‹ De la Curietherapie des Métrites HémorragiquesChapitre 18 sur 45 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Due à l’obligeance de M. le docteur M. DURAND)

Mlle B... Henriette, 26 ans. Est amenée le 20 janvier 1920, au matin, dans le service de M. le professeur Roques, dans un état d’anémie suraiguë, avec décoloration presque comblète des lèvres et des muqueuses, dans un état de somnolence très accusée, Cependant, elle répond parfaitement aux questions qui lui sont posées. On apprend ainsi qu’elle a eu

récemment de très abondantes hémorragies, qui ont persisté du 30 décembre au 14 janvier. Elle nie tout avortement et prétend avoir eu fréquemment des hémorragies.

Père mort au cours d’une crise de delirium tremens ; mère éthylique.

Réglée à 14 ans, très irrégulièrement depuis.

Hospitalisée à Saint-Pothin, en 1914, pour troubles nerveux graves, crises, délire. On pensa même à un internement.

En 1916, chute de la hauteur d’un étage ; aurait eu une fracture du bassin, avec troubles nerveux consécutifs à allure méningée, qui nécessitèrent une ponction lombaire.

En 1919, broncho-pneumonie grippale. Depuis, a continué à tousser, a présenté à plusieurs reprises de très légères hémoptysies.

Depuis deux ou trois ans, en même temps que s’accentuait Ja dysmémorrhée, apparaissaient des ménorragies très abondantes qui amenèrent bientôt un état d’anémie persistant. Ces hémorragies furent attribuées à tort à un état cardiaque.

Enfin, son entourage raconte qu’elle présentait, au moment des périodes menstruelles des phénomènes nerveux, s’accompagnant de mouvements convulsifs et de délire.

A l’arrivée, le 20 janvier 1920, se plaint de céphalée violente.

Température à 39°5 ; pouls un peu faible à 110.

L'examen du cœur révèle un petit souffle systolique de la pointe, sans propagation nette.

t La respiration est très faible, avec un ralentissement marqué, sans rythme spécial.

Ni Kernig, ni raideur de la nuque. Légère photophobie.

Quelques vomissements ; hoquet par crise ; ventre souple, non rétracté.

Ponction lombaire : liquide parfaitement clair, sous hypertension légère.

Dans la nuit, phénomènes d’excitation.

Le lendemain 21 janvier, la céphalée persiste ; douleurs le long de la colonne,

A l’examen, photophobie, un peu de raideur de la nuque, ébauche de Kernig ; réflexes assez fortement exagérés ; nau-

sées et vomissements persistants, La palpation de l’abdome

its

est douloureuse, spécialement au niveau des régions ovariennes. Hypoesthésie conjonctivale ; pas d’anesthésie pharyngée.

Toucher vaginal, négatif, d’ailleurs difficile et douloureux: hymen manifestement intact.

Examen ophtalmoscopique : Fond d’œil normal ; pas d’æœdème papillaire.

Le 23 janvier : Etat stationnaire, sauf la température qui atteint 40°4. Nausées, sans vomissements.

Deuxième ponction lombaire ; liquide clair ; pas d’éléments figurés.

Du 24 au 30 janvier. Amélioration nette et progressive ; température en défervescence.

Le 31 janvier. La rachialgie violente et la somnolence réapparaissent, avec une légère réascension de la tempéra turet Cet état subfébrile persiste du 31 janvier au 6 mars.

Le 27 février. Apparition des règles.

Le 6 mars. Même aspect extérieur de la malade qu’à l’arrivée : aspect somnolent, voix monotone et affaiblie ; excitabilité excessive. Les métrorragies persistent depuis le 27 février. |

Le 14 mars. On est frappé de l’état de pâleur de la malade. Ses muqueuses sont très décolorées. La peau est d’une pâleur cireuse très impressionnante ; souffles anémiques au niveau du cœur, des jugulaires, du globe oculaire. Les métrorragies n’ont pas cessé depuis le 27 février.

Numération globulaire :

Hématies — 3.244.000.

Valeur globulaire — 0,20.

Le 27 mars. Rétention vésicale depuis la veille au soir. Le sondage ramène 1 litre 500 d’urine. Phénomènes nerveux. Les règles se sont arrêtées mais li persiste un léger suintement séro-sanguinolent.

Le 18 mars. Toucher vaginal (M. le Docteur Durand). Les culs-de-sac ne peuvent être explorés : le col est entr’ouvert, un peu mou, sans polypes perceptibles, ni noyaux fibreux sous-muqueux. Toucher difficile (présence de l’hymen).

Le 19 mars. La malade entre dans le service de M. le Docteur Durand.

CS

Lel 24 mars. On pratique, après dilatation du col, un léger curettage utérin, purement explorateur, qui ne ramène que peu ou pas de fougosités. Lavage intra-utérin, et pose d’un tube de radium de 100 milligrammes pendant 6 heures.

Le 9 avril. La malade revient dans le service de M. le Professeur Roques, Les métrorragies n’ont pas reparu. Il persiste seulement quelques pertes blanches légères. La malade se plaint de fréquents besoins d’uriner et de douleur à la miction.

Le 20 avril. Amélioration légère. Le visage est très faiblement coloré. L’asthénie est encore très accentuée.

Le 10 mai. Malade très en voie d'amélioration. Elle a eu ses règles le 29 avril ; écoulement assez abondant qui a duré quatre jours, alors qu’antérieurement à l’intervention la malade perdait abondamment pendant huit jours.

Le 25 mai. Début d’une nouvelle période menstruelle normale, 4 jours, écoulement d’abondance normale.

Le 28 mai. Examen du sang :

Hématies : 4.300.000.

Leucocytes : 6.200 par mm*.

Le 10 juin. La malade quitte le service et va à Margnolles.

Le 16 juillet 1920. Après un séjour d’un mois à Margnolles, revient dans le service pour se faire examiner : état général bien amélioré ; malade encore pâle et anémiée ; mais n’est plus cireuse. Forces assez bien revenues,

Numération globulaire :

Globules rouges — 4.441.000.

Valeur globulaire — 0,55.

Le 23 mars 1921. Modification considérable de l’état général. Pèse maintenant 53 kilos. Face colorée presque normalement ; forces très suffisantes, pas tout à fait normales cependant ; quelques troubles cardiaques ; conserve quelques pertes blanches presque continues, un peu gênantes.

Peu de douleurs en dehors des règles ; celles-ci sont précédées de quatre jours de douleurs, l’écoulement dure une semaine, abondant et douloureux pendant les quatre premiers jours environ. Les règles sont régulières, laissant la malade trois semaines sans pertes.

La malade se plaint d’épistaxis. L’examen nasal (Doc-

teur Porte) ne révèle rien. Elles est actuellement infirmière à Saint-Claude, chez M. le Docteur Sigaud, et elle peut exercer à peu près normalement sa profession d’infirmière en chirurgie,

Elle a été revue a plusieurs reprises jusque vers la fin de l'année 1922.

son état génral est très amélioré, ses forces sont normales, en rapport avec sa petite taille et le faible développement de sa musculature.

Ses téguments sont de teinte normale : son facies sans être coloré est satisfaisant. Elle ne ressemble en rien à la malheureuse anémiée, de teinte cireuse, que’lle était lors de l’application du radium.

Son appétit est normal. Son état nerveux est grandement amélioré.

Elle est, en un mot, dans un état extrêmement satisfaisant.

Page 1