OBSERVATION XVII
Au déclin d'une forte lièvre typhoïde qui avait débuté le 27 juillet 1 844, Rosa G , âgée de J8 aus, refuse avec injures les
(I) Tome VIII, page 380.
: soins que lui prodiguent ses parents, Son frère entre dans sa i chambre avec un paquet de linge ; elle cr oit qu'il porte un i enfant et qu'il veut le pendre au plancher. Elle voit et entend .des personnes imaginaires, sent de mauvaises odeurs. La convalescence toutefois s'affermit, et ces accidents disparaissent; «mais en septembre, à la suite d'une indigestion, la lièvre s'éilant passajfèrement renouvelée , elle est reprise des mêmes (phénomènes psychiques. Les bruits les plus imperceptibles ■arrivent à son oreille; on se moque d'elle : mutisme, refus ('d'aliments, etc. etc.; parfois elle parle à sa mère, morte depuis quatre ans. [Ju jour elle voit une grosse bête au pied de son Hit. Une notable amélioration coïncide avec la formation d'un mlcère au sacrum qui , malheureusement, occasionne du dépérissement et entraine la mort le 10 octobre.
Observation XVIII.
M. Delasiauve a eu plusieurs fois l'occasion de •«onstaterces formes d'aliénation consécutives à la lièvre typhoïde, soit parmi les adultes, soit chez les eeunes épileptiques, aliénés et idiots de Bicêtre. Il apporte dans le Journal de médecine mentale (mars 864) (1) le fait d'un g^arçon de 13 ans, qui était Hors sur le point de sortir. Lors de son entrée, il y | trois mois, la fièvre typhoïde avait disparu, mais
restait amaigri , pâle , obtus et faible. Audition bscure, station difficile, souvent inconscience des vacuations. Des idées craintives traversaient son torizon sombre. Il craig*nait qu'on le fit mourir ou tu'on l'empoisonnât; de là des révoltes incohé- ^ntes, machinales, et des refus de nourriture. — m exuloire au bras, des boissons et une alimen-
(1) Des diverses formes mentales, pago 72.
tation toniques, des frictions stimulantes, des laveJ rments de quinine, et, finalement, l'air libre et l'exercice, ont contribué à ce qu'on pourrait appeler la résurrection physique et morale de ce pauvre malade.
Observation XIX.
«J'ai vu, dit M. Morel (1), l'imbécillité et une sorte d'idiotisme incurable être la conséquence de la fièvre typhoïde chez de jeunes sujets : »
«Dans une Famille composée de 8 enfants et chez lesquels il csi vrai de dire qu'il existait quelques prédispositions héréditaires, la lièvre typhoïde atteignit successivement chacun de ces enfants. 1 d'entre eux sont restés complètement sourds avec un grand affaiblissement intellectuel. Chez les 4 autres, il y eut des délires consécutifs bizarres avec alternative de stupidité et d'excitation.»
Si nous ne prévoyions l'inconvénient des divisions nombreuses, nous aurions pu dédoubler cette deuxième série. Un certain nombre de cas en effet offrent des exemples d'affaiblissement intellectuel bien caractérisé.
D'autres nous présentent surtout à noter des hallucinations, et principalement des illusions; mais avec cette particularité remarquable que quelquesunes de ces illusions portent les traces du délire hypochondriaque.
Quant aux cas d'affaiblissement intellectuel , ils
1 Traité des maladies mentales, page 167.
sont bien établis, et liés probablement à l'état déplorable de l'organisme. C'est là plus qu'une vue de l'esprit, signalée d'ailleurs par MM. Marcé et Dag'onnet. Un état anémique, quelle qu'en soit la cause primitive, aide singulièrement au développement de la folie ; le fameux aphorisme d'Hippoerate : Sànguis moderator neftôrum, trouve ici parfaitement sa place, et si l'on veut en rapprocher cet autre non moins connu : Naturâm mofborum curationes ostendunl, comme le traitement tonique g*uérit généralement ces cas de trouble mental, on arrivera presque à se convaincre qu'ils sont dus à l'anémie concomitante.
Les cas de monomanie simple et de délire hypocbondriaque ne peuvent pas s'expliquer aussi facilement; l'observation de nouveaux faits est nécessaire.
Toutefois nous voulons appeler l'attention sur ce délire que M. Baillarger (1) a le premier si bien décrit, en insistant sur sa fréquence relative au début et dans la première période de la paralysie générale.
N'est-il pas remarquable que l'on trouve dans ces cas de folie consécutifs à la fièvre typhoïde toutes les variétés do délire observées dans la paralysie générale, depuis la démence jusqu'à la monomanie ambitieuse, en passant par le délire hypochondriaque? Or, que produit la fièvre typhoïde? dans son cours, des manifestations cong-estives fréquentes vers les
(1} Bulletin de l'Académie de Médecine, 1860.
principaux organes, surtout vers le cerveau; consécutivement, une débilitation profonde de tout l'organisme.
Que comporte la paralysie générale? des congestions, une dépression considérable de l'économie. Encore une fois nous ne voulons tirer aucune conclusion; il faudrait pour cela des observations plus multipliées et une expérience que nous sommes loin de posséder. Notre désir était seulement d'appeler l'attention sur des faits intéressants , nous demandant si des résultats presque identiques ne pouvaient pas être attribués à des causes analogues.
En un mot, un sujet qui relève d'une fièvre typhoïde, étant à peu près dans les mêmes conditions qu'un autre, chez lequel débute la paralysie générale, il n'est pas étonnant que le délire dans les deux cas soit parfois identique.
En raison de ces considérations mêmes, on pourra peut-être s'étonner de ne pas voir figuirer ici les observations intéressantes publiées par M. Beau, dans un mémoire sur ce qu'il appelle la paralysie générale aiguë {Archives gén. de méd., 1852, t. I). C'est qu'il s'agit là en définitive de véritables méningo-encéphatites aiguës survenues en effet dans la convalescence de la fièvre typhoïde. Pour nous, ces cas se rapportent à ce qu'on désigne mal à propos sous le nom de délire aigu; et, bien qu'ils rentrent jusqu'à un certain point dans l'aliénation mentale, les troubles intellectuels sont trop peu marqués, trop peu déterminés pour que nous ayons
ieru devoir les reproduire dans notre travail. Ce sont i là de ces cas sur la limite entre la méningite purulente d'une part qui sidère le malade, et ne lui (permet pas d'avoir ou d'exprimer une idée, et la méningite commençante ou moins grave, dans laquelle on peut noter le trouble de rintellig*ence :se traduisant par des idées délirantes. Quoi qu'il en :soit, ces faits remarquables confirment pleinement l'existence de cet afflux sangriin au cerveau qui, dans la convalescence de la fièvre typhoïde, nous i paraît causer quelquefois les troubles intellectuels i manifestés dans les observations que nous venons (de rapporter.
§11. — Choléra, typhus.
Avant les dernières invasions du choléra en Euj rope, personne n'avait signalé, comme survenant à ila suite de cette affection, un état délirant, qui a plus • d'une analogie avec le délire consécutif de la fièvre 'typhoïde.
Nous ne trouvons dans l'ouvragée d'Esquirol (1) i qu'une brève indication; il mentionne, en quelques \ lignes et sans détails, trois cas reçus à Gharenton.
«Les affections secondaires (au choléra) les plus caractéristiques et les plus redoutables, dit M. Tar- ; dieu (2), sont celles qui attaquent le système ner-
(1) Ouvr. cité, t. Il, p. 681
(2; Tardieu, Leçons sur le choléra, 1849, p. 30.
veux. Les congestions vers l'encéphale, si fréquentes dans la période de réaction, sont dans quelques cas suivies d'une méningite parfaitement caractérisée. »
La folie est incontestablement un des modes de souffrance du système nerveux ; il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'on la rencontre parmi les affections secondaires de choléra. M. Tardieu n'a garde de l'oublier; et, sans l'indiquer précisément, les faits étant encore peu nombreux et mal observés, il pressent parfaitement la possibilité de cette complication. Il cite même le cas d'un malade de M. Rayer qui , sorti de la période algide , présenta, durant deux ou trois jours, une sorte de délire non fébrile.
M. Delasiauve, le premier, a appelé vivement l'attention sur ce sujet. I /épidémie de 1849 lui a fourni l'occasion d'observer à Bicètre , dans un espace de temps fort court, cinq exemples de délire consécutif aux accès cholériques. Ils font l'objet d'une note insérée dans les Annales médico-psychologiques (1).
Dernièrement, dans une série d'articles intitulés: Des diverses formes mentales, et publiés dans le Journal de médecine mentale (2) , M. Delasiauve rappelle les faits de trouble mental consécutifs au choléra, en les rapprochant de ceux que l'on observe et qu'il a vus lui-même à la suite de la fièvre typhoïde. « L'état de dépression nerveuse où jette cette terrible affection (le choléra) , dit-il , est bien de nature à
(1) Année 1849, p. 331. '
(2) Mai 18o4, p. 164.
troubler les fonctions cérébrales. Inévitablement, il adû se produire souvent, pendant la convalescence, ce que nous avons signalé à la suite des fièvres typhoïdes et intermittentes. »
Les cas de délire observés à la suite du choléra, malgré la diversité des symptômes, présentent au fond beaucoup d'analogue avec ceux qui surviennent après ladothiénentérie, et l'issue, malgré la gravité apparente, a été heureuse et assez rapide. Au moment de publier ces faits, M. Delasiauve les ayant communiqués à la Société de médecine de Paris, M. Brierre deBoismont, un des membres, a déclaré en avoir observé de semblables dans l'épidémie de 1832. Nous reproduisons ici les observations de M. Delasiauve, et nous les faisons suivre d'une autre de même nature rapportée par M. Morel (1).