ART. 5. — PROTECTION DES ÉDIFICES PAR LEURS ARMATURES NATURELLES
I I. — Édifices protégés par des masses métalliques en communication avec le sol. — Des édifices dépourvus de paratonnerre, mais surmontés de pièces métalliques en communication métallique avec le sol, n'ont jamais été foudroyés avec dégâts.
En 1771, Saussure fait remarquer que la tour de Saint- Pierre, de Genève, est le monument le plus élevé de la ville par lui-même et par sa situation, et que depuis plus de deux
(1) Journ. de pkys. de Rozier, t. XVII, p. 192 (1781).
(2) Exj)ér. et observ. sur l'éleetrieité, par B. Franklin, traduction de Paris, p. 149 et suiv. (1752).
siècles, on peut garantir qu'il n'a pas été foudroyé. Les deux flèches qui couronnent les tours sont couvertes en fer-blanc, et communiquent métal liquement avec le sol. Le clocher de Saint-Germain, qui est moins élevé, fut frappé deux fois en 60 ans, mais son clocher n'avait alors aucun tuyau métallique pour l'écoulement des eaux jusqu'au sol, ce qui explique comment la foudre fendit une fois la muraille de haut on bas.
Buissart remarquait, en 1785, que depuis 230 ans qu'existait la tour du beffroi d'Arras, qui atteint pourtant 260 pieds d'élévation, jamais la foudre n'y a produit aucun dégât. Bruissart montre que l'immense quantité de pièces métalliques qui existent depuis la girouette (qui est un soleil en cuivre doré) jusqu'au sol, a toujours préservé cette tour des fâcheux effets de la foudre, bien que le guetteur lui-même ait vu des étincelles nombreuses tomber d'une gouttière de décharge sur le plancher de sa chambre. Un autre jour, pendant un orage, un autre guetteur eut une des faces de ses cheveux brûlée pendant qu'il était à la fenêtre, près de cette môme gouttière.
Le Monument élevé à Londres en 1677, par Christophe Wren, en mémoire du grand incendie, a 62 mètres environ de hauteur ; il est terminé en haut par un vase métallique armé de pointes figurant des flammes; il communique avec le sol par 4 fortes barres de fer qui maintiennent un escalier de fer, en parfaite communication avec le sol, et jamais la foudre n'a frappé le Monument.
I IL — Edifices entièrement protégés par leurs armatures accidentelles. — Les mafsons et les édifices sont parfois protégés du faîte à leur base par les corps métalliques qui entrent dans leur construction. Ce sont des couvertures métalliques entières ou des bandes métalliques qm recouvrent les arêtes, les angles des toits, et qm se relient a des ffouttières et à des tuyaux de descente. Ces armatures sont parfois si etricaces que, grâce à elles, les bâtiments auxquels elles sont adaptées résistent sans dégâts aux plus violents coups de foudre. En voici un exemple entre plusieurs :
PROTECTION DES lÎDIFICKS 493
Pendant l'automqe de 1850, une maison, située près de l'avenue du Maine, fut frappée par un immense coup foudroyant qui l'enveloppa et laissa parloul des traces de son passage à l'extérieur, mais ne [jroduisit aucun dégât à l'intérieur. Mais aussi la couverture était en zinc, le faîte de tous les murs était recouvert en métal et de nombreux tuyaux métalliques pom* la conduite des eaux formaient avec les toits un système complet de préservation. Il est vrai qu'après le prenîier coup de foudre, une seconde explosion endommagea l'un des coins du mur au-dessous du revêtement métallique
I (pii le recouvrait entièrement.
Peut-être cette seconde explosion a-t-elle été produite par
1 une foudre globulaire dont les masses conductrices n'avaient point préservé le mur (Babinet).
Certains bâtiments ainsi munis soutirent en silence l'élec-
i tricité des nuées orageuses sans être atteints d'aucune
' explosion.
L'observation suivante est sous ce rapport des plus remarquables :
La maison dont parle M. Pictet, et qui fut foudroyée en 1821, était de beaucoup surpassée par le clocher du temple I de Saint-Gervais, qui en est distant d'environ 200 pieds et ( qui se termine par une flèche métallique. Mais ce clocher ( étant muni d'un préservatif naturel par le fait de la contiinuité du fer-blanc qui, depuis la flèche, garnit les corniers ( du toit, forme les chéneaux qui le bordent et les tuyaux qui I descendent jusqu'au sol, attirait et charriait probablement len silence la portion du fluide électrique dont les nuages ; arrivaient surchargés, tandis qu'une portion surabondante I tomba, en carreau de foudre, sur la maison.
Nous ne ferons que rappeler ici l'immunité dont a joui pen- I dant mille ans le temple de Jérusalem, grâce aux armatures i métalliques qui le protégeaient.
I in. — Conducteurs accidentels extérieurs, » • couvertures métalliques. — Malheureusement les ; armatures sont souvent incomplètes et ne protègent que la toiture ou la partie supérieure des édifices ; aussi la foudre qui
Jes parcourt sans dégâts exerce-t-elle toute sa violence là où elles cessent et au delà. Parmi les nombreux exemples que nous en pourrions citer, nous choisirons les suivants :
La foudre tomba à plusieurs reprises sur la tour Saint- Nicolas, à Hambourg, haute de 425 pieds, et chaque fois elle ne causa aucun dommage à toute sa partie supérieure, de ^00 pieds de hauteur, entièrement couverte de métal , mais à l'endroit oii cette protection cessait, la tour fut dévastée. (Reimarus ).
Le clocher de l'église des Capucins, à Spire, présente à son sommet une boule en fer-blanc surmontée d'une croix en fer soutenant une figure de saint François en fer et servant de girouette. De la boule courent sur les angles du toit, couvert en ardoises, quatre lignes de plomb jusqu'au-dessous de la corniche. Ce toit repose sur quatre colonnes en bois, entre lesquelles sont suspendues les cloches et partout recouvertes en fer-blanc. La base de chacune de ces colonnes est protégée par une épaisse lame de plomb. Or, la foudre frappa, en 1770, le sommet de ce clocher, suivit sans accident une des lignes de plomb du toit, le fer-blanc des colonnes et le plomb de leur base; mais là où se terminait cette conduite métallique elle exerça toute sa violence; alors elle traversa le toit et occasionna de grands dégâts dans réglise(Hemmer).
Le 20 juillet 1772, la foudre, sous la forme d'un globe de feu, atteignit l'église de Buch, près de Berlin ; elle frappa d'abord la boule et le soleil doré de la lanterne ; elle suivit la ligne de fer-blanc du toit, la plinthe également garnie de fer-blanc de cette même lanterne , puis les lignes de plomb du toit du corps de l'édifice jusqu'à la corniche couverte de plomb. Mais ici cessait l'armature ; aussi la foudre perça-telleen deux endroits les murailles de bois, et descendit-elle le long des fils de fer des lattis qui la dispersèrent dans tout le bâtiment (Silberschlag).
Le 27 février 1782, le météore atteignit le sommet du clocher de Jacobi, à Rostoek. Il suivit, sans causer aucun dégât, les armatures de plomb qui couvraient le toit, les piliers, les corniches; puis, arrivé à un plancher couvert de plomb, il se jeta sur un fil de cuivre appartenant au système
PROTECTION DES lODlFICES
des cloclies et de l'horloge. Plusieurs Ibis déjà la foudre, qui avait frappé cette église, avait été [)areilloment conduite des armatures supérieures et par des fils métalliques jusqu'à
l'horloge (Schadelook).
Ce n'est pas à dire cependant que les couvertures, que les bandes métalliques dont nous venons de parler restent toujours intactes; quelquefois, au contraire, elles présentent diverses lésions. Ainsi :
Un rayon do foudre ayant suivi le comble d'un bâtiment recouvert de feuilles de plomb, quelques-unes d'entre elles furent en partie fondues, en partie oxydées, et presque toutes soulevées : c'étaient celles qui se touchaient de moins près (Delezenne).
Une partie de la charpente du clocher de Buch était recouverte de bandes de fer-blanc soudées ensemble et clouées au bois. La foudre fondit la soudure, sépara les morceaux de manière que plusieurs étaient ployés en bas et suspendus aux clous restés en place (Silberschlag).
Le plomb qui couvrait la toiture de l'église de Daventry, avait été percé en plusieurs places comme par les dents d'une fourchette (Morton).
I IV. — Ferrures de la façade. Symétrie dans la distribution des rayons de la foudre. — La
foudre se porte souvent sur les diverses pièces métalliques, ordinairement en fer, qui régnent sur la façade des maisons, tels que balcons, barreaux ou grilles des fenêtres, espagnolettes, gonds, goujons des contrevents et des croisées, ferrures diverses des portes d'entrée, etc. Ces divers objets métalliques ont paru plusieurs fois attirer la foudre directement sur la façade des bâtiments, mais le plus souvent le météore ne l'a atteinte qu'après avoir frappé la cheminée ou le toit. Les pièces métalliques dont nous parlons et qui se trouvent à chaque étage n'étant pas reliées entre elles par des conducteurs, la foudre, dans sa marche verticale ne les atteint que par des bonds successifs ; aussi occasionne-t-elle des dégâts souvent considérables aux pierres d'insertion et lance-t-elie des rayons secondaires ou se divise-t-elle tota-
lement pour pénétrer dans rinléricur des maisons par les carreaux de vitre, par les fenêtres ouvertes ou par les murailles elles-mêmes. On conçoit dès lors le danger de se trouver en temps d'orage dans le voisinage des fenêtres et des portes d'entrée.
Parmi les très-nombreuses observations que nous pourrions citer ici, nous ne choisirons que les suivantes :
Le clocher d'une église, près de Hanovre, et l'église ellemême, étaient construits symétriquement de la même manière des deux côtés. Le 8 juillet 1763, la foudre atteignit le sohimet de l'édifice, et dans son parcours elle produisit exactement les mômes effets sur le côté nord et sur le côté sud. Les portes symétriquement placées sur chacune de ces façades furent atteintes exactement de la même manière ; les effets de la foudre furent tellement symétriques que les deux anneaux de fer, de deux pouces de diamètre, dans lesquels entraient les l3arres de fer servant à la clôture des portes, furent fondus aux mêmes endroits (Volger),
Reimarus rapporte un événement à peu près semblable arrivé à Alster, le 24 mai 1788; il s'agit d'une écurie sur laquelle la foudre tomba, puis se partagea sur les pièces métalliques de la toiture en produisant sur son trajet des désordres symétriques, qui se continuèrent jusqu'au sol. L'intérieur du bâtiment fut pourtant épargné : il renfermait une quantité assez considérable de foin et de paille.
I V. Gouttières et tuyaux de descente. —
Les gouttières et les tuyaux verticaux sont pour les maisons un puissant moyen de protection contre la foudre.
Les cas dans lesquels, la continuité jusqu'au sol étant parfaite, des maisons ont été frappées par la foudre sans souffrir aucun dommage sont très-nombreux; nous n'en citerons qu'un petit nombre des plus remarquables.
En l'an XI, le tonnerre tomba sur une maison de campagne à Glichy-la-Garenne. La foudre se divisa en deux parties : l'une pénétra par la cheminée dans les appartements où elle produisit de nombreux dégâts ; l'autre suivit le plomb de la gouttière et le tuyau vertical de décharge qui descendait
PROTECTION DES.fjDlFICES
sol : ces deux conducteurs furent peu endommagés, mais cependant suiïisaminent pour indiquer la marche de la matière fulminante (Beyer).
Dans des cas assez nombreux, les conducteurs des paratonnerres étant mal construits ou insuffisants, la foudre s'est partagée entre eux et les gouttières des édifices, et celles-ci sont devenues des agents supplémentaires de protection.
Pour que les gouttières jouissent des propriétés des paratonnerres, il faut qu'elles soient munies de tuyaux de descente en contact parfait avec le sol, qui plongent même dans le sol ; car elles deviennent dangereuses quand elles se terminent à distance du sol.
Deux hommes se trouvaient dans une serre dont la porte était fermée. Le milieu du toit était muni d'une gouttière de plomb isolée et sans communication avec le sol, et placée 4 pieds au-dessus de la tête des deux hommes : ils furent renversés, et l'un d'eux fut tué sur le coup (Howard).
Nous venons de voir le danger des gouttières sans tuyau de descente ; les tuyaux ou les ajutages en bois ou en terre cuite ne sont pas moins dangereux.
Il est assez fréquent de trouver à Londres des maisons dont les tuyaux pour la conduite des eaux du toit sont courts et ne descendent pas même jusqu'à la hauteur des portes, où ils sont remplacés par des tuyaux en bois qui transportent l'eau jusqu'au ruisseau. Or, le 26 juillet 1849, la foudre tomba sur l'une de ces maisons ; une portion suivit la descente métallique ; mais arrivée au tuyau en bois elle le mit en pièces ; une autre portion parcourut la gouttière, arriva jusqu'à la descente d'une autre maison, la suivit, et parvenue au tuyau en bois, elle l'écarta violemment de trois ou quatre pouces du mur qu'elle perça d'un large trou, pour se jeter sur la roue principale et métallique d'un dévidoir pour la soie. Une femme, qui faisait fonctionner cette machine et qui avait en ce moment une broche à la main, reçut une violente commotion et alla rouler dans la pièce. Il est probable que le fluide électrique suivit la même marche sur une autre maison non loin de celle que nous venons de citer, et que c'est à ce courant qu'il faut attribuer la mort d'un jeune
Sestier. ,, nç,
498 ACTION DES PARAïONNERHliS SUR LA FOUDRE
homme frappé mortellement au moment où il ouvrait la porte sur la rue. Un jeune garçon le suivait ; il fut violemment repoussé en arrière.
Le 11 juin 1810, la salle de spectacle de Lille fut foudroyée, elle dépassait les bâtiments voisins, et le sommet aio-ud'un de ses pignons était recouvert de plomb. La foudre frappa ce pignon et s'écoula par deux chemins. Le plus petit rayon se dissémina sur les clous, sauta de l'un à l'autre en foisant éclater les ardoises et se rendit à la gouttière après avoir contourné, en deux sous-rayons, le plomb qui encadrait un œil-de-bœuf. De cette gouttière, le tluide s'écoula, sans étincelle et sans bruit, jusqu'à la terre en suivant de chaque côté les tuyaux de conduite en plomb places à chaque coin du bâtiment et prolongés jusqu'aux égouts de la ville La rayon le plus volumineux suivit le comble recouvert de feuilles de plomb dont quelques-unes furent en partie fondues et en partie oxydées et presque toutes soulevées ; les lésions affectaient surtout les feuilles qui se touchaient de moins près. Ainsi, à l'autre extrémité du comble le fluide se partagea de nouveau en deux parties ; 1 une, plus petite, se rendit par les trous jusqu'à une arête recouverte en plomb et de là à la gouttière, aux tuyaux de conduite et enhn aux égouts; l'autre, plus grande, faisant sauter un très-grand nombre d'ardoises, suivit l'arête opposée et se rendit de même à la gouttière., aux tuyaux de conduite et aux egouts. Mais la grande masse du fluide qui se répandit de ce cote donna lieu à un effet terrible qui faillit ruiner un honnête liomme, et tuer sa femme enceinte d'un huitième enfant
Les quatre tuyaux de conduite placés en dedans de 1 édifice sont en partie cachés par une maçonnerie ou par une é4re charpente et en partie découverts. Ils ne sont probn'ésen plomb que jusqu'à un mètre au-dessus du so qui es^très-humide. Le reste du tuyau de trois mètres est un a it o? en terre cuite. A chaque endroit du tuyau de conduite où les deux pièces qui s'emboîtent ne sont pas exactement' assemblées et présentent un défaut e continui e le fluide étincela en sautant d'une 'f '^'^^^^lf'l^'^^^^^^^ métal fut-il en partie tordu, en partie oxyde, et ses edabous
sures tûiiduos s'uppliquèreiU sur les objets onvironnunl.s. Dans une m-iuoire Lravorsco par un luyan, divers objets Cra- ^Tilcs éclatèrent. Plus bas. sans doute [)ar une autre solution de continuité, une partie du Iluide électrique se i-épandit sur une masse de marchandises en cuivre, en ler-blancet en étam. Le reste du Iluide ayant atteint l'extrémité inlérienre du tuyau de plomb, litbondje, et éclata dans le sol humide qu'il mit en expansion ; ainsi, de larges pierres parfaitement cimentées lurent soulevées, lancées de bas en haut, pulvérisées. Un de leurs éclats atteignit à la tète et renversa la teinme du marchand, les autres brisèrent des glaces, des porcelaines, enfoncèrent des chaudrons pendus au plafond.
M. Delezenne, auteur de cette relation, fait remarquer avec juste raison que si le sommet du pignon qui a été frappé eût été armé d'une longue pointe métallique communiquant par une tige jusqu'à la gouttière, et si aux extrémités inférieures des tuyaux de conduite on eût adapté plusieurs pointes longues et nombreuses et disposées de manière h communiquer en détail le iluide électrique dans le sol humide, aucune partie de l'édilice n'eût été endommagée et les effets qui frappèrent de terreur les habitants du voisinage se fussent réduits à un sifflement aigu et prolongé, jusqu'à l'entière absorption du iluide par cette pointe.
Plus souvent encore, avons-nous dit, les tuyaux de conduite cessent à une certaine distance du sol sans ajutage d'aucune sorte, et il en résulte des accidents plus ou moins graves.
Le 14 juin 1774, à Poitiers, le fluide, en quittant l'extrémité du tuyau d'une maison, se jeta dans une petite cour où travaillait un tonnelier qui en fut blessé assez grièvement.
Une autre fois, le 2^2 juin 1831, à Padoue, une partie du fluide pénétra dans une chambre souterraine (Fusinieri).
La foudre tomba, en 1773, sur une maison à Dijon; elle marqua sa route sur un des côtés du toit en brisant et en dispersant les tuiles, puis elle suivit les chéneauxde fer-blanc dans toute leur longueur, sans laisser aucune trace; elle descendit sans faire aucun dégât le long du tuyau de fer-blanc, mais à l'endroit où il se terminait, à 8 pieds au-dessus du niveau de la terre, le météore fit explosion, sillonna profondé-
î;oo action des paratonnerres sur la foudre
ment le mur et se jeta sur le crampon de la poulie d'un puits voisin; il suivit après cela la chaîne métallique du puits et se perdit dans l'eau (Guyton de Morveau).
Reimarus rapporte que le 10 juin 1772, à Hambourg, la foudre quitta un tuyau de cheminée, perça un mur, se jeta dans une chambre, puis peut-être dans la cave. Des tuyaux, des gouttières de cuivre et de fer-blanc, qui ne se prolongeaient pas jusqu'au sol, avaient été la cause déterminante de ces changements de direction.
La cessation des tuyaux de conduite à une certaine distance du sol donne lieu à la déchirure de ces appareils. Tantôt ils sont percés de plusieurs trous, tantôt ils sont dessoudés sur quelques points ou fondus partiellement, souvent ils sont projetés au loin.
Les tuyaux de descente ne peuvent remplir le rôle de conducteurs de paratonnerres qu'autant qu'ils sont parfaitement continus sur leur longueur, et plutôt soudés qu'emboîtés, afin d'établir une continuité métallique plus parfaite et une moindre résistance à l'écoulement du fluide. Ainsi qu'on pouvait le prévoir, les tuyaux de cuivre sont de bien meilleurs conducteurs, et on a remarqué qu'ils étaient moins facilement altérés que les tuyaux de fer-blanc.
Le voisinage d'une masse métallique considérable soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des bâtiments, peut détourner la foudre des tuyaux et gouttières qui les protègent naturellement. On en a signalé plusieurs exemples.
ART. 6. — PRÉTENDUS INCONVÉNIENTS ET DANGERS DES paratonnerres.
« En général, dit Arago, les physiciens de profession ont » seuls une idée exacte des propriétés préservatrices de ces « appareils, une conviction entière de l'efficacité de la mé- » thode, vous ne la trouverez nulle part. Les uns ne vont pas
au delà du doute; ils attendent, pour se prononcer, qu'au )) lieu de simples analogies on leur présente de véritables » démonstrations. D'autres, comparant l'immensité du dom-
INCONVÉNIENTS ET DANGERS DES PARATONNERRES BOl
» mage possible à l'exiguïté du préservatif, déclarent qu'il » répugne à leur raison d'accorder qu'une mesquine tige » métallique puisse mettre un grand édifice, un grand na- » vire à l'abri des atteintes du plus imposant des météores. » Suivant eux, ces tiges élevées dans les airs et qualifiées » d'une manière si ambitieuse, sont absolument sans effets; » elles ne font ni bien ni mal. Il en est qui s'abandonnent à » un ordre d'idées tout opposé, attribuent aux barres mé- » talliques une forte action ; mais ils croient cette action nui- » sible. Armer le faîte d'un édifice de tiges de métal élevées, » c'est, disent-ils, y appeler la foudre de propos délibéré; » c'est aussi un danger qui sans cela n'eût pas existé; c'est » faire . descendre sur soi des feux dont les nuées orageuses ï fussent allées se décharger au loin; c'est accroître considé- » rablement les risques courus par les habitations voisines.
» Les doutes, les difficultés que je viens d'indiquer ont » poussé dans les esprits de profondes racines. En réfléchis- » sant au moyen de l'extirper et d'augmenter le nombre des » partisans éclairés des paratonnerres, il me paraît tout » d'abord qu'il conviendrait de séparer totalement l'observa- » tion de la théorie; que la marche la plus sûre, la plus ra- » tionnelle, serait d'analyser les effets bien constatés de la » foudre, d'essayer d'en déduire des conséquences générales » sans rien emprunter, par voie d'analogie, aux expériences » électriques des physiciens. Je crois, en un mot, qu'il fau- » drait se faire l'historien exact, minutieux, du météore, sauf » à chercher ensuite au milieu des petits phénomènes qui » nous environnent, ou que nous avons su faire naître dans » nos cabinets, dans nos laboratoires, des points de contact » et de rapprochement (1). »
On ne saurait se préoccuper longtemps de la prétendue difficulté que la foudre aurait, d'après certains auteurs, à suivre des conducteurs horizontaux; nous avons signalé avec quelle facilité elle suit, au contraire, les fils de sonnettes et les fils de fer des lattis.
Les paratonnerres n'attirent point la foudre sur les bâti-
(i) Arago, Notice, Annuaire des longitudes, p. 222 (1838).
502 ACTION DES P AK ATONN liUUliS SUU LA FOUDUli
ments voisins, un conducteur n'oltire pas la foudre ou n'attire que celle à laquelle il peut olïrir une issue facile dans le sol (Barbier de Tinan).
Lors môme (1) qu'il serait vrai qu'une tige ponitue attu-e la foudre, nous ne pouvons néanmoins supposer qu'elle attire plus qu'elle ne peut conduire, puisque l'attraction dépendrait du pouvoir conducteur du métal; et dire qu'un conducteur peut attirer à lui plus d'électricité qu'il ne peut en conduire, c'est affirmer en d'autres termes qu'il attire plus qu'il ne peut attirer, proposition évidemment inadmissible.
^ I — Les paratonnerres attirent-ils la foudre sur les édifices ou sur les navires qui en sont munis'' — On a dit que les paratonnerres à tiges élancées et pointues attiraient la foudre sur les édifices, sur les navires qui, sans eux, ne seraient pas visités (.ar le météore; on a aiouté que la garantie des conducteurs n'étant pas infaillible, il valait donc mieux ne pas élever de paratonnerres. Nollet, Wilson .. ont soutenu ces opinions et sont arrivés a declai^r nue les paratonnerres étaient plus dangereux qu'utiles. On Luve même encore en 1829, dans un ouvrage publie sur le Canada par M. Taggart [Three years inCanadaby F. M Tagnart M Ingineer in the service of the BriUsh Government) es passage suivant : « La science a tout motif de craindre es paratonnerres de Franklin; ils attirent la destruction, et les maisons sont plus en sûreté sans eux qu'avec eux. S ils étaient capables de conduire le fluide qu'ils ont la puissance d attirer, il ne pourrait y avoir de danger, mais c'est ce qu ils ne sont nas en état de faire. »
"v a s ces opinions, ces assertions sont ent.erenient erronées : car d'une part, on cannait positivement aujouvd lui la quantité' mé îl que propre à conduire les décharges foudroyantes es Xs puissantes de toutes celles qui aient été observées usqu'ïci ; et, d une antre part, on peut allu-.ner que les para- Cue^re; à tiges po.ntues n'atlireut pas la foudre sur les édifices ni sur les navires qu. en sont armes, tn effet .
(1)M. Marris. Thund., p. 322.
liNCOiNVÉNlENTS ET DANGERS DES PAU AïONNERRES 503
1« L'observation n'a pas démontré (lue dos maisons, des éditices et des navires munis de paratonnerres pointus eussent été frappés de la tbudre plus souvent que ceux qui n'étaient
pas armés. , • , i
90 Bien au contrfTire, des édilices souvent atteints par le méléorc avant l'installation d'un ou de plusieurs paratonnerres ne l'ont plus été que beaucoup plus rarement après cette installation, comme nous l'avons établi par plusieurs observations. Le môme phénomène a été constate sur des navires qui n'ont plus été visités par la foudre depuis qu on les a munis de paratonnerres. , o ,
30 Nous avons vu, dans un grand nombre de cas, la toudre tomber près et même très-près d'un paratonnerre, élevé sur un édifice ou sur un navire, n'atteindre ni cet édifice m ce navire.
40 Enfin, aux observations très-nombreuses qui prouvent incontestablement que les paratonnerres pointus n'attirent pas la foudre sur les édifices ni sur les navires, nous ne pouvons opposer qu'un seul cas contraire. Il s'agit d'un belvédère qui a été foudroyé après avoir été armé, tandis qu'il n'avait jamais été frappé pendant tout le temps qu'il était resté sans paratonnerre. Le fait est rapporté par Arago de la manière suivante :
«... Une maison de campagne appartenant à la famille du » célèbre physicien Macédoine Melloni, et située près du vil- » lage de Va liera, éloigné d'une petite lieue de la ville de » Parme ; le belvédère de cette maison est dominé à la dis- * tance de SO à 60 mètres par des chênes, des ormes, des » frênes et aussi parle clocher de l'église de Vallera. Les ha- » bitants de la contrée ne se rappellent pas que cette mai- » son, ainsi que les arbres environnant l'église, aient jamais « été frappés de la foudre avant 1830, époque à laquelle un » paratonnerre fut placé sur le sommet du toit qui couvre » le belvédère; mais dans l'été de 1831, la foudre tomba sur » le paratonnerre en question, et avec une telle violence que » la pointe assez épaisse, en cuivre doré, fut entièrement fondue, et le conducteur fortement ébranlé. Mais on peut » avec juste raison se demander, si dans ce cas unique et
soi ACTION DES PARA TONNKKRES SUU LA FOUDRE
» tout exceptionnel, le paratonnerre a été réellement la cause » déterminante de la chute de la foudre ».
I IL — Édifices foudroyés quoique munis de paratonnerres. — Il est vrai que des édifices armés de paratonnerres ont été endommagés par la foudre.
L'examen de ces faits démontre : ou que le paratonnerre était vicieux, ou bien qu'il ne pouvait étendre sa puissance jusqu'à l'endroit endommagé, ou bien enfin que la foudre s'est bifurquée dans l'atmosphère, que l'un des rayons a suivi le paratonnerre, tandis que l'autre s'est jeté sur un autre point de l'édifice.
A. Paratonnerres vicieux. — Les paratonnerres peuvent être vicieux dans leur pointe, leur tige, leur conducteur, ou leur pied; ou bien encore être irréprochables en eux-mêmes; ils peuvent être vicieux dans leur situation, dans leur nombre, ou viciés par leur voisinage.
La pointe du paratonnerre est souvent trop mince, trop aiguë, ou bien elle est faite d'un métal qui s'oxyde trop facilement.
Sa jonction avec la tige ne remplit pas toujours les conditions voulues , elle n'est pas ■ exacte , la rouille l'envahit, etc.
La tige n'est pas assez épaisse mais ce sont surtout le
le conducteur et le pied de l'appareil qui méritent de fixer notre attention.
B. Inflexions brusques du conducteur. — Les inflexions trop brusques du conducteur peuvent avoir de fâcheux résultats; tantôt, par exemple, l'étincelle quitte le conducteur, d'autres fois le conducteur lui-même est gravement lésé.
Dans la Description de Saint-Domingue, par Moreau de Saint-Méry, on voit un cas où la foudre suivit d'abord régulièrement un conducteur, puis l'abandonnna à l'endroit où il formait un angle aigu ; alors elle se précipita à travers l'air, sur des objets situés sur le prolongement du premier côté de l'angle. « Car l' électricité sort des angles aigus comme elle sort des pointes. »
INCONVÉNIENTS ET DANGERS DES l'ARATONN EHUES 505
« Le 16 décembre 1852, dit M. l'abbé Pinel (1), la foudre atteignit le paratonnerre élevé sur la vieille tour deNicolasie, voisine du petit séminaire de Sainte-Anne d'Auray. La pointe et la tige de l'appareil disparurent, l'un des tampons scellés au dôme fut renversé, de petites lames de plomb, placées inconsidérément de distance en distance aux points de jonction des barres de lér qui composaient le conducteur, lurent fondues ou plutôt volatilisées. Quant au conducteur luimême, il avait été rompu à l'endroit où, après avoir contourné la corniche au-dessous de la galerie de pierre, il se redressait pour redescendre verticalement jusqu'au sol. Il est à remarquer qu'après avoir brisé les conducteurs, la foudre ne se jeta pas sur l'énorme masse métallique des cloches placées près de là, mais suivit la partie inférieure du conducteur. En effet, un spectateur placé dans l'enceinte, non loin de la chapelle, dit avoir vu la chute rapide d'un globe de feu se précipitant du sommet de l'édifice jusqu'à une petite dislance du sol, où il lui parut avoir un instant d'arrêt et produire l'elfet d'une immense explosion projetant de toutes parts des globes de feu. Le fluide sejeta sur les objets environnants et en particulier sur un ouvrier qui s'était réfugié tout auprès du paratonnerre, sous le toit qui règne au pied de la tour; il fut très-grièvement blessé. Une autre partie du fluide avait percé une muraille presque au niveau du sol et pénétré dans une chambre, près de la sacristie. »
L'auteur de cette intéressante relation ne fait pas mention du mode d'installation du pied du paratonnerre, mais nous soupçonnons très-fortement qu'il se rencontrait en cet endroit de l'appareil quelque vice qui aura favorisé la rupture du conducteur au point même de son incurvation. Peutêtre cependant les effets désastreux observés au pied de ce paratonnerre doivent-ils être attribués à la nature même de la décharge électrique qui offre les caractères de la foudre en globe.
Le 8 juin 1839, la foudre tomba sur le dôme des Invalides. Le conducteur était constitué par 20 fils de fer disposés en
(1) Jouni. le Cosmos, t. II, p. 139 (18o3).
câbles; il fut rompu inlerieuremenl à la liauteur de la main. En cet endroit, il passait dans un anneau en ter scellé dans le mur, et sans doute, pour diminuer l'elîet de son poids, on l'avait tortillé doux fois autour de ce collier. Cette disposition vicieuse, jointe à la direction angulaire, avait déterminé la fracture du câble métallique (1). Cette rupture, que M. Leymerie croit antérieure au coup de foudre, fut sans doute la cause des dégâts qu'on a signalés dans cette relation.
C. Conducteurs trop faibles ou rouilles. — Le clocher de Rostall, élevé de 156 pieds, domine toute la contrée. Il est surmonté par une tige de paratonnerre terminée par une pointe en cuivre longue de 8 pouces un quart, et d'une épaisseur de 5/8 de pouce à sa base. Le conducteur descend verticalement dans un terrain sablonneux, où il se prolonge horizontalement sur une longueur de 8 pieds. Ce conducteur est formé de 10 fils de cuivre minces (13 pieds de Bavière à la livre) peu tordus et qu'un tube de fer enveloppe à leur entrée dans le sol.
Le 30 avril 1822, la foudre frappa la tige du paratonnerre, fondit sa pointe et la courba en forme de corne de bouc, puis elle suivit le conducteur et se partagea en trois rayons. Le premier fondit la moitié du cadran, pénétra dans l'horloge et presque dans l'église. Le second, guidé par un fil de métal, suivit horizontalement le faite du toit. Le troisième suivit le conducteur et le brisa en nombreux fragments. Les fils métalliques étaient brisés perpendiculairement à leur axe, sans trace de fusion; la caisse en bois destinée à protéger la partie inférieure du conducteur avait été fendue et brisée. Le professeur Kastner a recueilli ces renseignements sur le lieu même de l'accident.
Ce paratonnerre avait un conducteur beaucoup trop faible, il passait trop près de la masse métallique de l'horloge et des cloches; enfin il se perdait dans un terrain trop sec et trop peu conducteur (2).
Le même auteur cite la rupture des conducteurs trop
(1) Bugnot, Comptes midus de L'Acad. des se, i. VUI, p. 978 el p. 919 (1839).
(2) Yelin, Uber die BlUzableiter.