‹ De la defénse des places fortesChapitre 28 sur 33 · MÉMOIRE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

MÉMOIRE ADDITIONNEL

Contenant des re flexions sur les amè- Horatiom donc lart défensif est susceptible.

Oj nous n'avions aucune place forte , et qu'il fallût établir un nouveau système général de défense pour les frontières, on le ferait sans doute fort différent de ce qui existe aujourd'hui , tant pour la distribution des places à construire , crue pour leur nombre et la configuration de chacune d'elles. Car la mobilité des frontières , par suite des guerres ou des traités qui surviennent y indique naturellement des variations dans l'arrangement des postes fortifiés : puisque telle province , par exemple , qui était autrefois ennemie , étant devenue partie intégrante de l'Empire ? le cordon des places qui la couvrait se trouve établi à contresens. De même telle place qui pouvait être regardée comme inexpugnable lors de sa construction ,

à cause de la rareté et de l'imperfection de l'artillerie à sa naissance , n'est plus qu'un misérable poste , où l'on ose à peine attendre aujourd'hui la sommation de l'ennemi. Il faut donc sans cesse travailler à remettre le système défensif en harmonie, soit avec les vues du Gouvernement , soit avec la topographie des frontières , soit avec les progrès de la science des attaques.

Cependant , ainsi que je l'ai déjà dit , il ne s'agit pas de tout détruire , pour atteindre à force de dépenses 7 à quelques degrés nouveaux de perfection ; mais il n'en est pas moins utile de recheerher les moyens d'arriver graduellement à cette perfection , et de corriger peu à peu ce qui se trouve de défectueux dans les établissent ns actuels.

Je n'examine point ici ce qui concerne la distribution des places sur la frontière , parce que les motifs qui déterminent leur position respective actuelle , peuvent changer , et qu'ils sont étrangers à Fobjet qui nous occupe 7 celui de défendre les places qui existent. J'observerai seulement, quant au nombre de ces points défensifs, que l'opinion des plus grands généraux a toujours été f qu'il valait mieux

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avoir peu de places , mais spacieuses , bien entretenues , Lien munies de toutes les choses nécessaires à leur défense , qu'une grande quantité de places médiocres ou négligées. Car de petites garnisons disséminées ne peuvent arrêter une armée ennemie , qui se contente pour l'ordinaire , pendant qu'elle va toujours , de les contenir par des corps détachés , jusqu'à ce que le défaut de subsistances les oblige à se rendre les unes après les autres. Ces petites garnisons , en devenant successivement prisonnières, affaiblissent l'armée principale , et l'ennemi se sert des places prises , comme de points d'appui et d'entrepôts , pour attaquer celles qui sont plus importantes. Une grande place , au contraire , soutenue par le voisinage de l'armée active , est très-difficile à prendre, très-difficile à bloquer , et l'ennemi ne peut la laisser derrière soi y sans s'exposer à avoir toutes ses communications coupées. La suppression des petites places , qui n'ont pas un objet important déterminé par leur position , bien loin d'être un inconvénient , serait donc une chose avantageuse à la défense des frontières , si les sommes que l'on dépense annuellement pour leur entretien y

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étaient reversées sur les places du premier ordre ? et qu'on ne négligeât rien pour que celles-ci fussent toujours en état de défense et d'approvisionnement complet.

Il ne suit pas de là que toutes les places abandonnées dussent être démolies; elles devraient demeurer villes fermées, afin de les mettre à l'abri de l'incursion des troupes légères et des petits corps détachés , qui n'auraient pas avec eux un certain appareil d'artillerie : ainsi les habilans de la campagne pourraient encore s'y retirer au besoin , avec leurs provisions en subsistance et leurs principaux effets.

Je viens à l'examen du mérite de chaque place en particulier, et de ce qu il conviendrait de faire pour la rendre capable d'une meilleure défense.

On convient généralement que les deux défauts les plus essentiels de presque toutes nos villes fortes , sont le manque de souterrains et celui de retranchemens au corps de place. M. de Vauban convient de ces deux vices radicaux ; il exhorte beaucoup ses successeurs à y remédier peu à peu autant qu'ils le pourront ; et c'est sans doute pour cela > que luimême avait imaginé le système des tours bastiounées , qui donne tout à la fois et

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des souterrains et une seconde enceinte servant de retranchement; mais quoique le procès-verbal des expériences faites le 7 brumaire an 8 prouve qu'on peut trèsbien y faire un feu soutenu d'artillerie , il est évident crue , dans cet essai , M. de Vauban n'atteignit pas le degré de perfection dont son projet était susceptible.

Ce n'est pas seulement comme pouvant servir de casemates à feu que les souterrains sont nécessaires : sous ce dernier rapport même , leur importance n est que secondaire ; mais ils sont indispensables pour mettre à couvert les magasins de toutes espèces, les poudres, les subsistances , les fours, les hôpitaux, les trains d'artillerie y et même les citoyens avec leurs effets. Car dans l'état actuel des attaques , on sait que sur des remparts dc> couverts , tout est foudroyé dès les premiers jours du siège , toutes les pièces de canon démontées , les affûts brisés , les magasins incendiés j sans que la grêle qui tombe et redouble continuellement permette de rien rétablir , sans un efîrayant sacrifice d'hommes.

Si pour remédier à ces maux , il suffisait de construire quelques bâtimens voûtés à l'épreuve , ou en serait quitte pour

une médiocre dépense. Mais les feux courbes ou verticaux sont aujourd'hui tellement multipliés y que ce peu de -magasins épars serait d'une faible ressource , et que ce ne serait pas trop y pour tous les objets crue les souterrains ont à remplir dans une place d'une étendue médiocre ., quand les remparts eux - mêmes seraient voûtés à l'épreuve dans toute leur étendue. Le second défaut majeur des villes fortes est le manque de retranchemens au corps de pla^e. Des que l'ennemi est logé sur la crête du chemin couvert , il voit en plein ce corps de place , il j fait brèche en trente-six heures , et se prépare de suite à donner l'assaut. Quelque déterminé que fut un gouverneur à le soutenir , quelque probabilité même qu'il eût de repousser l'ennemi ; osera-t-il risquer l'événement , s'il n'a pas de retranchement ? Osera-t-il exposer toute la population au pillage et au massacre ? Non , sans doute ; et qui pourra l'en blâmer ? Les ordonnances les plus rigoureuses ne prescrivent une plus longue résistance qu'autant qu'il j a un retranchement. Je suppose donc que le gouverneur y aura fait travailler aussitôt qu'il aura pu connaître le front d'attaque ; mais si cette attaque a été poussée vigoureuse-

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ment, si l'on a fait pleuvoir sur ce front et sur ses accès les bombes et les ricochets ; le retranchement sera encore bien imparfait ; et dans cet état ; il ne sera pas capable de rassurer les habitans , à moins qu'on ait une garnison forte , valeureuse et bien exercée ; et malheureusement il arrive presque toujours qu'on n'a que des dépôts , des vétérans et des recrues. Il faudrait donc un retranchement fait à l'avance et à loisir. Concluons que la réparation la plus essentielle à faire aux places anciennes , celle qui seule peut leur donner une grande valeur de résistance , celle qui seule peut ramener l'ancien usage des coups de main dans la défense -9 est la construction de ces retranchemens > en même temps que celle de vastes souterrains.

Les divers retranchemens qu'on a proposés dans l'intérieur des bastions , et même dans leur gorge > n'offrent que de faibles moyens, parce qu'ils sont trop resserrés , et qu'ils peuvent presque toujours être enlevés en même temps que le bastion lui-même ; surtout lorsqu'il- n'y a point de tenaille , comme cela a lieu souvent dans nos anciennes places , ou , si comme cela arrive presque toujours, on

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peut ouvrir la courtine entre la tenaille et le flanc du bastion.

On remplirait tout à la fois parfaitement bien dans ces anciennes places les deux objets importans dont nous venons de parler , celui des souterrains et celui des retranchemens , si dans l'intérieur de la place parallèlement au rempart on formait une nouvelle enceinte , par une caserne défensive continue , voûtée à l'épreuve de la bombe. Le sol de cette caserne serait un peu au-dessus de celui de la ville, pour éviter l'humidité ; elle serait séparée du rempart par une rue assez large pour que deux voitures pussent y passer ; le mur qui longerait cette rue serait crénelé , de Vautre côté seraient les portes et les fenêtres : enfin la maçonnerie de ce bâtiment ne devrait pas s'élever au-dessus de la crête du parapet dû rempart qui la couvre: seulement pour le commandement , elle serait surmontée d'un léger parapet en terre.

Si cette seconde enceinte paraissait trop coûteuse y ou que l'on n'eût pas besoin d'un si grand nombre de souterrains , on pourrait interrompre la caserne de distance en distance , en y suppléant par un bon mur de même hauteur . crénelé sur plusieurs rangs : mais quand on réfléchit à la

multitude d'objets que doivent recevoir ces souterrains , on demeure convaincu qu'il serait fort à désirer que cette caserne fût entièrement continue , au moins dans les petites places.

Avec un pareil retranchement , on peut hardiment soutenir autant d'assauts crue l'ennemi voudra en livrer ; et même si la garnison est bonne , défendre long-temps encore l'intérieur de la ville ; parce que quand même l'ennemi aurait fait brèche au retranchement , le plus petit fossé , le moindre obstacle placé derrière, l'arrêtera, tandis que sa colonne sera battue sur les deux flancs par les fusiliers retranchés dans les parties restantes de la caserne, et que cette même colonne , obligée de traverser la rue qui règne entre elle et le rempart, sera accablée par l'infanterie , l'artillerie et même la cavalerie de l'assiégé , qui viendront sur ses deux flancs le long de cette rue, par un front égal à toute sa largeur.

Les deux corrections dont nous venons de parler , doivent être regardées comme indispensables , si l'on veut que les pla ;es fortes soient réellement susceptibles d'une belle défense. 11 y en a encore une autre , à proposer , qui n'est pas moins impor-

il*

tante , c'est celle qui a rapport à la défense des chemins couverts.

Les chemins couverts n'ont aujourd'hui pour toute défense sur le front même d'attaque , qu'un double rang de palissades. Ce moyen } suivant l'expression du général d'Arçon , est bon tout au plus pour arrêter des enfans nus. En effet l'ennemi a bientôt ruiné ce double rang de palissades par ses ricochets ; les soldats qui la devaient défendre , sont la plupart tués ou estropiés par ces ricochets , les bombes et les pierres ; et enfin pris d'enfilade et chassés ou détruits par l'ennemi du haut de ses cavaliers de tranchée. Lorsqu'ensuite il vient l'attaquer de front et de vive-force, quelle résistance peut-il rencontrer ? Le peu de défenseurs qui reste est massacré en vendant sa vie le plus cher qu'il peut , l'ennemi s'établit dans le chemin couvert , et après l'avoir couronné , il en est tellement le maître, à cause du revêtement de la contrescarpe qui interdit tout retour offensif de la part de l'assiégé , qu'en deux ou trois jours de temps au pi us, il a élahli ses batteries , ruiné toutes les défenses des lianes , et fait brèche au corps de place.

J'ai déjà indiqué dans l'Ouvrage qu'on.

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vient de lire, quelques moyens d'atténuer ces graves incouvéniens ; tels que celui des bonnettes sur les angles saillans du glacis , et celui de ^suppression du revêtement de contrescarpe, du moins celui de la gorge des places d'armes rentrantes-, afin de donner lieu aux retours offensifs; mais si l'on voulait faire une dépense assez légère, il y aurait d'autres moyens beaucoup plus efficaces.

Premièrement la palissade a le désavantage , non-seulement d'être bientôt ruinée par l'artillerie de l'ennemi, mais encore d'empêcher les sorties. Si la palissade pouvait rester entière , ou du moins peu endommagée , elle empêcherait l'enlèvement du cbemin couvert par une attaque de vive-force ; et d'un autre côté , si elle n'arrêtait pas les sorties , elle laisserait la faculté de tomber à l'improviste sur les têtes de tranchée , et dempêctier, par conséquent , l'invasion qui doit s'en faire pied à pied , suivant la méthode de !VI. de "Vaûbau. Mais la palissade ne remplit ni l'une ni l'autre de ces deux indications , et ne fait par conséquent obstacle , ni à l'attaque de vive-force, ni au progrès méthodique des sapés. 11 s'agit donc de remédier à ces deux défauts, en procurant

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tout à la fois à l'assiégé , et le moyen assuré de faire des sorties subites , et celui d'arrêter tout d'un coup l'attaque de viveforce , quelque vigoureuse qu'elle puisse être. Or pour cela il ne faut que supprimer les deux rangs de palissades 7 et les remplacerpar une galerie crénelée et couverte, qui régnerait sur le chemin couvert , tout le long de la contrescarpe.

P our construire cette galerie , on élèvera premièrement sur le mur môme de la contrescarpe , tout au bord du fossé, un mur de deux pieds d'épaisseur: ensuite, à huit pieds en avant sur le chemin couvert, on en élèvera un autre de quatre pieds d'épaisseur, parallèle au premier.

Mais la naissance de ce second mur audessus de ses fondations , devra commencer à sept ou huit pieds au-dessous du terre-plein du chemin couvert ; et tout le long de *ce mur, du côté du glacis , on creusera un fossé ou corridor de neuf ou dix pieds de largeur , qui sera approfondi jusqu'au-dessus de ces mêmes fondations.

Les terres de l'excavation serviront à former tout le long du parapet du chemin couvert une pente douce ou en gradins en avant du mur, afin que se rangeant le long de ce mur dans le corridor, on puisse

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sortir tout d'un coup soit de front 7 soit en colonne, en franchissant la crête du gîacis.

Pour que l'assiégé puisse ainsi se ranger promptement dans ce corridor , le long du mur , il faut pratiquer dans ce mur , de dix toises en dix toises , des ouvertures de trois à quatre pieds de largeur , lesquelles seront fermées en temps de siège par des portes épaisses de quatre pouces , pour être à l'épreuve du coup de mousquet. Lorsqu'on voudra faire une sortie, on ouvrira une , plusieurs ou même toutes c*s portes , suivant qu'on voudra faire ces sorties petites ou grandes. Les troupes destinées à l'opération entreront par ces portés dans le corridor , qui est hors de la vue de l'ennemi, et partiront à un signal donné , soit en ordre de bataille en marchant droit devant elles ; soit en colonne, en marchant par le flanc vers le point qu'on voudrait attaquer.

La retraite se ferait par les mêmes portes, et en bon ordre, parce qu'on devrait toujours la faire à temps , pour ne pas se trouver aux prises avec les forces supérieures de l'ennemi.

Les deux murs parallèles dont nous venons de parler seraient crénelés, l'un ayant vue sur le grand fossé , l'autre sur

le chemin couvert; le premier servirait à prendre à revers l'ennemi et à faire feu sur lui , si par un événement quelconque il était parvenu à pénétrer dans les fossés de la place ; 4e second sert à faire feu sur l'ennemi qui se montrerait sur la crête du glacis , pour attaquer le chemin couvert de vive-force, et pour lui jeter des grenades dans son couronnement , qui n'eu est éloigné que de huit à neuf toises. Pour pouvoir lancer facilement ces grenades, il faut faire des crénaux plus larges et plus hauts qu'à l'ordinaire , qu'on espacera de trois pieds en trois pieds. Les créneaux du côté du fossé pourraient être plus petits ; mais il vaut mieux les faire de même , ou plus grands encore pour faciliter l'évacuation de la fumée, attendu que la galerie doit être couverte , comme on va l'expliquer.

Les <ieux rrmrs parallèjes n'étant éloi*gnés l'un <}e l'autre que de 8 pieds , on couvrira au moment du siège , toute la galerie de poutrelles jointives de 12 pouces d' épaisseur , appuyées par leurs extrémités sur ces deux murs; ainsi ces poutrelles n'auront qu'une petite portée ; et soutiendront très -bien l'effort de la tombe > eu les re croisant par une rangée

de semblables poutrelles , et recouvrant le tout de fascines , de terre et de gazon. Le relief sera régie de manière à ne point masquer le feu direct du corps de place sur les glacis. Enfin il faudra établir des communications faciles de cette galerie au fond du fossé ., soit par des escaliers , soit par des rampes.

,Au moyen de cette galerie 7 l'assiégé est à l'abri de tous les feux possibles : le couronnement du chemin couvert pied à pied devient impraticable, à cause des sorties subites qu'on ferait à chaque moment sur la tête des sapes , et des grenades qu'on ferait pleuvoir de la galerie sur les travailleurs. L'attaque de vive-force est également impossible , à cause du feu de mousqueterie à bout portant , et de la multitude de grenades qui partiraient des créneaux de cette même galerie.

Dans ce cas , pour reudre le mur encore plus inaccessible , on jettera dans le corridor qui est en avant, beaucoup de cbaussetrapes , et l'on j rangera , si on a le temps , des chevaux de frise ou des étoiles à six pointes , telles que celles que nous avons décrites. Il va sans dire qu'il n'y aurait plus de traverses dans le chemin-couvert.

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Comme ces galeries sont fort basses et faites pour tirer de fort près , il vaudrait mie jx zy servir d'espingoles que du fusil orninaire,

Mais, en général', la meilleure des armes pour la défense rapprochée est la grenade , parce qu'on peut la lancer de derrière les parapets sans se découvrir , et que l'ennemi ne peut l'empêcher de tomber dans ses tranchées. M. i? eg n ier y conservateur du dépôt central de l'artillerie, a par mon invitation , monté sur un petit ino» eicr à grenade une platine de fusil d'infanterie, et une espèce de fût avec, un crochet qui empêche le recul ; de manière qu'un homme peut très-aisément charger ce petit mortier, le pointer et le tirer seukomme un mousquet. Cette arme étant courte et maniable , on peut facilement l'ajuster par les créneaux d'une galerie couverte. Elle porte fort loin:

l'essai en a été fait au Chnmp-de-Mars •. avec une simple cartouche ordinaire de fusil , elle porte la grenade jusqu'à 5oo pas ou environ i ao toises, en passant pardessus les arbres : ainsi par son moyen on pourroit lancer des grenades en quantité depuis le corps de la place jusque dans la troisième parallèle qu'elles ren-

draient inhabitée , et même jusque dans les d«iî*»^plraces d'armes. Mais leur grand ef/H s'opérerait sur les eapitales dans hjs zizags , dans les têtes de sape , les cavaliers de tranchée , 1rs batteries du chemin couvert , la défense des brèches ; il faudrait qu il y en eût des magasins énormes dans chaque place un peu importante , et qu'on disposât sur les remparts des couverts pour les lancer par milliers sans être vu de l'ennemi ; ce qui est très-facile. Ainsi cette défense resterait encore à l'assiégé , lorsque toutes ses batteries de rempart seraient détruites. J'avais d'abord voulu faire lancer ces grenades par le simple effet d'un ressort , sans employer la poudre , mais cela ne rn'a point réussi • il attrait fallu des machines trop grosses et trop incommodes.

Il ne reste donc plus à l'ennemi que la ressource de la guerre souterraine , mais la construction 'même dont il s'agit donne ^encore à cet égard de grands avantages à l'assiégé -, car par le corridor , il lui sera facile de s'enfoncer dans l'épaisseur des glacis i et d'y pratiquer une multitude de fougaces et de camouflets , qu'on fera partir les uns après les autres , et qui désoleront l'assiégeant, bien plus, que les

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grands systèmes de contremmes qui n'existent presque nulle part, ^ue l'ennemi connaît toujours d'avance ; et qttll anéantit par ses globes de compression.

En admettant la galerie blindée dont nous venons de parler, les places d'armes rentrantes deviennent plus qu'inutiles :

elles doivent être supprimées, afin de rendre renfoncement où elles se trouvent beaucoup plus fort 7 et pouvoir le conserver après la prise des saillans. L'angle rentrant que fait la contrescarpe à cet endroit, y donnera naturellement à la galerie crénelée la forme d'un double flanc , où l'on pourra mettre du petit canon pour défendre le corridor, tant au chemin couvert du bastion qu'a celui de la demi-lune.

Cette construction pourrait être modifiée suivant les circonstances. Si l'on vouvoulait faire une dépense un peu plus considérable ; il vaudrait mieux , au lieu d'une galerie continue , former une suite d'arcades voûtées à l'épreuve ,' de trois pieds de largeur chacune, six pieds de longueur, et sept pieds de hauteur sous clé , les pieds-droits perpendiculaires à la contrescarpe. Ces arcades seraient ouvertes par -derrière et masquées du côté de la\ campagne, par un mur crénelé,

de trois pieds d'épaisseur. Chacune de ces arcades formerait ainsi une petite chambre voûtée de six pieds de long sur trois pieds de large, entièrement ouverte parderrière , et ayant par-devant un créneau pour jeter les grenades et tirer avec le fusil ou l'espingole. On y placerait facilement deux hommes, un, grenadier et un v fusilier, qui lanceraient alternativement, par ce même créneau , l'un sa grenade , et l'autre sa charge. Celte construction aurait sur la précédente l'avantage d'une plus grande solidité , d'une grande économie de bois et de temps au moment du siège : elte procurerait une immense quantité de petits magasins à l'épreuve ; et de plus, toutes les cases étant indépendantes les unes des autres , pourraient être défendues successivement. 11 serait à propos , cependant, qu'elles pussent communiquer entre elles par de petites portes faciles à masquer.

On doit remarquer que ce mode de retranchement sur le chemin couvert, exécuté , soit en blindage , soit en voûtes à l'épreuve , s'adapte parfaitement avec le mode de défense , fondé sur la multitude de feux verticaux proposés dans le premier Mémoire additionnel ; puisque l'assiégé

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étant parfaitement à couvert, soit dans sa galerie , soit sous ses arcades ., peut faire feu tant qu'il voudra de ces mortiers et pierriers établis par-derrière sans en être incommodé , tandis que l'assiégeant , quoique tout-à-fait voisin > y sera seul exposé; que de plus, il recevra encore tous les coups qui partiront des. créneaux de ces arcades ou galeries couvertes , que ses têtes de sape et son couronnement du chemin couvert en seront accablés ; et qu'enfin il y sera surpris à chaque moment par des sorties grandes et petites , soit de front , soit en colonne , exécutées si subitement , qu'il lui est impossible ni de les prévenir , ni de les repousser. *

En supposant cependant qu'à force de sacrifices , l'ennemi fût venu à bout de s'emparer du mur crénelé , il faut voir comment on peut lui opposer , lorsqu'il se présente sur le bord du fossé ou dans le fossé même , une nouvelle ligne de feux couverts, très-difficiles à démonter, quoiqu'il n'y ait point de souterrains sous les remparts, et que toutes les batteries de dessus aient été détruites.

Pour se procurer cette nouvelle ligne de feu, il n'y a qu'à ranger au pied de l'escarpe uu blindage en appentis , dans

lequel on aura percé des créneaux. Ce blindage formera une galerie continue lout le long des faces du bastion ; on y communiquera directement de l'intérieur par des galeries pratiquées sous terre-plein de ce bastion. Ce rang de blindage ne saurait être détruit par les batteries du chemin couvert , parce que la plongée serait trop forte ; car on sait qu'elles ne peuvent jsaper le mur d'escarpe qu'à la hauteur du tiers à peu près au-dessus du fossé. Ainsi , lors même- que la brèche sera faite , la galerie blindée subsistera encore avec ses communications dans l'in~ teneur ; elle servira de galerie d'écoute et pour distribuer des fougaces sous la brèche , de manière à y faire sauter l'ennemi tomes les fois qu'il viendra à l'assaut. Jusque-là elle servira comme une caponnière , à défendre le fossé.

11 me reste à faire une observation de la plus haute importance : c'est qu'il est trèspeu de nos places où la brèche n'entraîne forcément la chute entière du parapet. Je suppose, par exemple, que le revêtement jusqu'au cordon ait 36 pieds de hauteur, ce qui est un bon relief: il est aisé de voir que quand la brèche sera faite , les terres auront une saillie de 3 toises dans

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le fossé , et un rentrant de 3 toises derrière l'escarpe, en supposant que les terres prennent seulement un talus de 45°. Or } ce rentrant de 3 toises comprend le parapet tout entier*, il tombera donc dans le fossé, et le terre-plein du rempart sera tout à découvert. Cette chute du parapet fournit une grande quantité de terre à l'ennemi pour aplanir la brèche , et diminue de 8 pieds sa hauteur. On ne peut plus faire aucun mouvement sur le terreplein du rempart; les retranchemens , s'il y en a, sont eux-mêmes battus ; leurs batteries souterraines ou crénelées , sont détruites, et l'assaut devient très -meurtrier pour l'assiégé; très- difficile à soutenir.

Ce défaut est on ne peut pas plus grave, et je pense qu'on ne doit pas hésiter à reculer, partout où la brèche peut avoir lien , le parapet ', de la moitié de la hauteur de l'escarpe c'est-à-dire , de 3 toises, par exemple, si F escarpe a 36 pieds de hauteur; de 2 toises-, si l'escarpe a 24 pieds , et ainsi de suite des autres.

Telles sont les améliorations qu'on pourrait faire peu à peu , sans de grandes dépenses , aux forteresses déjà existantes, et particulièrement à celles de M. le ma-

réchal de Vauban. Mais s'il s'agissait de construire des places neuves } il n'est pas douteux qu'on ne pût faire infiniment mieux et beaucoup plus économiquement. Ce serait , il faut le dire franchement y à des hommes faits pour entendre la vérité j ce serait en renonçant au système bastion né ? qui y tout dispendieux qu'il est y n'atteindra jamais la perfection dont te simple système angulaire est susceptible. Ilja quelques années seulement que les casemates étaient absolument proscrites ; aujourd'hui elles sont nonseulement admises, mais regardées comme nécessaires t ei proposées par les plus habiles ingénieurs (i). De là à l'adoption du système angulaire il n'y a qu'un pas ; car si les casemates sont nécessaires , comment motiver maintenant le système bastionné qui n'en comporte point, qui n'a été imaginé que pour sauver les angles morts qu'il ne sauve pas , et dont il fourmille ? tandis qu'au contraire , ces angles morts disparaissent naturellement tous ,

(i) Voyez les Mémoires du général de cliyl- •ion Cliasseloup , inspecteur-gérie'ral des fortifications.

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dans le système à tenaille casemate. IL faut donc espérer que ce reste de préjugé n'existera bientôt plus , dans un corps aussi éclairé que l'est celui du Génie, dans un corps qui s'est acquis tant de gloire , et qui particulièrement a si fort contribué par son zèle et par ses talens 7 au succès des dernières campagnes^

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