Ut omnes unum sint, a dit saint Paul
raison humaine, et quelles, d’un autre côté, leur sont contraires.
Mais avant de faire cette démonstration en détail, selon notre ordre géométrique, je veux indiquer d’abord brièvement les préceptes mêmes de la raison, afin que chacun perçoive plus facilement ce que je pense.
La raison ne demandant rien contre la nature, la raison demande donc que chacun s'aime soi-même, que chacun cherche ce qui lui est véritablement utile, que chacun désire tout ce qui conduit l’homme réellement à une perfection plus grande, et, absolument, que chacun s'efforce, autant qu’il est en lui, de conserver son être.
Toutes propositions aussi nécessairement vraies quil est vrai que le cout est plus grand que sa partie.
En second lieu, puisque la vertu ce n’est rien autre que d’agir d’après les lois de sa propre nature, et que personne ne s'efforce de conserver son êcre que d’après les lois de sa nature propre, il s'ensuit :
Premièrement, que le fondement de la vertu, c’est cet effort même pour conserver son être, ec que le bonheur consiste en ce point, que l’homme peut conserver son être ;
Secondement, il s'ensuit que la vertu doit être désirée pour elle-même, et qu’il n’est rien de préférable à elle, ou qui nous soit plus utile, qui la doive faire désirer ;
Troisièmement, enfin, il s'ensuit que ceux qui se tuent sont des impuissants d’âme, entièrement vaincus par des causes extérieures contraires à leur nature.
Du Postulat IV, partie II de l’Érhique, il s’ensuit encore que jamais nous ne pourrons arriver, pour conserver notre être, à n’avoir point besoin des choses qui sont en dehors de nous; et que jamais nous ne vivrons de telle sorte, que nous n'entretenions nul commerce avec les objets extérieurs. En outre, si nous considérons notre âme, nous verrons que notre entendement serait assurément moins parfait, si notre âme vivait dans l'isolement, ec ne comprenait rien qu’elle-même. |
Il y a donc, en dehors de nous, une foule de choses qui nous sont utiles, et que nous devons désirer par cela même.
Parmi ces choses, l'on n’en peut imaginer aucunes de plus excellentes que celles qui s’accordent entièrement avec notre nature.
Si deux individus, en effet, d’une nature entièrement semblable, s'unissent ensemble, ils formeront un individu deux fois plus puissant qu’un seul.
J1 n’est donc rien de plus utile à l’homme, que l'homme. Oui! dis-je, les hommes ne peuvent souhaiter rien de plus excellent pour conserver leur être, que de s'uccorder tous, en toute choses, de telle sorte, QUE LES AMES ET LES CORPS DE TOUS COMPOSENT COMME UNE SEULE ÂME ET UN SEUL CoRrs; que tous ensemble, autant qu’il leur est possible, s'efforcent de conserver leur etre; et que tous ensemble recherchent pour soi-méme le bien commun de tous.
D'où il suic que les hommes qui sont gouvernés par la raison, c’est-à-dire les hommes qui recherchent ce qui leur est uule,
d’après la conduite de la raison, ne désirent rien pour eux-mêmes, qu'ils ne désirent pour les autres, ec sont par conséquent des hommes justes, fidèles et honnêtes.
Tels sont les dictamens de la raison que je m'étais proposé de montrer ici par ce peu de mots, avant de les démontrer d’une façon plus écendue. Que si je l’ai fait, c'était pour me concilier, s’il était possible, l'attention de ceux qui croient que ce principe, que chacun est tenu de rechercher ce qui lui est utile, est un principe d’impiété, et non le fondement de la vertu et de la piété. Ainsi donc, après avoir fait voir brièvement que la chose est bien différente, je poursuis, etc.