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De la dictature occidentale

Jamais les peuples n* atteigaeikt ee qu'ils s'efforcent d'obtenir; ^ toujours se voient-lis, aprbs tous leurs efforts, réduits^ à

la néctissité, bien humiliante à [apparence, mais au fond salutaire, de modifier leurs prétentions et de se soumettre précisément à ce qu'ils ont voulu écarter ou détruire.

Les déceptions des révolutions de 48 s'évanouirent bientôt dans un état de choses qui différait de celui que presque toute l'Europe voulut détruire à jamais, seulement en ce que toutes les forces de la réaction et de la centralisation s'étaient ^ au^entées et avaient gagné une tension plus forte.

Le rêve de Tégaiité démocratique se dissipa dans la reconnaissance forcée d'une cBscipline bien plus sévère que celle dont on avait brisé les faibles liens; les peuples qui, comme les Français après la chute de Taristocratie et de la royauté, se croyaient les mattres d'eux-mêmes, se virent tout à coup subjugués par un mailre absolu; les provinces et les royaumes dépendants, soulevés pour se dérober à Tin*

Préface.

fluence atténuée de leur centre politique, furent contraints à se soumettre à une centralisation que tout le monde avait cru impossible jusqn* alors; les mêmes commotions desquelles on datait l'ère d'une nouvelle liberté, aboutirent à la dictature et à Tcmpire de la force, — Tindividualisme qui se croyait Tunique résultat et le but exclusif de ces commotions, se vil tout à coup enchaîné à Tiuipcrialisme et au despolisme.

C'est ainsi que les peuples, dans le moment prés^t, se nourissent de Fespérance que Tascendant d*une puissance qui seule, selon Topinion publique, s'opposa au progrès et à la liberté européenne, sera brisé à jamais. Puisque l'ancien état de choses tombe en dissolution et qu'il n* y a rien qui ne tende à s'écarter des [ïcn^ t|ui refrénaient jusqu'ici les esprits et les velléités, ou est convaincu qu'il ne coûtera qu'un pas pour former la . nouvelle combinaison de tous les intérêts, soit privés, soit publics, correspondante à leur tendance naturelle et spontanée. Puisque les positions des puissances sont entièrement changées, toutes les traditions ébranlées, toutes les alliances traditionclles suspendues ou prêtes k se rompre, on croit quun mot sufiira pour restituer aux nattons la faculté de prendre leur assiette naturelle et de fonder leur confédération sur la base de Tégalité et de la justice.

Ex en dépit de toutes ces espérances précipitées, au même moment o& la puissance orientale se tient sur une défensive dont les moyens sont encore en leur entier, il se présente déjà des prétendants à une place qui n'est pas encore vacante. Tandis que les peuples se flattent d*un proche «venir qui achèvera l'oeuvre de leur régénération et de leur

Préface.

éiuancipatioB , la dictature occidentale s'apprête à remplacer sa rivale orientale.

C'est la latte d'une nouvelle dictature contre une prépondérance devenue de plus en plus gênante pour ses concurrents, qui se prépare au fond de la crise actuelle. Tandis que les peuples se croient appelés à créer leur unité morale, les dictateurs alliés de l'Occident sont plutôt con> vaincus que l'Europe demande un maitre, et si la fortune favorise leurs projets, ils ne se refuseront pas au voeu universel.

Quel sera leur succès? Parviendront-ils à exécuter leurs projets? Réussiront- ils à dicter à leur rival U paix ou sera-ce plutôt une transaction et un compromis, qui conciliera les prétentions opposées? Voilà les questions du moment actuel.

Wsk mlMfett éto lu RpiiiictBi» *

Les Français, dupes de leurs exploits et de leurs revers, ne cessait de rêver k Tntanra^n de ces cpoqmet <pM eiiaqat

parti poUtiqae regarde comme l'âge d*or àé leor- histoire, et de méditer la réparation des iautes et des erreurs dont ils teentcnt leurs restauratiims réitérées. *

La nation révolationaaîre par eaaceilenco^ est en méms temps celle qui est le plus sujette à des restauratious. Le privilège d'avoir eu un d*oir sons les trois régimes que les Français ont- sobîs , fait Unr malheiir; après avoir satis* fait à leur amour de la gloire et de l'éciaL doiiL ks ont comblés les époques de Louis XTV., de la république propagaa* diste et de Tempire gaerrier de Napoléon, c'est le souvenir des principes et des régimes, tosdiés à jwasab, qui les tourmente incessamment.

Un rare' coup de fortune a secondé et protégé les voeux les plus ambitieux des patriotes franfjds. Au mène moment où toute l'Europe se tenait sur ses gardes contre les dangers dont elle se eDO||rjnt menacée de la part da ségimc impérial, 4tahB pav le «loiip - d*état, la question d'Orient leva, le blom diplomatique et arme dout ia France se voyait investie, et lo

La mission de la Franee.

peuple français rentra de nouveau dans le plein exercice de sa mission hiatoriqâe*

C'était Louis Napoléon qui, à ee que ses joiiniaiix disent, pénétrant, le premier, les vues ambitieuses de la Russie, s'érigea en protecteur et en défenseur de la liberté de rËurope menacée, détermina le gouvernement anglais à se réunir à la France, et encouragea l'Allemagne elle-raèmc à s'armer pour le maintien de Tindépendancc des nations.

La Franet a dbne repfis l'jnitiMliTa poUtiqiw, en maintenant, comme s'exprime le Moniteur du mois de Février dcfnier, une cause, digne d'elle -iitéme et de sou glorieux éhi savoir la cause de la liberté des {ileupies» de la paiic, de l'ordre, du travail et de la eivUtsation.

Et pourtant, tandis que Louis Napoléon redoute que l'Angleterre n'abuse de Talliaiiee anglo- française seulement pour Fexpbiter à son propre profit» tandis que rÂutriehe s'arrête à cliaque pas pour paralyser l'action des puissances occidentales, les peuples persistent dans leur immobilité et n'ajoutent foi ni aux protestations généreuses de Louis Napoléon qu'il s'est chargé de la défense de la liberté umverselle, ni aux nobles efforts faits par lui en faveur de la i clviliaation.

D*oà vient eette stagnation des esprits? D'oi^ vi^t que la France elle-même reste presque insensible à tous les efforts de fon sauveur j^ur lui reconquérir Tinfluenoe dàe à soft Impottanee morale et à l'étendue de ses forces naturelles et de ses iMoyens guerriers?

. Est-ce ri^ment, comme se plaignent les révolutionnaires français» le coup d*é<|t ^ est la eaose que tous Im espadts soient fipappës de stupeur et découragés et l'enthousiasme

Lft mission 1* Ffance.

ét la Uberié ébranlé? Ce dépit général et cet abattenent âes partis, est-ce en effet qu'ils ne datent ijne da eonp

d'état qui renversa la tribune et imposa le siUncc à la presse?

Erreur étrange! Après le 24. Février les républleains honnêtes, ainsi «pie les phis exahés jomssaient, an moins senn blaient*ik jouir d'twe pleine liberté d'exercer eette totitepuissance que les rhéteurs aiment à attribuer à la tribune, par conséquent de poser les plus importantes questions et problèmes et de les résoudre. L'initiative de la tribune était libérée de toutes les entraves et la France était donc en état de rentrer dans sa prétendue ^magistrature^' universelle, d'enseigner les nations et de les conquérir par la théorie révolutionnaire.

Mais tous les pouvoirs, établis par la révolution, le gouvernement provisoire, l'assemblée nationale,' la dictature de Cavaignac ainsi que la présidence de Louis Napoléon, s'empressaient de justifier Louis -Philippe, en démontrant pour les intérêts paisibles de la bourgeoisie ces mêmes égards que les < révolutionnaires avaient accusés comme les preuves les plus éclatantes de l'ignominie et de la lâcheté, sous le poids desquelles la monarchie de Juillet était tombée. La seule différence qu'il y eftt entre les nouveaux pouvoirs et le roi infortuné, se montrait dans la promptitude avec laquelle ces pouvoirs- employèrent la force concentrée par la révolution pour empêefaer tous diangements lesquels Lools^ Philippe n'avait que retardés par sa diplomatie gouverne^ mentale.

Ce n'était que la force de la réaction qûi s'était, par suite de la révolution, acerôe aveo la crainte de l'Intennn

qui avait d^à dicté à Louis -Philippe sa conduite réservée.

La »i$8ioo de la France.

Chaque parti craigait qi^'on m le mit à Tépreuve et l'engcgeàt à mettre en axéculioii se» révea pour le bonliettr de la société. Pereanne n'avait rhû à poser, encore moins avaiton le courage de décider les questions dont ou vantait la solutioft eonuoe la gtoira particulière de la Franee rérokH tîoQDaire. Pour se garantir eontre les menées des partis hostiles, chacun &e renferma scrupuleusement dans les Umites d'une eonatitutioA incohérente que personne ne respeelait, Toot le monde, oeeupé senleraent à faire de la polémique contre les partis dont les forces n'existaient que dans les exagérations de la crainte et de rimagination, se résigna à renTojer au anfiage' ontversel, c'est» à -dire au capficè constitué en maître suprême, la décision de toutes les questions qu aucun parti n'osait aborder; el le caprice» fatigué par Vattitude, eruntive dea partis, trancha la quesHon. Ce qui fit la lévolutiéit de 89- manquer son but et éehouer entièrement, le compromis entre la royauté féodale et la dimoeralie^ c'est -à*dire la création de deosl aoaveratneléi, cette faute est corrigée par le snffirage uniirêrsëK après qae la neulralisation spontanée de tous les partis eut amené et consolidé l'équilibre social qu'aucun d'eux n'avait pu détruire à son profit. -

En qnoi i^onsistera donë la liberté dont Louis Napoléon se vante d'ètrfi le protecteur et le défenseur? Veut-i( détfttire rémpire paur leqsel tout a travaillé depuis 68 jaaqn''aa Février de 481 Tontes les commotions révolutionnaires, de la France ont anéanti cette foule de souverainetés dispersées auparavanl dans tous les rdugs de la «ociété; l'autorité, distiflmée, avant la lévololion, sur tous les points da royasma, est simplifiée; les autorités intermédiaires sont rabaUsées au

La nltti^ii it I4 Fw^fâ.

niveau de, tous le» citoyens qui, jorassants de droiu égaux, sont également impnissaots vU-à-vU de TautorMé ^nl edneentFé en elk-nteie, aa noA 4e i-état, tdiitei lea forées gouverueju«Qtales et s'est, élevée fMi dessus 4e toute eoncnmuiae.

Veut-U donc raffermir eetta eoncurrenea dana les états

où elle est également affaiblie, et la restaurer eu France où la fureur des révolutions- Ta détraite? Veut- il aaii^ver ce que Tenthousiasme révolujtion&iaire ne pouvait obtomr» et foroer le peuple à adopter ce que son instinct a rejeté?

T.OUS les combats de la tribune parieptantaife sur ia dQg;me constitutioiiBel que le tqk règne, et qu'il ne gouverne pas, — tous ces combats étaient tout à -coup terminés, lorsque la révolution de Février érigea en principe et en. &it précisémeiit ce qui avait amané la chute de la .dynastie de Louis -Philippe — - savoir la politique personnelle. "EJk bien! veut-il renoncer à cette bulution diilinitive, rcuoin «ler ks djsp^tcs des iractions pajflcnientaires sur des distioctiods effiiç^es pour jamais, et ranimer le partage et le vacarme da la tribune qui n'avait pu éclairer ni .résoudre une seule question?

Qu'est ce dope ee qu'il veut? Lorsque la queâtiou d Orient fut, dans les termes présents, p^e par la Russie, la FraoM impérialiste venait de trahir ses secrètes pensées par Tinler* médiaire de Mr. Masson qui, partaut de la disproportion introduite pai; les traités de 1815 dans les rapports, entra la France et les antres puissances, prétendait qu!il fallait 1^ celle -là ia Belgique, la Savoye et la rive gauche du Rhin, ^G(w:. qu'elle puisse exercer de nouveau son iuiiuence contre laqjoalU t^ute r£ttrope .par te système i% l<Mrlieref<ss depu^i

La missMU d« la France.

lis Pajs-bas jusqu'à la li^ne d'Âdige et du Mincio $'est

> Mais la France ne saurait guère citer un titre aiir le<{uel

pourrait se fonder la mission universelle dont elle séuorgueillit. Où sont les privilèges et les droits particuliers qu'elle aurait acquis par de nouveaux exploits pour faire avancer la cause de la civilisation? Qu'elle nomme les travaux récents qui puissent l'autoriser à prétendre à une position supérieure vis-à-vis des autres nations? Le prosélytisme armé du parti girondin et de Napoléon avait pour base cette grande élaboration théorique, dirigée contre le système féodal du moy«n4ge, à laquelle cinq siècles s'étalent voués, et dont les Français du dix -huitième siècle avaient perieclionné la popuiarisaLion, indispensable pour l'exécution patique. Mais où est donc, à présent, l'idée sociale qui appartienne à la France en particulier, et qui soit portée par elle à sa dernière perfection populaire? Où est donc l'idée, poussée à ce degré de maturité qui puisse légitimer la moindre prétention de la France à dicter des lois à d'autres nations? Le manque d-idées et l'épuisement de la faculté productive et créatrice — voilà la cause fatale de la ! décadence actuelle de la France!

C'était eiivaîn que les Français imputaient le prétendu dérangement de leur position politique à des causes passa- .gères. Pendant que la Russie et l'Angleterre exercèrent, depuu la révolutlbn de Juillet, un ascendant de plus en plus croissant sur le gouvernement français et déterminèrent la politique extérieure de la France, les libéraux mécouteuts se réjouirent de U' consolaUon illusoire que cette dépendance de la nation révolutiopuaire n^étaît que la suite de la faiblesse

L« missioD de U Franie»

p«r«oimeUe aiiu»i que de la position précaire de Louis -Philippe. Cependant c'était un des iaita ies plus imp<Nrtants, établis par la révofaitîoB de 46, que eette impolistiiee de la France n'était causée ni par les craintes de Louis-PhUippe c|a'iine guerre ne mit son tréne en danger, ni par sa déférence reapectneuse pour la Rossie. Apr^ la chute du roi- citoyen la France avait à sa iibre disposition et son destin et ses forces révdntionnaires, et néanmoins elle se 8id)ordonna k TAngleter^e et à la Russie d*une manière plus prononcée que ne Tavait fait Louis- Philippe. Elle avoua ouvertement et soienncUement qu'elle ne comptait plus ni 4'exereer sa suprématie aoropéenne ni de regagner son influence en Allemagne et en Italie, et qu'elle ne pouvait encore moins songer à lancer ses forces dans ies troubles révoiutîonnaires dn Continent, fille travailla même à Toeam da la pacifieation universdle, opposa sa jalousie aux efforts des révolutionnaires de Francfort, tendants à une union nouvelle de rAliemagie, prêta son eoneouri au Danemarc, en désapprouvant le soulèvement des duchés, et contribua k apaiser l'Italie, et tout cela en commun avec ies autres puissances et à kur suite.

La presse socialiste de Paris et les révolutionnaires de l'assemblée nationale comme ceux de la législative, s'effor^ cèrent envain d'extorquer aux gouvernements, qui se succédèrent l'un à l'autre, la reconnaissance de la révolution au dédans et de celle an dehors. En identifiant le sort et la reconnaissance de la révolution extérieure et de la révolution de Février, et en élevant les révolutions de Hongrie et dltaiie à la hauteur d'une question constitutionnelle, ils ne réussirent qu à compléter la réfutation d une constitution qui»

La mUskm de la France.

sans base au dedans, s écroula avec la révolution extérieure dont il leur était impossible de garantir le snecës, comiM cela sm^RSsaît de beawoup les forces précaires dont ils pouvaient disposer.

Comine ce n'est ni en champion de la liberté, ni en proteetenr privilégié de la dvlfisation que Louis Napoléon puisse entrer dans la lice européenne, il faut qu'il cherche à gagner dans le traité définitif ^1 finira la complication aetnelle, quelque agrandissement de la France en réeom<* pense de ses efforts guerriers. Mais le coin de h terre qui servira à cette compeusation, est encore à trouver.

Est-ce, peut- être, que cette récompense ae tronvera tfans la Turquie? Dans la Turquie dont Pîntégrité est le but avoué de Talliance anglo - française ? Dans TOrient où rAngleterre n*a pas besoin d'acqui^tons territoriales, où elle ne cherche que des avantages commerciaux et ne tolérera jamais que sa rivale prenne pied?

£h bien! Supposons que les alliés eussent sanW, pour le moment, la Turquie et que le même intérêt qui les a réunis contre la Russie, les désunisse, dès qu'il s'agit de s'entendre sur la distribution du butin — Louis Napoléon ne poaira-t»il pas, en se fiant à ta sdpeiiorité de ses troupes anxiltaires, prétendre à une acquisition durable, et tenter la fortune pour la maintenir?

Assurément, il le pourrait, s'il veut- s'exposer an hasard de trouver son AboukiT.

C'était lui qui $ imagina de pousser TAngleterre dans la complication actuelle, de la lier i son destin et à sa vo* lonté, de dominer à son gré tontes les situations qui pourraient résulter de sou entreprise orienUie, — et le voilà

La miiûoB àt U fnuice.

le captif de l'Angteterre et soamU à. la discrétUm de sûa alliée.

Dans te moment tritk[o« il doit même eraindre qae

rhéiitage le plus imporlant, qui lut soit échu de lu part de Louis «Philippe, savoir rinflaenee française en Espagne, ne lui édbappe entièrement et «pie la France, refonléé sur elie-ioême, ue soit dépouillée de toute influence extérieure.

Cruelle destinée 1 Plus l'allianoe anglo» française s'affermit, phis son mjattoe se dévoile.-

Pitt, en résistant à toutes les protestations de la Constituante, de la Législative et de la Convention, faites au si^et des intentions toutes paisibles de la France régénérée, savait bien ce qn*il faisait. Il vonlnt la gnerre pour achever le monopole mantiiuc de l'Angleterre et pour troubler le développement constitationel qui lui fit eiaindre l'accnnsse- OMttt des forces de la Fram».

A présent, les derniers gouvernements d'Angleterre, celui des Wighs comme celui des Toiys — savaient-ils ce qu*ils faisaient en s*enipressant de reconnaître et le gouvernement qui résulta du coup d*état du 2. Décembre, et le

nouvel cuipirc? Etait-ce seulement le dogme traditionel de la nécessité de ralliance entre les états de FOceidem oootre ceux de rOrient, qui les y détermina? L'empressement avee lequel ils reconnurent le nouveau pouvoir établi dans la France par le coup d'état — empressement, taxé par Icnra adver<* saires de précipitation, était- il la suite de la même per^ picxitc que Mr. Cobden avoua, eu déclarant, dans une réunion populaire, après le 2. Décembre, que ce qui s'était passé en France, surpassait k portée de son intettigenee et que, si un peuple de 35 millions avait pu se laisser, presque

La mmiou de. la Fraace.

à l'unaniaiité, museler et avilir, il faudrait y avoir dans tout cela quelque chose qu'il ne saurait comprendre?

Ou plutôt savaîent-îU bien ce qiû s'était passé en France — savaicnl-ils que la longue lutte entre les éléments latino-celtiques et les germaniques était décidée et presque achevée par la dernière révolution en faveur des Gaulois qui, héritiers de Tantique centralisation politique, dès le moyen-àge avaient combattu le^ tcudances fédéralistes des conquérants allemands? Savaient*ils que, plus les Gaulois réussiraient à détruire ces foyers de souveraineté séparée, plus la France perdrait toute sorte d'initiative, soit guerrière, soit industrielle, soit scientifique, et descendrait au niveau de TEspagne? Savaient-ils que la dernière victoire, remportée par U romanisme gaulois sur les citnuns germaniques, encore une fois soignés par h paisible gouvernement de Louis-Philippe, Unirait par changer la France en une sorte d'Ëspagne gauloise et par la réduire, malgré les velléités de son nouveau dief, au raug d'une province anglaise?

Quoi qu'il en soit, ne fnt*ce qu'un juste instinet qui, aidé par la tradition et par le précédent de la conduite du gouvernement anglais envers la révolution de Juillet, mena les ministres britanniques à travers les troubles de leur perpleadté et les guida dans leur précipitation, — ce qu'il y a de sûr, c'est que la face de la France est entièrement changée et que la France gauloise s'est purifiée de toutes les conséquences de la conquête germanique.

Mr. Proudhon en appelle à une meilleure instruction de l'étranger sur le degré d'intelligence des masses, pour préveoir une condamnation précipitée du peuple français, instruit et élevé par la corruption civilisée plutôt que par la cîvtli-

La m)SSHi& de la Franee.

satioa. Mais il ne s'a^t ni de condamnation ni d'exeose, qoand noos traitons d'un fait historique qui, préludé par les grandes commotions sous Louis XI., les combats contre les protestants £édéraiistes, les foreurs de la Ligne et de la Fronde, ainsi que par la tenrenr dont s'étaient armés les dogmes exclusifs de la révolution contre toute conviction personnelte, coïncide» dans le moment actuel, avec. le plus ^frand- changement, opéré dans les rapports des états européens entre eux. Mr. Prcudhuu, tout en avouant que des modes plutôt qiu des coutumes, de la vanité plutôt que de la fierté et l'admiration de ta force platôt que le respect de la justice forment le caractère particulier du peuple français — Mr. Proudhon se^dit, pour se consoler du prompt succès du coup d*état, que la nation française n'a pas encore atteint sa maturité, qu'elle est plutôt de toutes les nattons civilisées la plus jeune; et c'est pourquoi il ajoucQC ses espérances au moment où cet enfant sera devenu homme*

Jusqu'à quand lui faudrait-il donc attendre après qu'un apprentissage de deux mille ans n'a altéré en rien les Gaulois du temps de César, et que toutes les luttes intérieures de la France n'ont servi qu'à faire preadre aux Gaulois leur revanche des conquérants étrangcrb?

Comment s'y prendre pour ranimer les dieux antiques et chérit des Gaulois, rËnvie, le Destin, la Gloire, devant lesquels ils s'agenouillent pour implorer leur assistance, et qui restent sourds et inllcxibles, depuis que les Celtes aborigènes ont réussi à étouffer la source, de laquelle leur affluait la vie et la faculté productive?

A quoi Lon le culte le plus dévot de TEnvie et de la . Gloire f à quoi bon la vénération la phis superstitieuse du

La missioii de k Frtnee.

dku de k guerre, après ijae les dieux ont perda la paissaiice et Ténergie auparavant inapiréea à enx par ks aon^énntB

germaniques?

La France, où est 'elle? demande Mr. Proudiion. Ëlle est assassinée, répond Victor Hngo. Ok est la nation franr çatse? demande Mr. Proadhon. Elle est en exil, répond celui-là. Accablés d'humiliation et de désespoir, les socialistes et les républicains ne voient dans k grand événement, accompli à la suite da 24. Février, qu*une chimère et une immense iliuslun on un revers passager, facile à réparer par k grande destinée de la nation française.

Mais le peuple français n'est ni assassiné, ni en exil; il n'est pas, comme se plaignent les socialistes et les républicains, dégradé au dernier rang des nations: — il est rentré dans son assiette naturelle qui lui est préscrite par sa nationalité gauloise. Il veut qu'on le gouverne; il veut qu*(m le décharge d'une souveraineté qui lui est devenue onéreuse; il lui faut un maître, assez fcrt pour se &ire craindre; il veut qU*on le laisse faire ses affaires et avant tout qu'on ne i empêche pas de s'enrichir, — voilà tout ce à quoi s'est réduite toute la fureur- socialiste qui faisait, il y a trois ans, k terreur de toute l'Europe; il abandonne au gouvernement et à ses écrivains ics souvenirs de Tempire guerrier et les tirades sur lea victoires de Napoléon; ce qu'U désira avec passion, c'est seulement le repos, et û compte que le gouver^ nemcnt mesurera ses pas d'après les besoins tout paisibles de la société.

Voilà donc précisément le point où Louis Napoléon est

placé par son ^étoile." Enlacé à jamais dans les contradictions du coup d'état qui était dirigé contre les secousses

La mission de iâ France.

révolùtioïkiiatres et qoi promettait au peuple le maintien des principes de 89 , c'est -à- dire la révolution perpétuelle , il s'dt condamné loi même à i'inaetîon dans toute sa politique extérieure. De son gré H ne se dessaisira jamais de la menace de la révolution — toujours U la tiendra prête, comme s'il pouvait la lancer à tout moment contre ses adversaires; mais sa sagacité lui apprend aussi que les intérêts et les for^ ces des autres puissances préviennent toutes les secousses révolutifuauilres que le peuple français redoute pour lui-même, et qu'il a encore moins envie de propager diez l'étranger.

Pareillement accule dans l'impasse des engagements, contractés p4r lui pour le rétablissement de la grandeur de h France, Loub Napoléon paat pas avancer. La France ne croit plus elle-même à sa suprématie, et pour une réminiscence, ou plutôt pour une déclamation, vide de sens et dénuée de fondement k r^os de i'fiurope ne saurait être troublé!

Encore moins est«il permis à Louis Napdéon de reculée Si le penpk ne croit plus à sa propre grandeur» et s'il n'est plus pour lui question d'être grand, mais de jouir de la paix, pour iaire ses propres ail:! ires, il est pourtant bien éloigné d'abjurer ce dogme national de sa mission universelle; et ce serait se perdre io&illiblement et amener son entière ruiue que d'avouer ouvertemcat (ju ii fuliait leuoiicer k toute initiative quant à l'extérieur.

S'accomodant à cette situation de sa nation dont^ U est l'élu, Louis Napoléon est donc contraint ci'agir sans relâche, d'avance^: sans but avoué, de se réserver la retraite et d'en détourner le blâme de lui-même, en le rejetant sur autres.

141 réforme turque et l'auglalse*

Ce n*est pas dans la Turqaie s«ale que Pon diseute la

réforme. Depuis six ans duns toute l'Europe la réforme est le mot d'ordre. Partout des réformes succcdeut à des réfarmes; les projeta se suivent sans rel&elie^ partout un ehangement coBtiimel d*expérienees et de systèmes, et tout ce changement n'aboutit qu'à des réfoiiucs manquées et à des projets avortés, sans que les ouvriers politiques réassissent à asseoir une base ferme et solide.

C est FAngleterre qui s est réservé ia direction secrète et suprême de Talliance anglo-françaîse — e^est elle qui s^est Tendue responsable du suecès et ^e Tavenir de la l'étoraie turque — c'est, par conséquent, le succès de ses propres réformes d'après lequel il nous sera permis de . calculer le résultat de ses expériences légîslatim dans ia Turquie.

Lorsque les ministres, dans la séance du 29. Mai, annoncèrent aux représentants des communes qu'ils avaient déterminé de retirer le bîU, destiné à prévenir la corruption dans plusieurs petits bourgs, quelques députés étalent peu satîs- £aits de cette résolution, qui devrait autoriser l'opinion publique il présumer que le gouvernement, tout en se prénon^

Li féferme tuvqne et Pang^aise^ 21

çant contre la eoiTa{»tioii, m songe pas à y mettre fin. Ûans ia ^caïKc du 23. iMai, lorsque le bill concernant l'exemptii^n dc« disaideais des taxes ecclésiastiques, passa la première lecture, Ltità John Rassel se plaignit de ces concessions continuelles dont on ne saurail calculer les suites davance. Dans ia séance du 21. Juin, lorsque ce même bill fut rejeté, U eonvitat da la néeesaité ^es réformes quant atn rapports calrc ks dissidents et Pég^lsc cpiscopale; mais sa prudence lui inspira en mémo temps la remarque judicieuse qu'il fallait ajourner Fexécution de ces réformes utiles et désirables jusqu'à ce que les intérêts opposés se fussent aplanis et arrangée eux* mêmes.

Dans le cours des débats sur l'admission des dissidents à ruaiversîté ^Oxford, le Lord réformateur déclama contre leur exclusion qn'il appela une mesure injuste et iliibérale; par principe le plus généreux champion des dissidents oppri* mes, il était pointant trop convaincu de la puissance et de la supériorité de leurs adversaires privilégiés pour exécuter ce qn*ii avait approuvé en théorie ; et dans la séance du 27. Avril il m appela à la générosité des dissidents et les conjura de ne pai causer pur leur e^uisinc l'avortement de toute la réforme proposée.

Qu'est* ce done que les railas de la Turquie puissent attendre d'un gouvernement qui, trop impuissant pour effectuer la plus mince réforme chez lui-même et effra^ré pas la tfioindre réaction des întérèts privilégiés, retire toutes ses propres propositions et qoi, en feignant une sympathie théorique pour les réformes proposées par quelques amis enthousiastes d'une justice universelle, s'efforce de les paralyser ou empédier par ses scrupules pratiques?

22 La réforme turque et ranglaise.

Ne se peat-il pas que les ministres, cfirayés des con-

sét^tiences tl des commotions qui devraient accouipagaer rexécutioû de leurs engagements, contnictés eu faveur des raiâs, préféreront de laisser au temps le som d'aplanir les intérêts opposés èt d'amener leur arrangement réciproque? Ne se peut' il pas qu'ils conjureront les raïas de ne pas troubler par leur égoisme le repos de la Turquie et de ne pas empiéter sur les nobles intentions du Sultan qui , à lui seul et de son chef, daignera leur procurer toutes les libertéSf compatibles avec les devoirs qu'il a à remplir envers ses sujets mahométans.

Lorsque Lord John Russel, dans la séance du 11. Avril, sacrifia, les larmes aux yeux, sa réforme constitutionelle aux complications bdliqueuses, il conjura le parlement de ne pas douter de sa bonne volonté et de lui conserver sa conÊance. £h bien! Ne se peut -il pas que les mêmes acclamations bienveillantes qui lui attestèrent la conianee inaltérée dii parlement, le consoleront pareillement, s'il avoue enfin son impuissance vis-à-vis des complications actuelles qui de* vraient forcer Le ministère à abandonner les raïas à leur sort et à la discrétion du Sultan?

Dans la réunion de ses amis parlementaires, vers la mi -Juillet, où il en appela de nouveau k Itur confiance, Lord John Russel dédara que c'était le coup te plus dur qu'il eût essuyé dans tout le cours de sa vie publique, qu*ii iïlt forcé à retirer son biU de réforme. £t ce martyr de k passivité, accoutumé qu'il est à endurer les coupa les plus rudes d'un destin envieux, hésitera- t-il à se présenter à la compassion de ses amis et de ses ennemis, s'il se voit dans

La réforme turque et Tanglaise. 23

FimpaseibilHé d*aceampUr set engagements, contraetés en

faveur des raïas?

Voilà ce qui est arrivé dans le cours de peu de semaïoes. . Pour désabuser les ministres anglais et leur ouvrir les yeux sur les difiicultés qui s'opposaient à rexécuiion de la réforme turque, il suffit que leurs propres expériences légisiatives, une à une, échottassent. Ëdaîrés à l'école par» lementaire et par leurs revers domestiques, iis en sont venus à reconnaître, que ia tâche de régler la condition des populations de la Turquie tàcbe qu'ils s'étaient imposée trop inconsidérément, surpassait leurs forces, et le noble béros de ia passivité, Lord John Russel, découvrit enhu que c'était du teu^s ' seulement qu'on devrait attendre la réforme des rapports actuels entre les Osmanlis et les raïas.

Au coramencemeiit du Mars dernier le parlement, fatigué des yaioes promesses dont les ministres anglais comme le Sultan flattèrent tout le monde, voulait eaGn d'autres gages d'un nouvel ordre de choses en Turquie que des promesses incertaines. Depuis plus d'un mois les nouvelles de Constantînople portèrent que les négociations au sujet de rémancipation des niïas étaient sur le point d*ètre enfin ter* minées; mais c'était envain que i on attendait la nouvclie 4e l'arrangement déinitif.

Le 10. Mars, à la suite d'une interpellation, vraisemblablement provoquée par le gouvernement lui-même, le comte de Clarendon cita une dépéebe, arrivée justement au même moment, dans laquelle Lord Stratford mande que le Firman, assurant aux Chrétiens l'admission au témoignage jadiciaire, . a été sosmi^ au Sultan. On entend en m^e temps que le Sultan a approairé en pripeipe las propositîeiie

24 La rcfoime turque et l'anglaise.

des puissanoet de l'Oeeident, et que tons les ambMSftdms

des grandes puissances avaient fait leurs visites aux ministres de U Porte pour leur témoigner leur reconnaissance; mais on entend aussi que les envoyés de France et d'Angleterre ont été chez le chef des Ulémas, afin de le gagner pour rémancîpation^ des sujets chrétiens du Sultan. L'affaire n^était donc pas encore terminée — rien n'était ^cidé — le principe mahunielan n'avait pas encore fléchi.

Le Firman, concernant la réforme.de la justice, annoncé par Lord Stratford au gouvernement anglais et émis par le Sultan au mois de Mars, démontra en^ toute Tétendue des égards imposés à la Porte par Tesprit absolu, do Mahométanisme. Pour établir des tribunaux mixtes auxquels les Chrétiens pourraient participer et dont les décisions se devraient fonder sur la valeur égale des serments pnus sur le Coran et sur rEvangile, il fallut détruire de fond en comble le caractère religieux des tribunaux mahoraétatis — écarter les juges dont Tautorité ecclésiastique ne saurait être reconnue ni par une des parties litigantes, ni par une partie àts assesseurs, — écarter enfin le code religieux, à la fois la somme des lois civiles, et substitiuT au Coran les ordonnances des Sultans, sujettes à la discrétion et au bon plaisir du prince, autorisé à les maintenir, les abroge et altérer à son gré et comme bon lui semble. Voilà une bien importante révolution; mais voici aussi la critique, bien dédaigneuse, que le Firman du Sultan ex^ce, luUmème, en<* vers son oeuvre législatif! En établissant ces tribunaux il se garde bien de leur attribuer le nom réservé aux tribunaux religieux et icb appeUe chambres des aiquètcs. U ne mentienne pas même les juges »t il Jié parte que ites auturilét

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La réforme turque et TanglaUe. 25

durées du eoia à'cxéciiter ee régleoMOt. Il évito me sm d'employer le mot de serment," et ordonne avec beaucoup de précautiim qu'il faut s'enquérir du duoit et da tort des pairtis au moyen de sérieiifles preuvaa de toute eapèoe* Bre( à entendre le langage du Firroan, ces tribunaux ne sont que des demi -existences faibles et préeairiA. Inei^ablea qu'ils sont d'iinposèr du respect aux Osmaiifis, ils oe donneil aucune garantie aux raïas. Les gouverneurs des provinces qui président à ces tribunaux, ont le 4roit de nommer des assesseur» ehrétiens; maia comme on a alMudooné à leur dîferétion d'en déterminer le nombre-, ils sont les maîtres d'asâurer toujours la majorité au parti mahométan. Ët eueore, ce dédain qui se décèle dws la substitution des fermai profanes et affaibUssants 4 la terminologie de la jurisdictiott sacrée, ne peut -il pas aussi se manifester dans un maniement soperfieiel des causes judiciaires? .

C'est ainsi que cette réforme, la seule qui ait iU jus^ qu'ici annouct e , attente de Ja même manière que toutes les promesses antérieures, au piiaeipo vital. du MalK>métanisme et qu'il gratifie ies rsiîas d'un présett qui no leur sert qu'à justifier des nouvelles préLinlioiià. Elle enlève aux Osmanlis, au moins en pruicipe» tout ce qu'ils possèdent de droits sacrés, aaiis donner aux rsùiSis rien, de soiide. Au lieu de lever le mée^nt^ntement des ràïas, elle rend aussi les Osmanlis mécontents.

Le Journal .des Débats, en excusant le. caractère ambiigu de cetta réforme, avança, au mois d'Avril, l'opinbn que rOccident ne pourrait prétendre à rien de plus que le Firman du Sultan ne confirait aux rsSaa, tant què les AaglaÎB et les Fran^aia n'auraient sacrifié Im sang 'Ci kuri trésotv

26 La r^orme turque et i'aaglaite.

aux întérèts du Sultan. Mais voici le contraire qui est réellement arrivé!

Qnoiqae la situalioii fût déjà au fond chan^ le Comte de Clarendon n'osa pas encore reeonnaftre le revirenMiit des affaires, lorsquMl, le 8. Avril, se vit placé dans la pénible ttéeesaité de répooàw à Tadresat, ^iMai fut présentée p«r la députatloD d*UDe rénnîon populure de Londres. „Cc n*est pas sans effiroi, déclara cette deputation, que nous ayons ▼u le moment aetuel eboiai pour Intervenir dans les difféH, fends survenus en Turquie, Le bill de réforme, proposé par le ministère lui - même — mesure très - modeste et peu propre à émouvoir la nation «— est suspendu parée que nous nous trouvons dans* le cas de guerre: — quelles s«ront doue les suites d'un changement, opéré dans les lois religieuses d'une nation divisée par l'oppositioB des races et des croyances — d*un changement qui lui sera imposé par une întet^ ventioD étrangère?" Le Comte, frappé du ton tranchant dont la députâlion lui avait parlé, et à la fois se souvenant que c'était là qui avait recommandé tant de fois à Lord Stral» ford que la sympathie des puissances occidentales dépendrait dù progrès des réformes intérieures de la Turquie, déclara d*^ord qu'il ne savait que répondre à une adresse M» que- «^e«là. Ce n^étatt que lorsque la. députation insista de nonveau, qu'il répondit qu'il n'avait pas encore rencontré une adresse aussi offensante et qu'il n'avait rien du tout à ré-

Et pourquoi li'avaiL-il pas renvoyé la députation à la •déclaration, faijte par Lord John Eussel dans U séance du ^ Avril? Pourquoi tt*a.valt«il pas dissipé toutes les craintes :de la députation , en lui communiquant la nouvelle conso-

La réforme turqw et Ptaglaise. 27

loaU que les paiwaifces «C4!ideiiiaied , en eédanl aux vomà instante de la Porte, avaient éliminé de la eonTention eoneloe

avec ceUe>là, tout ce qui se rapporte aux affaires domestiques de la Tmqtût? La raison en est évidente. Le gonfveme* nent espérait encore atteindre par len représentations €t par les sommations réitérées de Lord Stratford cela même qu*il n'avait pu effectuer par une eonventioa formelle.

Vaine espérance! L'ami le pins zéli des réformiès dut enfin se résigner h reconnaître que de fonder en Turquie l'égalité universelle devant la loi, serait impos8il>le à moins fane révolation sanglante. Lord John Rassel se vit enfin obligé à en convenir qae le prolîiène était însolable et que les difficultés qui s'opposaient à la conciliation des intérêts contradictoires, étaient insnmontables. Harcelé depuis pins de quatre mois par les iniportônités de quelques phtlanthoropes qui demandaient des garanties pour raraélioration du sort des Chrétiens de la Turquie, il se déroba à toutes les attaques ultérieures en avouant qu*il était tout à fait liors d'ctûl d'amener ces garanties, et inquiété par rinipassibiUié de concilier ses promesses contradictoires de procurer la liberté civile aux raïiis et d'assurer sa souveraineté au Sultan, il confia à ce dernier la tâche de résoudre, lui-même, ce problème, et de démêler les difficultés de cette conjtradiction. Ce fut le 14 Juin, dans une réunion de ses. électeurs» qu'il déclara que ce n'était pas le temps de discuter la réforme turque et qu'il attendait la solution de cette question de la paix future oà l'amélioration des institutions et du sort des Chrétiens de la Turquie se ferait de soi-même.

De soi-même — voilà tout ce à quoi se réduisent les protestations les plus solennelles, faites par le ^uvemement

^ li« rélSwrme tiwqiu et TangUiM.'

nfjim «Il fitveur des Gréca-Skkves. De ^i*inta(e -f- votU la hvtm vraÎBieiit signalée^ offerte par U niBiatre' anglais |

ime population dont il avait placé le sort sous sa propre responsabilité! La députatioo àa 8, AvriU «ongédiéé ai hrasqnenent par le Comte de Glarendon, est justifiée; l'offense dont le Comte se plaignit, est avalée; le sort infortuné de la réforme anglaise est vengé par le sort encore plus pitoyable 4e la réTonme tnr^.

Après avoir débuté par sacrifier sa' raînce réforme domestique aux circoo^nces qu'il appela impérieuses, Lord John Rnssel 'finit par aband<«iner la ^ando oenvrv de la réforme tnrqno an hasard, La eomédie ^«ilementaîre ipil préluda à la tragédie turco- slave, arrâeba au Lord John des larmes anères; la grande pièce qui snivit- la petite, ne pouvait pfais le toucher, nî l'attendrir. L'école des mattienrs jpmesUqqes Tav^it endurci.

ht Conte d'.Âi>erdeeii apptécia très-bien ies partis, en les appclaat des distliietkms dénuées de tome espèce de fondement. Leurs (iiiïérences sont, il est vrai, effacées; mats

est-ee pour cëa ^ue i'mikm est é\Mk an ministère et dans la nation? Ces distinetions, malgré leur déerépitndc indubitable, ne renoavellent-elles pas sans cesse leur prétentions précisément parée fpi*U n* y a d*untté ni de force supérieure Ipil soit en état d^ les contenir et de les réprimer à leur

jusle niveau?

Le mimstère-Aberdecn réunit l'élite de l'Angleterre. Il 'embrasse tontes les vidllés fractions, soit politiques, soit ecclésiastiques; mais comme chacune de ces fractions 'protège et défend, avec une égalé jalousie, ses traditions et ses intérêts, il $*en suit qu'elles ne «auraient s'accorder sur aucane ttesure*

C'était Sir Robert Peel qui pouvait, le dernier, suivre Faxiome politique' que c'était la tâche unique des hommes d'état dé se soumettre aux faits et de les ériger en lois. A présent, en Angleterre il n* y a pas de faits assez forts et Mkb puisaalits pour se convecttr eh lois.

Sl^ La erise en Ao^si^ent.

bavras d'un miiii»tèrç dont la grande mission ne saurait s'ac* coiipKr qna par la défiûte cémplite ^êê rénonméM usées

réunit? Est-ee qo« l'opposition eonliilt ee moyen? «Ce n'est que par riodulgence et par la longanimité de l' opposition que le ministère subsiste*, s*éena Bir. d'IsnUïiiy dans la séance du 29. Hai, aprës Mikt 'énaniré tons ks revers parlementaires essuyés par le mijiistère» Mais, voilà une indulgence bien déplacée et à |tei(pt%e cHmineDe, si Topposition se croit rédieneiit en état de remplaMr un ministère dont elle regarde Texistence comme un malheur publie. Ëtaitrce, peutt^tre, la même indulgence • qui attendrit Mr. Layard lii même indulgence qui le détermina à retirer, dans la séance dn 27. Juin, sa motion, et qui lui iusjiira la coniiance que les déclarations, faites, le 2()., par le Comte d'Aberdcen, avaient rassuré Topinion publique sur la politiqne extérieure' du gouvernement? La déelaraUon du stre que »le gouvernement n* avait d'autre but que de conserver Tindépendiuice de i'emptre^tnrc et que personne ne saurait indiquer, comment onf potnrait atteindre ce but« étaitclle en effet aussi rassurant et aussi consplant que Mr. Lazard pvétendaitP Non! Que i'op|^oeilMn cesse 'de -vanter sa gé* nérosité et son Indulgence et >qli*ellè se confesse ia complice de la même incapacité et de la mèuie impuissance dont elle accuse le ministère.

C'est le régime absolu qui phine sur l'Angleterre et qui s^annonce comme le dernier salut. Lorsque le ministère, dans le cours d'Avril, se vil forcé à renoncer au bill concernant le service civil, le Timès déclara, sans réserve, quU fallait octroyer une réforme que .le parkmènt s'obstinait à rejeter. Api es la charge acbaméc, faite par Mr. d'israëli, le 29. Mai,

La «rÎM m Ao^bterre. Bè

contre Lord John Russel, le Times se de ce que

te scènet pareilles rendraient tout gouvernement imponiUe •noe le régime letoeL »Lee exploite per leecpieb h eee*

fiîoa, dans ce moment teroainéc, s'est signalée, où sont-ils? demanda le Timee le 12. Août, Tout ce qne nom airont à enregistrer de eette eeseion, se réduit à des espdranees déçues, à des projets qui n'ont été proposés que pour être retirés, et à la décadence d'un mijMitère, précipité dn eom* met de la piiissanee et de la popvhrîlé 4|a*U paraissait éttii près d'atteindre et d'où il aurait pu exécuter tant de mesures d'une utilité pratique qui ne cesseront d'être exigées par le bMoia le plus argent Néanmoins l'immense proinsion de travail — profasion qui signale eette seaeion, ne s*est pas laite en pore perte, et sera un avis utile dont nous avonf à profiter pour régler de nonvean te roaage d'une mncldne qui épotse l'attendon et éparpille rinteUigenee sans proddire un résultat visible et palpable.'^ Cette fois le journal, elTrayé de la stérilité parlementaire, borne ses voeox k une réferme électorale. Mais le Times a-t-U réfléchi snr les eonséqnen* ces d Ldie mesure qui, une fois mise en exécution, aboutirait à un bouleversement général et au renversement de tmit le régMue parlementaire? A-t-il réfléchi que cette même réforme am^ersit l'absolutisme après lequel il soupire si ardemuieot et dont il se sert en même temps pour épouvanter les ferrailleurs parlementaires?

Qu'est-ce que la réforme électorale, exécutée à la suite de la révolution de Juillet? C'est la tiansaction entre l'industrie et raristocratie, par conséquent l'aveu réciproque de leur faiblesse. L'aristocratie dont les fondements étaient sapés par i'iiulustrie, s'est vue contrainte à reconnaître l'ascendant

DicU occid. 3

34 La erise «a Angietcnt.

polUique de son antagouwte ; et l'industrie, coutente de cette KCOiiBfliiBaiice légde, ^permit k «a rivale de eontlAiwr ud6 doarinatioli, devenue désormais précaire et destinée scide-

nenl à écarter les dernières entraves qui s'opposaient jus>qu'ici à la domiaatioti exdusive de rindustrie.

Bt sappotfons que l'aristocratie ait aeeompli son oeamlégale, que son euthanasie soit achevée et la réforme électorale exéentée d4ns l'étendue la plus vaste — quelles seront alofs les puissances qui se trouveront l^une en présence de Fautre dans la lice politique? La royauté peut-être, et l*indnstiie? Non, la royauté, émancipée de la tutelle et de la rivalité aristocratique, qui lui n'avait laissé de la monarchie que les apparences et les titres — la royauté en possession d'une supériorité qui n'était jusqu'ici qu'iliusoiire, et jia grande Industrie, menacée par les prétentions d'un peuple qui, appellé à la représentation pariementaire , requerra d'une manière exigeante sa part de la proie faite sur Taristocratie déchue. La royauté, fortifiée déjà par l'abdication de son tuteur, le sera encore davantage par tous les voeux d'une bourgeoisie qui, au moment même de la victoire, saisi de la crainte de se voir dépouillée du butin, l'objet de tant d'efforts énergiques et suivis/ appellera sa protection et, en cas de nécessité, sou despotisme — fortifiée davantage par les voeux des masses populaires qui invoqueront son intervention pour la répartition égale du butin. Or, lâ royauté sera l'ariiitre universel et le mallre absolu. C'est l'envie démocratique qui sera le support le plus fort de son absolutisme.

Les révolutions, préparées par les embarra» de la situation aetuelle, absorberont -> elles ce qa*il j a de yigaeor en Angleterre? Oa les combats intérieurs provoqueront-îls, comme des temps de Cromwell et des Pitts, l'élan national qui /assurera de nouveau à T Angleterre Tarlntrage universel?

Mais disting:aons ! Ce n'étaient pas précisément les temps des troubles doiiicstiqucs qui aient vu et produit l'agrandissement de la puissance anglaise; c'était plutôt la soumission la plus complète à laquelle la nation était réduite par de nouveatix maîtres ou par des ministres investis d un pouvoir dictatorial } qui Ta rendue redoutable à tous ses ennemis.

Mais à présent) où est donc la main impérieuse qui, après avoir réduit toute résistance dans Tintérieur, puisse lancer les forces réunies de la nation dans des entreprises extérieures? Où est le maître qui puisse dominer l'anarcbie qui s'annonce et s'opère dans ce moment et qui est encore loin de âou comiiie? Les faibles débris des partis en Ang* leterrc sont asses forts jpour sotttemr une sourde agitation des esprits, taiais aucun d'eux n'a la force de les léunir et de les conduire au combat. G*est le provisoire qui règne,

Coaclu&ion.

dans ce moment, en Angleterre; le guuvernement sera -t -il donc en état de créer, dans les réiations extéj;ieures, quelque cboae de plus grand qoe le provisoire?

La latte des nations occidentales contre la Russie ne saurait produire des résultats décisifs que dans le cas que l'esprit particulier de rOccident eût consen'é toute sa vigueur antérieure. Mais depuis que Taristocratie est affaiblie en Allemagne I écrasée en France» prête à descendre de sa position privilégiée ea Aaglctem , s«qs que Tindépendauce personnelle dont elle était jusque-là Texprcssion la plus éminente, eut rtconquis une nouvelle existence assurée et la reconnaissance publique, on chercherait envain la hase historique 4'im antagonisme entre ks nations occidentales et la Russie oà raristoeratie est, dès les temps des Mongols, soumise au pouvoir central , et les institutions du mojen ftge , détruites dans rOccident, restaient tout à fait incoanuf s.

L'antagonisme de TOccident et de TOrient étant tombé, leur lutte décisive pourrait donc coiiiincncer seulement quand les mêmes principes qui régnent en Russie, auraient pré< valu aussi dans TOccident et que la question serait réduite au simple dilemme, qui de TOccident ou de l'Orient soit plus propre, plus fort et plus iiabile pour présider au développement ultérieur de ces principes et pour le diriger d'une main impérieuse. Mais à présent, les puissances européennes marchent encore vers la centralisation et le mécanisme poUtique, établis en Russie depuis i'inyasion des Mongols, sans avoir atteint leur but Les nations européennes subissent les mêmes dispositions morales qui exercent ea Russie un empire non disputé, sans avoir perdu le aouvenit des principes auxquels elles obéirent jusqu'ici Imbues de

CoDtiiisioD.

ces mêmes principes, à l'empire desquels elles ne peuvent plas se dérober, les BaUans nanÀMit vers le même but, mais le soQTenir de leur pueé les retieDt dans leur mafche. De même les gouveroements après avoir tiré l'^e poor la défense é*ODe ctvilisatioD osée, hésitcm de porter «m eoop déeisif, de peur fa*lls n'irritent trop sensiblement me puissance doQl ils ont eux «mêmes besoin, et dont ils se réservent les forces pour les bittes intérieures qu'ils redoutent cbez eux* mimes.

Et maigre la manière tiède et respectueuse dont les puissances occidentales font la guerre, la Russie, réduite à la défenee, sera-t»eUe également réduite à accepter le provisoire que les autres puissances sont seulement en état d'atteindre?

Bien que les puissances, divisées par la mciiancc. soient incapables de se réunir pour des exploits décisifs et qu*elles soient peu disposées à permettre, l'une % Tanfire, de poursuivre des avantages trop exclusivement personnels, est-ce un compromis auquel la Russie devrait à la fin acquiescer?

Le provisoire, seule combinaison qui piiisse concilier, monientanément, les intérêts opposés, soumettra la Turquie à riuûuejice réunie des puissances qui s*en disputent, dans ce moment, la protecâoa exclusive. La tbëse que Tétat in* térieur de la Turquie exige une intervention ebrétienne cette thèse, contestée par les puissances occidentales et, en même temps, appuyée par leurs démarcbes diplomatiques et militaires, triomphera infailliblement. La Russie participera à ce iriomphe, mais à condition et dans une certaine mesure, après que le temps et l'occasion oùi elle aurait pu, peut-être, atteindre son but de plein saut, sont passés, et

après avoir été contrainte, sous les murs de Silistrie, à ré^ sigier à tme parUe de ses prétentions.

Voilà la voie Indireete par laipieUe lea destina de VEu^ rope s'accompliront. Encore une fois les intérêts qui étaient trop peu préparés à décider ieur lutte par la voie directe et fur le cban|», seront forcés à se réunir pour l'arrangement des affaires turques et à se contrtMfr et coiiibiittrc dans la lice diplomatique jusqu'à ce que la situation soit assez mûre pour que la diiEculté que Ton réussira encore une fois à reculer, puisse être resoute d'une manière définitive.

Tous les partis, intéressés à la complication actuelle, subiront, par conséquent, des épreuves qui modifieront ce qu'il y avait de trop absolu dans les opinions, et qui reeti* fieront ce qu'il j avait de trop présomptueux, dans les prû> jets. Ce sera dans la publication suivante, destinée à résu* mer les résultats de la lotte aetuelie, que nous essayerons de deviner et de dessiner les suites importantes que ces modifications et ces. rectifications auront pour les rapports entre FOceident et l'Orient et pour la politique future des grandes puissanees.

Berlic. — Imprimerie de F, Nietack.

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