‹ De la formation du type dans les variétés dégénérées, ou, Nouveaux éléments d'anthropologie morbide pour faire suite à la théorie des dégénérescences dans l'espèce humaineChapitre 7 sur 13 · FÉCONDITÉ BORNÉE · texte numérisé non relu

FÉCONDITÉ BORNÉE

Il serait plus juste de dire que l’on ne trouve chez eux aucun élément d’amélioration intellectuelle et morale. L’aptitude pour apprendre quelque chose n’a jamais existé ; il n’y a jamais eu que des manifestations d’instincts mauvais qu’il fallait réprimer, et qui ont fait de ces malheureux individus des êtres dangereux lorsqu’ils ont été livrés à eux-mêmes.

Les enfants conçus dans l’état d’alcoolisme des parents nous offrent les caractères les plus frappants des transmissions héréditaires de mauvaise nature (1). Voici comment je m’en expliquais dans mon Traité des dégénérescences : « Si l’imbécillité congénitale, l’idiotie sont les termes de la dégradation chez les descendants d’individus alcoolisés, un grand nombre d’états intermédiaires se révèlent à l’observateur par des aberrations de l’intelligence et par des perversions tellement extraordinaires des sentiments, que l’on chercherait en vain la solution de ces faits anormaux dans l'étude exclusive de la nature humaine déviée de son but intellectuel et moral (2).» Il importe de faire la part de l'influence exercée sur la constitution des parents par l’agent toxique.

L’élude de la formation du type dans les variétés dégénérées nous apprend la corrélation intime qui existe entre la nature de la cause et la nature delà dégradation intellectuelle, physique et morale qui en est la conséquence. J’ai eu l’occasion d’observer bon nombre d’enfants nés de parents qui avaient l’habitude de s’alcooliser, et j’ai remarqué que l’élément morbide qui dominait la situation et qui imprimait à l’organisme son cachet maladif spécial, était V élément convulsif . Beaucoup d’enfants nés dans les circonstances que je décris meurent de convulsions ou deviennent épileptiques. Quant à ceux qui ne sont pas frappés d’épilepsie , ils se signalent par un tel abaissement intellectuel, par de telles perversions des sentiments , avec manifestation d’actes dangereux qui dénotent une si grande irritabilité et une absence tellement complète de sens moral, qu’on peut dire de ces êtres dégénérés qu’ils ont le caractère ou le tempérament épileptique.

Je vais citer un fait qui prouve qu’avec la connaissance exacte des caractères propres aux différentes variétés des dégénérés, il est possible parfois de remonter de l’effet à la cause.

Une dame m'amenait un jour son fils, un jeune homme de trente ans, qui avait depuis sa première enfance fait la désolation de sa famille. Dès l'âge le plus tendre , il s'était montré indocile , indomptable. Son éducation intellectuelle avait été nulle par défaut d’aptit ude au

(1) Voir mon Traité des dégénérescences, pag. 80 et 113, dans un chapitre spécial : Dégénérescences héréditaires chez les enfants issus de parents alcoolisés. J’ai cité plusieurs observations qui tendent à confirmer mes idées à ce sujet.

(2; Traité des dégénérescences, p. 80.

travail, et tous les moyens avaient été incapables pour réprimer ses mauvaises tendances morales. Cet enfant avait des dispositions instinctives pour l’incendie et le vol. Plus tard, il se livra à l'alcoolisme d'une manière effrayante, et ses dispositions au vagabondage le firent condamner plusieurs fois à la prison . Il était en un mot la honte et le fléau d'une famille respectable. Au point de vue du type physique et moral, il faisait contraste avec ses trois frères et ses quatre sœurs qui tous avaient conquis, grâce à leur travail , des positions honorables. Sa tête était mal conformée, il avait des tics convulsifs des muscles de la face, et ses lèvres lippeuses dénotaient un être in férieur de la catégorie de ceux représentés dans cette planche. Je n hésitai pas à déclarer à la mère que dans mon opinion, son enfant avait été conçu dans des conditions anormales, et que sa constitution physique ainsi que son état intellectuel et moral dénotaient des conditions maladives chez ses ascendants. Après bien des hésitations , cette malheureuse mère finit par m'avouer que son enfant était le fruit d'une union adultérine , et que son père était un homme qui était mort des conséquences de ses excès alcooliques.

Je pourrais citer plus d’un exemple où l’état de dégénérescence d’un enfant dans une famille reconnaissait une cause qui n’avait pas pesé sur les autres enfants de la même famille. Mais, sans avoir besoin de chercher toujours la raison du phénomène dans une cause adultérine, il arrive qu’à certaines époques de leur existence la condition morale des parents reçoit une atteinte funeste. De sobres qu’ils étaient, ils deviennent intempérants et se livrent aux plaisirs de la table. J’ai remarqué ce changement dans les habitudes et les moeurs, chez des individus qui s’étaient enrichis et qui avaient cherché dans une vie de plaisirs matériels à compenser les privations qu’ils avaient dû s’imposer antérieurement. Il n’y a pas lieu alors de s’étonner que les enfants nés dans ces conditions en subissent les conséquences funestes et soient si différents de leurs frères ou soeurs.

Les trois individus représentés dans la planche n° II appartiennent aux types les plus inférieurs de l’alcoolisme chronique des parents, et nous pouvons en déduire une conclusion qui se trouvera confirmée par des faits ultérieurs. Dans les variétés inférieures des cires dégénérés, on peut remarquer chez tous les individus qui composent ces variétés un type physique similaire, une certaine conformité dans les tendances intellectuelles et morales. Ils trahissent leur origine par la manifestation du même caractère , des mêmes mœurs , du même tempérament , des mêmes instincts. Ces analogies établissent entre individus dégénérés sous l'influence des mêmes causes un lien de parenté pathologique (1).

(1) L’influence, que l’alcoolisme doit exercer dans la Seine-Inferieure sur la viabilité des enfants et sur la formation d’une dégénérescence spéciale de la race, ressort de chiffres malheureusement trop significatifs. En 1859, d’après

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