‹ De la facilité d'opérer sous anesthésie générale par rachicocaïnisation lombo-sacrée les sujets très épuisés ou cachectiquesChapitre 13 sur 42 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(Recueillie dans le service du D' Bernard à l’Infirmerie-

Centrale des Prisons. Bettinger, Thèse de Paris, 1912.)

Amputation du bras

B..., Joseph, âgé de quarante-deux ans, entre à l'Infirmerie le 4 mai 1912 pour tuberculose du coude gauche.

Son père est «mort tuberculeux à trente-six ans ; deux sœurs bien portantes. Rougeole à six ans. Aucune maladie avant vingt-trois ans. Entre au régiment à vingt et un ans dans l'infanterie coloniale où il contracte, à vingt-cinq ans, après quatre ans de service, une tuberculose du testicule gauche qui entraîne sa réforme. L'autre testicule se prend ensuite, se fistulise et entraîne, à trente ans, lémasculation totale du malade.

Puis celui-ci se porte bien jusqu'à l’âge de trente-cinq ans, contracte une pneumonie qui altère sa santé et, à trente-six ans, il voit apparaître une augmentation de volume de son coude gauche. Cette tumeur augmente progressivement ; on immobilise plusieurs fois de suite le bras du malade dans un plâtre, sans aucune amélioration et il arrive dans un état de faiblesse extrême à l’infirmerie.

Le bras gauche offre un contraste frappant entre ses différents segments : le bras est atrophié considérablement ; audessous, le coude présentant un volume énorme âyant près de 4o centimètres de circonférence, de coloration rouge, avec

plusieurs orifices fistuleux par où s'écoule un liquide séro-

purulent; l’avant-bras est œdématié, la main également,

L'avant-bras est en demi-flexion sur le bras. L'état général du malade est très mauvais, 1est compietement intoxiqué par les poisons formés dans sa tumeur ; il est pâle, cachectique, a de la fièvre chaque soir avec rémission matinale, il tousse et crache abondamment, présentant des râles fins au sommet droit. Étant donné cette intoxication profonde, ce dépérissement, on décide qu’il y a lieu d’enlever, le plus tôt possible, la tumeur blanche. Mais, faire subir à ce malade, une opération avec anesthésie chloroformique étai impossible, sous peine de le voir rester su la table d'opération.

Le Dr Bernard se décide alors de tenter l’'amputation sous rachianesthésie, bien que n’ayant jamais, jusque-là, vu pratiquer d'opérations hautes par ce procédé.

Après ponction dans l’espace lombo-sacré on retire

15 centimètres cubes de liquide, et on injecte seulement 2 centimètres cubes de la solution de cocaïne au 1/90. Dix minutes après l’anesthésie remonte jusqu'à la clavicule: le malade est effrayé des préparatifs de l'opération: on lui tourne la tête et il ne sent même pas lincision dela peau,

Amputalion intra-deltoïdienne ; aucune douleur à la dissection et ligature du paquet vasculaire pas plus qu’à la section des nerfs. Drainage. Durée totale de l'opération: cinquante-cinq minutes. Durée de l'anesthésie non prise.

Pas de vomissements, La température tombe le lendemain de l'opération, le drain que l'on avait mis par sûreté est “nlevé le qualrième jour; les fils le r0. Belle cicatrice et surtout véritable résurrection du malade qui, débarrassé de

son foyer de toxines, se remet à manger, et de 44 kilo-

Res

grammes au moment de l'opération pèse 53 kilogrammes six semaines après. Rentre au quartier le 28 juin où il est en si bon état, qu'il peut faire sa tâche comme tout le monde et part à Angoulème le 4 août.

IL est à remarquer que ce malade n'aurait certainement pas pu supporter une anesthésie par inhalation, et son état de faiblesse générale était telle que, sans cette amputation libératrice, il serait mort peu après. ‘Ainsi le Dr Bernard at-il été surpris et enchanté de ce résultat, qu’il n'osait espérer, et auquel il n'avait eu recours que poussé par la

nécessité.

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