‹ De la création des prairies irrigueésChapitre 51 sur 91 · DES CAS AUX ENDIGUES · texte numérisé non relu

DES CAS AUX ENDIGUES

84. Les canaux faisant un relief complet ou partiel sont construits au moyen de petites digues latérales en terre ou en gazon {fig. 21). Chaque digue latérale se compose d'une crête, de deux talus, l'un intérieur, l'autre extérieur, et d'une base en rapport avec la hauteur de la digue.

La crête doit avoir une largeur au moins égale à la profondeur du canal, et le talus intérieur peut être moins incliné que l'extérieur.

La largeur moyenne d'un fossé étant de lm,05, son talus intérieur étant h base simple, sa profondeur 0m,45, la largeur au fond sera (d'après 74) de 0m,6, et la largeur supérieure de lm,5 ; on aura

CANAUX ENDIGUES.

donc une section de 0mci,47. En donnant de plus 0m,6 de largeur à chaque crête et un talus à base double à l'extérieur, la distance

Fia. 21.

à la base des arêtes extérieures des talus sera de 4m,5, et au som metde2m,7.

85. Dans les canaux qui n'ont qu'un relief partiel [fig. 23), la largeur de la crête sera en rapport avec le véritable relief des endiguements. Le reste comme au § 84.

Fig. 23.

11 se présente, en outre, des circonstances où un canal, passant sur une dépression de terrain, doit être lui-même en contre-haut du sol {fig. 24).

Supposons que la section d'un canal soit de 0nKi,72, la largeur moyenne lm,3o, le talus à la base 0,o et le fond à 0m,96 au-dessus de la surface du pré, la profondeur du fossé est alors :

La largeur supérieure 1,35 + 0,53 X 0,5 = 1 ,35 + 0,265 =J

lm,6!5.

I ,e fond = 1 ,35 —0,53 x 0,5 = 1 ,35 - 0,265 = lm,085.

La hauteur totale de la digue = 0m,9G + 0,53 = lm,49.

Si les crêtes des digues ont une largeur de 0tn,6 et si les talus extérieurs sont à bases doubles, la largeur supérieure du canal endigué est alors 0,6 + 1,615 +0,6 =2,815, et la base de la digue =2X 1,49 + 2,815 + 2 X 1,49 = 8m,775.

Le jalonnage est ensuite facile à faire.

DES DIFFÉRENTES CLASSES DE CANAUX

86. La création des prairies irriguées consiste essentiellement dans l'exécution de canaux destinés à amener, distribuer et détourner les eaux au gré des besoins de l'agriculteur. Cette étude sera l'objet de quelques développements particuliers.

Les divers canaux forment le squelette des prés ; si chacun d'e il est creusé à sa vraie place, si on lui donne la dimension voulue surtout si les rapports des pentes sont bien observés, l'œuvre s'harmonisera tout naturellement, comme d'elle-même, et sans mou vements extraordinaires de terrain.

Au contraire, l'exécution d'un projet mal étudié entraîne à de!» frais inutiles pour un faible résultat.

Ce cas se présente fréquemment dans les prairies très-morcelées où le défaut d'entente entre les propriétaires ne permet pa toujours de suivre des idées simples et rationnelles.

DES DIFFERENTES CLASSES DE CANAUX

87 . Canaux d'amenée et canaux «l'arrosasse. — Ces canaux conduisent l'eau depuis la prise jusqu'aux rigoles de dernier ordre, jui la distribuent dans le pré.

On les divise en :

Canal de dérivation et canaux d'amenée proprement dits ; Rigoles de répartition et rigoles de prise d'eau ; Rigoles d'irrigation ou de déversement.

88. Canal de dérivation. — Ce canal doit suivre dans son tracé a partie supérieure du terrain et présenter le plus de relief possible s, fig. 25).

Sa construction en remblai complet facilite considérablement 'irrigation en permettant de le vider entièrement sur le pré. 11 \e transporte pas alors en pure perte une masse d'eau qui ne fait ue pénétrer dans le sous-sol et le refroidir, et dans laquelle les ubstances fertilisantes se déposent et restent perdues au moins •endant un long temps. Dans les seules prairies à pente très-rapide n peut faire exception à cette règle (z, fig. 26) ; car une courte

Fig. 26.

lignée amène au niveau du sol l'eau d'un canal établi en contre-bas. 1 Les dimensions de ce canal sont déterminées par l'eau néceslire à l'irrigation ou par celle dont on peut disposer [§§ 69 et 70]. 'uand on a à sa disposition toute l'eau nécessaire, il vaut toujours lieux augmenter la largeur du canal que sa profondeur, afin de pduire la hauteur des digues et de diminuer la pression de l'eau îr le fond et les parois.

s, DE LA CRÉATION DES PRAIRIES.

Le fond du canal de dérivation doit en général, pour éviter les ensablements, être établi plus haut que celui du cours d'eau ou réservoir qui l'alimente ; à cause de la faible pente qu'on lui donne, ses talus peuvent être presque verticaux.

Sa section diminue, quant à la largeur du fond et à la hauteur, dans le rapport de la quantité d'eau qu'il cède aux prés; ses talus restent les mêmes. Sa pente est indiquée au § 79 ; on peut cependant la faire un peu plus forte dans les 10 premiers mètres, afin d'activer l'écoulement de l'eau (1).

89. Canaux d'amenée. — Ce sont les embranchements du canal de dérivation. Ils conduisent l'eau aux divers compartiments des prés ; on ne les rencontre pas dans toutes les prairies. Les indications du § 88 leur sont du reste applicables.

90. L'irrigation ne doit jamais être effectuée immédiatement par les deux catégories de canaux dont nous venons de parler, parce qu'il est impossible de conserver leur berge inférieure tout ta fait horizontale.

Pour la distribution exacte de l'eau sur un pré, il faut encoredès rigoles plus petites dont nous allons nous occuper particuliè- .rement.

91. Rigoles de répartition. — D'après leur situation et leur direction, elles sont horizontales ou en pente.

a. Rigoles horizontale!». — Elles sont taillées dans le gazon parallèlement aux canaux d'amenée ou de dérivation, et situées toujours en contre-has par rapport à ces canaux.

1». Rigole* en pente. — Elles sont perpendiculaires aux canaux d'amenée ou de dérivation, ou sous un angle se rapprochant de la perpendiculaire (v,-y, fig. 29); par conséquent elles suivent à peu près la plus grande pente du terrain.

Ces deux sortes de rigoles se modifient d'après leur longueur, leur pente et la quantité d'eau qu'elles doivent contenir. Leur largeur varie de 0m,l2 à 0œ,30et leur profondeur de 0m,l0 à0m,15. Celles qui sont fortement inclinées doivent avoir le fond garni de gazon pour empêcher le ravinement. Elles sont généralement distantes entre elles de l\0 à 40 mètres.

(I) Les géomètres font souvent la faute de donner à ces canaux plus de pente qu'il n'en faut, sous prétexte que, si on néglige de les curer, ils ne remplissent pins leur hut. Ce n'est qu'un moyen d'encourager la négligence, et on perd par là l'irrigation de certaines parties du pre. (Noie de fauteur.)

DES DIFFERENTES CLASSES DE CANAUX. 85

92. Les canaux d'amenée ou d'alimentation et les rigoles de répartition communiquent par les :

Rigoles de prise d'eau. — Elles sont situées sous le relief de la digue et ordinairement formées de tuyaux de drainage ou de buses, soit en bois, soit en pierre, dont l'ouverture peut être bouchée au moyen d'une petite pelle ou d'un tampon de gazon [fig 27).

93. Rigoles de déversement ou d'irrigation proprement dites. — Ces rigoles sont destinées à transmettre l'eau directement à la surface du pré.

Elles sont en forme d'épi de blé ou rases; à Siegen et dans tous les prés rationnellement établis elles sont parfaitement horizontales, mais dans certains endroits, on les trouve disposées en patte d'oie.

On distingue les rigoles qui laissent échapper l'eau d'un côté seulement, et celles dont l'eau déborde par-dessus les deux berges. Ces dernières ne sont employées que sur des ados artificiels ou par suite d'un changement de pente, du terrain; les premières peuvent être établies presque partout, même sur les surfaces les plus inégales.

Les rigoles de déversement quittent la rigole de répartition sous un angle droit ou aigu, cette disposition ayant pour but de faciliter l'introduction de l'eau.

94. Leur écartement varie d'après la quantité d'eau dont on dispose, mais il ne doit pas dépasser 15 mètres dans les pentes fortes, et de 7 à 10 dans les pentes faibles, car l'expérience dit : « Plus il > a de rigoles, plus il y a d'herbe. »

On détermine leur direction en traçant des horizontales à partir de la rigole de répartition ; dans les terrains inégaux elles présentent

86 DE LA CRÉATION DES PKA1HIES-

une foule de courbes (fig. 28, 25 et 26 r, r). Sur les prés bien

Fig. 28. — Tracé des rigoles.

nivelés, au contraire, elles sont toujours à angle droit avec la rigole de répartition [fig. 29).

lil"i'."i;|.|i'l ,^1^,, .|;,i;,.:,....

Fig. 29.

Leur largeur est proportionnelle à leur longueur, qui naturellement est la moitié de Técartement des rigoles de répartition vv' [§ 91]. Ordinairement elles ont la largeur des outils au moyen desquels on les fait ; les plus larges ont de 0m,10 0m,20 au plus.

De longues rigoles, déversant l'eau par les deux bords, doivent aller en diminuant progressivement de largeur.

La profondeur des rigoles de déversement est généralement moindre que celle des rigoles de répartition.

95. canaux de décharge. — Cette classe comprend tous les canaux et rigoles destinés à recueillir et emmener l'eau de pluie, de neige et d'irrigation. On leur donne aussi le nom de canaux de dessèchement, quand ils ont particulièrement pour but d'éliminer des eaux stagnantes ou venant de crues accidentelles.

%. ('anal principal de décharge. — Le canal principal de dé-

DES DIFFERENTES CLASSES DE CANAUX

charge doit être placé dans la partie la plus basse du pré et suivant la plus grande pente, afin d'obtenir la différence de niveau maximum entre lui et le canal d'alimentation et de détourner l'eau stagnante dans les couches de terrain les plus profondes (a, fig. 2o et 26); il faut le tracer, autant que possible, en ligne droite ou en

courbes de grand rayon.

Dans beaucoup de circonstances, ce canal est naturellement remplacé par un cours d'eau; parfois,, même en présence d'un cours d'eau, son établissement est nécessaire, surtout dans les vallées très-plates, afin d'acquérir par de grandes lignes droites une pente relativement plus forte, ou lorsque la rectification et l'aménagement du cours d'eau occasionneraient autant de dépense que la construction d'un canal. Il arrive même dans ce cas que le canal de décharge passe sous le cours d'eau. On doit lui donner une pente deux et trois fois plus forte que celle du canal d'amenée, ordinairement celle du terrain.

Dans une prairie à pente très-faible, il faut établir le canal de décharge avec une pente aussi uniforme que possible. Pour éviter les fortes dépenses auxquelles cette condition entraînerait sur de grandes longueurs, on augmente la largeur du canal dans le bas afin de diminuer par là la hauteur de l'eau.

Dans les prairies à forte pente au contraire, on diminue dans le haut la section des canaux de décharge.

97. Tous les canaux de décharge doivent être en contre-bas du sol [fig. 30). Leur profondeur dépend de l'humidité naturelle du terrain, de la perméabilité de ses couches, de la pente de la prairie, et de la hauteur de l'eau à son point de décharge. Dans des près horizontaux, on est souvent forcé de donner de la pente en se contentant d'augmenter la profondeur du canal.

Plus la masse d'eau à emmener est considérable, plus la pente est

forte et plus la terre est meuble, plus aussi l'érosion des parois et le ravinement du fond sont à craindre [78].

Ori obvie à ces inconvénients par l'établissement de traverses en

mm.

pierre ou en bois dans le fond, ou par un pavage eomplet dans les endroits les plus exposés. Quant aux berges, on leur donne un talus très-plat, qu'on recouvre de gazon retenu au moyen de piquets enfoncés jusque sous l'eau.

Un radier solidement construit peut seul empêcher la formation de berges verticales ou minées, et l'éboulement qui en serait la conséquence.

98. Lorsqu'un cours d'eau remplace le canal de décharge, on le traite de la manière décrite plus haut, c'est-à-dire, que son profil, sa pente, sa direction et ses berges sont régularisés (1).

A l'égard des petits cours d'eau qui descendent des montagnes avec les fortes crues du printemps et de l'automne, roulant dans leurs ondes non-seulement du sable et du gravier, mais des blocs de rochers capables de ruiner les radiers les plus solides, cette opération présente de graves difficultés. On la traitera alors d'après les règles de l'art des constructions hydrauliques.

Quand un canal de décharge est utilisé plus loin pour l'irrigation, son nouvel endiguement ne doit pas faire refouler l'eau au point de noyer la prairie.

99. Les fossés de colature ont pour but de mettre à sec certaines parties de prairies et d'en conduire les eaux dans le canal principal de dessèchement. Ils se distinguent de ce dernier par leurs dimensions plus faibles, et manquent même souvent dans la plupart des prés.

100. Les simples rigoles de colature sont nécessaires dans toutes les prairies, tant naturelles que cultivées; leurs bords sont taillés verticalement dans le gazon et le sous-sol; elles sont plus étroites et moins profondes à leur naissance qu'à leur débouché ; leur largeur est ordinairement de 0m,15 à 0m,30.

101. Les canaux souterrains de dessèchement, qui doivent agir sur le sol à un mètre et plus de profondeur, ont été de tout temps d'un grand usage dans l'art de créer les prairies. C'étaient d'abord des fossés couverts de terre et de gazon et à demi remplis de pierres et de fascines. Le drainage leur a succédé avec ses tuyaux

(1) Le redressement d'un cours d'eau n'est avantageux que dans les pays plats pour abaisser le niveau des eaux stagnantes. Dans les pays de montagnes, un ruisseau dont on augmente la pente et la vitesse devient facilement destructeur; il creuse son lit, ébranle ses rives, et ce n'est qu'à grands frais qu'on peut ensuite réparer le mal. Une opération de ce genre demande donc la plus grande prudence.

(Note dr /'auteur.

en terre cuite, et il est tous les jours plus en faveur et plus fécond en bons résultats.

A l'article Assainissement des terres, il sera parlé de ces canaux souterrains avec plus de détails.

Page 1