ENTRETIEN ET IRRIGATION
284. On aura d'autant plus promptement un gazon avant l'été que l'on pourra humecter le sol par l'eau souterraine ou par l'eau d'irrigation, en fermant de temps en temps les appareils pour humecter de bas en haut.
Si Ton ne veut pas faucher la première pousse, on la fait paître.
Ce pâturage, qui nuit beaucoup aux fossés des prairies irriguées de la manière ordinaire, ne peut pas nuire avec ce système, parce que la prairie ainsi disposée est tout à fait sèche, et que le pied des animaux ne laisse aucune empreinte; en outre, les pointes des herbes étant fréquemment coupées, il en résulte une multiplication des racines et l'épaississement du gazon.
285. L'irrigation par le système Petersen se distingue du système ordinaire en ce que la première n'emploie jamais d'aussi grandes masses d'eau que la seconde et d'une manière continue.
L'expérience enseigne qu'avec ce système il faut souvent arroser et dessécher alternativement pour que l'eau, la chaleur et l'air puissent agir vigoureusement sur la surface et sur le sous-sol, et par là favoriser la végétation.
On n'a pas ici à installer une irrigation au moyen de grandes masses d'eau, mais plutôt un appareil à filtrer ingénieux et simple, qui offre en même temps tous les avantages de l'irrigation et du
dessèchement; ce n'est pas la masse d'eau qui agit, mais sa qualité et ses propriétés fertilisantes, dissolvantes et conservatrices.
Une propagation plus rapide du système de Petersen serait un acheminement par un moyen terme à la solution de la question de l'eau, qui s'élève souvent entre les agriculteurs et les propriétaires d'usines.
Au reste, les paragraphes 38 et suivants donnent les principes pour installer des irrigations ordinaires.
ETABLISSEMENT D UN SYSTEME D'IRRIGATTON PAR LE DRAINAGE, SES FRAIS ET SON REVENU POSSIBLE.
286. C'est l'Allemagne du Nord qui possède le plus grand nombre de terrains traités d'après le système Petersen. La figure 95 donne un plan dressé par le géomètre L. Nissen, à Iverslund, sur la ferme de Bùchenan, et qui a été communiqué à l'auteur de cet ouvrage par Petersen.
Cette construction de prairies est très-facile à comprendre, si l'on considère que les drains collecteurs ou principaux désignés de I à XXXI sont posés dans le sens de la plus grande pente. Les lignes numérotées 1, 1 ; 2, 2; 3, 3, etc., jusqu'à 26, 26, représentent les rigoles d'irrigations perpendiculaires et les petits drains placés en dessous. Ces lignes donnent en même temps les différentes inclinaisons de la prairie et montrent combien l'ingénieur est à même, avec ce système, de se conformer aux accidents de terrain, sans qu'il soit nécessaire d'employer les terrassements.
Une tranchée ouverte xx traverse les points les plus bas de la prairie et la divise en deux parties à peu près égales. Cette tranchée débouche dans un canal de décharge ouvert qui limite irrégulièrement la propriété au sud et à l'ouest ; 02 et Ox représentent des tranchées allant de l'est à l'ouest et du sud au nord avec un peu de pente; leur point le plus élevé est en 0, et près du n° 1 se trouvent des lignes de drains des champs limitrophes qui y débouchent.
Lorsqu'en 0 et en x les tranchées sont fermées par de petites vannes, l'eau des champs se verse alors dans la moitié septentrionale de la prairie.
287. Un autre drain de champs débouche en XXVII, dans la partie méridionale de la prairie. Aux points désignés par des chif-
fres romains se trouvent les appareils de fermeture : à un drain
Fig. 95.
principal de I à XIII ; à quatre autres de XV à XXVI. Seulement les
fermetures V, VI, VII et XIV ne sont pas alimentées par un drain principal, mais mises en communication avec des drains principaux, pour le dessèchement par quelques drains secondaires.
Si l'on se représente les appareils de I à V, VI à X et XI à XIII fermés, l'eau souterraine reçue par les petits drains qui y communiquent (désignés par des chiffres arabes) s'élève avec l'eau qui vient de la surface et se déverse à droite et à gauche dans les rigoles qui y aboutissent et qui sont taillées dans le gazon ; de là elle va de rigole en rigole, de plan incliné en plan incliné, par trois irrigations successives (en deux fois cinq et une fois trois plans inclinés) dans les points les plus bas de la prairie, pour arriver dans les fossés xx et s'y perdre.
288. Lorsqu'une de ces trois divisions est irriguée, et que l'on veut dessécher, alors on ouvre la fermerture, et toutes les eaux souterraines et d'irrigation s'écoulent promptement et continuellement d'une division à l'autre, d'une manière beaucoup plus complète qu'on ne pourrait le faire à l'aide de tranchées ouvertes. Il serait aussi facile d'amener l'eau d'irrigation nouvelle à la partie la plus basse, et de commencer par les appareils XIII, XII, XI et XIV. Après cela, lorsque cette partie serait desséchée, on passerait de X à VI, enfin aux pentes de V à I, par conséquent dans l'ordre inverse des numéros.
En général, on est à même d'irriguer une partie quelconque de la prairie ou seulement une pente spéciale. Tandis que dans quelques pentes le gazon coupé repousse immédiatement et n'a pas besoin d'une irrigation immédiate, dans d'autres qui viennent d'être fauchées, on peut irriguer aussitôt et obtenir ainsi une exploitation complète de la prairie, qu'aucun autre système ne peut procurer.
289. L'eau des appareils XV et XXVII venant des champs situés au sud et à l'est, coule dans les prés du sud. En XVI se trouve dans le plan une élévation semblable à un ados, d'où un drain principal, avec les appareils XVII, XVIII et XIX, se dirige vers ie drain principal situé dans la partie la plus basse de la prairie. Ce drain a sa fermeture en XX et reçoit l'eau venant de l'élévation en XXV, qui s'est rassemblée dans les courbes jusqu'à XXI, et qui s'est répandue sur la prairie. C'est cette partie de la prairie qui montre le mieux l'inégalité de la surface et la facilité avec laquelle on peut adapter le système de Petersen aux différentes formes de terrains, avec les petits drains et les rigoles d'irrigation, sans lui faire subir de modifications.
290. La prairie décrite ci-dessus a une contenance de 5 hectares 61 et coûte 330 francs d'établissement par hectare.
Voici le calcul des frais :
2500 tuyaux de 0m,045 à 22f,65 le 1000 56,G0
Creusement de 3^37 mètres de fossé 816,00
Construction de 3 petits barrages 11,30
27 caisses de fermeture avec ce qui s'y rapporte, à 9f,35 la
pièce 184,00
En somme 1850,22
Il est évident que les frais varient suivant les endroits où s'exécutent les travaux. Turretin les fixe àU2 fr. 50 par hectare pour une prairie où il a fallu faire des remblais dans la partie basse, mais sans que les frais de ce travail y soient calculés, parce qu'ils ont été remboursés par la récolte en fourrage de la première année.
D'après lui on a récolté au mois de mai 1864, sur deux prairies exactement mesurées, dont les rendements ont été pesés en vert et en sec :
Sur l'une des deux, au bout de deux ans, après la première coupe, 247 quintaux de foin par hectare; sur la seconde, au bout de trois ans, 282 quintaux par hectare.
On voit que la différence entre la seconds et la première coupe est insignifiante.
291. En comparant ces frais avec ceux des reconstructions de prairies soit naturelles, soit artificielles, nous voyons que ce système est le plus avantageux. Il est dans le même rapport au drainage ordinaire que celui-ci est aux fossés ouverts, et quant à l'irrigation, on peut le comparer à l'œuf de Christophe Colomb; l'irrigation des prairies drainées a été simplifiée par la méthode de Petersen.
Ce n'est pas dire par là que tout individu sachant faire une tranchée puisse appliquer ce système; son usage et son entretien exigent encore des soins assidus.
Le rendement extraordinaire en fourrage compense le capital employé.
Cette méthode ne nécessite pas une aussi grande quantité de tranchées que dans l'irrigation artificielle, ni l'emploi du volume énorme d'eau qu'il faut pour les remplir et pour irriguer; elle utilise les moindres qualités d'eau fertilisante et même l'eau souterraine, parce qu'elle ouvre le sous-sol à l'air et à la chaleur, lui enlève ses acides et l'améliore. Elle admet une culture intensive pour la couche supérieure du sol et un assolement passager et périodique des prés en même temps qu'une fumure par le fumier d'étable, la farine d'os, etc.; elle garantit l'ensemencement des graminées, parce qu'elle établit la fraîcheur du sol à volonté par les moyens les plus simples, et qu'elle met l'ingénieur à même de transformer rapidement un mauvais gazon en très-bonnes plantes. Le travail coûteux et pénible du dégazonnage et la transformation du sol à la main sont abandonnés à la charrue et aux forces des animaux.
Les frais d'entretien des prairies artificielles sont rendus superflus par ce système ; l'exécution de l'irrigation se réduit à l'ouverture et à la fermeture des appareils, et cependant un sol froid contenant des sels de fer solubles est parfaitement transformé, à l'aide de cette eau infiltrée, en une excellente prairie irriguée d'une façon certaine et continue.
Ce système permet le pâturage des prairies, ce qu'un agriculteur soigneux cherche à éviter sur les prairies irriguées par l'autre méthode.
292. Le système Petersen offre encore un avantage particulier quand on l'applique au procédé de Kennedy, dans le but d'arroser avec du purin des prés ensemencés avec du ray-grass italien ou d'autres graminées ; le rendement de ces prés est augmenté au delà de toute croyance . Le procédé de Kennedy exigeait autrefois des tuyaux fermés en fonte, des pompes, des machines motrices et par conséquent un appareil très-coûteux, qui ne pouvait être couvert par l'augmentation du rendement des champs.
Le système Petersen remplit le même but lorsqu'on peut obtenir une pente suffisante pour répandre le purin à la surface, à l'aide d'un simple drainage, de quelques caisses de fermeture et de leur maniement facile ; on peut donc allier le procédé de Kennedy avec tout autre drainage, lorsque les terrains se trouvent dans le voisinage de la ferme où le purin doit être préparé.
L'irrigation par le drainage ouvre donc un nouveau champ à l'ingénieur qui s'occupe d'établir pour les agriculteurs des exploitations donnant de grands bénéfices avec un petit capital.
La constitution du sol seule peut en contrarier l'établissement : un sous-sol trop perméable ne permet pas son installation. Par contre, on peut utiliser même les pentes très-faibles en rendant inutile la construction des ados.
En résumé, ce système obtiendra a\ec le temps, chez tous les agriculteurs sérieux, une importance qui aura été à peine soupçonnée , et il apportera l'honneur et la richesse à l'agriculture allemande qui l'a découvert.