‹ De la formation du mode mineur par l'évolution, la transformation et la fixité. Préf. par le marquis d'IvryChapitre 31 sur 32 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les combattants sont en présence^ leurs peuples les acclament ! Le combat s'engage acharné;, entre les chefs des puissances égales, fa dièze, sol bémol !... Ces noms retentissants se proclament en vain, aucun d'eux ne l'emporte.

Ils tournoient ces deux combattants, Ils tournoient l'un vers l'autre; S'examinant, se défiant, se Uairant, Se touchant, s'insultant, s'attaquant, Se ruant l'un sur l'autre; tombant.

Se relevant, comme des immortels.

Les balles rebondissent.

Les fers sont émoussés.

Ce sont hommes blindés

Dont les cris retentissent !

Par un effort désespéré qui les jette hors d^eux-mêmes, en un clin d'œil, plus prompt que l'éclair, une capture est faite : fa dièze a saisi re bémol, et sol bémol a saisi si naturel, le plus proche ennemi des deux camps. Franchir la distance d'une quinte, être suivis, proclamés dictateurs, entourés de leurs peuples, telle est la situation.

Mais plus prompt que l'éclair, le combat recommence entre les deux tons ennemis attachés l'un à l'autre. Voici double partie : do dièze et ré bémol, do bémol et si naturel.

Où se livre-t-il ce combat?... Nul ne le sait... Des terres inconnues Un gouffre infranchissable entre les combattants, tel est le lieu de ces nouveaux exploits où personne ne manque : les mineures improvisées, les mineures en prières... Ecoutez! voyez ! ô terreur! ! !

Des facultés nouvelles leur sont données à tous !... Ils s^élèvent de terre ces combattants terribles, à la hauteur où l'on a vu des saints! Quelques autres les rejoignent,

des mineures les surpassent ! D'autres, des inconnues se montrent au fond des airs.

Les deux champions se pourfendent !... Aucun d'eux ne succombe!... Ils paraissent en feu, un feu sinistre et sombre. On dirait Saint George et Saint Michel imités par la Bête, tant la fureur qui les peint se traduit... 0 terreur inconnue qu'on ne reverra plus! 0 blasphèmes! ô prières! ô rage, emportements! — Soumission céleste! Affreux rugissements ! ! ! — « En ces jours-là les hommes chercheront la mort et ne la trouveront point; ils désireront de mourir et la mort s'enfuira d'eux » (Apoc. 13, 18).

De guerre las, harassés, haletants, lis retombent sur terre, eux, les fiers combattants, Et la force les abandonne.

Tous y reviennent et voici l'accord diabolique qui ne cesse de retentir :

O diczc. M}f

-&■ bémoTT [?■©.

Fig. 89.

Do dièze ! — Do bémol! — Do bémol! — Do dièze ! Ce cri ne cesse plus. Mais il devient une douleur, douleur à nulle autre semblable. Et la douleur, dans le cœur de chacun, change en douleur la rage et les blasphèmes, la prière et la foi, tout ce qui n'est pas elle ! Voyez s'il est une douleur pareille, insondable dans sa hauteur, dans sa largeur et dans sa profondeur ! Toutes les voix s'y reconnaissent : celles des peuples opprimés, celles des conquis par la

force, celles des femmes, des enfants, celles des pauvres, des esclaves, celles des animaux, derniers accusateurs!

Ne plus mourir, ô supplice infernal !

Qui l'inventa et qui pourra te vaincre !

La mort nous faisait peur?...

Voici le jour durable

Que la souffrance ne vainc plus !

Soudain, apparut dans les airs la directrice du mouvemerit, fanaturel, et voici ses paroles : « Que chacune des deux puissances mette à sa place sa capture indomptée, que chacune renonce à soi-même. » L'affront était moins grand que la douleur, l'ordre fut exécuté.

Fie. tto.

Si naturel et ré bémol, au lieu de do bémol et do dièze, tel est l'aspect nouveau de ce lieu désolant. Puis la directrice du mouvement, posée entre les combattants, par un signe à la gamme de sol dièze mineure, fait fondre en elle son enharmonique : la bémol mineure.

Ces deux en une qui prennent leur essor sur un signe nouveau, voient tomber dans le gouffre les armes de sol dièze, le double dièze, la tonique et tous les accidents, ce qui fait que la dominante de l'ordre naturel, procédant de ces transformations, vient reprendre sa place entre les combattants. La directrice du mouvement se met au-dessous d'elle, et à l'instant, comme nous le voyons :

Si naturel s'absorbe en do, ré bémol, en do à l'octave, et la résolution de fa qui prend pour objectif mi, donne lieu à l'accord parfait qui se dégage de ces changements merveilleux. — De toutes parts, subitement, les armes tombèrent pour jamais, et tous les instruments de torture avec elles, tant ceux qui avaient servi aux égarements de la foi, que ceux mis au service des égarements de la science, et à ceux de la liberté. — Ces insignes de la douleur vinrent tous s'abîmer dans le gouffre insondable qui en fut comblé à l'instant. Et chaque note revint ainsi à sa gamme naturelle, la gamme du plain-chant comme de Vordre progressif; et la série des pas ynystérieux dont nous n'avons pas le secret, les six quintes et leur centre attractif par lequel fut mis en mouvement tout l'ordre musical, tout se retrouva là.

Mais rien n'était encore fini.

La vie était en chaque note; la pureté, l'innocence reconquises ; le mouvement seul y manquait : il ne résidait plus en elles. Devaient-elles en rester là, heureuses d'un bonheur paisible, sans douleur, mais sans mouvement? — Nous l'ignorons. Mais un dernier fait se passa qui décon-

certera plus encore ceux qui voudront résoudre la question. Ce fait n'étonnera personne, ni les harmonistes savants, ni ceux au sentiment musical élevé. Cet accord parfait qui semble avoir tout terminé, il n'était pas là pour lui-même, il menait droit à l'accord d'un repos pressenti, et qui se produisit ainsi :

Gomme on le voit, tout s'absorba en la directrice du mou-

Fis-. 93.

vement , la dominante, la médiante (la tierce) et jusqu'à la tonique inférieure elle-même, do naturel, dont l'identique supérieur se retrouva seul avec la directrice du mouvement.

La fm ressemblera au commencement.

Voilà donc ce qu'il resta du déplacement de toutes les armes mises au service de l'ordre musical progressif par élévation ou par abaissement, si l'on ne considère ces forces qu'en elles-mêmes. Mais qui pourrait faire abstraction des chefs-d'œuvre qu'elles enfantèrent! Ces chefs- • d'oeuvre du monde des sons qui nous élèvent aux sphères de l'intelligence, à celles des affections, aux sphères célestes, sans oublier peut-être, — et c'est toute une question, — les sphères plus rapprochées de nous, celles où figurent nos passions, nos instincts et jusqu'aux sens eux-mêmes, à supposer que le monde des sons fasse alliance de luimême avec les sphères transitoires que nous avons nommées. Quoi qu'il en soit de cette question, nous ne nous en demandons pas moins si le mouvement musical arrêté comme il vient de l'être, devra reprendre son essor tel que nous l'avons vu, et si le même système est destiné à

des productions nouvelles peignant encore l'ordre social reflété dans ses phases à venir, plus inconnues que tout ! — Aucune vue ne nous apparaissant ici, c'est à la directrice du mouvement et à sa tonique engendrée que nous renvoyons nos lecteurs et que nous recourons nous-mêmes pour voir, si possible, se résoudre le grand problème de l'avenir du monde des sons et des sociétés futures.

25 Janvier 1889.

Cette copie de mon ouvrage sur la formation de la gamme mineure a été faite, malgré mes mauvais yeux, pendant ces derniers mois. Je la termine le 13 mai 1889.

AIRS POPULAIRES

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(Voy. page 7)

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(Voy. pagre 8

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