INTRODUCTION ET HISTORIQUE
L'imperméabilité du pylore domine les indications opératoires de la chirurgie stomacale. Les opérations s'adressant au corps même de l’organe sont rares et discutables. C’est sur ce col gastro-duodenal, lieu de passage et sphincter de clôture, que se concentre l’intérêt chirurgical. Quel que soit son mode d’obstruction, et ils sont nombreux et fréquents, le pylore, par les troubles de circulation des matières qu'il entraîne, joue en thérapeutique comme en pathogénie le rôle prééminent. Aussi est-ce pour forcer ou contourner cet obstacle que se sont dirigés tous les efforts des chirurgiens. Et cependant la chirurgie de l'estomac est née d'hier. Auparavant on abandonnait à leur misérable sort et on laissait mourir de faim et de soif les malheureux qui avaient une sténose pylorique et que ne parvenait pas à soulager la thérapeutique médicale : long et incessant supplice qui se terminait fatalement par une mort trop lente à venir pour ces patients, qui, quoique réduits à l’état de squelettes, avaient cepen-
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dant conservé l’intégrité parfaite de leurs facultés intellectuelles.
Péan inaugure une ère d'avenir en faisant avec insuccès une pylorectomie pour un cancer pylorique. Depuis, les procédés se succèdent. En 1881, Woælffler, alors assistant de Billroth, en présence d’un néoplasme pylorique trop étendu pour être enlevé, établit sur les conseils de Nicoladoni une communication entre l’estomacet l’intestin et crée ainsi la méthode générale des anastomoses, qui réuni! maintenant les suffrages de tous les chirurgiens et que chacun s’est ingénié à perfectionner. En 1882, Czerny fait avec succès l’excision elliptique et la réunion tranversale du pylore sténosé, véritable pyloroplastie, opération que pratiquent en 1885 et 1887 Heinecke et Mickulicz et qu'ils érigent aussi en méthode générale, quoique ayant des indications plus restreintes. Dès 1878, Surmay propose l’entérostomie qui ne fut pratiquée que deux ans après par Langenbuch, puis en 1884 et 1885 par Southam et Robertson, opération qui ne donna que des mécomptes et qui estaujourd’hui abandonnée. Il faut citer pour être complet l'opération de Bernay quien 1887 pratique, pour le cancer de l’estomac, après gastrotomie, le curettage des massescancéreuses obstruant le pylore.
Mais, parallèlement à ces deux grandes méthodes générales d’anastomose et de pyloroplastie, s’en constituait une autre qui avait pour but la dilatation de l'orifice sténosé. C’est cette méthode que nous allons exposer dans notre travail. Trouvée en 1882 par Loreta qui l’appliqua exclusivement aux rétrécissements non
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malins, perfectionnée et étendue aux sténoses cancéreuses en 1885 par Hahn, qui abandonne de lui-même son procédé, Daniel Mollière et Lane en font des variantes, malheureuses du reste. Enfin M. Jaboulav, trouve, expose et pratique son procédé de dilatation bidigitale par double invagination, qui sembleëtre le perfectionnement ultime et le couronnement de cette méthode.
Il fait sa première opération en juin 1893 et publie à ce sujet deux articles dans le Lyon Médical (25 octobre 1896 et 19 décembre 1897). Il nous permet alors d’en faire le sujet de notre thèse.
Nous étudierons dans le chapitre I les procédés de dilatation après ouverture de l'estomac et les expérimentations faites ainsi, puis dans le chapitre II, ceux dans lesquels on respecte le viscère (opérations de Hahn et Jaboulay) et deux exemples de la généralisation possible de la méthode de M. Jaboulav aux diverses sténoses de l'intestin.
Monsieur le Professeur Maurice Pollosson nous a fait l'honneur d’accepter la présidence de notre thèse ; nous l’en remercions respettueusement.
Stagiaire assidu de M. Jaboulay, nous ne saurions trop admirer les brillantes qualités de ce maître émi-
nent de la chirurgie moderne : la rapidité et la sureté
du diagnostic, le brio opératoire et l'audace chirurgicale, s'appuyant sur des connaissances approfondies, cherchant incessamment à étendre à l’infini son champ d'action au delà des bornes fixées par le vulgaire, toujours victorieux de la maladie ou lui disputant pied à pied sans perdre courage sinon la guérison définitive,