La fausse humilité
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Il serait trop long d'énumérer ici tous les maux de l’orgueil, puisque les hommes orgueilleux sont sujets à toutes les passions, et à aucunes moins qu'aux passions de l'amour et de la miséricorde.
Mais il ne faut pas passer non plus sous silence que l'on appelle encore orgueilleux, celui qui pense des autres moins bien qu’il ne convient. Et, en ce sens, l'Orgueil peut être défini : une Joie née de la fausse opimon qu'un homme croit étre audessus des autres.
L’Abjection, d’autre part, le contraire de cet orgueil, pourrait être définie : urze Tristesse née de la fausse opinion qu'un homme croit être au-dessous des autres.
Ceci posé, nous concevons aisément que l’orgueilleux est nécessairement envieux, et que ceux surtout qu'il a en haine, ce sont les hommes vantés à cause de leurs vertus.
Nous concevons encore sans peine que la
haine des orgueilleux n'est pas facilement vaincue par l'amour ou par des bienfaits, et que ce qui les délecte par dessus tout, c'est la société des individus qui s'abandonnent au gré de leur âme impuissante, ec d'un sot fonc un insensé !
L’abjeccion est le contraire de l’orgueil ; et, cependant, il n’est rien de plus voisin de l’orgueilleux que l'homme abject.
En effet la tristesse de l’abject provenant de ce qu'il juge son impuissance, d’après la puissance ou la vertu des autres, cette tristesse sera donc adoucie, en d’autres termes l’abject sera réjoui si son imagination est occupée à contempler les vices d'autrui. D'où ce proverbe : Le soulagement des malheureux, c’est d'avoir des compagnons de leurs maux. Tout au contraire, l’'abject sera d'autant plus contristé qu’il se sera cru plus au-dessous des autres. D'où il arrive qu'il n’y a pas d'êtres plus enclins à l'envie que les abjects, qu'ils s'empressent d'observer les actions des hommes pour les blâmer, bien plus que pour les carriges .
qu'ils réservent tous leurs éloges pour l’abjection seule, ec qu'ils en tirent vanité, mais de telle sorte néanmoins qu'ils paraissent toujours abjects.
Et ces défauts résultent aussi nécessaire-
ment de cette passion, qu’il résulte de la nature du triangle que ses trois angles sont égaux à deux droits.
: Car, comme je l'ai déjà dit, je n’appelle ces passions, et autres semblables, passions mauvaises, qu'en tant que je ne considère que la seule utilité humaine. Mais les lois de la Nature regardent l’ordre commun de la Nature, dont l’homme est une partie.
Et j'ai voulu avertir de ceci en passant, afin que personne ne s’imagine que je me plais à raconter ici les vices des hommes et leurs actes absurdes, et non à démontrer la nature des choses et leurs propriétés. Car, comme je l'ai dit dans la Préface de la troisième partie, je considère les passions humaines et leurs propriétés, de la même façon que Jes autres choses naturelles. Et, certes,
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les passions humaines, si elles ne marquent pas la puissance de l'homme, révèlent toutefois la puissance et l’art de la Nature, non moins que beaucoup d’autres choses que nous admirons, et dont la contemplation a le privilége de nous charmer.
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