées par un travail phlegmasique, sauf la suppuration. De la même manière, la capsule orbiculaire de l'articulation coxale qui contient à l'état normal un système vasculaire non équivoque, peut s'enflammer et devenir le siège d'une vascularisation plus riche. La régression (pourvu qu'on sache la favoriser) du travail inflammatoire 'dont elle est le siège, entraîne avec elle cette vascularisation pathologique. La capsule orbicu« laire est une membrane fibr^.use : elle a subi , comme la sclérotique, les modifications suscitées par un travail phlegmasique, sauf la suppuration. Les phénomènes sont ici de la même nature que là. S'ils sont inflammatoires de l'aveu unanime dans la sclérotique, prendront-ils dans la capsule orbiculaire de l'articulation coxale un caractère différent? Procéderont- ils à leur manière, ainsi qu'on Ta prétendu? A la vérité, ils n'ont pas déterminé la suppuration; mais cela tient à ce qu'ils ont eu pour théâtre un tissu qui offre peu de prise à celte issue des phlegmasies. Et d'ailleurs, la tendance à la suppuration n'a-t-elle pas trouvé la môme résistance dans la
sclérotique? Cependant tout le monde y a constaté la nature phlegmasique de l'afTection. Nous voilà alors dans cette alternative : ou de considérer la sclérotique comme une exception bien étrange dans le système fibreux, ou de reconnaître qu'à des degrés d'acuité en rapport avec ses fonctions et sa constitution locales, le tissu fibreux, en général, peut être le siège d'une phlegmasie. Eh bien! l'hésitation ne nous semble pas permise, et nous formulerons notre choix par la conclusion que voici : doublée à l'extérieur par une couche cellulaire, à l'intérieur par la synoviale, pénétrée par ces deux tissus qui font corps avec elle, traversée par un réseau vasculaire dont les sources diverses assurent la richesse, constituée par un dérivé du tissu cellulaire, la membrane capsulaire de l'articulation de la hanche est susceptible d'être le point de départ et le siège d'une maladie inflammatoire.
Une autre question non moins importante et non moins litigieuse est celle de savoir si le tissu fibreux est ou non privé de sensibilité.
îl est vrai de dire que les aponévroses et les tendons, comme les membranes capsulaires et les ligaments, dénudés dans une opération ou dans une vivisection, se montrent, lorsqu'on les excite par des agents, soit physiques, soit chimiques, tout à fait insensibles à cette sorte d'excitation.
Des expériences de cet ordre, entreprises par Haller sur la dure-mère cérébrale, l'avaient amené à conclure que les tissus fibreux n'étaient point doués de sensibilité.
De son côté, Bichat, poursuivant les investigations de Haller et donnant plus de latitude à ses recherches, sut discerner jusqu'où cette conclusion négative était con-
forme à la vérité, et à partir de quel point elle s'en écartait. « Les agents ordinaires qui mettent la sensibilité enjeu ne sauraient, dit Bichat (j), la développer dans le système fibreux avant que Vorgane ne soit dans un état inflammatoire. »
Reconnaissant, avec Haller, l'exagération de certaines théories émises à l'endroit de la sensibilité du périoste, de la dure-mère, etc., à l'état physiologique, il déclare ces idées manifestement contraires à l'observation, « mais, » ajoute-t-il, si les organes fibreux sont exposés à une » extension violente et subite, alors la sensibilité s'y ma- » nifeste au plus haut point. Ce fait est surtout remar- » quable dans les ligaments, les capsules fibreuses, les » aponévroses, etc. » Donnant, à l'appui de cette dernière assertion, les résultats d'une vivisection pratiquée sur un chien : « Distendez, dit Bichat ('2), les mêmes » ligaments (restés l'instant d'auparavant insensibles aux » agents chimiques ou mécaniques) en imprimant un mou- » vement de torsion à l'articulation, l'animal à l'instant se » débat, s'agite, crie, etc. »
A son tour, M. Richet (3) a répété les expériences de Bichat, et les résultats qu'il a obtenus « le portent à croire » que ce grand physiologiste a été induit en erreur. » Selon M. Richet, si Ton se borne à tordre les tendons « sans tirailler le périoste » , l'animal ne manifeste par aucun mouvement qu'il en éprouve une impression, et
(1) Bichat, Anatomie générale, édition annotée par Béclard. Paris, 1821, t. m, p. 217.
(2) Bichat, loc. cit., p. 218.
(3) Richet, Annales de chirurgie^ t. XI.
cet auteur attribue aux tractions exercées sur le périoste qui se continue avec les ligaments aux points de leurs insertions, les douleurs suscitées par les raouvenaents de torsion que Bichat imprimait à l'articulation dans l'expérience ci-dessus. Il nous paraît difficile cependant que le périoste ait été aucunement intéressé dans l'expérience de Bichat. « Les aponévroses, dit-il (1), les tendons même » mis à découvert et tirés en sens opposé produisent le » même phénomène, » et il ajoute : « j'ai fréquemment » répété ces expériences qui prouvent incontestablement » ce que j'ai avancé, savoir, qu'incapable d'être mise en » jeu par les moyens ordinaires, la sensibilité animale du » système fibreux se prononce fortement dans les disten- » sions dont il est le siège. »
Ainsi, c'est la distension qui éveille la sensibilité du tissu fibreux, et c'est Vétai inflammatoire qui l'exagère, voilà bien l'opinion de Bichat.
D'une manière exclusive, Haller, son école, ceux qui s'y rangent, ont dit : les ligaments sont absolument insensibles, ceci s'accorde du reste avec leurs fonctions. « Ce » mode d'être excité, oppose Bichat (la distension), est » analogue aux fonctions qu'il (le système fibreux) rem- » plit. » ïl est digne de remarque en vérité de voir un même argument tiré de Tordre physiologique, mihter ici pour la négative qui rejette, là pour l'affirmative qui admet selon le génie de l'observateur.
Il a paru singulier que Bichat, après avoir déclaré les ligaments insensibles aux agents physiques et chimiques, leur conservât pour « la torsion seulement » une sensibilité
(1) Bichat, loc. cit., p. 218,
6i5l SQUELETTE DE LA HANCHE.
toute spéciale. D'abord ce n'est pas la torsion seulement qui, d'après Bichat, est propre à éveiller la sensibilité des ligaments, membranes et tendons. C'est aussi, c'est surtout (ceci ressort de la synthèse de ses expériences dont nous avons rapporté l'expression textuelle), c'est surtout la distension : chose différente. Ensuite cette singularité d'opinion dont nous parlions, nous semble s'effacer devant l'explication si simple qu'il lui trouve. « Écarté, dit-il (1), » par sa position profonde de toute excitation extérieure » qui puisse agir sur lui chimiquement ou mécaniquement, » le système fibreux n'a pas besoin, comme le système » cutané par exemple, d'une sensibilité qui en transmette » l'impression. »
Pour nous, cette interprétation est marquée au coin de la vérité ; et il nous paraît dans l'ordre naturel que les ligaments, les capsules fibreuses, etc., exposés sans cesse à de brusques et violentes distensions, soient doués d'une sensibilité suffisante pour avertir l'animal des limites que l'étendue de ses mouvements ne saurait franchir sans compromettre l'intégrité des centres articulaires mis en jeu.
Les fonctions d'autre part du système fibreux sont complexes, dissemblables à elles-mêmes dans l'économie; leur vitalité est en rapport avec leurs fonctions, l'amplitude de leurs propriétés doit donc suivre celle de leur vitalité même. Une appréciation rigoureusement exacte pour un tendon musculaire, cesse de rêlre pour le périoste. Les appréciations rigoureusement exactes pour un tendon et le périoste, ne le sont plus pour un ligament articulaire,
(1) Bichat, loc. ciU, p. 218.
et là encore la nuance sera facile à saisir, suivant qu'il s'agira des moyens d'union appartenant à une articulation petite et serrée, ou bien de l'appareil ligamenteux d'une articulation à mouvemenis étendus. N'avons-nous pas vu le degré de la vascularité varier dans des circonstances analogues? Pour restreindre notre argumentation au sujet qui nous intéresse spécialement, n'avons-nous pas vu le système nourricier de la capsule orbiculaire de la hanche l'emporter sur celui de beaucoup d'autres ligaments? Mais, d'autre part, n'avons-nous pas reconnu dans ceux-ci la présence de vaisseaux blancs, et ne devons-nous admettre pour l'accomplissement de la nutrition de ces lis:aments l'intervention nécessaire de filets nerveux? S'il en est ainsi, nous ne pouvons refuser à la capsule orbiculaire, dont le système nourricier est plus développé, un système d'innervation en rapport avec l'activité plus grande de sa nutrition.
Disons-le, enfin, sous l'autorité imposante de MM. Flourens, d'une part, Papenheiin et Bourgery, de l'autre, les travaux contemporains sont venus confirmer les conclusions de Bichat.
Dans les vivisections, suivant M. Fiourens, le tissu fibreux mis à nu ne perçoit tout d'abord que d'une manière confuse les excitations qui lui viennent du dehors; mais, au bout de quelques heures, il devient le siège d'une congestion qui lui donne une teinte rosée très-vive. Dès lors, la sensibilité s'exalte au point que le tiraillement le plus modéré arrache des cris à l'animal.
En dernier lieu, les investigations d'un esprit tout difi"érent, entreprises par plusieurs micrographes^ celles de
p. MARTIN ET COLLINE A.U. 5
MM. Papeiïheim etBourgery (i) en particulier, ont signalé dans le tissu fibreux la présence de nerfs que, jusque-là, on n'y croyait point devoir rencontrer.
Les considérations qui précèdent nous rendent compte une fois de plus de la solidarité qui enchaîne, dans les états pathologiques, les ligaments fibreux articulaires et les couches organiques qui tapissent leurs surfaces. Les synoviales, les branches nerveuses destinées aux articulations, les parties molles extra-articulaires, le ligament fibreux enfin, tous ces organes subissant une commune influence, conspirent dans un but commun : exacerbation des douleurs, progrès de la lésion.
Envisagé une dernière fois sous son acception générale, le tissu fibreux est doué d'une bien curieuse propriété ; et il est si vrai de dire qu'il ne reste point réfractaire aux actions pathologiques, surtout quand leur nature est inflammatoire, que c'est consécutivement à l'inflammation qu'on voit cette propriété se manifester dans toute son amplitude : c'est la rétraction.
Dans les états morbides de la capsule orbiculaire coxofémorale, l'épaisseur des faisceaux de ses fibres constituent pour la rétraction une condition éminemment favorable. L'origine phlegmasique de la rétraction dans les fibres albuginées mise en lumière par les savantes recherches de Gerdy (2) ; ses conséquences sur la capsule coxo-fémorale et sur la position à laquelle elle réduit, dans la coxalgie, le membre tout entier; les moyens de
(1) Papenheim et Bourgery, Bulletin de F Académie des sciences <, 1846.
(2) Gerdy, Bullelin de V Académie de médecine^ t. IX, p, 766, et t. ^^U p. 600.
la prévenir OU de la combattre; tous ces faits, du ressort de la pathologie, nous occuperont longuement en leur lien. Nous nous bornons à en signaler ici Texistence.
îl ne nous reste plus maintenant qu'à nous rendre compte du rôle de l'appareil ligamenteux dans l'accomplissement des mouvements articulaires.
Nous avons dit que les surfaces osseuses, en revêtant dans leur agencement la disposition de l^noix mécanique, acquéraient Tune par rapport à l'autre les conditions les plus parfaites pour la mobilité.
Ces conditions pourtant seraient restées insuffisantes, si les glissements réciproques des surfaces n'avaient pu s'effectuer sans déterminer un frottement considérable; et ce frottement n'eût pas manqué de se produire si le poids du membre, reposant pendant les mouvements sur un point quelconque du centre articulaire, y avait déterminé une pression proportionnée à sa pesanteur énorme. Est-il besoin, après tant d'autres, de reproduire l'expérience, si souvent répétée, si démonstrative, dont la science est redevable aux frères Weber ? Il suffira de reconnaître qu'à eux revient l'honneur d'avoir jeté une vive lumière sur une question enveloppée jusque-là d'une obscurité profonde. De l'expérience devenue classique à laquelle nous faisons allusion, ils ont déduit les conclusions suivantes : la tête fémorale n'est retenue, dans la cavité cotyioïde, ni par la contraction musculaire, ni par la résistance de la capsule articulaire, ni par l'emboîtement articulaire; aucune de ces puissances n'est destinée à remplir le but ; le poids du membre est soutenu par la pression atmosphérique. Peut-on dire pourtant avec les frères Weber, et avec presque tous les anatomistes qui
ont suivi, que le membre soit soutenu uniquement par la pression atmosphérique ; et l'assertion suivante estelle exempte de toute exagération? «L'articulation coxo- » fémorale, disent les frères Weber (1), jouit d'une mobi- » lité telle, que quand le membre se trouve suspendu au » tronc, il oscille comme un pendule parce que les deux » surfaces sphériques (qui, même pendant la suspension » de la jambe, s'appliquent si exactement l'une contre » l'autre, qu'il ne peut pénétrer entre elles ni air, ni » aucun autre fluide), ont précisément retendue requise .)) pour que la pression atmosphérique en agissant sur le » membre^ porte le fardeau de cette dernière^ et par con- )) séquent lui fasse équilibre, » L'équilibre obtenu par par cette pression ne nous semble pas d'une précision mathématique. Voici le raisonnement sur lequel se fonde notre restriction. Si, chez un individu adulte et maigre, l'étendue des surfaces articulaires était précisément celle qui est requise pour que la pression atmosphérique fasse équilibre à la pesanteur du membre, que deviendrait cet équilibre de pression, lorsque le même adulte venant à prendre de l'embonpoint, la pesanteur du membre augmente notablement, tandis que Y étendue des surfaces articulaires est restée staiionnaire?
On en conviendra : l'interprétation des frères Weber conserve quelque chose d'approximatif; et il y aurait intérêt à rechercher quelle est, de la tonicité musculaire, ou bien de l'incompressibilité de la synovie, la puissance qui vient en aide à la pression atmosphérique. Le point capital est de savoir que dans l'accomplissement de ses fonctions, le membre pelvien échappe aux lois de lapesan-
(1) G. et E. Weber, loc. cil., p, 30/i.
MOUVEMENTS AUllCULAIRlîS. 69
teur, et trouve clans la force extrinsèque qui retient en contact les surfaces de son ai lâche supérieure, une condition non moins favorable à la solidité qu'à la mobilité. Qu'on rapproche maintenant de cette notion physiologique celle que nous a fournie la description anatomique pure et simple des surfaces articulaires de la hanche: l'évidence de Tune confirmera la réalité de l'autre; et par leur concours vers un but commun, ces circonstances d'ordre différent mettront hors de conteste la vérité que nous avons énoncée : c'est-à-dire l'exactitude du contact entre la tête du fémur et la cavité cotyloïde.
L'articulation coxo-fémorale permet au fémur de se mouvoir dans tous les sens; mais loin d'être égale, l'étendue des mouvements rencontre ici des limites restreintes que là elle peut franchir sans difficulté. Pour !a régularité de la marche, pour la solidité de la base de sustentation du corps, il devait en être ainsi.
Le défaut d'élasticité du ligam-cnt fibreux apporte à l'extension et à l'adduction une étroite limite.
A un degré même modéré, l'extension tend les fibres ligamenteuses antérieures et postérieures. Pour peu que l'on essaye de forcer encore cette attitude, le faisceau antérieur oblique en bas et en dedans , le faisceau postérieur oblique en bas et en dehors par rapport à l'axe du col fémoral sont tordus sur eux-mêmes et brident en même temps en avant et en arrière l'extrémité de l'os. La limite extrême de tension et de torsion des fibres hgamenteuses antérieures et postérieures sert à délimiter l'extension de la cuisse.
L'agent disposé par excellence pour empêcher l'exten-
sion de la cuisse de dépasser sensiblement la verticale, est le ligament de Bertin , parce que ce degré une fois obtenu dans l'extension, les fibres qui composent ce faisceau sont déjà dans un état de tension complète, et que leur direction sphéroïdale est alors nettement accentuée.
Dans l'accomplissement de la fonction dont il est particulièrement investi, le ligament de Bertin est puissamment secondé par le faisceau postérieur de la capsule qui, lui aussi, est dans un état de tension complète et de torsion très-notable, lorsque la cuisse est étendue ; mais nous allons voir tout à l'heure que c'est surtout à l'exagération du mouvement d'adduction que s'opposent les fibres supéro-postérieures de la capsule orbiculaire.
Notons seulement que, dans l'extension de la cuisse^ le sac entier de la membrane capsulaire subissant une tension en rapport avec l'étendue de ce mouvement, les deux surfaces articulaires s'appliquent l'une contre l'autre avec une force proportionnelle. Donc, plus l'articulation de la hanche s'étend, plus les deux surfaces articulaires s'appliquent rigoureusement l'une contre l'autre.
L'appareil ligamenteux de la hanche assigne à l'adduction des limites étroites, mais variables, suivant que ce mouvement coïncide avec l'extension ou avec la demi» flexion du membre.
Dans la station verticale, lorsqu'on cherche à rapprocher les jambes l'une de l'autre, on peut, suivant la judicieuse remarque des frères Weber, amener les genoux à se toucher; mais il est impossible de les presser l'un contre 'autre à moins de fléchir les deux cuisses préalablement. Deux puissances agissant suivant une direction opposée concourent à ce résultat, la première, moins énergique, a
MOLVl-lyitNTS AliriCU LAI lits. 71
pour agent le ligament rond, qui dans l'adduction, est tendu, parce que la tète du fémur, au sommet de laquelle il s'insère, est portée en dehors, et que la distance interceptée par les deux insertions du ligament tend à s'accroître. Nous avons signalé, en décrivant ce ligament, les raisons pour lesquelles son rôle dans la délimitation des mouvements ne peut être qu'accessoire, nous n'avons pas à y revenir. Le rôle principal est rempli par la partie supéro-postérieure du ligament capsulaire, par celle qui, s'insérant à la partie supéro-postérieure du rebord cotyloïdien, gagne directement la base du grand trochaoter. Dans l'adduction, en effet, l'extrémité inférieure du fémur étant portée vers la ligne médiane, l'extrémité supérieure de cet os est portée en dehors; et en même temps que la tète fémorale, dissant, comme nous le disions tout à l'heure, de dedans en dehors dans la cavité cotyloïde, tend le ligament rond, le grand trochanter suit une projection en dehors et en bas qui tend la portion du ligament capsulaire auquel il donne insertion. Mais à ce niveau, la capsule, forte, résistante, dépourvue de laxité, s'applique exactement sur les surfaces osseuses; donc elle sera très-promptemeot portée à son degré de distension extrême et bridera la tête fémorale dans sa projection en dehors. Cette action du ligament capsulaire s'accomplit avec toute sa plénitude lorsque le membre, étant préalablement dans l'extension, vient à se porter dans l'adduction. Elle s'oppose de la manière la plus absolue à ce que, dans ce dernier mouvement, l'extrémité inférieure du fémur dépasse la ligne médiane; mais lorsque le m.embreest préalablement demi-lléchi, c'est autrem.ent que les choses se passent. Lorsque la demi-flexion se produit, le centre
72 SQUELETTE DE Là HANCHE.
de gravitation du rneoîbre est le centre articulaire luimême. Donc le grand trochanter est sur un point du rayon de la circonférence décrite par le fémur d'arrière en avant, .vers la face antérieure du bassin. L'insertion trochaniérienne des fibres dont nous parlons se trouve donc, dans cette position, rapprochée de l'insertion cotyloïdienne; et la membrane est dans le relâchement. Si alors le membre est porté dans l'adduction, les fibres ligamenteuses préalablement relâchées laisseront à ce mouvement une liberté beaucoup plus grande. C'est parce qu'elles ne sont point tendues, que l'adduction combinée avec la demi-flexion peut être portée jusqu'au delà de la ligne médiane.
Pour ce qui est enfin de l'abduction , nous avons dit en décrivant la capsule orbiculaire que cette membrane était à son côté interne d'une laxité particulière; qu'elle était faible et ne s'appliquait point exactement sur les surfaces osseuses qu'elle recouvre; c'était faire pressentir la liberté avec laquelle l'abduction pourrait s'accomplir, et l'étendue à laquelle pourrait parvenir ce mouvemeutc Ici, en effet, la tète fémorale glisse de haut en bas dans la cavité cotyloïde, et son segment inférieur est compris dans la poche que forme en ce point la capsule. Ici, le faisceau de Bertin est relâché. Ici, la portion supéropostérieure de la capsule est dans le relâchement le plus complet. Aussi l'abduction s'accomplit-elle, de môme que la flexion, avec^une facilité extrême.
Nous avons dû jusqu'à présent, pour pénétrer avec détail dans l'exposé de leur mécanisme, envisager isolément les mouvements de l'articulation coxo-fémorale. Nous pourrions, avec les anatomistes, ajouter qu'indépen
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dam ment des mouvements que nous venons de décrire, on y constate des mouvements de circumduction et de rotation ; dire que la rotation se fait de dedans en dehors ou de dehors en dedans; puis nous en tenir là. Nous nous exposerions ainsi, en laissant scindée la description de phénomènes physiologiques intimement unis, à tomber plus tard dans les inexactitudes de plus d'un chirurgien.
Dans le but de se rendre compte des modifications imprimées par la coxalgie à la direction, à la longueur du membre pelvien , on a étudié, successivement et séparément (comme nous venons de le faire pour le mécanisme des mouvements), le mécanisme des déformations dans les positions diverses. On n'a point généralement attaché une importance suffisante à la combinaison par laquelle, dans les conditions ordinaires de la vie, la rotation se lie à l'adduction et à l'abduction. Au point de vue pathologique on envisage à part la rotation. En signalant l'ingénieux stratagème employé par la nature pour rendre ici Fexécution de ce mouvement d'une aisance particulière, M. le professeur Cruveiihier avait fait pourtant ce qui était nécessaire pour éveiller l'attention sur ce point. « En général, dit M. Cruveiihier (1), aucun mouvement » ne paraît plus coûter à la nature que les mouvements » de rotation.... Pour obtenir la rotation dans l'articula- » tion de la hanche, il a suffi de couder le levier de telle 0 sorte que les mouvements en avant et en arrière de la » partie coudée déterminent des mouvements de rotation » du fémur sur son axe. » Cette remarque simple autant
(1) Cruveiihier, Traité d'anatomio descriptioe^ U I, p. 527.
que précise montre la dépendance qui enchaîne à la rotation plusieurs mouvements de la cuisse.
Et, ajoute M. Cruveilhier, la rotation de dedans en dehors est le mouvement « le plus naturel » de l'articulation coxo-temorale. Il n'est pas besoin d'insister pour faire comprendre que, dans la coxalgie, les altérations de nature à produire l'abduction permanente doivent nécessairement entraîner, à titre de conséquence, un degré de rotation en dehors plus ou moins prononcé.
Il ne nous reste plus que quelques mots à dire du mode de succession, dans l'ordre physiologique, des divers mouvements dont nous venons de constater la possibilité, et de mesurer l'étendue.
Grâce aux conditions nombreuses de mobilité que rassemble l'articulation coxo-fémorale , la liberté des fonctions du membre est assurée.
Pas de frottement pénible entre les surfaces articulaires, puisque leur étendue à l'une et à l'autre est considérable. Pas de rigidité musculaire, puisque le membre équilibré par la pression atmosphéri€[ue, peut obéir à l'impulsion de sa propre pesanteur, et osciller sans que des contractions très-énergiques soient indispensables. Pas de distension permanente des ligaments^ ni de pression en un point des surfaces articulaires, puisque, tout énorme qu'il est, le poids du membre ne repose pas plus sur les surfaces de son articulation iliaque, qu'il n'est supporté par l'appareil ligamenteux de celle-ci. Telles sont les principales conditions de mobilité qui permettent au membre inférieur de suivre, dans la marche, le mouvement oscillatoire d'un pendule, et de renouveler sans peine cette oscillation antéro-postérieure. Avec la même rapidité, et sans plus d'ef-
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forts, se produiront les mouvements de circumduction qui impriment au pied et, par suite, à la progression, la direction déterminée.
Mais plus encore que leur liberté, la sécurité de ces mouvements divers paraît avoir appelé la sollicitude de la nature. N'avons-nous pas vu que l'extension rencontre une limite assez étroite pour que le membre ne puisse guère être porté en arrière, au delà du plan vertical ?
C'est qu'il fallait affermir la conservation de l'équilibre, et s'opposer à ce que la partie supérieure du tronc une fois portée en arrière pût se renverser, puis vînt à l'emporter par son poids, et à basculer de façon à déterminer une chute sur l'occiput.
J)e même, l'adduction ne devait point franchir des limites étroites; autrement le poids du corps aurait fait basculer le tronc de haut en bas, dans le sens latéral autour de la tête du fémur, et il en serait résulté une chute sur le côté.
Distinguons ici des conditions qui président dans la station verticale à la fermeté de la sustentation, la condition nouvelle de mobilité que le membre acquiert en se fléchissant pour répondre aux besoins de la locomotion.
Dans la station verticale, nous l'avons dit plus haut, la distension extrême des fibres capsulaires supéro-postérieures met obstacle à ce que l'adduction dépasse la ligne médiane. Alors le poids entier du tronc est soutenu par le membre qui s'appuie sur le sol ; le mouvement de bascule dont nous parlions tout à l'heure n'est pas à redouter ; l'effort est supporté par les muscles de ce côté; le ligament capsolaire y contribue puissamment par la tension de ses fibres supérieures; et le membre du côté opposé, fléchi, sus-
pendu dans l'espace, équilibré, par la pression atmosphérique, peut se mouvoir en liberté. Nous avons vu que dans la flexion, l'adduction pouvait être portée au delà d<? la ligne médiane, parce que les fibres supérieures de la capsule ne sont plus susceptibles de distension. Quant à l'abduction, aucune bride ne l'arrête; aussi le membre fléchi pourra-t-ii être porté soit en dedans, soit en dehors avec la niêmQ facilité. Mais il pourra également, et cela sans efTorts, qu'on le remarque bien, garder sa rectitude de direction la plus parfaite. Pour comparer encore le mouvement dont il est animé à celui d'un pendule, l'aisance de cette oscillation dans le sens antéro-postérieur ne l'emportera pas sur sa précision. Cette régularité dans le mouvement, qui donne à la locomotion chez l'homme son caractère spécial, a pour garant l'action musculaire. Ce n'est pas que les muscles de la hanche soient obligés, pour maintenir le membre dans la direction voulue, de se tenir contractés. La nature a évité l'immense inconvénient de la rigidité musculaire pendant le moment où le membre doit jouir, au contraire, avec plénitude, de ses conditions de mobilité. Loin de faire intervenir dans ce temps de la locomotion, la contraction des muscles, la nature met successivem-ent ces agents au repos, pour leur rendre au temps suivant, alors que le m.erabre va de nouveau reposer sur le sol, leur aptitude à se contracter; mais dans l'état de repos, les muscles n'en continuent pas moins de presser l'une contre l'autre les surfaces articulaires. Cette persistance de Faction musculaire reconnaît deux causes : « la première, dit Gerdy (1), c'est l'élasticité
(l)Gerdy, Physiologie médicale, p. 40^,
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» qui agit aillant qu'elle peut, quand rien ne s'y oppose ; » la seconde, c'est une contraction lente et continue, par- » ticulière aux tissus vivants, mais commune à tous ces » tissus d'une manière variable... Cette contraction tou- » jours active agit sans cesse dans les muscles en môme » temps que leur élasticité pour les raccourcir. »
Cette contraction continue, dont parle Gerdy, a été appelée contractilité de tissu par Bichat : on la désigne généralement sous le nom de tonicité musculaire. Selon M. Longet, c'est la tendance des muscles à se raccourcir. C'est elle qui d'elle-même, sans efforts, sans l'intervention de la volonté, règle les mouvements de la locomotion.
Par-dessus tout, il importait, pour la régularité de la marche, d'éviter que le membre fléchi put être porté involontairement dans l'adduction, parce qu'en dépassant la ligne médiane, il se serait croisé sur son congénère étendu, et qu'il aurait fallu, pour l'étendre à son tour, lui imprimer un mouvement d'abduction. En un mot, cette adduction involontaire serait à chaque pas, si elle était possible, le commencement d'un crochet décrit par le membre, et entraverait singulièrement la marche. Les précautions sont prises contre une semblable cause de perturbation.
Deux circonstances pourraient la favoriser : 1° la tonicité des muscles préposés à l'adduction, mais les adducteurs, par la direction de leurs fibres rapprochée de celle de l'axe du membre, sont très-désavantageusement disposés pour cela, il faut, pour qu'ils remplissent leurs fonctions, qu'ils se contractent énergiquement;'2° la tonicité des muscles préposés à la rotation en dedans, parce que la rotation en dedans ne s'accomplirait point sans
déterminer l'adduction : mais, chose remarquable, pas un des muscles qui s'attachent au fémur n'est rotateur dans ce sens ; les adducteurs, comme s'ils étaient destinés à se faire antagonisme à eux-mêmes pour mieux prévenir les inconvénients du mouvement vicieux que nous supposons, sont rotateurs en dehors. Or, la rotation en dehors entraîne dans le membre une tendance naturelle vers l'abduction, îl n'en est pas ainsi pour l'adduction et la rotation en dedans. Ici, l'intervention d'une contraction musculaire est indispensable. Ce mouvement est tenu de la manière la plus directe sous l'empire de la volonté.
La plupart des muscles de la hanche étant rotateurs en dehors, un léger degré d'abduction et de rotation externe place le membre dans sa position naturelle; et cette tendance indépendante de la volonté n'est pas défectueuse, comme le serait la tendance opposée. Elle maintient dans des dimensions suffisantes, la largeur de la base de sustentation ; et si elle venait à s'exagérer, l'inconvéiiient serait faible, puisque l'écartement un peu plus considérable des deux jambes n'aurait d'autre résultat que d'augmenter la sohdité de la station.
Il n'y avait donc qu'avantage à multiplier autour de l'attache supérieure du membre pelvien les agents de l'abduction et de la rotation en dehors; et il y avait lieu de les mettre à contribution pour maintenir l'équihbre du membre en état de mobihté.
Or, nous avons dit que dans la flexion, les muscles ren-= traient successivement dans le repos ; que pendant leur repos ils conservaient, grâce à leur tonicité, une disposition à se raccourcir. Les nombreux rotateurs en dehors de la cuisse sont donc, en l'absence de toute contraction, autant