OBSERVATION
(Sauvet, Annales médico -psychologiques ; année 1845.)
Fièvre typhoïde chez une jeune fille; guérison ; intégrité des fonctions; monomanie des grandeurs.
Anna \ . . . . .. folle de pauvres vignerons . se fil remarquer
dès son enfance par un désir des richesses peu ordinaire parmi les filles de sa condition. Devenue plus grande, elle écoutait avec plaisir les avantages attachés à la condition de domestique, que plusieurs de ses amies lui disaient avoir rencontrés à Paris. Un jour elle se rend dans celle ville afin de parvenir plus vite à la richesse. Mais là les désillusions arrivent, les besoins se font sentir, et Anne tombe malade d'une lièvre typhoïde.
On la transporte à la Pitié. Vers le déclin de la maladie, le délire se manifeste et Anne est envoyée à la Salpèlrière, le 25 mai 1844. Nous ne savons dans quel service elle fut placée, mais elle y resta jusqu'au commencement de septembre, époque à laquelle l'ordre de sa translation dans son département la fit emmener à l'asile de Fains, où elle arriva le 4 septembre. Voici quel est son état lors de son entrée : démarche fière et arrogante, expression indicible de mépris répandue sur sa physionomie. Si elle parle, c'est, comme on dit vulgairement, du bout des lèvres. Sa santé physique est bonne, et si l'on n'était prévenu par les apparences que nous venons de signaler, on la croirait raisonnable en tous points; mais qu'on lui parle de sa position, de sa naissance, aussitôt elle dit que ses parents sont fort riches, qu'elle a de puissantes protections à la cour. Aussi nous prend-elle, M. Renaudin et moi, pour des princes russes ou tout au moins pour des médecins envoyés tout exprès par le roi pour venir la soigner. Du reste, Anna est intelligente et lahorieuse.
M. Renaudin, médecin directeur de l'asile, prévit, dès le début, que tous nos moyens échoueraient contre cette maladie. 11 vit que si l'on pouvait obtenir quelque amélioration, c'était par le traitement moral. Mais il n'a fait que maintenir au deidansles idées de grandeur, et nous ne sommes pas sur pour cela qu'elles n'existent plus. Un moment nous l'avions espéré, lorsque l'arrivée de sou père et de sa mère, qu'elle n'avait pas vus depuis longtemps, vint nous détromper. En effet, en arrivant auprès d'eux , les sentiments affectifs , éteints jusqu'alors, tparurent se ranimer, et elle se précipita dans leurs hras en versant des larmes. Mais ce moment fut, de bien courte durée, car ipeu après elle se mit à reprocher à son père de la laisser dans un hospice, lui qui était, si riche. En un mot, ses idées furent de nouveau exprimées, et cette fois avec tanl de hauteur et de
mépris pour ses parents, (pi'il l'a 1 1 u l la fuira rentrer dans son quartier.
Si aujourd'hui Anna ne parle plus de ses richesses, ni de ses hautes protections, c'est la crainte, nous le répétons, qui eu est cause, et pour nous, malgré les apparences, la malade n'est rien moins que guérie.