‹ De La Fievre Typhoide Dans L'ArmeeChapitre 4 sur 14 · TRIENNALE · texte numérisé non relu

TRIENNALE

Art. 1. — Râle de la fièvre typhoïde dans la mortalité

de î armée.

Cette étude est basée principalement sur les rapports adressés au conseil de santé des armées, par les médecins des hôpitaux militaires et des différents corps de troupes, relativement aux épidémies de fièvre typhoïde observées en 1874, 1878 et 1876.

On sait quel est le rôle de cette affection dans la morbidité et la mortalité du soldat; à l'intérieur, elle constitue invariablement la principale cause de décès par maladie aiguë, et nous verrons qu'il n'est pas loin d'en être de même, malgré d'anciens préjugés, dans notre colonie d'Afrique.

Ce rôle, elle le maintient môme aux époques d'apparition

de fléaux transitoires qui pèsent si lourdement sur la mor-

talité de la population civile ; pendant les épidémies de choléra de 1865 et de 1866, dont tant de villes de garnison furent atteintes, la fièvre typhoïde causait dans l'armée bien plus de décès que cette dernière affection (en 1865, 575 décès par choléra, 729 par fièvre typhoïde ; en 1866, 258 décès par choléra, 501 par fièvre typhoïde). Cette prédominance demeura naturellement plus marquée encore pendant l'épidémie cholérique de 1873, qui d'ailleurs fut, comparativement aux autres invasions de choléra, d'une insigne bénignité.

C'est qu'en temps de paix, dans les garnisons de Tintérieur, le soldat n'offre, relativement au choléra, qu'une somme de réceptivité analogue à celle de tout membre de la population civile ; tandis que, à l'égard de la fièvre typhoïde, il règne dans l'armée des prédispositions toutes spéciales, prédispositions qui doivent nous préoccuper d'autant plus, aujourd'hui^ qu'il y a lieu de se demander si elles ne sont pas en voie d'augmentation»

La profonde modification organique imposée à l'armée doit, en effet, entraîner sur son état sanitaire certaines conséquences que permet de prévoir là connaissance dès maladies du soldat.

Par le fait du ûouveau mode de recrutement (loi de 1872), le chiffre des jeunes soldats présents simultanément bous les drapeaux prend un accroissement considérable, d'où augmentation parallèle du nombre des individus spécialement jiWdisposès, dans la Copulation militaire j àla fièvre typhoïde.

Nous empruntons à la statistique les chiffres officiels de

année.

Décès par fièvre typhoïde sur 4000 hommes présents.

1,65 2,OJ

mortalité annuelle de l'armée par fièvre typhoïde, depuis 186S:

Année Déc ^ s P ar *^ Tre tyP^oïde sur 4000 hommes présents.

tJil côilp d'tfeil sur ce tableau permet de bonstâter l'&tigrtientation progressive dé la mortalité par fièvtë typhoïde, à partit de Tannée 1873 ; le bbmbrte de décès, pour cette seule ifcaladié, à même atteint, eil 1875$ le chiffré de 1553, chiffre âutpiél il ne s'était pas encore élevé depuis l'institutitiri dte la siâlfetiqiïë médicale.

Faût-iij de ces faits, conclure que l'ensemble de l'armée est actuellement soumis à des causes d'insalubrité plus considérables qu'autrefois et ne voir, en cet accroissement de ses pertes pat fièvre typhoïde, que l' exagération des conditions génératrices dé cette affection ?

Avant dé formuler une telle cbnclusion, il coii vient de téûir compte d'abord de la variation de gravité dés épidémies flë fièvre typhoïde, suivant les années : En 1868, la mortalité avait été aussi Considérable qu'en 1874. (Voir le tableau ci-dessus).

D'autres années, antérieures à celles dont la statistique bOUS donne lés résultats, ne prouvaient que trop la réceptivité de notre armée à cette affection : telle l'année 1853, où l'armée de Paris perdait 9,34 sur 1000 hotnmes de garnison dûtis l'épidémie dontBégin et M. Levy ont publié là relation

^Recueil des mémoires de médecine militaire, t. xn, 2 e série), aérait d'autant moins rationnel de conclure à la persistance de l'augmentation progressive actuelle de la morta- .'té militaire par fièvre typhoïde, que l'installation de l'armée se modifie en même temps que son mode de recrutement ; îa vie des camps substituée à la vie de garnison, sans constituer, nous le verrons, une garantie d'immunité absolue, diminue notablement les chances de développement de cette maladie, dans un grand nombre de nos régiments ; des casernes mieux aménagées s'élèvent en plusieurs des villes, où durant la période qui nous occupe, les atteintes de l'armée avaient pu ôtre]rapportées en partie à l'insuffisance et à la défectuosité des locaux. Nous pouvons en donner des exemples.

Les épidémies du 5 e de ligne, à Caen (1874-1875), du 4 e hussards, à Nancy (août 1875), auraient été, en partie, engendrées par de grands travaux d'utilité publique, remuements de terrain, constructions d'égout, installation de nouveaux systèmes de vidanges, travaux qui, pendant leur période d'exécution, ont donné lieu à des émanations dangereuses pour les habitants des casernes avoisinantes, mais qui, une fois accomplis, inaugureront sans doute une période bien plus durable de salubrité pour tous ceux qui seront appelés à occuper ces casernes.

D'autres circonstances entièrement transitoires ont également entraîné des épidémies qui n'auront plus les mêmes chances de réapparition ultérieure. L'encombrement de la caserne de Moulins par la nécessité d'y loger, outre son effectif habituel, le 19 e dragons, dont la caserne, à Saint-

Etienne, n'était point achevée ; l'encombrement de la baraque provisoire, où fut installé momentanément, àBellac,le dépôt du 23 e bataillon de chasseurs, dépendent de circonstances de ce genre.

Mais ce qu'il importe surtout de savoir, pour apprécier, à leur juste valeur, les chiffres de mortalité établis par la statistique, c'est que cette mortalité n'est pas, à vrai dire, celle de l'ensemble de l'armée ; elle est surtout, parfois exclusivement, celle des soldats les plus jeunes, les plus récemment appelés sous les drapeaux. Nous verrons plus loin en quelle proportion et pour quels motifs spéciaux se prononce cette affinité de l'affection pour les recrues.

Nous ne la mentionnons ici que pour en tirer cette conclusion : Si la fièvre typhoïde est aujourd'hui plus commune par le fait de la présence actuelle sous les drapeaux d'une proportion plus considérable de jeunes soldats, cette augmentation n'indique nullement un accroissement des conditions d'insalubrité subies par l'armée ; en ce dernier cas, ces conditions s'imposeraient à tous, à un degré différent, il est vrai, mais d'une manière certaine ; car, devant les causes typhoïgènes intenses, nous verrons diminuer, dans l'armée comme dans la population civile, le bénéfice de la préservation de ceux qui ont passé l'âge de prédilection du mal. Ce qui a augmenté, ce n'est donc point l'insalubrité du milieu militaire, c'est la proportion de ceux qui sont spécialement prédisposés à cette affection.

Supposez que le nombre des enfants de troupe de l'armée soit augmenté dans une proportion considérable : sans doute

6 WS LA FdfiVftE TYPHOÏDE UkJiS L ARMÉE.

on constaterait l'accroissement simultané des affections propres à l'enfance : croup, diphthérie, coqueluche, saps être autorisé à conclure que l'installation des troupes est plus favorable qu'auparavant à la genèse de ces affections.

D'ailleurs, si la fièvre typhoïde trouve des conditions de développement plus favorables dans notre armée actuelle, parce que cette armée est plus jeune, on a chance dp voir diminuer d'autant les affections spécialement propres aux vieux soldats; j'ai eu occasion, dans mes cours, de faire ressortir la diminution progressive du chiffre des décès causés chaque année par la phthisie pulmonaire.

Tandis que ce chiffre, avant 1872, oscillait entre 2,13 et 2,80 sur 1000 hommes présents, il s'est successivement abaissé : à 2,06 en 1872'; à 1,87 en 1873, et à 1,47 en 1874.

Si lés conditions actuelles du recrutement sont, au point de vue de l'âge ; de nature à favoriser la réceptivité de l'armée h la fièvre typhoïde, elles diminuent donc cette réceptivité à l'égard de l'autre affection dominante chez les soldats, la phthisie pulmonaire, diminution largement compensatrice, puisque, en somme, la mortalité totale de l'armée continue son mouvement de décroissance progressive.

Dans un autre travail (art. Morbidité militaire du Die t. encyclopédique des se. méd.), j'ai démontré combien on s'exagérait la prédominance de la fièvre typhoïde dans l'armée française, et combien elle tenait de place dans la mortalité des troupes étrangères, notamment en Angleterre et en Allemagne, Je me borne et rappeler ici quelques faits relatifs à l'armée bavaroise, Des documents certains

nous permettent d'établir qu'en eette dernière armée la fièvre typhoïde joue un rôle pathogénique plus important encore que dans la nôtre, puisque, durant une période de quatorze ans (1855 à 1869), elle a entraîné une mortalité de 2,8 sur 1,000 hommes d'effectif, mortalité presque double de celle de la mortalité de l'armée française par cette mépip pffection, durant la mêmp période (1,80 sur 1,000 hommep d'effectif).

Pendant cette môme période encore, la mortalité annuelle des troupes en garnison à Munich s'élève, d'après les reler vés de Pettenkofer, an chiffre effrayant de 8,4 sur 1,000 hommes d'effectif, po\ir Ja fièvre typhoïde seulement; c'est-, à-dire qu'à Munich, le SQldat meurt presque autant de fièyrp typhoïde qu'il meurt ailleurs de l'ensemble de toutes les causes léthifères.

La maladie ménage-t-elle les armées des régions plus septentrionales? Y est-elle moins commune qu'en France? Non; les observations de M. Huss ont été prises sur les maladies provenant des casernes de Stockholm. Est-elle plus rare au sud? Non encore. Grâce aux travaux des médecins militaires de notre armée, à ceux de F. Jacquot, peut-être aux miens, on a la preuve, non-seulement de l'existence, mais de la fréquence de cette maladie à Rome, où les médecins en contestaient autrefois jusqu'à la possibilité. H en a été de môme, on le sait, et nous le rappellerons plus loin (chap. 3), en Algérie. Et, enfin, les observations recueillies par les médecins anglais démontrent, chaque jour, la fréquence de cette affection jusque sous les tropiques.

Indication, par ardre alphabétique, des localités où ont été observées les épidémies signalées spécialement au Conseil de santé.

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