‹ De la defénse des places fortesChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Il obligation de défendre lès placés fortes jusqu'à la dernière extrémité .., est imposée par les lois de là discipline militaire. Fausses objections contre ce principe. Un Militaire ii est responsable que de Texécutioîi des ordres qu'il reçoit. Il rie lui uppar tient a eh examiner ni tes motifs, ni tes conséquences.

C'est la discipline militaire tjiii fait la gloire du soldat et la force des armées, car elle est le plus grand acte de son dévouement et le gage le plus assuré de la victoire. C'est par elle que toutes les volontés se réunissent en une seule ; que toutes les forces partielles concourent vers un t. i. 2

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même Lut. Ainsi aucun obstacle ne se présente qu'elle ne l'anéantisse , aucune difficulté qu'elle ne la surmonte. La force qu'elle dirige , fût - elle très -inférieure à une autre dont les parties seraient divergentes y elle produira toujours des effets plus certains ; elle finira par la détruire , parce qu'en se concentrant successivement sur tous les points de cette dernière, elle opposera constamment le fort au faible. Enfin , c'est par cette vertu militaire qu'une poignée de Grecs abaissa l'orgueil des rois de Perse , qu'Alexandre porta ses armes victorieuses jusque sur les bords du Gange , que les Romains subjuguèrent tous les peuples du monde alors connu.

Parmi les Français y l'obéissance n'est point aveugle , et n'en est que plus héroïque : l'intelligence dont elle n'est jamais séparée , loin de la contrarier , lui sert à mieux exécuter les ordres qui lui sont donnés ; mais elle veut être établie sur la confiance, et l'abnégation qu'elle fait de ses propres lumières , est un hommage de plus qu'elle rend au chef qui la dirige,

La défense des places fortes est peutêtre la partie de l'art militaire , qui exige le plus de cette vertu supérieure , parce

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qu'elle y brille moins que sur les champs de bataille ; mais ceux qui se sont consacrés à ce genre de combats , n'en sont que plus digues d'admiration et de reconnaissance.

La discipline militaire nous impose à tous l'obligation de défendre jusqu'à la mort le poste qui est confié à notre fidélité. Les places de guerre sont de tous les postes les plus importans : ce sont des vedettes distribuées sur la frontière. Le devoir de ceux qui les défendent est le même que celui d'un corps de troupes qui serait établi dans un défilé pour en fermer le passage , et sur lequel reposerait la sécurité d'une armée. Sans doute un pareil poste ne serait pas abandonné h l'ennemi. Nous ne devons donc pas craindre , que la ponctualité et le zèle se montrent moins actifs dans le service des places que dans les camps , du moment que tout guerrier saura qu'ils y sont également nécessaires , qu'ils n'y contribuent pas moins à la sûreté de l'Etat et aux succès des conceptions de son auguste Chef , qui saura toujours les faire ressortir avec un éclat proportionné au dévouement qu'ils exigent.

Louis XiV , mécontent de ses gouver-

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neurs et commandans de places , leur adressa la lettre circulaire suivante, qui , depuis cette époque , a toujours été regardée comme la base des devoirs de ceux à qui ces postes sont confiés ; une ordonnance semblable avait déjà été rendue par Louis XIII , comme on le voit par cette circulaire même :

IV I o n s 1 e v n ,

Quelque satisfaction que j'aie de la belle et vigoureuse défense. qui a été faite dans celles de mes places fortes qui ont été assiégées depuis cette guerre , et bien que ceux qui y commandaient se soient distingués en soutenant pendant plus de deux mois leurs dehors, ce que n'ont point fait les commandans dos places ennemies , lesquelles ont été assiégées par mes armes ; cependant, comme j'estime que les corps de places peuvent être défendus aussi long -temps que les dehors , et que c'est sur ce principe que , dès le règne du feu roi mon très-honoré seigneur et père , il a été enjoint à tous gouverneurs de places de guerre , par une clause expresse qui s'est toujours depuis insérée dans leurs provisions , de ne point se ren-

dre , à moins qu'il n'y ait brèche considérable au corps de la place ? et qu'après y avoir soutenu plusieurs assauts *, j'ai jugé à propos de renouveler les mêmes ordres -à tous les commandans de mes places. C'est pourquoi je vous écris cette lettre pour vous dire, qu'au cas que laplace que vous commandez vienne à être assiégée par les enn émis, mon intention est que vous ne la rendiez point , à moins qu'il n'y ait brèche considérable au corps d'icelle, et qu'après y avoir soutenu au moins un assaut , et ne doutant pas , que vous ne vous conformiez avec tout le zèle que vous avez fait paraître en toutes occasions pour mon service , à ce que je vous prescris par la présente , je ne vous la ferai plus expresse ni plus longue , que pour prier Dieu qu'il vous ait, Monsieur , en sa sainte garde.

Ecrit à V ersailles , îe sixième jour du mois d'avril 1705. Louis,

Cependant quelques Militaires, même très-braves 7 se sont récriés contre la rigueur de cette ordonnance r et par là^ peut-être , ils ont fourni une sorte d'autorité à ceux qui ne cherchent que des prétextes pour se rendre promptement, il n'est qu'une réponse à leur faire:; c'est

que des Militaires ne sont point des législateurs , qu'un homme de guerre n'est responsable que de l'exécution des lois, qu'il commence à les enfreindre du moment qu'il se permet des réflexions sur les inconvéniens dont toutes, peut-être , sont susceptibles. La guerre est un état violent } elle entraiue des mesures extraordinaires et une foule de malheurs inévitables, qu'on ne souffre que pour en éviter de plus grands. Sans doute il est affreux d'exposer la population entière d'une grande ville à l'emportement d'un vainqueur qui peut l'enlever d'assaut ; mais n'est-il pas plus affreux encore , d'abandonner à sa licence et à la dévastation , tout le pays couvert par cette place ; d'exposer une armée dont elle peut couvrir le flanc et les derrières , à être prise à revers et à être complètement détruite , lorsqu'elle touchait au moment de recueillir le fruit de ses travaux ?

Mais c'est d'ailleurs mal saisir l'esprit du règlement , que de lui imputer le danger imminent de laisser passer au fil de l'épée les citoyens d'une ville. Ce règlement prescrit de soutenir l'assaut au corps de la place ; mais il le prescrit, parce qui! suppose que conformément

aux règles d'une bonne défense , le commandant n'aura point négligé de faire faire derrière la brèche , un retranchement capable d'arrêter l'ennemi tout court > quand même l'assaut lui aurait réussi. Ge commandant est condamnable , non pas précisément pour n'avoir pas soutenu un assaut , qui aurait pu compromettre le salut des habitans ? mais au contraire , pour n'avoir pas pourvu de bonne heure, à la sûreté de ces mêmes habitans , par la construction d'un bon retranchement , qui l'aurait mis en état de soutenir l'assaut avec sécurité.

La loi du 26 juillet 1792, art. 1er , interprète la lettre de Louis XIV ? par le texte suivant :

Tout commandant de place forte ou bastionnee , qui la rendra à lerinemi, avant qu'il y ait brèche accessible et ■praticable au corps de place ,, et avant que le corps de place ait soutenu au moins un assaut , si toutefois il y a an retranchement intérieur derrière la brèche , sera puni de mort , à moins qu'il ne manque de munitions et de vivres.

Mais ce texte ne justifie point le commandant de s'être rendu avant d'avoir sou-

tenu l'assaut , parce que cela ne le dispense pas de faire un retranchement , à moins que, par quelque circonstance imprévue , il n'y eût impossibilité constatée. Ainsi l'objection tombe d'elle-même, et la responsabilité du commandant reste toute entière -, sans que le salut des hahitans soit compromis.

Le coupable , s'il arrivait qu'une place fût par événement emportée d'assaut ?

après une résistance courageuse et bien entendue, ne serait point celui qui l'aurait soutenu au péril de sa vie , mais celai qui abuserait de sa victoire. Le premier a rempli héroïquement ses devoirs , le second déshonore son triomphe. Et qu'on ne dise point que le pillage est un droit de la guerre ; ce droit n'exista jamais que parmi les barbares ; les généraux les plus recommandables se sont , dans tous les temps , efforcés de le réprimer ; et souvent ils y ont réussi ,. ainsi que le fit M. le maréchal de Saxe , à la prise de Prague, qu'il emporta par escalade. Il y donna de si bons ordres , que les soldats ne commirent aucun excès dans la ville. 11 est vrai néanmoins qu'un gouverneur ne doit pas exposer la bourgeoisie à une semblable incertitude ; il doit commencer par assu-

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rer les derrières de la brèche par un bon retranchement , et la bourgeoisie ellemême y dont ce retranchement fait la sûreté ,' doit partager à cet égard les travaux de la garnison.

Si l'on veut avoir l'exemple d'une défense qui ait rempli les conditions prescrites par la lettre de Louis XIV , quoiqu'antérieure à son règne , il faut lire la relation du siège d'Hesdin , faite par le chevalier de Ville , qui en avait dirigé luimême , comme ingénieur , les opérations , sous les ordres de M. de la Melleraye , grand - maître de l'artillerie. lia ville d'Hesdin a soutenu plusieurs sièges i celui dont il est ici question eut lieu sous Louis XIII, en 1637. Les Français attaquaient la ville , et les Espagnols !a défendaient y sous les ordres du comte de Hanapes , gouverneur. La relation du chevalier de Ville peut servir de modèle en ce genre : comme elle renferme plusieurs réflexions utiles, et qu'elle donne une idée de la manière dont on procédait de part et d'autre dans la guerre des sièges à cette époque , j'en citerai plusieurs passages , en regrettant que les bornes de cet Ecrit ne me permettent pas de la rapporter toute entière.

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«Levendredy 20 may , l'armée s'ap- 7) procha à demie lieue de Hesdin , où » chacun prit son camp , et son champ de » bataille. A mesme temps que ceux de » la ville virent paroistre les nostres > ils » mirent le feu à tous les deux faux-bourgs » avec si grande haste , qu'ils n'eurent pas » loisir de porter rien de ce qu'ils y avoient » laissé*. 4

» Le dimanche 22 , les tranchées com- » mencerent à être ouvertes.

» Cependant le roy part de Sainct- » Germain le 2 5 may , toute la cour l'ac- » compagne ; chacun veut participer à » l'honneur d'une si glorieuse entreprise. » Toute la noblesse abandonne Paris , et » on n'y voit plus personne qui nesoithon- » teux d'y porter une espée.

5> L'éiîiinenîissime cardinal duc de Ri- 3) chelieu suit le roy le jour même. Dès- «iors chacun s'assure de la prise de Hes- » din ; on ne fait plus conte de ses fortifi- » cations , de la force de la garnison , et »de la quantité de canons et munitions » qu'on craignoit auparavant.

«Tant plus nous avancions le comble- » ment du fossé , tant plus l'ouvrage estoit » difficile , parce que les ennemis , outre «les mosquetades , ils se servoieat plus

» avantageusement de leurs artifices ; il » ne leur falloit plus jetter si loing les gre- » nades , les cercles , les pots à feu : ils » laissoient rouler au long de la bresche »les bombes, et décendoient avec des » chaisnes , des fagots et des gabions- cou- 5) verts de composition , et les arrestoient » et faisoient brusler où il leur sembloit » plus à propos.

» La réputation de ce siège estoit si » grande , que tous ceux qui habitoient » les provinces voisines y venoient pour le » voir , et plusieurs des pays fort éloignez. » Monsieur le nonce du pape , et Mon- » sieur l'évesque de Beauvais le viudrent » voir le io de juin ; et encor que leur » profession ne fust pas de s'approcher des » lieux périlleux, néantmoins ils y voulu- » rent aller , puisque le roy y a voit été. » Leur curiosité fut autant louée, comme »le reproche fut grand aux gentils -hom- » mes du pays qui n'y vindrent pas.

» Ces jours icy , les ennemis commen- » cèrent à ne plus tant tirer du canon » comme ils avoient accoustumé ; nous » conjecturâmes de là qu'ils avoient fautes » de boulets , ou de poudre ; ils ménage- » rent fort mal leurs munitions pour avoir »trop tiré au commencement et sans né-

» cessité; 'Ils en manquèrent à ïa fin, lors- » qu'ils en avoient plus de besoin.

» Les deux mines (aux bastions attaques «par Champagne et PiedmonU furent » toutes prestes après midi. Monsieur le » grand - maistre résolut de ne les faire » jouer qu'à six heures du soir , affin » qu'on île peust se loger de jour, parce » que la nuit nous estoit trop dommagea- » Lie pour les raisons que nous avons di- » tes. Il estoit advertj que les ennemis se » préparoient depuis plusieurs jours à sous- » tenir l'assaut , que le gouverneur Favoit «résolu, que les soldats y estoient tous » disposez , que les artifices estoient tout » prêts , et les retranchemens achevez. Il » jugea qu'une attaque ne se pouvoit faire » qu'avec pèrtè signalée dès nostres , et » particulièrement de quantité de genlils- » nommes de marque volontaires, et » qu'il n'èust pu empescher d'y aller des » premiers. 11 donna l'ordre pour faire » seulement un îôgémênt , où tout âussiwtôtonféroit des fourneaux , pour faire » sauter peu à peu . et sans perte des nos- » très , les retranchemens que les enne- » mis avoient préparés.

» Les montagnes voisines estoient tou- » tes couvertes de spectateurs , et tout es-

DES PLACES FORTES. â5

» toit couvert d'hommes. Par cet appa- »reil les ennemis cogneurent que nous » nous préparions à faire quelque grand « effort, bien plus que nous n'avions des- 5) signé: eux ne manquent pas aussi de » disposer tout ce qui estoit nécessaire »pour résister courageusement. Nostre » canon tire furieusement tout le jour , la « mosquetterie sans cesse > les trompettes »font les fanfares, tout est en mouvement. » Sur les six heures du soir on met le feu « aux deux mines , celle de Piedmont «fait autant d'effet que l'autre , encor « qu'elle n'est que la moitié de la poudre. «Je croj que de celle de Champagne, il « n'en prit que le premier fourneau , et «.que la saucisse en fut estouffée par l'é- «boulement de la terre, avant que le « feu peust aller jusqu'aux autres \ néan- « moins toutes les deux bresches estoient >i grandement ouvertes , et faciles à mon- 5) ter ; mais le malheur des passages et 5) ponts qui se rompirent, nous empes- » cherent encor cette fois d'aller plus avant. )) Tout à l'instant les ennemis se mons- « trent sur la bresche, quelques-uns à dé- )> couvert, font leur salve , roulent en bas » des chevaux de frise montez sur deux » roues > jettent quantité de grenades, de t. i. 3

âb DE LA DEFENSE

» cercles , de pots y et toutes sortes cTaiv- » tifices couvrent la brcsche de feu. Les » mosquetades sifflent sans cesse de tous » costez , tout est couvert de fumée , de » nostre canon } de leurs feux et de leurs » mosquets. Ils crient , ils s'exhortent les » uns les autres , et témoignent qu'ils se » veulent défendre sans crainte -, ils se m mettent à travailler derrière la bresche , » nous voyons jetter la terre , .et quoyque » nostre canon tirast furieusement contre » ces lieux , ils ne cessoient pas de tra- 5) vailler et de tirer*

» Le vingt -huitième juin , sur les six à 5) sept heures du soir on commanda de 59 donner. Ceux de Beliefont et de Mon- » dejus s'advancent. vers l'ennemi et vont » à la bresche. Le Chenoy ; capitaine du » régiment de Monde jus 7 avec Dumont ? » se tiennent là-dessus à la mercy des » mosquetades qui pleuvoient sans cesse. » Les soldats commandez les suivent , et- » se mettent en devoir de travailler, Ceux » des tranchées tirant continuellement nos 5> canons de toutes les batteries , n'inter- » rompent point de tirer dans les parapets » et lieux où ceux de là place faisoient 5> leurs deffenses ; mais cela n'empeschoit » pas que les ennemis ne fissent pleuvoir

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«une espaisse gresle de mosquetades.

5) Les bombes roulent au long de la bres- » clie , les grenades crèvent de tous cos- D) tez , et les pierres volent partout. Les )) cercles } les pots à feu , les gabions 33 bruslans , et tous les autres artifices cou- » vrent toute la bresche de feu \ on ne sait » où se mettre , le péril est partout -, les 3> uns sont tuez des eoups de mosquets , Ti les autres estropiez des grenades , tous 3) sont blessez par quelqu'un de ces tirs ; )) il n'en revient point de sauve. On veut 3) recommencer l'effort , mais ceux de de- » dans n'interrompent point leur deffence ; 3) ils se rafraischissent les uns après les au- 3) très , et la résistance est aussi puissante 3) à la fin qu'au commencement 7 telle- 3) ment que les derniers n'ont pas meilleur 3) traitement que les premiers. Avant que 3) les uostres puissent commencer à tra- 3) vailler ils sont tuez ou blessez , et tant 3) plus nous persévérons , tant plus la 3) perte des nostres est grande ; les enne- 3) mis ne se rebutent pas y parce qu'ils sont 3) à couvert et qu'ils reçoivent peu de mal 3) et en font beaucoup : et les nostres au 33 contraire en reçoivent sans en faire , et 3) Sans pouvoir advancer le travail. Jamais

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3) attaque n'a esté plus opiniastre n> 3) mieux soutenue.

)) Il fut résolu de faire le lendemain d deux fortes attaques par les deux passais ges du fossé , et d'autres sur des ponts î) de bois et de joncs , pour aller aux au- 33 très lieux ruinez , à la cortine et aux 5) flancs y aussi rompus et aussi aisez à î) monter que ceux où la mine avoit jouez. 3) Tous se retirèrent pour faire un plus d grand effort le lendemain.

)) Au lever du soleil,, environ une heure i) après que le sieur de la Fregelière fut v tué , un tambour vint sur la bresche qui î) bat la chiamade. On cesse de tirer ; il )) se ïïionîre , et dit que ceux de la place )j denmul oient à parlementer.

3) Les articles qu'ils prétendoient furent » portez au roy, qui en retrancha et ajouta )j ce qu'il trouva à propos ; enfin , après » quelques demandes et quelques répon- )) ces , ils furent conclus sur le midy avec )) les conditions qui s'ensuivent.

» Il leur fut accordé que toute la garniy) son sortiroit le lendemain 3o juin , à dix 3) heures du matin , avec leurs armes , )) chevaux et bagages , tambour battant, renseigne déployée, balle en b uche et )) mesche allumée des deux bouts ;

DES PLACES FOUTES. 2$

5) Qu*ils pourroient emmener deuxpiè- )) ces de canon , l'une de vingt et l'antre 3) de vingt-quatre livres de halle , et un 51 mortier , avec quatre tonnes de mes- » ches , etc. y etc.

» Il sortit treize cents hommes à pied 2> sous les armes , et environ cinq cents «sur les chariots, tant hlessez , que ma- 5) lades , que paysans , et six - vingt che- » vaux-légers. Il y avoit , outre cela, plus à de quatre mille femmes et près de cinq s cents chariots , sans ceux que nous leur )) avions fournis , chargés de meubles et » de personnes. Le Roy les voulut voirï) sortir > et parla au gouverneur , le loua t> de la deffence qu'il avoit faite , et hiy té- » moigna qu'il faisoit estime de sa per- )) sonne.

m Les murailles du costé de l'attaque » estoient fort gastées > à cause, des cinq » bresches qu'il y avoit , à chaque face du « bastion une de seize toises d'ouverture » d'assez facile montée, les oriilons et si flancs tous rompus > et une autre bres- 51 che à la cortine. Dans le bastion qui es- 5) toit attaqué par Piedmont ? ils avoiejit » fait plusieurs retranchemens les uns après d» les autres. Du costé de l'attaque de s Ghampa-gne , ils estoient meilleurs. Un

!) fossé creusé dans le rempart tout au long 5) de la cortine ? palissade comme les au- 5) très , servoit de retranchement eu cet 3) endroit.

î) Ils avoient aussi préparé quantité d'ary) tifices pour défendre la bresche , quan- > tité de grenades et des Lombes , des » cercles , des pots à feu , des fagots en- 5) soufrés , des gabions guéderonnez et 5) plusieurs autres semblables.

» Outre cela, à chaque flanc il y avoit 5) une pièce de canon pointée vers la hres- 7> che , qu'il fut impossible de démonter, 3) à cause que les orillons les couvroient, yi encor qu'on les eust tellement rompus , 3) qu'on pouvoit facilement monter «a î) haut. ))

On voit par ces citations . que ce qui avait été prescrit par Louis X1I1 aux gouverneurs français y et ce qui l'a été depuis par la lettre de Louis XIV , avait été observé dans la défense d'Hesdin par le gouverneur espagnol. Il y avait cinq brèches au corps de la place , et il avait trouvé moyen avec sa petite garnison de faire faire des retranchemens à chacune d'elles. Les assiégeans avaient inutilement tenté de s'y loger, ils en avaient été repoussés vigoureusement, et tout était disposé pour

soutenir au besoin une attaque générale de vive - force } sans compromettre le salut des habitans.

Cependant cette défense est plutôt sage que brillante ; elle aurait pu être poussée beaucoup plus loin , et peut - être leûtelle été comme l'assurèrent les assiégés après la capitulation , si la poudre , qu'ils avaient inutilement consommée dans les commencemens > ne leur eut manqué.

Néanmoins, puisque cette défense satisfait à ce qui a été prescrit depuis par la lettre de Louis XIV ? on peut conclure que le devoir qu'elle impose > n'est rien moins qu'excessivement sévère. Et en effet y il est bien en arrière de ce qui se pratiquait chez les anciens , de ce qu'on a vu encore dans grand nombre de sièges qui ont eu lieu seulement depuis Charlemagne > avant et après l'invention de la poudre > du temps même de Louis XIV , et postérieurement à lui ; et lorsqu'on pense que cette circulaire a été provoquée par le maréchal de Vauban, l'homme le plus philantrope , peut-être , de tout le siècle d'alors , on ne peut s'empêcher de demeurer convaincu , que cette mesure était indispensable, et peut-être insuffisante. Ge grand ingénieur > non

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moins illustre par ses travaux pour l'administration civile , rrue par ses exploits militaires , ajoute à cette circulaire rapportée dans son Traité de la défense des Places / les réflexions suivantes.

« La plupart des places mal défendues, » l'ont moins été par le peu de courage 3) des gouverneurs , que parce qu'ils n'en » ont pas entendu la défense. La raison » de cela , c'est que tous les gouvernées mens sont donnés ou achetés ; ceux qui 3) sont donnés , le sont ordinairement à de » vieux officiers pour récompense de leurs y services, sans faire beaucoup d'alten- 3) tion à leur capacité , que l'on suppose s plutôt telle qu'elle devroit être, quon 3) ne la connoît , en quoi l'on se trompe y. fort. Beaucoup de ces officiers , qu'urv x peu de faveur a aidés à faire le chemin , 5) ne songent guère qu'à faire leur cour, et :» à faire valoir leur gouvernement , pour 3i avoir de quoi subsister une partie de 53 l'année à Paris et à la cour, où ils résilient le plus qu'ils peuvent. Sont -ils a obligés de venir dans leur place ? c'est à 3) condition de n'y demeurer que le moins v> qu'ils pourront , et sur le pied d'y tenir :» table de jeu , de. bonne chère , et d'al-

)) 1er en visite dans les environs faire des «parties de chasse y etc.; c'est à-peu-près 5) tout ce qui les y occupe : d'application à » hien connoître le fort et le foible de leurs )) places y aucune , ou si peu , que ce peu yt ne les rend pas plus savans. Très - rareyt ment se donnent-ils la peine d'examiner 5) le détail de leur garde, de visiter les 5) postée , ni de faire quelque ronde ; et 5) quand je dirois que pas un ne l'a fait au » temps où nous sommes , je ne croirois ï pas mentir. Il y a plus que cela , c'est » qu'ils ne la font , ni de jour ni de nuit , » dedans ni dehors , ni près ni loin. C'est » une inapplication générale à étudier leur )) fortification , et leur usage , le rapport )) que les pièces qui la composent ont en- )> tre elles en générai et en particulier ; les » protections qu'elles se peuvent récipro- )) quement donner ; les chicanes dont el- » les sont capables; le mal qu'elles peu- » vent faire à l'ennemi ? tant qu'elles sont » en notre pouvoir , et celui que nous en » pouvons recevoir quand nous les avons éperdues. Ce sont toutes choses qu'ils )) devroient savoir parfaitement. Cepenî) daut je puis dire que de tous les gouverîmeurs que j'ai connus , j'en ai fort peu î) vus qui se soient donnés la peine de s'en

» instruire. Ce qui fait que peu d'entre » eux entendent les accessoires de leur dé- » fense, l'usage qu'ils pourroient faire de yt leur fortification , si elle étoit Lien en- » tendue , et jusqu'où se peut porter une )> bonne défense. Ils ne savent jamais ju~ )) ger sainement du degré de force ou de » faiblesse , où ils se trouvent pendant les » accès du siège. Pas un n'entend îe ménay gement des munitions , ni de quelle » quantité il en a besoin y ce qui fait que » tous font des demandes fort extraordi- » naires , et que quelque quantité qu'ils » en puissent avoir , ils en manquent tou- » jours y parce qu'elles sont la plupart î) dissipées et très mal économisées.

» On peut dire la même chose des ar- » mes de rechange , à. quoi ils ne font pas î) grande attention avant que le besoin les d presse. Ils savent encore moins le nomd bre et la quantité de troupes qui leur )) sont nécessaires ; jusqu'à quel point et )) comment il les faut ménager dans un » siège,, pour ne les pas exposer mal à y propos : la même chose de l'usage de yi leur canon. Tous attendent à travailler m à leurs retranchemens , jusqu'à ce que •» l'ennemi les presse ; c'est-à-dire, quand 3 il n'est plus le temps de le faire , par la

«quantité de boulets, de bombes et de n pierres qui pleuvent de tous côtés sur tu les pièces attaquées (qui sont celles qu'il » faudrait avoir retranché de bonne heure), )> ce qui leur cause pour lors un empêche- 5) nient qu'ils ne sauraient plus surmonter. )) Rien n'est donc plus commun que de » voir des gouverneurs qui n'entendant » point la défense de leurs places , y font » des fautes très-grossières 5 le tout, parce v qu'ils ne s'y sont pas préparés , faute de 3> résidence , d'étude et d'application. De » là suit nécessairement l'étonnement et « l'embarras où ils se trouvent , quand ils » se voient assiégés , ce qui produit pres- )) que toujours une très-mauvaise défense ; î) au lieu que s'ils demeuroient plus assi- » dûment dans leur place , qu'ils s'appli- « quassent à les bien connoître, en y em- )) ployant deux ou trois heures de temps )) par jour ; qu'ils en fissent souvent le tour » dehors et dedans ; qu'ils consultassent » ceux qui les viennent voir , et qui ont la 3> réputation d'y entendre quelque chose; )) qu'ils en fissent des extraits relatifs à un )) bon plan , ils pourroient , dans une an- 3) née ou deux de temps , se rendre capaî) blés et très-savans. Sans cette ap plie a- » tion , un homme commandera fort bien

i> dix années de temps dans une place > »saus mieux la connaître que le premier » jour. Ce qui est ici reproché aux gou- » verneurs se doit appliquer aussi aux w lieutenans de roi et majors , qui sont )) pour l'ordinaire les second et troisième » commaixians de la place. »

Plus loin , M. de Vauban s'exprime de la manière suivante :

te Entre ceux qui défendent mal les pîa~ y\ ces , on pourroit mettre les officiers gé- » néraux et commandans particuliers qu'on Si y envoyé dans l'attente d'un siège , pour » suppléer au défaut des gouverneurs , du '.v savoir-faire desquels on se défie. Ceux- » ci n'ont peut-être jamais vu la place dont » il s'agit que cette fois -là : comme ils ne 3) la peuvent pas connoître en si peu de » temps y ils sont sujets à commettre de » terribles fautes ; ce qui ne leur arrive » que trop souveni. D'ailleurs le gouver- » neur , qui est toujours fâché de ce qu'on «lui donne un maître , ne s\>uvrc à lui 3) que le moins qu'il peut : il ne lui donne 3) pas grande connoissance de ce qu'il pense, y et tout cela concourt à la perte des plad ces, de la défense desquelles l'un et Tau-

yi tre s'acquittent fort mal. Après quoi , et h lorsqu'ils sont dehors , on les voit se dé- )> chaîner contre elles , les décrier et leur y\ imputer des défauts qu'elles n'ont point, 5) et que la plupart ne connoissent pas. î) Foible moyen pour excuser leur igno^ » rance , pour ne pas dire leur lâcheté!

î) Il seroit à souhaiter que les gouverne- » mens des places ne fussent donnés qu'à y) des officiers dont la capacité dans la for- » tification et le service de l'infanterie se- »roit entièrement connue; elles se dé«ï) fendroient tout autrement qu'elles ne le )) font aujourd'hui , où les meilleures et »les plus exactement fortifiées ne font îî guères plus de défense que les médio- » cres. Quand Menin , l'une des bonnes » places du royaume , s'est rendue 7 je me j) suis laissé dire qu'il y avoit encore deux n demi-lunes à prendre , les descentes du «fossé à faire , un flanc de la place qui h n'ayant pour opposé que l'inondation , ne y) pouvoit être battu ; ce flanc défendoit le « bastion le plus endommagé de l'attaque. » Celui de la droite ne l'était que très-peu: )) plus de réflexion et de connoissance de î} la fortification auroient fait valoir ces )) deux demi-lunes , toutes deux fort bonii hes et très-bien revêtues , et nous auroit T. I. 4

y, épargné la lion te d'avoir perdu une aussi îî bonne place en si peu de temps. 11 fau- » droit exiger des gouverneurs , pour em* )) pécher des exemples de cette nature > un )) projet de défense , après qu'ils auraient » fait un an ou deux de séjour dans leurs )) places; ce projet servirait à faire côn- )) noître leur capacité dans la défense. La î) nécessité de le dresser et d'en rendre » compte eux - mêmes les mettrait au «moins dans l'obligation de donner quel- » que application à leur métier , et d'étu- » dier la fortification. Si , après plusieurs i) projets de défense , on ne leur aperce- » voit aucune capacité , aucune connoisw sance de la bouté de leur place ? et de la » défense que peut faire chaque ouvrage î) en particulier , il faudrait les priver de )> leurs emplois. On sait assez le bien qui » résulterait d'une pareille chose , sans m qu'il soit nécessaire de l'expliquer. »

On voit par ces réflexions du maréchal de Vauban , qu'il attribue , et sans doute avec raison , la mauvaise défense des places à l'ignorance des commandans, plutôt qu'au manque de courage En effet } un commandant qui a vu l'ennemi s'approcher en peu de jours et presque sans diffi-

DES PLACES FORTES. 3g

culte; de la queue des tranchées jusqu'au bord du fossé , malgré toute l'artillerie des remparts , s'imagine en voyant cette artillerie entièrement démontée et ses feux presque éteints y qu'il ne faut plus à l'assiégeant que quelques heures pour aborder le corps de la place ; et , effrayé du danger que courent la garnison et la bourgeoisie y il n'ose tenir davantage , c'est-à-dire y qu'il se rend lorsque la véritable défense ne fait pour ainsi dire que de commencer ; il n'est pas en état de rassurer les autres , puisque lui-même il n'a plus de confiance dans ses propres moyens. Il en serait tout autrement , si le chef connaissait les ressources que lui offre sa situation , s'il avait su économie ser ses munitions 7 s'il savait ordonner un bon retranchement y faire des sorties à propos , employer les contre - mines et les fougaces.

Remarquons bien que ce prétexte , fondé sur le danger auquel un assaut au corps de la place expose les habitans, n'a pas même lieu pour les citadelles , forts et châteaux , où il n'y a point de bourgeoisie , et qui composent à eux seuls la plus grande partie des postes défénsifs : la garnison y est 7 connue dans

une redoute , fermée et fortifiée avec le plus grand soin, parce qu'elle doit servir de point d'appui à un corps d'armée. Or , quel est le militaire qui pourrait entendre parler de capitulation dans un pareil poste ? Vest le poste d'honneur , c'est le passage des Thermopjles : et que dirait aujourd'hui l'histoire, de Léonidas et de ses trois cents Spartiates , s'ils eussent capitulé ?

« J'avois résolu (dit le chevalier de Ville » dans son chapitre des Capitulations et » Redditions des places) de ne point met- » tre ce chapitre , pour faire entendre aux » gouverneurs qu'ils ne doivent jamais ca- «pituler, et que c'est celuy auquel ils » doivent moins étudier ou savoir j toute- » fois parce qu'il peut arriver qu'après une » raisonnable résistance , le prince veut » qu'où rende la place pour plusieurs con- » sidératious qu il peut avoir , et parce » qu'à la fin le lieu et la terre manquent » pour se retrancher , ou qu'on n'a plus » de soldats pour se deffendre , ou des j) munitions pour tirer, ou des vivres » pour se nourrir, on est contraint de » capituler.

» C'est une chose Lien certaine , que

» jamais on ne refuse composition lors- « qu/on la demande , en cruel état qu'on » soit j et crue le gouverneur est Lien plus » estimé , et a plus d'honneur d'avoir » mauvaise composition pour s'estre trop » bien de f fendu , epe de se rendre trop » tôt pour avoir quelque avantage : c'est » en quoy plusieurs gouverneurs mal expérimentés ontfailly et se sont rendus « infâmes , eux et leur postérité , pour » n'avoir pas soutenu autant qu'ils dévoient, » de peur que l'ennemy ne leur feroit » point party , s'ils se deffendoient jus- « ques aux derniers travaux. Puisque nous » avons vu plusieurs faire cette faute ? je » pourrois donner cet advis , que l'enne- » my , quelque force qu'il aye , ne peut « prendre une place médiocrement forti- «fiée } mais bien deffeudue ; qu'il n'y » vienne pied à pied avec le temps , et que «l'attaque a tous ses ordres et sa suite ? «comme nous avons cy- devant escrit. II « faut que l'ennemy se campe , fasse ses «batteries et tranchées , force les dehors » et contrescarpes y rompe les deffences « et flancs , passe le fossez , fasse jouer » la mine ou fasse bresche avec le canon ; « et après cela , qu'il se loge là-dedans , «se rende maistre des retranchemens ; et

» qu'au dernier le gouverneur sera reçu à «composition très - honorable , aura la » gloire de s'estre deffendu vaillamment , » sera loué des ennemis et estimé de son :> prince.

» Je n'approuverai jamais ( dit M. de aFeuquières) la conduite des gouverneurs » qui croient se devoir ménager une ea- » pitulation avec ce qu'on appelle fausse- »ment des marques d'honneur, que je » crains fort que les fautes dans la detfence 5> ou la capitulation prématurée ne leur » aient acquises.

» Je tiens ces marques d'honneur pour 5) véritables marques de honte , et je » crois que l'attaquant est Lien plus dispoj) se à traiter avec des marques d'honneur »un gouverneur qui lui dispute tout son »terrein avec capacité et valeur, et qu'il » voit encore en disposition de lui vendre » bien cher ce qui lui en reste, que non « pas celui dont la deffence a été sans ca- »pacitéet sans valeur, et qui par conséaquent n'aura pas mérité l'estime de « l'ennemi. »

11 fallait sans doute que l'illustre maréchal de Fabert fût bien pénétré des devoirs qu'impose la charge d'un gouverneur , lorsqu'il disait : Si pour empêcher

qu'une place que Je roi ni aurait confiée y tombât au pouvoir de 1 ennemi, il ne fa 1/ oit que mettre à la brèche , ma personne , ma famille et tout mon bien , je ne balancer ois pas.

Un autre officier également célèbre, le brave d'Essé , qui avait déjà forcé Char- Îes-Quint à lever le siège de Landrecies ; étant malade à sa terre de Panviller dans le Poitou , et ne craignant rien tant que de mourir dans son lit , reçut inopinément ordre du roi de se rendre à Tliérouanne , qui était menacée par les ennemis y pour en prendre le commandement , et partit aussitôt. «Le voilà donc » arrivé , dit Brantôme, devant le roi, »qui lui en fit de sa bouche le second » commandement , auquel il dît : Sire , y) je m y en vais donc de bon et loyal » cœur ; mais j'ai ouï dire que la place » est mal envitaillée , non pas seulement y> pourvue de pâlies , de tranchées ni m de hottes pour remparer et remuer la » terre ; mais lo?*s , quand entendrez » que Thérouanne est prise , dites har- » diment que d'Essé est guéri de sa jailli nisse et mort. Et ainsi comme il le dit,

» ainsi le tint-il , car il fut tué sur la brè- » che , par un soldat espagnol , d'un coup » d'arquebusade. »

La conclusion précise que nous tirerons de ce chapitre , c'est qu'un officier chargé de la défense dune forteresse y s'il ne songe qu'à mettre sa responsabilité à couvert , peut se borner à la stricte exécution de ce qui est prescrit par la circulaire de Louis XIV ; mais que s'il veut marcher sur les traces des Jeanne d'Arc , des Bayard, des Guise , des Chamillj ? il ne se contentera point de paraître sur la brèche une fois pour la forme ; il en chassera vigoureusement l'ennemi autant de fois que celui - ci osera s'y présenter ; il emploiera tout ce que le courage et l'industrie réunis pourront lui suggérer pour ralentir et détruire les travaux de l'assiégeant. 11 se hâtera de faire de solides retranchemens derrière les brèches > et plusieurs les uns derrière les autres ; il les défendra tous successivement avec la plus grande obstination , et enfin il ne proposera de capitulation que lorsqu'il n'en

restera plus qu'un c'est - à - dire , lorsqu'il verra que cette capitulation est devenue nécessaire au saint des habitans j et qu'il pourra dire ? comme François 1er : tout est perdu, hormis l honneur.

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