INTRODUCTION
En 1775, Scheeie découvre dans des calculs urinaires et dans l’urine l'acide lithique , que nous appelons aujourd’hui l’acide urique. Dix-huit ans plus tard (1793), Forbes utilise cette découverte, et formule une théorie de la goutte identique à celle que beaucoup d’auteurs soutiennent aujourd’hui : rapprochant les concrétions qui se forment chez les goutteux des graviers qui se déposent dans les voies urinaires, il émet l’opinion que ces deux altérations doivent reconnaître la même cause, et il déclare que « le dépôt de l’acide lithique dans les diverses parties du corps témoigne assez de sa présence dans les humeurs de l’économie. »
Cette supposition de Forbes, qui assimilait les tojdius des goutteux aux graviers des calculeux, ne devait être confirmée que quatre ans plus tard (1797!, quand Wollaston découvrit que les concrétions goutteuses sont formées par de l’urate de soude.
En France, plusieurs auteurs, et surtout Andral, Rayer, Cruveilhier, Ch. Petit arrivent, par leurs recherches personnelles, à la théorie déjà formulée par Forbes ; et tous supposent, sans pouvoir le démontrer, que les altérations goutteuses doivent se rattacher à la présence de l’acide urique dans le sang.
Cependant ce ne fut qu’en 1848 que Garrod, par ses ana-
lyses du sang, donna à ces hypothèses la sanction d’une preuve directe ; et dès lors, malgré quelques oppositions, il fut admis presque généralement qu’il existait une relation intime entre l’altération du sang par l’acide urique et les altérations qu’on rencontre chez les goutteux.
La diathèse urique, déjà soupçonnée et admise sans preuves, était maintenant démontrée ; elle rendait compte des concrétions articulaires et des tophus chez les goutteux, et aussi des graviers chez les calculeux.
Mais on ne s’en tint pas là ; en possession d’une donnée positive, la présence d’un excès d’acide urique dans le sang chez les individus atteints de goutte articulaire, on pensa que l’on tenait la vraie cause de la maladie, la matière morbifique, comme auraient dit les anciens ; et, non content de lui attribuer les lésions de la goutte articulaire et de la gravelle urique, on lui imputa tous les accidents qui relèvent de la goutte, y compris les maladies viscérales. C’était sortir des données positives; car rien n’indiquait un rapport quelconque entre les troubles matériels ou fonctionnels des viscères et les concrétions uratiques ; et même on ne pouvait s’appuyer sur l’altération du sang qui, dans ces cas, n’était pas démontrée. Mais je ne veux pas m’arrêter ici sur cette question, qui era longuement discutée ailleurs.
— Jusqu’ici je n’ai parlé de la dyscrasie urique que dans la goutte. L’observe-t-on dans d’autres maladies? Assurément, et dans bon nombre de maladies aigues ou chroniques, on trouve un excès dans la formation de l’acide urique. Ici, à la vérité, l’altération est ordinairement passagère ; on n’observe plus de lésions uratiques, de concrétions ou de tophus, mais la dyscrasie est démontrée par la quantité exagérée d’acide urique qu’on trouve dans les urines.
- — D’après ce qui précède, un travail sur la diathèse urique devrait comprendre à la fois l’étude de cette dyscrasie, et dans les cas où elle passagère (maladies aigues), et dans les cas où elle est plus ou moins persistante (goutte et gravelle). Nous étudierons donc la diathèse urique sous ces deux points de