‹ De la droite manière de vivreChapitre 47 sur 48 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

A superstition, au contraire, paraît L considérer comme un bien ce qui apporte de la tristesse, et, d’autre part, comme un mal, ce qui cause de la Joie.

Mais, comme nous l'avons déjà dit (voyez le Scholie de la Proposition XLV, partie IV de l’Éthique), personne, si ce n’est un envieux, ne se réjouit de mon impuissance et de mes déplaisirs. Car, plus nous sommes affectés par une plus grande joie, plus nous passons à une plus haute perfection, et, conséquemment, plus nous participons de la nature divine.

Et la joie, que règle la vraie raison de notre utilité, ne peut jamais être mauvaise.

Quant à celui qui est conduit par la

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crainte, et qui ne fait le bien que pour éviter quelque mal, celui-là n’est point dirigé par la raison.

ScHOLIE de la PROPOSITION XLV

Entre la dérision (que j'ai dit être mauvaise au Corollaire I) et le rire, je recannais une grande différence.

Le rire, en effet, de même que la plaisanterie, est une pure joie ; et, par conséquent, pourvu qu'il n'ait pas d’excés, il est excèllent par lui-même. Il n’y a, assurément, qu’une triste et farouche superstition qui défende de se divertir. Car, en quoi est-il plus convenable d’apaiser la faim et d’éteindre la soif, que de chasser la mélancolie?

Telle est ma manière de voir, et c’est ainsi que j'ai tourné mon esprit.

Nulle divinité, ni personne autre qu’un envieux, ne se réjouit de mon impuissance er de mes déplaisirs, et ne nous tient à vertu

les larmes, les sanglots, la crainte, et autres -marques de cette sorte qui sont d’une âme impuissante, Mais, au contraire, plus nous sommes affectés par une plus grande joie, plus nous passons à une perfection plus haute, C'est-à-dire plus nous participons nécessairement de la nature divine.

Ainsi donc user des choses, et s’en délecter, autant qu’il se peut faire (non pas vraiment jusqu’au dégoût, car ce n'est plus ‘là se réjouir), c’est le fait d’un homme sage.

Oui, dis-je, il est d’un homme sage de se refaire par une nourriture et par des boissons modérées et agréables ; il est d’un homme sage de se recréer par les parfums, par le charme des plantes verdoyantes, par la parure, par la musique, par les exercices gymnastiques, par les théâtres ec autres distractions de ce genre, donc chacun peut jouir, sans nul dommage pour autrui.

Car le corps humain est composé de beaucoup de parties de diverse nature, lesquelles ont continuellement besoin d’aliments nouveaux ec variés, afin que le corps tout entier

soit également apte à toutes les fonctions qui peuvent résulter de sa nature; et consé- :quemment afin que l’âme soit également apte -aussi à comprendre un plus grand nombre de choses.

Cette règle de vie s'accorde donc excellemment et avec nos principes et avec la -commune:pratique. C’est pourquoi, s’il en est quelque autre, celle-ci est la meilleuré, et elle doit être recommandée instamment. Ec il n'est pas besoin de parler plus lon- -guement et plus clairement à ce sujet.

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