CIRCULAIRE
ECEIVEN
Dans la Province de Québec — PAR —
CHARLES-ARTHUR FONTAINE Professeur à l’Institut Agricole d’Oka
L’avoine est la céréale la plus cultivée dans la province de Québec. Après le foin, c’est elle qui couvre la superficie la plus grande.
Tout près de 1,500,000 acres ont été consacrées à cette culture, l'an dernier. Malheureusement, pour les trois dernières années, les rendements ont décliné considérablement ; de :0 boisseaux à l’acre en 1915, ils n'étaient plus que de 21 boisseaux en 1917, après avoir passé par 22 et trois-quarts en 1916. Cette baisse dans le rendement n’est pas dûe à la seule incurie des cultivateurs; la température pluvieuse, les printemps froids et tardifs des deux dernières saisons de végétation y sont pour une bonne part.
Nous nous permettons cependant de dire que 30 boisseaux à l’acre, rendement moyen des bonnes années, n’est pas un rendement suffisant pour notre province. Voici ce que disait à ce sujet un ancien
ministre fédéral de l’agriculture, M. Sydney Fisher, à une convention des éleveurs de la province, à Montréal, le 13 février dernier :
# La plupart de ces terres sont d'excellente qualité, le sol est «les * plus propice à la culture de l’avoine et cependant on n'en récoite pas se Éenueoup parce qu'on ne sème pas. Tout? ferme en état ile pro- ‘. duire devrait donner chaque année de 40 à 60 minots par arpeni, ‘ C'est facile, le terrain est richeet les engrais ne manquent pas, Il ‘ faut absolumment se mettre à l'oeuvre si l'on veut conserver notr * place comme province nourricière et productive."
Admettons qu’un rendement moyen de 6! iminots par arpent est difficile à obtenir dans notre province : il n’en est pas moins vrai qu'avec une compréhension plus grande de a1otre métier de cultivateur et l'application de bonnes méthodes de culture, nous pourrions augmenter d'au moins 19 minots par arpent nos rendements en avoine.
Variétés Do + se 7
Les variétés suivantes ont été expérimentées, l'an dernier, sur nos parcelles d'expériences, à lInstitut agricoles d'Oka, et ont ‘lonné les résultats ci-après indiqués ;
Durée Poids
Variétés de la Rendement du
végétation boisseau Banner... its... 70.7 boissceaux..….. 2$ 1bs Victoire... 1) ON Aer are 64.8 “6 AI DEN, ONE TI PR DS A ER 53.7 ée ae Canadienne. 93 ‘* 52. 0 Joannette..…. 83 ‘ 2,4 x AN OBES Abondance 109 ‘° 56.2 & CES Ligowa NME 75. “ PES DAGORE RE 74.2 # ee
Le poids très peu élevé du grain est dû à la température exceptionnellement humide de la derniere saison La variété Daubeney se recommande snrtout dans les régions du Nord à cause de sa maturité hâtive. Les autres variétés que l’on peut recommander
comme ayant donné des résultats satisfaisants sur d’autres stations expérimentales de la province, sont la Banner, la Ligowa, la Joannette, (semi-tardives) et la À. O. C. 72 (tardive). De toutes ces variétés, la Banner s’est montrée la mieux appropriée aux différents sols et climats de notre province ; elle est rustique, productive, peu exigeante et donne une paille consistante et de bonne qualité,
Sols
Elle vient bien dans tous les sols, pourvu qu'ils ne soient pas trop secs et qu'ils aient les éléments fertilisants essentiels. Comme pour le blé et l'orge, les meilleurs rendements sont obtenus dans la bonne terre franche à gros grain, argilo-sableuse et argilosablo-calcaire. Les terres jaunes de côteau bien engraissées, de même que les terres argileuses fortes bien ameublies peuvent donner des bonnes récoltes, Ce sont les sols de consistance plutôt forte où l'argile domine qui donnent l’avoine la plus pesante.
Place dans la rotation ES 2 RC
L'avoine ne devrait, autant que possible, jamais se succéder à elle-même. Sa meilleure place sera après une plante sarclée, maïs où pommes de terre, Voici un bon assolement de 6 ans pour avoine :
lère année Plante sarclée 4ème année Mil 2ème ‘ Avoine sème ‘* Pâturage sème ‘ Trèe et mii 6ème ‘* Piturage fumé
Cet assolement est recommandable pour une terre de consistance moyenne ou forte, naturellement fertile. Pour les terres légères, plutôt sablonneuses, mieux vaut l’assolement de + ans suivant :
lère année Plante sarclée 3ème annce Trèfle et mil 2ème *‘ Avoine $ème * Pâturaze fumé
L'avoine semée sur un sol trop riche en azote, sur retour de pois, par exemple, en terre fertile, est su à verser ; il est mieux de semer du blé sur un tel sol.
Engrais
A moins d'un sol très Pauvre, on ne fume pas l'avoine directement. Qu'on la sème sur retour de pâturage ou de plante sarclée, l'avoine profitera des restes de fumures épandues sur ces cultures, l'année précédente, En terres légères, sablonneuses, ordinairement pauvres en acide phosphorique, on pourra quelque fois employer avec profit 3 ou 100 Ibs de scories Thomas par arpent: mais il vaut mieux faire l'essai de ces engrais en petit, avant de les employer sur une grande échelle. En grande culture, aux prix actuels des engrais chimiques du commerce, il'est rare que le surplus de récolte obtenue par leur emploi compense pour l'argent déboursé et laisse un profit raisonnable,
Cet argent est certainement mieux employé à la Construction de plates-formes étanches qui conserveront tous les éléments fertilisants du fumier de ferme.
Préparation du Sol
L'important est d'avoir un sol assez rétentif de l'humidité mais parfaitement égoutté, Sous le rapport de l’'ameublissement et de la texture physique du sol, l'avoine est moins exigeante que l'orge ét le blé. Les racines de l’avoine paraissent se tirer mieux d'affaire dans un sol compact que les racines des autres céréales,
Ce qu'il faut à une bonne récolte d'avoine, c'est une forte réserve d'humidité, et on l'obtent pur: un labour d'automne profond dans les terres fortes et franches: la compacité de ces terres étant réduite par les effets désagrégeant des gelées d'automne et d'hiver, l'eau pénètre plus profondément et en plus grande quantité. Les travaux hâtifs de culture l’empéchent de s'évaporer sans utilité pour les racines,
Pour les terres légères peu rétentives de l'humidité, le seul moyen de leur faire emmagasiner une réserve d'eau suffisante, c'est de leur fournir des matériaux
formateurs d'humus tels que le fumier de ferme et les engrais verts, trèfle, luzerne, sarrasin, enfouis par les labours. En résumé, la Préparation du sol pour l'avoine doit comporter les points suivants:
(&) Labour d'automne profond dans les terres plus où moins fortes; d'automne où de printemps dans les terres légères:
(b) Sol parfaitement égoutté et ameubli modérémont, exempt cependant de grosses mottes et de Wauvaises herbes:
(e) Bonne réserve d'humidité garantie et conservée Par un labour profond et une couche superficielle meuble, en terres fortes: par l'incorporation de fortes quantités d'humus, en terres légères,
Semis CM ee mn
(a) Qualité de la semence. Une bonne avoine de semence doit être à écorce lisse et luisante, de grosseur uniforme, un peu rebondie, exempte de graines de mauvaises herbes et de grains attaqués de maladie. On devra faire autant de criblages qu'il en faudra pour enlever toute la petite avoine; de même qu'on ne garde pas pour l1 reproduction des génisses chétives et mal bâties, de même devrait-on logiquement, être particulier dans le choix des semences qui soit l'espoir des récoltes futures,
(b) Epoque du semis. --L'avoine semée de bo heure au printemps rend beaucoup plus en quantité et en qualité que celle qui est semée plus tard,
(C) Quantité de semence. — De deux minots à deux minots et deini Par arpents. On sème un peu plus Clair dans les terres fortes bien pulvérisées que dans les terres légères, Si l'avoine sert de plante-abri, deux minots suffisent ; 31 semis trop fort, dans ces conditions, nuit à une pousse vigoureuse et régulière du trèfle et du mil.
On passe le rouleau après le semis pour plomber la terre et hâter la germination: mais on ne fait cette opération que lorsque la terre est bien ressuvée S'il survenait une pluie vers ce temps, on devrait attendre quelques jours avant de rouler,
Des pluies fréquentes, comme celles que nousavons eues AU printemps de 1916 et 1917, ont pour etYetinévitable de ‘*croûter” la terre, de la masser, et de la rendre moins perméable à l'air et moins rétentir… de l'humidité, Un hersage léger, même quand Îles tiges ont 4 à 5 pouces de hauteur, comme nous l'avons indiqué pour le blé, remédie à tous ces inconvénients.
Récolte te
La durée de la végétation de l'avoine peut varier entre 0 et 105 jours. Pour la consommation, il est ‘bon de la récolter quelques jours avant sa complète maturité; c'est à cette période de la végétation que le grain et la paille sont plus nutritifs. L'avoine récoltée pour la semence doit étre parfaitement mûre.
Cinq ou six jours de temps bien sec suffisent pour le javelage, pourvu qu'on ait fait de bonnes moyettes de six à neuf gerbes chacune.
Rendement
On a vu des récoltes de 40 minots par arpent sur des sols relativement pauvres, Sur les bonnes terres à foin, il n’y a pas de raison de ne pas récolter 50 à 60 minots par arpent. Un rendement moyen de {0 minots devrait être la normale dans notre province,
Mot de la fin RSS RSR AE R TT
Pour faire un succès de la culture de l’avoine dans le Québec, il faut donner une attention particulière aux points suivants :
(a) Donner plus de soins à un parfait assainissement des sols livrés à cette culture. Sous ce rapport, un bon drainage souterrain est l'idéal] :
(b) Faire des labours d'automne plus profonds dans les terres à sous.sol argileux ;
(c) Semer aussi à bonne heure que possible, sans toutefois semer dans la boue ;
(d) Semer l'avoine à sa place : c'est-à-dire suivre une rotation intelligente ; l'avoine vient bien après une prairie de trèfle, un pâturage fumé, une plante sarclée, moins bien après elle-méme ou une autre céréale ;
(e) Lu ployer une variété qui a fait ses gode dans la région, et de la semence sélectionnée de cette variété.
Publié par ordre de l'Hon. Jos.-Ed. Caron, Ministre de l'Agriculture de la province de Québec.