Paralysie
Sous cette dénomination^ je comprends dewS: maladies bien différentes , l'une que j'appelie paralysie aiguë, et l'autre paralysie chronique. Comme je n^e tiens nullement aux mots , on peut, si l'on veut, changer l'un ou l'autre si on ne les trouve pas convenables.
La paraljsie aiguë se présente de la m^anière suivante : elle survient plus particulièrement chez les aliénées déjà en démence, ou chez celles qui sont folles depuis long-temps ou même hors de traitement : je n'ai pas iTemarqué que la constitution du corps eût de l'inlluence sur ^a production ; je l'ai, eu effet, observée chez les femmes maigres comjnecfaez celles qui avaient de l'embonpoint 3 elle ne coïncide sur-tout nullement avec les disposition^
apoplectiques, comme un col court, beaucoup d'embonpoint, la rougeur de la face, etc. j au contraire , les malades sont presque toujours pâles et débiles. Quelques jours avant l'attaque, la figure semble s'animer sans néanmoins se colorer davantage , la parole s'embarrasse un peu ou bien la malade n'en fait plus usage et paraît dans la stupeur j quelquefois ces symptômes avant-coureurs n'existent pas , ou on ne les aperçoit pas j enfin , subitement l'aliénée perd connaissance , est tout-à-fait insensible , et dans l'impossibilité d'exécuter aucun mouvement. Le pouls est fréquent , même dur , sur-tout celui des artères cérébrales ; il ne se fait cependant pas de congestion vers la tète , la face reste pâle, les conjonctives naturelles ; la respiration s'exécute bien et sans râle. Cet état peut persister plus ou moins , depuis quei^ ques heures jusqu'à plusieurs jours ; rarement les malades succombent au premier accès; seulement la démence s'établit , si elle n'existait déjà ; il peut aussi rester un peu de paralysie musculaire dans quelques parties. Presque toujours plusieurs accès se succèdent à des inter- Talles diversement rapprochés, et finissent par terminer l'existence.
Je ne sais quelle affection du cerveau produit ces symptômeS; l'ouverture des corps n'apprend
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rien de positif à cet égard ; ce qui est certain, c^est que ce n'est pas l'afllux de sang ou un éjDanclieinent de ce liquide dans cet organe , car je n'ai pas une seule fois trouvé de cas qui pussent même le faire soupçonner. Les ramol- Hssemens , que nous rencontrerons fréquemment dans la paralysie chronique, ne sont point ordinaires ici.
Le traitement qu'il convient d'administrer , consiste dans l'emploi des dérivatifs , des stimulans externes ou de la fin du gros intestin , tels que les sinapismes , les vésicatoires , les la- Temens purgatifs, etc.
J'ai vu mourir plusieurs furieuses, d'un accident qui se rapproche de la paralysie aiguë. Elles étaient prises subitement d'une perte totale de connaissance , avec des convulsions très-fortes et continuelles , et vivaient a peine quelques heures dans cet état. L'ouverture du corps a montré tantôt une forte injection sanguine de la substance cérébrale , dont la couleur était presque lie de vin , d'autres fois le cerveau en apparence parfaitement sain.
La paralysie musculaire chronique est beaucoup plus fréquente , et aussi moins promp tement funeste que la précédente. Elle se montre quelquefois en même temps que le développement de la folie chez les personnes^wde 45
a 55 OU 60 ans , et en dénote l'Incurabilité •, le plus souvent ce n'est* que la seconde, la troisième année ou plus tard qu'elle se manifeste. Elle s'établit ordinairement lentement et d'ahord partiellement , et devient ensuite générale et absolue. Ses progrès sont accompagnés delà dimii)ulion successive, et enfin de la perte totale de l'exercice intellectuel. On peut en diviser le cours , depuis son commencement jusqu'à la mort des malades , en trois degrés.
Premier degré. La paralysie commence presque toujours par se déclarer dans les muscles de la langue ;, très-souvent elle y reste même bornée pendant long-temps avant de s'étendre ailleurs. La malade éprouve de la difficulté à parler, prononce mal ou lentement les mots , balbutie plus ou moins ) la langue tirée hors de la bouche ne se porte pas plutôt d'un côté que/ de l'autre, et semble afFectée généralement. D'autres phénomènes se joignent bientôt à ceiui-ià. Si le malade peut rendre compte de son état , il se plaint d'éprouver, soit d'un côté seulement ou des deux en même temps , de l'engourdissement dans les membres , un sentiment de picotement , de formication dans les mains , les pieds , le long des trajets nerveux , des douleurs de tète plus ou moins générales , quelquefois très- circonscrites et ordinairement du
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coté opposé à la paralysie , quelquefois néanmoins du même côté ; les mouvemens deviennent moins faciles , plus lents -, le malade finit par ne plus pouvoir se servir q^ue des membres d'un côté. Toutes les autres fonctions sont régulières 5 ladigestion , surtout , se fait très-bien , l'embonpoint ne diminue pas. Ce premier degré peut durer fort long-temps, plusieurs années, sans que la santé générale paraisse en souffrir. Second degré. La malade est entièrement paralysée d'une moitié du corps , ou de toutes les deux ; elle ne peut plus marcher ni se tenir debout j on est forcé de la tenir couchée continuellement j elle peut à peine prononcer quelques mots , qui du reste sont tout-à-fait insigniiians , car l'intelligence est anéantie. L'embonpoint ne diminue point encore , la digestion est excellente. Les signes que j'ai indiqués pour l'irritation chronique, se présentent ordinairement à cette époque •, le pouls offre de la fréquence, de la dureté j l'après-midi, les joues de la malade se colorent •, elle a soif j ce second degré peut durer depuis quelques mois, jusqu'à une année et plus.
Troisième degré. Ce degré comprend les derniers mois de l'existence. îl est caractérisé par l'augmentation de la paralysie, de telle sorte que les malades sont comme des masses
inertes ; elles se décolorent , pâlissent , maigrissent. L'appétit se perd , il survient du dévoiement ou une constipation opiniâtre, et enfin la mort ne tarde pas k mettre un terme a ces maux. L'intelligence est tout-à-fait nulle -, les paralytiques restent quelquefois une année ou plus sans proférer une seule parole , sans demander à satisfaire leurs besoins.
La paralysie chronique qui s'annonce par les signes que j'ai indiqués pour le premier degré , surtout si elle se développe d'abord d'un seul côté , dépend presque toujours d'un ramollissement de la substance cérébrale j quand elle est générale dès le commencement, le principe eu est plus particulièrement dans la moelle épinière.
La paralysie des idiots consiste presque toujours dans une hémiplégie complète , qui date de ia naissance , et qui coïncide ordinairement avec l'atrophie de l'hémisphère du côté opposé.
La paralysie des aliénés est incurable. Dans les deux derniers degrés , on aura soin de mettre le malade dans un lit en forme d'auge , pour qu'il ne puisse se laisser tomber à terre.