A MONSIEUR LE PROFESSEUR DOUVILLE
Témoignage de notre admiration et de notre profonde reconnaissance.
A MONSIEUR LE CHEF DE Travaux COLLET
Tout son dévouement et sa camaraderie lui ont acquis notre profonde estime.
À TOUS MES MAÎTRES DE L'ÉCOLE VÉTÉRINAIRE DE LYON ET DE L'ÉCOLE DE CAVALERIE DE SAUMUR
Introduction
. À l'étude de la cryptorchidie se rattachent les noms les plus illustres de la Chirurgie Vétérinaire. De nombreux procédés ont été décrits, néanmoins l’opération des chevaux cryptorchides reste l’apanage des grands praticiens.
Nous n’avons pas la prétention d’écrire un travail original, mais de rassembler dans cette monographie les idées essentielles qui se rattachent à cette anomalie et d'indiquer un procédé simple et pratique, à la portée de tout vétérinaire.
Aidé dans notre travail par Monsieur de Professeur Cadéac, dont l'expérience autorisée est le résultat de toute une vie de labeur et de recherches acharnées, nous sommes heureux de lui manifester notre reconnaissance pour la confiance qu’il nous marqua, en nous permettant de publier un procédé, fruit d’une pratique méthodique et minutieuse des opérations délicates.
La carrière d’un tel maître, bon et juste autant que docte est pour ses élèves le plus digne des exemples;
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et c’est avec regret que nous l’avons vu quitter le Corps
Enseignant après avoir prodigué sa science, son cou-
rage, sa foi.
Qu'il trouve dans ce modeste ouvrage l’expression
de notre reconnaissance et de notre admiration.
Définition
La cryptorchidie (de xpurro: : caché, et opyrs : testicule, testicule caché) est une anomalie dans laquelle le testicule ne subit pas sa migration normale, ou bien la subit incomplètement.
La cryptorchidie est dite double, complète ou vraie quand aucun testicule n’a émigré; si une seule glande est dans les bourses, on est en présence d’une cryptorchidie unilatérale ou d’un animal monorchide.
Cela s’entend évidemment à propos d’animaux phanérorchides, c’est-à-dire d’animaux qui vivent normalement avec les testicules dans leurs bourses.
Suivant les régions, les chevaux cryptorchides sont désignés sous les noms variables de : chevaux pifs, verts, verdiots, harpis.
La cryptorchidie se rencontre souvent dans les pays d'élevage ou dans les centres de castration.
On prétend que cette anomalie est plus fréquente de nos jours qu’elle ne l'était autrefois; l’absence de statistique rend difficile la vérification de cette assertion. |
Le plus souvent, l’ectopie est unilatérale, et les divers opérateurs ne l’ont pas observée avec une même fréquence de chaque côté.
L'Ecole Allemande, avec Héring et Franck prétend que la monorchidie est plus fréquente à droite, tanäis que l'Ecole Française, avec Goubaux, Trasbot, Labat, la rencontre plus souvent à gauche; enfin certains auteurs, comme Mauri et Stockfleth, notent une égale répartition.
D’après les opérations de Hobday en Angleterre, Chaussé et Labat en France, nous établissons le ta-
bleau suivant :
Cas À gauche A droite Doubles observés Abdominales 170 130 DDR 520) Abdomino- Inguinales 5 24 29 Inguinales SA A 51 6 93
De ces observations, il ressort que la cryptorchidie abdominale gauche est plus fréquente que La droite, tandis que pour l’abdomino-inguinale et l'inguinale, c’est l’ectopie à droite qui est la plus commune.
On expliquerait la fréquence à gauche par la position du fœtus que l’on suppose couché sur le côté droit pendant la gestation: c’est ainsi que le testicule droit, favorisé par la pesanteur s’engagerait dans le canal inguinal, tandis que le testicule gauche et son méso,
sollicités par la même force et les réactions mater-
SAUPTUES
nelles s’en éloignerait et se perdrait dans la cavité abdominale.
On ne doit accuser dans la fréquence de cette anomalie ni la race, ni l'influence régionale; par contre, l’hérédité semble y jouer un grand rôle : on a relevé dans une descendance plusieurs sujets atteints de ce vice.
La glande génitale se développe au côté interne du corps de Wolf. Elle est fixée à la région sous-lombaire par un méso analogue à un ligament large qui porte sur son bord libre les vaisseaux spermatiques et sur sa face externe un repli secondaire, falciforme, allant de la partie inférieure de la glande génitale à l'anneau inguinal supérieur.
- Ce repli prend le nom de ligament inguinal ; il s’épaissit, se renfle en funicule que l’on appelle le « gubernaculum tfestis >» vu son rôle de gouvernail dans la descente du testicule.
Le gubernaculum ne s’arrête pas à l’anneau inguinal supérieur ; il se continue à travers le canal inguinal jusqu’à la face interne de la peau où il s’insère par sa colonne axiale.
Normalement, à une époque variable de la vie utérine, on voit le testicule émigrer vers l’anneau inguinai pour aller se loger dans les bourses. Deux mécanismes différents concourent au déplacement de la glande. Pour Bramann, Kôlliker, Sappey, il est dû à une inégalité d’accroissement entre le gubernaculum
testis et les parties circonvoisines ; il s’ensuit fatalement une descente apparente du testicule : telle longueur du gubernaculum, qui, dans le fœtus, correspondait à la distance des lombes aux bourses extérieures, devient inférieure à la longueur du canal inguinal ; or, comme l'extrémité de ce funicule prend un point fixe sur la peau, son extrémité opposée avec le testicule attenant est obligée de s’avancer vers le canal et de s’y enfoncer.
L’accroissement du mésorchium, qui en un moment donné s’allonge, permet cette descente apparente.
En outre et en même temps, le gubernaculum agit par sa force propre, par la rétraction de ses fibres crémastériennes ; à la fin même, il intervient puissamment par sa partie centrale, comme l’a justement démontré le Professeur Lesbre, pour faire franchir le canal inguinal au testicule et l’amener au fond des bourses ; cette rétraction progressive aboutit à l’invagination du péritoine gubernaculaire et à la transformation du gubernaculum en une simple plaque d’adhérence de la queue de l'épididyme avec le fond des bourses. HAN ;
La cryptorchidie résulte donc d’un arrêt ou d’un trouble de ce phénomène ; trouble rapporté à des causes multiples, notamment à l'absence ou à l’insuffisance du gubernaculum testis, à la brièveté du mésorchium ou du cordon testiculaire, à des adhérences intra-abdominales consécutives à des poussées de péritonite, ou bien encore à l’étroitesse du canal inguinal supérieur.
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Toutes ces causes ont pour résultat la rétention du testicule dans l’abdomen ou dans le canal inguinal.
VARIÉTÉS DE CRYPTORCHIDIES
La cryptorchidie est dite abdominale quand le tes-
ticule et son appareil excréteur sont restés en entier dans la cavité péritonéale. Si l'organe est fixé à la
voûte lombaire par un méso court, on a la variété abdomino-lombaire, au contraire si le testicule est bas, près de lilium et du pubis, mobile autour d’un méso long et flottant entre les anses intestinales et la paroi abdominale : c’est la variété abdomino-iliaque.
Si le testicule est resté dans l’abdomen tandis qu’une partie de l’appareil excréteur se trouve dans le trajet inguinal avec une gaine rudimentaire on a affaire à une cryptorchidie abdomino-inguinale où abdominale incomplète.
Enfin elle est inguinale lorsque le testicule se trouve, avec une portion variable de l’épididyme, dans le trajet inguinal. Dans ce dernier cas, le testicule peut avoir franchi l’anneau inguinal inférieur et rester ainsi plusieurs années; on peut dire alors cryptorchidie sous-inguinale.
Dans ces diverses modalités, les formes de cryptorchidies peuvent être bilatérales, unilatérales et parfois combinées, telle que abdominale à droite et inguinale à gauche.
On a même signalé l’anorchidie ou absence com-
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plète de testicules confirmée par l’autopsie ; par contre la triorchidie et la polyorchidie ne sont pas admises par les classiques.
La synorchidie a été mise en évidence chez l’homme ; c’est la soudure des testicules sur la ligne médiane de l’abdomen ; la proximité des éminences génitales des corps de Wolf l'explique d’autant plus clairement qu’on ne la rencontre jamais en dehors
de l'abdomen.
CARACTÈRES MACROSCOPIQUES { DE L'APPAREIL TESTICULAIRE DE CRYPTORCHIDE
Chez le cheval cryptorchide, les rapports de la glande génitale en ectopie abdominale, avec son appareil excréteur sont moins étroits qu’à l’état normal ; l’épididyme, au lieu d’adhérer intimement au testicule, est en partie déroulé et sa queue, qui peut atteindre 10 à 15 centimètres, est reliée à la glande par un ligament fibro-élastique, flexueux, triangulaire, tendu de la région sous-lombaire à la vessie, parallèlement à la ligne médiane.
Ce ligament s’insère à la voûte sous-lombaire et possède deux bords libres ; l’antérieur est parcouru par les vaisseaux testiculaires tandis que le postérieur porte le canal déférent.
De sa face externe se détache une lame qui se fixe à la marge latérale du bassin et dont le bord inférieur libre réunit l’anneau inguinal supérieur ou la fossette vaginale à la queue de l’épididyme et au testicule. Cette lame, parfois peu développée, est ren-
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forcée par la portion abdominale du gubernaculum. Le testicule est ainsi libre et mobile ; le plus souvent il repose sur la paroi abdominale, vers la partie inférieure du flanc, un peu en avant du bassin, plus ou moins près de la ligne médiane ; tantôt il est mêlé aux anses intestinales, tantôt il se trouve sur la vessie ou vers la région lombaire.
Les enveloppes intimes de la glande sont, elles aussi, profondément modifiées.
Dans la cryptorchidie vraie la gaine vaginale fait complètement défaut ; on remarque à l’endroit où elle devrait exister, mais d'une façon inconstante, une légère dépression.
Dans la cryptorchidie abdominale incomplète la gaine existe déjà, mais elle est étroite, et contient soit la queue de l’épididyme, soit une partie du canal déférent ; lors de cryptorchidie inguinale, au contraire, cette gaine vaginale possède ses trois tuniques : séreuse, fibreuse et musculeuse ; en outre, lépididyme tend à prendre une disposition normale.
En général, le testicule ectopique est caractérisé par un faible développement ; il reste rudimentaire, atrophié, à peine reconnaissable. Son volume varie toutefois dans de grandes proportions, restant le plus souvent inférieur au volume normal, mais pouvant parfois atteindre des dimensions énormes.
Lorsque le testicule externe a été excisé, l’interne se rapproche environ par son poids de la moitié du poids normal ; rarement, sauf exceptions pathologiques, il pèse davantage, la plupart du temps moins.
Sur de nombreuses observations mises à notre dis-
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position, nous avons noté des poids de 10 à 90 grammes. Chaussé, sur 110 opérations, indique des poids de 2 à 135 grammes, tandis que le poids d’un testicule normal varie de 150 à 350 grammes selon la taille du sujet.
Petit, flasque, aplati par suite de la compression qu'il subit de la part des réservoirs digestifs et de la paroi abdominale, il est constitué d’un tissu brun jauuâtre de plus en plus clair suivant le développement de la glande; plus dense et plus consistant que le parenchyme normal, il ne donne pas de suc à l’incision.
Quelle que soit la variété de l’ectopie, l'organe a les mêmes caractères si toutefois il n’est pas le siège de formations pathologiques.
L’épididyme paraît relativement moins atrophié que le testicule ; à la section il offre des canaux à lumière réduite qui donnent à la pression un liquide à peine trouble. Alors que le poids de l’appareiïl excréteur devrait être trois fois moindre que celui de la glande, il lui est ici sinon supérieur du moins égal du fait que l’atrophie porte surtout sur le testicule ; ce poids varie entre 10 et 60 grammes environ.
Comme toutes les glandes en position anormale, le testicule ectopique est sujet aux dégénérescences néoplasiques.
On peut comparer l'opération de la cryptorchidie à une loterie; car jamais, avant de toucher le testicule on ne sait ce qu’il va être. Parfois il est très volumineux, déformé par un ou plusieurs kystes à contenu variable, il peut donner à la main Ja sensation d’un testicule double lorsque l’un de ces kystes développé
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dans la couche superficielle de la glande, s’est pédiculisé.
Tantôt on peut y constater des îlots cartilagineux ou osseux, des crins et des dents (kystes dermoïdes) ; tantôt il est envahi par un processus sarcomateux et a acquis d'énormes dimensions, à un tel point que Richard en a rencontré un du poids de 50 kilos.
Assez souvent, on peut observer à l’intérieur de la glande des sclérostomes qui l’ont creusé de cavités ou de galeries à parois hémorragiques; ces parasites arrivent dans la glande par les vaisseaux sanguins qu’ils peuvent obstruer et déterminer le détachement du testicule (Cadéac).
Etude histologique du testicule
Pour comprendre les altérations du testicule ectopique il convient de rappeler brièvement l’histologie du testicule normal.
Le testicule normal
Sur une coupe le testicule se compose d’une membrane dite albuginée et de canalicules séminipares.