‹ De la création des prairies irrigueésChapitre 21 sur 91 · PLANTES NUISIBLES · texte numérisé non relu

PLANTES NUISIBLES

Famille des Polygonées.

Renouée acre [Polygonum hydropiper) et Renouée persicaire (P. persicaria). Prairies humides, annuelles; fleurissent de juillet en octobre.

Renouée amphibie (P. amphibium). Prairies basses et humides. Vivace; fleurit en juin et juillet.

Famille des Caryopliyllées.

Lin purgatif (Linum catharticum). Prairies sèches. Annuelle; fleurit de mai en août.

Famille des Iridées.

Glaïeul [Gladiolus Boucheanus). Prairies un peu humides. Vivace; fleurit en juin et juillet.

Iris faux-acore (Iris pseudo-acorus). Prairies très-humides; fleurit en mai et juin.

Iris de Sibérie (Iris sibirica). Prairies humides. Vivace ; fleurit en mai et juin.

Famille des Liliacées.

Ail à angles aigus (Allium acutangulum). Prairies humides. Vivace; fleurit de juillet en septembre.

Anthéric rameux (Anthericum ramosum). Prairies sèches. Vivace ; fleurit de juin en août.

Ornithogale jaune (Omithogalumluteum). Prairies ombragées. Vivace; fleurit en avril et mai.

Famille des Enphorbiacées.

Euphorbe des marais (Euphorbia palustris). Prairies marécageuses. Vivace ; fleurit de mai en juillet.

Euphorbe à verrues, Tithymale (Euphorbia verrucosa). Prairies sèches. Vivace; fleurit de juin en août.

Végétaux à suc laiteux très-âcre et caustique.

Famille des Alismacées.

Plantain d'eau (Alisma Plantago). Prairies très-humides. Vivace; fleurit en juillet et août. Plante acre.

Famille des Crassulacées.

Orpin brûlant, vermiculaire (Sedum acre). Prés secs. Vivace ; fleurit en juin et juillet.

Orpin velu (S.villosum). Prairies tourbeuses. Annuel; fleurit de mai en juillet.

Famille des Droséracées.

Parnassie des marais (Pamassia palustris). Prairies humides. Vivace ; fleurit de mai en septembre.

Les Rossalis (type de cette famille) tuent les brebis lorsqu'elles en mangent, et excitent les vaches au coït.

Famille des Convolvulacées.

Grande Cuscute (Cuscuta major). Terrains un peu humides. Annuelle ; fleurit en juillet et août. Peut nuire au bétail par ses propriétés acres et purgatives.

9. La connaissance des végétaux des prés est pour le spécialiste d'une importance majeure, car elle dit au premier coup d'œil à celui qui la possède sur quel point doit se faire l'amélioration nécessaire dans les diverses circonstances qui se présentent. Elle lui indique s'il y a lieu, pour arriver à son but, de drainer ou d'irriguer, de défoncer et d'enlever de la terre ou au contraire d'en apporter, s'il faut du fumier et de quelle composition sera l'eau.

Enfin l'homme spécial doit connaître les principes naturels d'après lesquels les plantes prospèrent ou périclitent, pour aider les bonnes plantes dans leur développement et par contre détruire les mauvaises.

10. Transplantation par plaques. — Si l'on veut convertir en prés des terres cultivées ou stériles, le plus sûr et le plus court moyen est de les recouvrir avec des plaques de gazon pris ailleurs. On se procure ce gazon sur les chemins, dans les prés et dans les forêts ; on a ainsi une prairie prête à rapporter. Sur un terrain favorable et surtout avec une irrigation convenable, les meilleures herbes et graminées prendront bientôt le dessus et assureront un meilleur rapport, quand bien même dans ce gazon il se trouverait des plantes de qualité inférieure.

Si on n'a pas assez de gazon, il faut employer la couche divisée, ce que l'on peut faire de différentes manières : soit en formant un gazon complet aussi loin que le permettent les plaques dont on dispose ; soit en les mettant en damier, de façon qu'entre quatre plaques (a, fig. 2) il reste un espace vide (b) égal à chacune d'elles, que l'on remplit avec de la terre ; soit enfin en mettant toutes les plaques séparées dans des espaces égaux.

On désigne ces deux dernières méthodes par le nom de greffe du gazon; mais on n'aura un prompt résultat que sur un terrain fertile et afin d'obtenir une surface plane, on doit avoir soin de mettre assez

de terre pour qu'après son tassement il ne reste aucune excavation Kepandre du gazon émietté, ou des racines de chiendent, sur un sol bien ameubli et ensuite roulé fortement, est un procédé qui rêvent a meilleur marché, mais dont on ne doit user que comme pis-aller.

Fig. 2.

11. Ensemencement. — Si l'on manque de gazon, il faut semer; dans ce cas, l'époque de l'année et la température, ainsi que le dioix et la quantité des semences, sont de la plus grande impor-

Préparation du sol. - Sur les grands espaces, elle se fait avec la charrue, la herse, la herse d'épines et le rouleau ; sur les petits avec la pioche et le râteau.

Un ameublissement suffisant et l'émiettement de la couche supé neure du sol permettent de couvrir légèrement les semences fines des plantes, et favorisent la germination et la croissance des jeunes racines parles fibres et radicules ; c'est ce qui assure une formation prompte et certaine du nouveau gazon.

Les opérations que l'on doit faire subir au terrain pour lui donner 1 ameublissement nécessaire dépendent de sa nature et du temps qu'on a devant soi. Si l'on peut le cultiver avant l'hiver et en même temps donner une fumure, cette jachère d'hiver préparera très-bien une terre forte surtout à être ensemencée au printemps et rendra inutile tout autre travail.

Plus le terrain est léger, moins on doit le travailler, afin que l'humidite nécessaire à la germination de la semence ne s'évapore pas ■ :ar !l faut que le terrain reste frais. C'est par le bêchage que les terrains de ce genre sont le mieux préparés ; on va plus profondément eue mélange des couches supérieures s'opère mieux de cette manière * emiettement et l'aplanissement se terminent au râteau, sans que •es pas de l'homme ou des animaux foulent le terrain qui est ameubli

•u DE LA CRÉATION DES PRAIRIES.

Si l'on n'aplanit pas avec soin, la formation d'un gazon égal et la récolte sont rendues plus difficiles. On ne doit rien négliger pour l'établissement d'un pré, car le résultat en sera beaucoup plus sûr et la rente plus haute.

42. Époque de l'ensemencement. — Les semailles peuvent avoir lieu au printemps ou à l'automne. L'ensemencement naturel coïncide avec la maturité des plantes, qui s'effectue de juin en août ; mais alors la graine attend pour germer l'humidité de l'automne, qui peut lui faire défaut pendant longtemps.

\ des altitudes considérables et par les hivers sans neige, les jeunes plantes provenant de semis tardifs (surtout en l'absence de la protection d'une céréaleou d'une légumineuse) souffriront beaucoup, et le résultat en sera très-précaire.

Dans les lieux abrités au contraire et par des hivers doux, les semailles d'automne réussissent, particulièrement dans les terrains

frais.

En général, sous le climat de l'Allemagne, la semaille de printemps "doit être préférée, et exécutée d'autant plus tôt que le sol et le climat sont plus secs, afin de profiter encore de l'humidité de

l'hiver. ,

La meilleure époque d'ensemencement se trouve au réveil de la végétation, mais elle peut être étendue jusqu'à la fin de mai dans les endroits humides; on évite encore par là le danger des gelées tardives qui, on le sait, sont dangereuses pendant les printemps pluvieux, même pour les anciens prés, et peuvent diminuer sensiblement la récolte par le manque de feuilles radicales.

13. Du choix et de la quantité des semences. — On a pour but, dans les prés, de produire un mélange convenable de plantes, et non, comme dans les jardins et les prairies artificielles, une espèce particulière de graminées ou de légumineuses.

Le moyen le plus simple est l'emploi des fleurs de foin (1) ; cependant il ne s'y trouve au point convenable de maturité que les semences de peu d'espèces ; on peut toutefois les employer, quand elles sont bien nettoyées, à la quantité de trois hectolitres par hectare, en v ajoutant de bonnes graminées et des trèfles.

Le mélange des semences quant au choix et à la quantité des diverses espèces est très-difficile, car il varie beaucoup d'après le termines meilleures fleurs de foin sont celles qu'on ramasse à l'endroit où viennent d'être déchargées les voitures ; on doit les préférer de beaucoup aux balayures de greniers ou autres lieux où l'on dépose les foins. (Soie du traducteur.)

rain, la situation, la qualité de l'eau, et une foule de circonstances, impossibles à reconnaître à priori, qui exigent des proportions spéciales.

Les influences naturelles font varier en peu d'années le rapport des diverses plantes entre elles : aussi les règles établies à ce sujet ne donnent-elles que des résultats très-approximatifs ; la quantité de semence à employer varie elle-même, suivant les auteurs, entre 10 et 30 kilogrammes par hectare.

On ne doit pas craindre de semer trop épais, car généralement les semences du commerce n'étant pas pures, elles ne germent pas toutes, et le gazon le plus fourni est celui qui promet le plus haut produit.

D'après Hanstein, le mètre carré de gazon contient 1,112 plantes. Cet auteur établit d'après ce chiffre un mélange de semences dont nous donnons le tableau à la page suivante, comparativement avec les indications analogues d'un autre agronome, Langenthal. Les données de Hanstein sont en nombres absolus, tandis que celles de Langenthal ne doivent être considérées que comme relatives.

Hanstein recommande avec raison le mélange de trèfle indiqué par Langenthal, avec la luzerne pour les terrains chauds et profonds, avec l'esparcette et le cumin pour les terrains calcaires. Il faut seulement se garder de mettre plus de trèfle blanc que de trèfle commun, comme c'est généralement indiqué. Pour plus de sûreté, on doit essayer la faculté germinative des graines qu'on emploie, surtout si on les a prises dans le commerce; on peut s'en dispenser, si on les a produites soi-même.

14. Exécution de la semaille. — Les expériences ont prouvé qu'à une profondeur de plus de 2 centimètres la plupart des semences de graminées ne germent pas ; elles doivent par conséquent n'être recouvertes que d'une couche de terre très-légère.

Dans le cas où l'on veut cultiver une céréale protectrice, comme le sarrasin, l'avoine ou l'orge au printemps, ou bien le seigle à la fin de l'automne, on sème après l'hiver les graminées comme on sème les champs de trèfle ; il suffit ensuite de donner un coup de rouleau : sur une grande étendue de terrain, on peut aussi faire passer un troupeau de moutons, en choisissant un temps convenable.

La récolte de céréales doit être enlevée avant d'arriver à matu- 'ité ou bien être détruite par le rouleau; elle économise la semence, ;t assure la formation du gazon sur un terrain qui ne peut être

DE Lk CRÉATION DES PRAIRIES.

arrosé ou qui ne serait pas naturellement frais. Dans le cas contraire, elle est inutile et même désavantageuse en empêchant par ses chaumes la prompte et égale formation du gazon.

Un terrain bien travaillé et fumé (11) est, après un hersage, dans des conditions convenables pour être semé ; il suffît ensuite d'un bon coup de rouleau pour enterrer la semence.

Sur de petits espaces ou dans les jardins, on enterre aussi la semence au râteau, on la saupoudre de compost et on fixe le sol en le piétinant avec des planchettes. Cette dernière opération est incompatible avec un sol d'une trop grande humidité, car il se formerait une croûte.

Dans un sol argileux compacte, il est avantageux de recouvrir la semence d'une faible épaisseur de sable.

15. La constitution du sol est, à cause de ses influences immédiates plus ou moins favorables, d'une importance majeure pour le développement du gazon.

On distingue la couche végétale proprement dite et le soussol.

C'est d'après leur formation géologique qu'on peut principalelement reconnaître les terres ; elles sont de formation rocheuse ou d'alluvion, et dans ces deux cas leur constitution, tant physique que chimique, doit être prise en grande considération d'après le but qu'on se propose.

Le terrain d'alluvion est généralement le plus fertile, caria richesse d'une terre dépend toujours de la quantité de substances assimilables qu'elle contient, ainsi que de la manière dont l'air, la lumière et l'eau agissent sur elle.

Dans les prés irrigués on doit considérer avant tout la qualité de l'eau ; si elle est fertilisante, elle pourra dans beaucoup de cas changer les principes fâcheux du sol et l'améliorer. La nature du terrain a donc moins d'importance pour les prés irrigués que pour les autres prairies et pour les terres labourables. Mais si son influence peut, dans ce cas, n'être mise qu'au second plan, on n'est sûr toutefois du plus haut produit que là où les qualités du sol et de l'eau, jointes à une direction rationnelle, seront réunies.

16. couche supérieure du soi. — Dans les prés, la couche supérieure du sol est fermée aux influences atmosphériques qui

ne peuvent l'ameublir comme dans les champs cultivés. Il est très-important, par conséquent, de conserver toujours la terre située immédiatement sous le gazon, car elle est enrichie par les détritus des plantes, ameublie par la végétation et fertilisée par l'eau infiltrée.

Cette terre doit donc, dans tous les remblais ou déblais, être mise de côté et replacée sous le gazon à l'achèvement du travail. Plus son épaisseur est grande, plus elle est riche en alcalis et en substances alcalines solubles, comme chaux, acide phosphorique, acide sulfurique et acide silicique, plus elle active la végétation .

17. *ons-soi. — Le sous-sol peut être de la même nature que la couche supérieure, ou bien tout différent. Presque toujours il est plus pauvre en substances solubles assimilables par les plantes ; on l'appelle aussi terre vierge. On ne doit donc pas le mettre en contact immédiat avec le gazon, et il faut pour cette raison le recouvrir d'une couche de terre fertile pour arriver à un bon résultat.

Le sous-sol est absorbant ou imperméable; dans ce dernier cas il repousse à la surface l'eau qui s'y trouve ou que l'irrigation y amène, ce qui ne peut être que fâcheux pour les plantes, si on ne combat cet inconvénient par le dessèchement et Fameublissement.

Il est toujours plus avantageux pour les plantes d'ameublir au moins à plusieurs centimètres de profondeur un sol dur, plombé et imperméable, avant d'y répandre la terre végétale et de la recouvrir de gazon. En l'absence de terre végétale, il faut travailler le pré en jachère, lui faire subir l'influence de la gelée, le fumer et le cultiver en plantes sarclées avant d'y mettre du gazon ou de le semer en graminées.

Dans certains cas le sous-sol est plus favorable que la couche supérieure a la production de l'herbe : lorsque par exemple celle-ci est formée de sable, tandis que l'autre est argileux, un mélange partiel des deux peut être avantageux. Si dans ce cas on agit avec précaution et qu'on n'ait pas à craindre la lévigation de l'argile au travers du sable, on peut parce moyen produire une amélioration durable. Un sous-sol composé de terre glaise, de pierrailles ou de roches est d'un travail dispendieux ; presque toujours il est trop humide et froid, ou bien trop sec et chaud.

En général pour les prés irrigués la perméabilité du sous-sol est préférable à l'imperméabilité.

18. Les sols qui se rencontrent dans les prés peuvent, malgré leur grande variété, être réunis dans les groupes suivants :

Argile ou glaise grasse (en allemand Thonboden). — Plus l'alumine prédomine dans ce sol, plus grande est la cohésion de ses parties ; quand il est humide, il s'attache aux instruments, ce qui rend le travail difficile. Les terrains ainsi composés sont d'après cela nommés terres fortes.

La difficulté de diviser une terre forte glaiseuse, de même que sa propriété de se liquéfier dans l'eau en une pâte molle qui, séchée, se durcit en formant une masse compacte et impénétrable, empêche les racines des plantes de pénétrer et de se ramifier autant qu'il conviendrait pour les besoins de la végétation.

Sur un sol de cette nature, le gazon s'enlève facilement, à moins d'une trop grande sécheresse, et la fixité du sous-sol permet l'emploi d'une charrue ad hoc, car une fois réglée, elle produira toujours des bandes de gazon d'égale épaisseur.

A mesure que la proportion d'alumine diminue, la terre devient moins compacte, se laisse mieux travailler et permet aux racines d'y pénétrer ; elle offre donc de meilleures conditions pour l'établissement d'un pré.

Les terres fortes demandent un dessèchement énergique, mais aussi, par la sécheresse, il leur faut des arrosements fréquents, de peur qu'elles ne se fendent et ne déchirent les racines des plantes. Les terres glaises humides deviennent froides par une irrigation trop prolongée, qui empêche alors le développement des bonnes graminées ; elles demandent donc des arrosements d'eau échauffée par l'atmosphère.

L'ensemencement de ces terres est difficile ; il faut préalablement leur donner un labour qui mélange l'ancien gazon à la couche supérieure du sol, afin d'amender et d'ameublir celui-ci.

Dans les prés aigres, cela vaut mieux que de recouvrir avec le gazon; cependant, si l'on veut user de ce dernier moyen, on ne doit pas attendre que le sol soit desséché.

De grands travaux de nivellement dans ces terrains sont toujours difficiles et coûteux ; on ne doit en faire qu'exceptionnellement, car si la constitution chimique de ces sols est favorable, leur constitution physique balancera généralement cet avantage.

19. Terrain sablonneux. — Ce terrain est l'opposé du précèdent; il est léger, facile à travailler, perméable, se réchauffe promptement et complètement, et laisse aux plantes le passage de leurs

racines ; pour ces différentes causes, c'est un des meilleurs terrains pour les prés irrigués, à moins d'une perméabilité excessive.

Sa composition varie depuis les sables quartzeux et graveleux qui sont mouvants et stériles, où aucun fossé ou rigole ne se maintient, jusqu'aux sables feldspathiques et micacés qui sont excessivement fertiles ; mais c'est dans les terres sablo-argileuses qu'on trouve les meilleures conditions pour un pré. La constitution chimique et physique du sable gagne par son mélange à l'argile ; il devient plus riche en cendres et acquiert plus de cohésion, ce qui le préserve du dessèchement.

Sous ce rapport il est aussi très-important de savoir si le sous-sol est également sablonneux ou bien imperméable.

Le sable pur ne vaut rien pour l'ensemencement de l'herbe ; il faut toujours le recouvrir de gazon : ce n'est que par ce moyen qu'il devient susceptible d'être arrosé.

Avec de l'eau de bonne qualité et en quantité suffisante, les sols sablonneux donnent un produit élevé.

20. Terre franche : argile ou glaise maigre, dépôt marno-sableux (en allemand Lehmboden). — Ce terrain se trouve placé, par sa constitution, entre l'argile et le sable ; il possède à un degré élevé les qualités inhérentes aux deux sans en avoir les inconvénients. Il convient donc particulièrement aux prés et garantit un produit rémunérateur.

Les terres franches se classent en une foule de variétés, dont les points extrêmes sont l'argile et le sable.

21. Terres calcaires et marneuses. — Un sol principalement calcaire ne convient pas pour l'établissement des prairies à cause de son échauffement trop facile et, par suite, de son dessèchement excessif. Mais plus une terre calcaire contiendra d'argile et sera par conséquent marneuse, plus elle sera favorable aux prés.

Une marne calcaire ne convient pas pour l'ensemencement, car elle manque de la fraîcheur nécessaire, et une irrigation prolongée provoque son délayement, suivi de la formation d'une croûte ; il est donc préférable de la recouvrir de gazon.

L'assainissement et l'arrosage des marnes du calcaire conchylien (Muschelkalk) et des marnes irisées (Keuper), y développent la végétation des meilleures graminées. Le travail du sol, qui dans la marne argileuse est difficile, est facile dans la marne argilo-sableuse.

22. Terrains tourbeux, uligineux et marécageux. — Ces terrains sont produits par des plantes marécageuses, telles que mousses,

DES ENGRAIS. 4i

cypéracées et joncées, qui se développent à l'excès dans de l'eau stagnante ou n'ayant qu'un cours très-lent, y périssent et s'y décomposent en se recouvrant tous les printemps de la même végétation.

Par la suite des siècles, il se forme des couches plus ou moins épaisses de matières principalement organiques, dans lesquelles les substances minérales des plantes sont en très-faible quantité. Les bonnes graminées n'y peuvent prospérer qu'après un dessèchement complet, qui détruise les causes de la formation de la tourbe et permette à l'air et à la chaleur d'y pénétrer. On écarte ainsi les acides de la tourbe (acide ulmique et ses composés), et si, par l'adjonction de terre végétale ou de compost et par l'irrigation avec de l'eau fertilisante, on y amène les substances minérales et l'humidité nécessaires, la végétation des marais est remplacée par celle des bonnes prairies.

Les terres uligineuses ont été généralement précédées par de la tourbe qui, ayant subi une décomposition et perdu une partie de ses acides, est relativement plus riche en matières minérales. Le dessèchement amène nécessairement cette transition; mais il ne doit pas être pratiqué au point d'écarter complètement toute humidité, car la végétation cesserait. La culture transforme les terrains uligineux en une terre pulvérulente que le vent entraîne, tandis que la véritable tourbe est compacte et permet l'établissement de fossés à berges verticales. Le traitement de ces terrains comprend un dessèchement mesuré, et surtout une fumure convenable. Les mouvements de terre y sont d'une exécution facile.

23. On emploie pour fumer les prés : les fumiers d'origine organique, dans lesquels on retrouve tous les éléments des végétaux et des animaux ; les amendements minéraux, sels, alcalis, appelés stimulants; des composts formés d'engrais organiques et minéraux, ou bien encore un engrais liquide, particulièrement l'eau, que l'on mélange aussi à du purin.

Engrais artificiels. —Moins on emploie le fumier de ferme sur les prés sans que leur produit en souffre, plus les prairies contribuent à la fertilité des terres cultivées ; les prés sont alors indépendants de la culture des champs.

Cette indépendance de la production naturelle de l'herbe et de

son augmentation doit être le but des efforts de tout cultivateur, et la fumure des prés doit être réglée d'après le rapport si variable qui existe entre les terres et les prés, quant à leur étendue et à leurs qualités, pour une même exploitation.

Le paragraphe 2 de l'Introduction indique les substances que chaque récolte enlève aux prés et qui doivent leur être rendues. 11 faut bien distinguer les substances minérales qu'en dehors des engrais le sol seul peut fournir, de celles qui, comme le carbone et l'azote, sont tirées de l'air par les plantes sous forme d'acide carbonique et d'ammoniaque.

L'azote se rencontre aussi sous la forme d'acide azotique, et le carbone sous celle d'acide carbonique, libres ou combinés à diverses bases dans la terre et dans l'eau ; ils y sont continuellement mis en liberté par la décomposition des plantes et des substances animales.

Des expériences ont cependant démontré qu'un amendement d'ammoniaque et d'azotates, répandu au printemps, active la germination et le développement des plantes en leur permettant de s'assimiler l'acide carbonique de l'air, de l'eau et des substances minérales du sol.

En calculant les quantités d'azote et de cendres produites annuellement par un pré donnant 20 quintaux de foin et 10 de regain, on trouve à peu près :

Dans le foin 104 kil. de protéine, 72 kil. de cendres

Dans le regain; ... 65 — 50

En somme 169 — 122 —

La richesse en azote des substances protéiques est ordinairement 15,7 pour 100, et par conséquent il y a :

Dans le foin 16,38 kil. d'azote.

Dans le regain 10,20 —

En somme 26,53 —

qui sont tirés parles plantes, de l'air, de l'eau et du sol.

Dans les cendres de la récolte citée, on trouve les éléments suivants, que les plantes ont tirés exclusivement du sol :

Aci.ie phospho- Acide Acide

Chlore. Potasse. Soude. Chaux. Magné.-ie. rique. sulfurique. silicique

Dans le foin et le regain : 7,95 25,5 6,9 11,55 4,95 G,l5 5,13 29,55

24. Les substances les plus importantes sont la potasse et la soude (32,4) et l'acide phosphorique (6,15) ; ce sont celles, et particulièrement la dernière, dont le sol est le plus vite épuisé. Les autres éléments sont relativement plus abondants et plus faciles à remplacer.

Nous ferons ici la remarque que les substances composantes des diverses natures de foin et de regain sont très-variables, et que les nombres ci- dessus ne doivent pas même être pris comme moyennes ; ils montrent seulement ce qu'il faut rendre au sol et par quel moyen.

La potasse peut être restituée avantageusement au sol par les sels de potasse de Stassfurth (1) et sous forme de sulfate de potasse ; pour lui rendre l'azote, on peut ajouter une certaine quantité de guano du Pérou.

L'acide phosphorique se trouve sous une forme facilement soluble dans le superphosphate dit guano de Baker, et dans le superphosphate ordinaire provenant d'os pulvérisés, qui contient de 30 à 4o p. 100 de phosphate de chaux. Les phosphates fossiles sont aussi riches et plus économiques ; leur emploi convient particulièrement aux terrains pauvres en principes calcaires.

Les autres substances font rarement défaut dans le sol.

Il est très-difficile de répartir également en petite quantité ces engrais sur l'étendue d'un hectare, de façon à ce que chaque plante en ait sa part ; de plus, par la sécheresse, il en reste une certaine partie qui ne produit pas d'effet, aucune humidité ne venant la dissoudre.

Malgré cela, de très-petites quantités de potasse ou d'acide phosphorique produisent quelquefois sur les prés un effet surprenant, surtout quand les autres principes, tels qu'acide silicique, magnésie et composés de chlore, s'y trouvent déjà ; mais qu'un des principes nécessaires à certaines récoltes vienne à manquer, les autres, même en surabondance, restent sans effet, et la production, citée plus haut, d'une récolte moyenne sur un bon pré irrigué est impossible.

(1) Il existe à Stassfurth (Prusse) des gisements de sels de potasse, de soude et de magnésie. Les sels potassiques (en allemand Abraumsalz ou Kalisalz) constituent les couches supérieures du gisement.

Les déchets de sels de Stassfurth sont utilisés comme engrais. On peut se procurer à très-bas prix, à la fabrique de potasse du docteur Frank, des engrais potassiques de Stassfurth. Une décision ministérielle permet l'importation de ces produits en franchise. Cette décision s'applique à tous les engrais de même provenance et de même nature, qui désormais pourront entrer en France sans avoir à payer aucun droit.

{Annales du Génie civil. — Juillet 18CG.)

On doit donc éviter de fumer continuellement les prés avec certains des principes soustraits seulement ; il faut employer, pour être plus sur de rendre au sol ce qui lui a été pris, des mélanges de ces sels avec du compost ou autres substances, telles que sciure et cendres de bois ou di#ers détritus.

25. Un engrais riche en éléments composants des plantes est la cendre de bois, surtout celle du bois de hêtre, qui contient pour 100 :

Potasse i 1 ,81 à 13,17

Chaux 37,86 à 39,78

Soude 1,68 à 3,04

Acide phosphorique. 6,05 à 10,29

Magnésie 9;05 à 13,04

Acide silicique 5,53 à

Le rapport de l'acide phosphorique à la potasse et à la chaux, dans la récolte indiquée au paragraphe 23, est : : 1 : 2,83 : 2,31, tandis que, dans la cendre de bois, il est environ : : 1 : 1,53 : 9,5. Une fumure de cendres contient donc relativement trop peu de potasse et trop de chaux pour être appliquée aux prés. On voit par cette raison les trèfles et autres légumineuses pousser avec vigueur après une forte fumure de cendres riches en principes calcaires.

Les graminées devant être en grande majorité dans les bons prés, la cendre de bois ne peut y être employée qu'après avoir été arrosée d'urine et s'être combinée avec elle ; on ne doit aussi la répandre qu'après le commencement de la végétation, comme on le pratique dans le pays de Siegen.

Les cendres de tourbe, d'anthracite et de houille sont d'une trèsfaible valeur ; cependant, mêlées aux matières fécales et aux excréments des animaux, elles sont d'un emploi avantageux pour la fabrication des composts.

26. composts. — Les composts pour les prés sont principalement formés de poussières ou menues pailles provenant des granges et contenant des semences de mauvaises herbes, auxquelles sont mélangés des détritus d'animaux morts et de la chaux qui, employés seuls et à haute dose, seraient nuisibles. De plus la marne, les décombres, les gazons, la boue des chemins, la terre fertilisante du curage des rigoles et des fossés étant bien mélangés à des couches minces de fumier de cheval et de porc, et arrosés de purin, forment un bon compost.

Ces mélanges ne doivent être employés qu'après complète maturité, quand on n'y voit plus aucune particule de terre pure ou de fumier, que tout est converti en une masse homogène noirâtre et friable, ce qui du reste demande toujours au moins l'espace d'une

année. Cette conversion s'opère en tas hauts de 3 à 4 mètres que l'on travaille avec soin, et le résultat est surtout frappant pour des prés tourbeux desséchés et semés en trèfle au printemps (-]).

27. Le fumier d'étable ne s'emploie seul que pour des cas exceptionnels et dans une certaine mesure. La préparation des composts est un moyen pratique de n'employer à la production de l'herbe qu'une faible partie du fumier de la ferme et d'enrichir le sol arable par la plus-value des prés.

Le parcage des moutons sur les prés assez secs pour le permettre produit une fumure directe très-efficace et relativement beaucoup moins chère que la préparation d'un compost.

Le rouissage du chanvre et du lin sert aussi d'engrais pour les prés sur lesquels il est pratiqué, de même que les fanes de pommes de terre répandues à l'automne (2). Tous les composés azotés solubles, ainsi que les sels que renferment ces matières, sont lavés par la pluie et passent dans le sol.

28. Des terres répandues sur les prés. — Cette opération a d'autant plus d'efficacité que la terre est plus fertile et le pré plus mauvais. Quand la couche n'est pas trop épaisse, les herbes la traversent bientôt et y forment un nouveau réseau de racines.

Dans les prés tourbeux, une simple couche de sable, mais mieux encore de la terre forte ou de la marne, agissent chimiquement en fournissant les substances minérales qui manquent à la tourbe, et physiquement par un tassement de ce sol trop poreux.

Une condition péremptoire du bon effet de tout amendement sur un pré humide est d'abord son dessèchement rationnel.

29. Engrais liquides. — L'eau est l'engrais le meilleur et le moins cher pour les prés.

L'eau pure est une combinaison chimique de l'oxygène et de l'hydrogène.

Dans la nature, elle est plus ou moins altérée par des principes qui s'y trouvent en dissolution, c'est-à-dire changés en un liquide de même nature qu'eux, ou en suspension, c'est-à-dire nageant simplement comme substances solides.

De l'eau très-impure est colorée et trouble, et dépose par le repos de la boue ou du limon, auquel sont mêlées mécaniquement

(1) C'est le résultat d'expériences faites pendant plusieurs années, sur de grandes étendues de prés, par M. de Saint-Paul, sous-préfet à Zinten, dans la Prusse Orientale.

{Note de Fauteur.)

(2) Leurs cendres fraîches contiennent 30 p. 100 de sels alcalins. (Note de Fauteur.)

de très- petites particules animales, végétales ou minérales. Toutes les substances minérales des plantes sont contenues dans cette boue en bien plus grande quantité que dans la terre arable ; les boues du Rhin, de la Yistule et du Nil contiennent de 1 à 1,4 p. 100 de potasse ; la proportion d'acide phosphorique peut aller jusqu'à 0,4 et celle d'acide silicique jusqu'à 55 et 66 p. 100. La quantité de limon que les grands fleuves transportent annuellement à la mer se monte à des millions de mètres cubes, et même, de l'eau qui semble privée de substances en suspension contient encore de la boue qu'elle dépose en courant entre les herbes, rendant ainsi à la terre ce que la récolte lui avait enlevé.

Les substances solubles sont intimement unies à l'eau ; elles ne s'en séparent que par décomposition ou par évaporation ; elles sont de nature très-diverse suivant les eaux, mais toujours en très-petite quantité. Outre l'acide carbonique et l'ammoniaque, on trouve dans l'eau du chlorure de sodium ou sel marin, de la magnésie, de la chaux, de la potasse, de la soude, de l'acide sulfurique, de l'acide phosphorique, du nitrate de potasse ou salpêtre, et du chlore libre ou combiné à des sels.

L'eau est douce quand elle contient très-peu de substances étrangères, et dure ou crue quand elle en contient beaucoup. On peut juger de sa pureté d'après le précipité qu'elle produit quand on la mélange avec une dissolution de savon dans de l'alcool.

L'eau de pluie est celle que la nature fournit dans le plus grand état de pureté ; l'eau de source vient après et ensuite les eaux d'étangs, de rivières et de fleuves qui contiennent la plus grande quantité de substances étrangères dissoutes ou en suspension.

30. Eau de source. — Une partie de l'eau fournie par la pluie et la neige tombées sur la terre s'évapore ; le reste pénètre dans le sol, s'y rassemble dans des réservoirs et apparaît par les sources.

L'acide carbonique et l'ammoniaque de l'air que l'eau entraîne favorisent sa combinaison avec les différents sels qu'elle rencontre sous terre dans les couches qu'elle traverse.

En général, l'eau de source est pauvre en matières solubles et par conséquent de peu de valeur comme engrais. Sa température uniforme, qui en hiver est plus élevée que celle de l'atmosphère, est la cause principale de ses bons effets.

Pour ces différentes raisons, l'eau de source ne devrait être employée qu'avec une grande prudence pour l'arrosage des prés froids, humides, argileux ou tourbeux ; au contraire, sur des prés chauds,

secs, sablonneux, calcaires, et sur des terres franches situées à de bonnes expositions, elle peut produire d'excellents effets.

On accorde très-souvent aux sources qui se trouvent dans les prés une importance beaucoup plus grande que leur richesse en substances minérales ne le motive.

L'eau de source contient fréquemment des sels solubles de fer, ou bien elle est colorée par de l'acide ulmique ; dans ce cas elle est nuisible aux plantes, à moins que ces substances n'aient été oxydées par l'air, ce qui a lieu par réchauffement au soleil et l'écoulement en couches minces sur des digues ou des cailloux.

31. Eau des cours d'eau. — Cette eau a d'autant plus d'importance et de valeur pour l'irrigation que son cours est plus étendu et que les contrées où elle passe sont plus fertiles, les villes et les villages plus populeux ; elle agit surtout par le purin et les immondices qu'elle contient.

L'eau qui traverse des terrains sablonneux, des tourbes ou des bois marécageux a peu de valeur ; elle peut même être nuisible quand elle charrie du sable, des bocards ou des boues de lavages de minerais de fer.

Dans les crues du printemps et de l'automne, à la suite de la fonte des neiges et des grandes pluies, les cours d'eau reçoivent beaucoup de limon, qui convient particulièrement aux prés tourbeux et à ceux qu'une addition de terre peut améliorer. Plus un cours d'eau est rapide, moins les substances en suspension y sont abondantes. L'acide carbonique y est aussi en quantité beaucoup moindre que dans l'eau des sources, et les sels qui y sont dissous se déposent pendant son trajet.

La température des cours d'eau se rapproche beaucoup de celle de l'air ; elle est donc en général plus élevée en été que celle des sources.

Les nombres suivants indiquent les substances solubles contenues dans divers cours d'eau venant des montagnes (1).

Pour 1,000 parties d'eau, on a :

1ESIDOS SUBSTANCES

solides. minérales.

Rivière de

Isar 0,22542 0,18580

(Regen 0,0813 0,0478

Lac de Rechel 0,0699 0,0258

(1) V. Liebig, Die Naturgesetze des Feldbaues, p. 392.

is

Chlorure de sodium.. .

Chlorure de potassium,

Potasse

Chaux ,

Magnésie ,

Alumine, etc ,

Sable insoluble

Sesquioxyde de fer

Acide sulfurique

Acide phosphorique. . ,

Acide silicique

Substances organiques,

Totaux

COMPOSITION CENTÉSIMALE

des RÉSIDUS SOLIDES.

Page 1