‹ De la folieChapitre 29 sur 73 · Causes du Délire algu · texte numérisé non relu

Causes du Délire algu

Le délire aigu, ou l'affection des fonctions intellectuelles qui le constitue , n'est ordinairement qu'un symptôme d'une maladie plus grave d'un organe de l'économie ou du cerveau luimême -, symptôme qui sert plutôt à établir le pronostic, qu'à indiquer l'administration d'aucun remède. Nous lui reconnaîtrons trois sortes de causes ; i .° les affections graves du cerveau ; 2.° les maladies des autres organes ; 3.° l'action de certaines substances sur l'estomac.

Les affections graves du cerveau , celles qui se manifestent dans l'ensemble de ses fonctions , produisent deux symptômes constans : le délire ou le coma. Le délire survient plus particulièrement dans l'araclinitis , la céplialite , la fièvre ataxique , mieux nommée cérébrale. La commotion cérébrale , les différentes compressions causées par des épancliemens sanguins , aqueux ou purulens , par l'enfoncement de pièces osseuses, produisent au contraire le coma. Toutes ces maladies reconnaissent des causes nombreuses qui ne deviennent qu'indirecte- , ment celles de ces deux symptômes. Aussi m'abstiendrai-je d'en parler.

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Le délire aigu sj'irtpalhique est extrême" ment fréquent -, peu de maladies aiguës ou chroniques se termiiieat par la mort, sans présenter ce symptôme *, peu de malades meurent en pleine connaissance, li semble que la nature ait ainsi voulu voiler à l'iiorame i'approcîie de ce terme fatal. Pour qu'un organe produise ce désordre cérébral , il faut qu'il soit gravement affecté , et d'une manière aiguë ; les affections chroniques en sont rarement cause, excepté à leur fin, où Faltération organique semble prendre de l'énergie , ou bien détermine une inflammation vive des tissus voisins. Les maladies qui ne présentent pas l'un ou l'autre de ces caractères , ne troublent point l'intelligence 3 voilà pourquoi presque tous les individus affectés d'anévrysmes du cœur, be.fucoup de phthisiques ne perdent point l'esprit avant de mourir. Toutes nos parties ne sont pas également susceptibles d'affecter l'organe intellectuel \ elles n'agissent même pas sur lui , dans le même ordre que dans l'état sain ; ainsi , par exemple , les séreuses dont l'action, en santé , se borne à faciliter le jeu des organes , causent proraptement des symptômes graves et le délire , lorsqu'elles viennent k s'enflammer vivement. Les phlegmasies aiguës du canal alimentaire , le déterminent fréquemment : elles constituent

le plus souvent ce qu'on a appelé fièvres adynamiques. Le coeur , ou la séreuse du péricarde enflammés, agissent de même promptement sur le cerveau. Les poumons paraissent avoir moins d'influence sur cet organe ; ce n'est que tard que les péripneumonies aiguës causent du délire. Toutes les opérations ciiirurgicales qui deviennent funestes , s'accompagnent ordinair rement vers la fin , de ces troubles intellectuels. Les maladies chroniques de nos organes, survenant peu à peu, sont en général supportées sans de trop grands désordres dans l'économie. Des symptômes locaux peu intenses , l'affaiblissement et l'amaigrissement graduels , quelques troubles des organes digestifs , les caractérisent ordinairement c L'entendement est rarement dérangé dans tout leur cours ; voyez les piitî«!l* siques , les cancérés , les hydropiques, les scrophuleux, minés par des abcès froids, des caries : tous ces individus conservent l'usage de leurs facultés intellectuelles jusqu'à une époque trèsvoisine de la mort. Seulement , quand l'économie est épuisée, le cerveau partageant cet état , s>es fonctions perdent de leur énergie. Ce n'est donc , comme je viens de le dire , que peu de temps avant de terminer leur existence , que ces malades sont pris de délire ; quelques-uns n'en sont point atteints. Les médecins qui vou-

draient faire dépendre la folie, d'affections chroniques des organes , seraient tentés d'appeler délire hypochondriaque , les inquiétudes que ces malheureux conçoivent et manifestent constamment sur l'état de leur santé, le besoin qu'ils ont d'en parler continuellement. Mais ici , le mal est réel , il n'y a ni erreur de sensation, ni faux jugement, conséquemment pas de délire. 11 est tout naturel que Phomme qui craint tant de mourir , s'effraye et cherche des consolations quand il a des raisons de se croire attaqué profondément et sans ressources ; et d'ailleurs la maladie deviendrait, dans ce cas , une véritable cause mcrale.

Plusieurs substances ingérées dans F estomac, ( indépendamment de celles qui enflamment cet organe) , produisent un véritable délire aigu ; je ne parlerai ici que des liqueurs alcoholiques , de l'opium , du tabac, de la belladone et de la pomme épineuse.

Les liqueurs alcoholiques, prises à une certaine dose, produisent Pivresse. Cet état présente plusieurs degrés , depuis une légère excitation, jusqu'à la perte de connaissance. Le premier degré est marqué par un sentiment de chaleur dans l'estomac , une excitation générale , une augmentation d'activité musculaire et intellectuelle j de cette dernière disposition provien-

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nent des idées plus rapides, exprimées avec plus de facilité j une gaîté bruyante, etc. Mais bientôt , à mesure que de nouveau liquide fermenté est introduit dans l'estomac , le sang , comme on le dit , monte k la tête j la face devient rouge, les yeux sont brillans j les sens , sur-tout la vision ^ ne perçoivent qu'imparfaitement les qualités des objets •, on voit double , triple , multiple. Les idées deviennent difficiles, incohérentes, sont exprimées avec difïiculté par une langue épaisse , et qui semble atteinte d'un commencement de paralysie. La raison , le jugement de nos actes disparaissent , on ne sait plus ce qu'on dit ni ce qu'on fait -, c'est alors que très-souvent se montre le naturel de l'homme : il exprime ce qu'il pense , ou plutôt , il ne le cache plus : in 'vino âieritas. Ce second degré de l'ivresse s'accompagne d'accélération du pouls, de pulsations très- marquées des artères cérébrales et faciales, de soif, d'un commencement de paralysie musculaire, qui fait que l'homme ivre est faible sur ses jambes, chancelle en marchant, parle difficilement. C'est alors que vomissent ordinairement les personnes qui ne sont pas habituées à ces sortes d'excès. Le troisième degré présente les caractères de plusieurs maladies trèsgraves , comme perte complète de connaissance , paralysie générale, insensibilité j si l'es-

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tomac se déb^irrasse des matières qu'il contient , la face qui était rouge , devient pâle; le pouls reste toujours fort et plein. Après un espace de temps plus ou moins long, après quelques heures, une demi-journée, un ou plusieurs jours de ce sommeil apoplectique y l'individu se reveille, tout étonné du lieu où il se trouve, avec un accablement général, la bouche pâteuse , empoisonnée , du dégoût , quelquefois des envies de vomir ou des vomissemens. 11 reste ordinairement une sorte de stupeur, jointe à un peu de fciiblesse musculaire, ce qui donne un air hébété. Quelquefois, a la suite d'excès de ce genre, le cerveau a tellement souffert, qu'il reste une sorte de stupeur avec délire , qu'on a appelle delirium tremens i quelques jours de repos , la diète, des délayans en amènent ordinairement la solution.

Les narcotiques produisent sur le cerveau , des effets assez analogues à ceux de l'ivresse. Les Orientaux s'enivrent , se procurent de grandes jouissances spirituelles avec l'opium. Chez nous , il détermine une excitation cérébrale , une espèce de congestion sanguine vers cette partie, et force ainsi au sommtil. A une dose plus forte, il cause des vomissemens, des convulsions et la mort. La belladone , la pomme épineuse , produisent un délire avec excitation , une sorte de gaieté forcée ou convulsive. Les

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malades n'ont point la connaissance des objets qui les entourent-, ils sont d'ailleurs faibles, alités, finissent par vomir , avoir des convulsions et mourir, s'ils en ont pris une dose trop forte. Le tabac , chiqué ou fumé , par une personne non habituée, ou introduit dans les voles digestives, attaque promptement le cerveau; m.ais au lieu d'exciter cet organe , il semble l'engourdir-, le malade s'étourdit j, chancelle ^ vomit très -promptement.

Comment ces substances agissent -elles sur le cerveau? Est-ce directement par suite d'absorption , ou indirectement en affectant d'abord l'estomac qui réagirait sur cet organe? L^une et l*autre de ces explications pourraient être soutenues ) cependant , si nous faisons attention que ces mêmes substances , injectées dans la jugulaire produisent les mêmes effets f plus promptement et d'une manière plus forte, nous pencherons pour l'action directe. Les brûlures spontanées , quelquefois générales , qui surviennent chez des personnes adonnées à l'eaude-vie, fortifieraient cette opinion, que Tialcohol est absorbé, sans avoir éprouvé d'aitération dans sa composition. L'exhalation pulmonaire contient aussi une assez grande quantité de cette substance, pour qu'on la reconnaisse fo" cilement a l'odeur qui lui est propre.

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