‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 13 sur 156 · ART. 3. — PARALYSIE DES FOUDROYÉS · texte numérisé non relu

ART. 3. — PARALYSIE DES FOUDROYÉS

Les foudroyés, avons-nous dit, tombent, en général, subitement privés de connaissance, de sentiment et de mouvement. Cet état d'immobilité ou de résolution doit être distingué de la paralysie proprement dite, qui n'affecte qu'une partie du corps et qui ne se devine nettement qu'au moment où le foudroyé revient à lui.

La paralysie par fulguration atteint très-souvent, et peutêtre même le plus ordinairement, la sensibilité et la myotilité tout à la fois. Il peut arriver cependant que la sensibilité soit conservée, et que la paralysie ne porte que sur le mouvement, mais ce cas n'a été que rarement constaté ; nous citerons seulement deux observations.

Chez un marin, le membre abdominal gauche perdit entièrement le m,ouvement, tout en conservant la sensibilité, qui n'était nullement atténuée ; quatre saignées furent pratiquées; le huitième jour, le blessé commença à mouvoir les orteils : le dix-huitième jour la paralysie avait très-notablement diminué, et la faculté de locomotion était entièrement revenue deux mois et demi après l'accident. (Minonzio.)

Dans une seconde observation sur laquelle nous reviendrons en parlant de l'hémiplégie croisée , le bras et l'avant-bras droits, la cuisse et la jambe gauches, avaient entièrement perdu le mouvement, tout en conservant la sensibilité, mais la main et le pied étaient privés à la fois de mouvement et de sensibiUté.

Nous ajouterons que maintes fois, chez les foudroyés, les membres, qui ne peuvent plus se mouvoir sont néanmoins le siège d'élancements et de tiraillements douloureux.

Siège, étendue. — La paralysie peut être bornée à une région

fort circonscrite, elle peut être de Irôs-courte durée ; mais il est très-rare qu'elle manque complètement.

Assez généralement le siège et l'étendue de la paralysie sont en rapport direct avec le siège et l'étendue des lésions produites par l'étincelle foudroyante sur la surface du corps. Que la lésion atteigne le bras, le pied seul, c'est ce bras ou ce pied qui sera paralysé; que la foudre sillonne tout le côté gauche du corps, de la tête aux pieds, on observera une paralysie gauche complète.

Chez un animal, si l'on fait passer la décharge électrique le long d'un membre seulement, ce membre seul est paralysé. Cette délimitation de la paralysie, bornée souvent ainsi à la région qui seule a été frappée, est importante à consigner.

Toutefois il est fréquent de voir la paralysie s'étendre bien au delà du point directement et ostensiblement frappé; ainsi une plaie superficielle a son siège sur une petite portion de la cuisse gauche, et tout le membre abdominal gauche est paralysé, et même la paralysie s'étend aux deux membres inférieurs.

Enfin la paralysie affecte quelquefois des individus qui, sans avoir été directement blessés par l'étincelle, se sont seulement trouvés dans sa sphère d'activité à une distance plus ou moins considérable. Tel semble être le cas de ces deux personnes paralysées momentanément dans une maison où la foudre frappa de mort une vieille dame et sa nièce, à Borlington (1).

On conçoit que le siège et l'étendue de la paralysie doivent offrir une très-grande variété eu égard aux diverses régions du corps atteintes par l'étincelle.

Paralysie de la face et du cou. — On a vu paralysées par l'étincelle quelques parties peu étendues de la face, du front, de la joue , et même une paralysie de tout un côté de la face dans^un cas d'hémiplégie.

Les muscles extenseurs du cou furent paralysés chez un soldat qui ne put dès ce moment maintenir sa tête sans appui. (Mayer).

(1) Cosmos, t. XIX, 1). 31 (I8C1).

Sestier

J14 EFFETS DE LA FOUfJJlE SUR LE SYSTÈME NEHVEUX

Paralysie d'un seul membre. — Un marin que la foudre avait ])lessé grièvement perdit le mouvement du membre inférieur gauche et ne le recouvra que deux mois et demi après. (Minonzio.)

Paralysie des membres inférieurs. — Pitcairn fut paralysé des jambes et des pieds ; ces parties, privées desensibilité, étaient comme celles d'un cadavre, la circulation y paraissait interrompue; ces symptômes disparurent au bout de 2 ou 3 jours, mais la jambe droite resta faible et molle pendant longtemps.

Decerfz cite un exemple à peu près semblable.

Paralysie des membres inférieurs et de la région inférieure du tronc. Paraplégie. — Un homme fut renversé par la foudre, et frappé de paraplégie; les membres inférieurs tout entiers, et la moitié inférieure du tronc étaient privés de sensibilité et de mouvement; il semblait au blessé que ses pieds avaient pris un volume énorme; toutes les parties paralysées étaient glacées. Plusieurs personnes accourues à son secours le soutinrent sous les bras, et pour rappeler la vie dans les membres paralysés lui hrent exécuter plusieurs allées et venues. Mœren administra du vin généreux au malade , puis un bain, et le rétablissement se fit complètement bien en quelques jours.

Paralysie des deux membres d'un côté et quelquefois de la région correspondante du tronc. Hémiplégie. — Le docteur Brillouët, frappé par la foudre qui lui flagella le dos, la cuisse, la jambe et le pied gauches, perdit connaissance pendant 3/4 d'heure; revenu à lui, il se trouva paralysé de tout le côté gauche; cependant il put, quoique avec peine, se traîner jusqu'à l'endroit où gisait un cultivateur frappé du même coup et lequel paraissait mort.

Une jeune blanchisseuse fut paralysée de tout le côté gauche, côté grièvement blessé; la paralysie disparut le quatrième jour.

Girault cite un exemple d'hémiplégie qui dura une demi-heure.

Le 20 fructidor an VI, une femme fut atteinte par la foudre, près de Monlargis; en tombant, elle crut qu'elle avait

le bras et la jambe cassés. Lorsque le D'" Gastillicr arriva auprès d'elle, il la trouva paralysée de l'extrémité supérieure droite, depuis l'épaule jusqu'au bout des doigts, et de l'extrémité inférieure gauche , depuis l'articulation iléo-témorale jusqu'aux extrémités des orteils.

Les muscles de ces membres étaient mous et flasques. « Mais, chose extraordinaire, ajoute l'auteur de cette obser- » vation, depuis l'articulation du poignet droit jusqu'à l'ex- » trémité des doigts, et depuis l'articulation du pied gauche s jusqu'au bout des orteils , la perte du sentiment suivait » celle du mouvement ; elle était totale; d'où résultait à ces » deux extrémités, la paralysie la plus complète. »

Sous l'influence d'un traitement que nous exposerons plus tard, dès le 24, la malade éprouva des fourmillements dans les parties paralysées, fourmillements qui lui étaient insupportables et lui enlevaient tout sommeil. Le 27, elle commença à mouvoir le bras droit, la main et les doigts, et la sensibilité se manifesta en même temps à la main droite et au pied gauche, légère à la vérité. Le 29, le bras avait acquis assez de force pour se servir de béquilles et venir au secours de la jambe paralysée, qui en eut besoin pendant 10 ou 12 jours. Enlin, le 6 vendémiaire, on n'aurait pas pu distinguer les parties qui avaient été paralysées.

Il importe de remarquer, pour nous rendre compte de cette hémiplégie croisée, que la femme dont nous venons de parler fut directement blessée par la foudre au pied gauche, qui fut dépouillé de son épidémie dans une petite étendue, et qu'elle tenait la main droite appuyée sur un panier plein d'herbes porté par un âne, qui fut tué par l'explosion électrique.

Paralysie des deux membres inférieurs et d'un membre supé" rieur. — Lorsque M. Roaldès eut été atteint par la foudre, les membres inférieurs et le bras droit étaient entièrement privés de sensibilité et de mouvement (appUcation de linges chauds, frictions). Bientôt un fourmillement se manifesta et ne tarda pas à être suivi du pouvoir de remuer légèrement les parties naguère paralysées; trois heures après l'accident, le malade put, en s'aidant du bras d'un de ses amis, monter

m EFFETS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX

sur le comble de sa maison pour y inspecter les dégâts causés par la foudre (de Quatrefages).

Paralysie des 4 membres et d'une partie du tronc. — L'abbé de R...., âgé de 25 ans, fut grièvement blessé par la foudre à la poitrine, au bas-ventre et sur les membres; les extrémités supérieures étaient à demi paralysées, les inférieures l'étaient complètement. Cette paralysie se dissipa graduellement en quelques jours, mais il resta au malade une sorte d'insensibilité dans le bas-ventre, qui ne disparut que 6 mois après la guérison des brûlures (de la Prade) .

Un matelot, foudroyé dans la grande hune d'un navire, fut à l'instant paralysé des bras et des jambes ; il se rétablit en quelques jours (Bladh).

Nous venons d'étudier la paralysie dans les diverses régions qu'elle affecte; si maintenant nous cherchons sa fréquence relative dans ces régions, nous arrivons à la connaissance des deux faits généraux suivants :

La paralysie affecte beaucoup plus souvent les membres inférieurs que les membres supérieurs. — Sur 41 foudroyés, la paralysie a atteint les membres inférieurs 33 fois, et les membres supérieurs 8 fois. Cette différence s'explique par ce fait que la foudre atteint beaucoup plus souvent les membres inférieurs que les membres supérieurs. Sur 123 cas, il y a eu 18 fois lésions des membres supérieurs, et lOo fois des membres inférieurs, c'est-à-dire un peu plus des 3/4, comme pour la paralysie. Et si les membres inférieurs sont bien plus souvent atteints que les supérieurs, c'est que le corps de l'homme, debout et les bras pendants, forme avec le sol un conducteur non interrompu, laissant en quelque sorte de côté les membres supérieurs qui ne conduiraient l'étincelle que dans l'atmosphère.

La paralysie affecte plus souvent les membres gauches que les membres droits. — En effet, sur 16 cas, les membres gauches ont été paralysés 13 fois, et les membres droits 3 fois. Rien ne prouve que la foudre ait pourtant une prédilection bien marquée pour le côté gauche; sur 92 cas dé notre collection, la foudre a lésé plus ou moins grièvement 52 fois le côté gauche, et 40 fois le côté droit, différence trop peu impor-

tante ici pour en tirer une conclusion absolument générale. Faut-il invoquer une vigueur généralement moindre dans le côté gauche que dans le côté droit?

Degré de la paralysie. — La paralysie peut consister en un simple engourdissement, avec ou sans fourmillement, plus ou moins étendu. Forbes, l'abbé Chapsal, Rittenhouse, l'abbé Moigno en ont chacun cité des exemples.

Cet engourdissement a été observé sur plusieurs personnes à la fois. D'après Keyler et Trencalye, huit personnes étaient réunies dans une maison, près de laquelle tomba la foudre ; quelques-unes, qui étaient nu-pieds, dirent y avoir éprouvé une sensation semblable à celle qu'aurait produite le piétinement sur des copeaux ; celles qui avaient des souliers n'éprouvèrent rien de semblable (Linsley).

Quant à la paralysie proprement dite, nous avons déjà dit qu'elle atteignait parfois un très-haut degré; au reste, lorsque la paralysie atteint plusieurs membres à la fois, elle est souvent moins prononcée sur les uns que sur les autres, et il nous a paru qu'en général alors elle était beaucoup plus marquée sur les membres inférieurs que sur les supérieurs.

Marche. — Presque constamment la paralysie par fulguration, après avoir duré plus ou moins longtemps, diminue graduellement pour disparaître entièrement ; un fourmillement quelquefois insupportable, au point de rendre le sommeil impossible, est généralement l'annonce certaine du retour du mouvement.

Cette paralysie affecte-t-elle parfois la forme intermittente? C'est ce qu'aucun fait de fulguration directe ne démontre positivement. Quant à l'observation suivante, nous sommes à nous demander si la paralysie intermittente dont elle fait mention doit être attribuée à un choc en retour, ou si elle ne serait pas un de ces accidents tout spontanés et en dehors de la fulguration, qui ne sont pas très-rares, surtout chez les vieillards.

Le 24 septembre 1826, M. B..., âgé de 72 ans, se trouvait dans une rue de Versailles, le côté droit tourné vers le mur d'une maison ; à peu de distance de lui un tuyau de con-

(luite métallique descendait le long de ce mur. Dans cette position et sans doute par un choc en retour, M. B... éprouva une commotion, qu'il décrivit lui-môme de la manière suivante : il lui sembla que toute la partie droite de son corps était refoulée brusquement sur la gauche; en même temps, il ressentit une forte oppression et un vertige analogue à l'ivresse. Les suites immédiates de cet accident furent une grande gêne dans les mouvements de tout le côté gauche et une respiration haletante ; ce ne fut qu'avec beaucoup de peine et en se reposant plusieurs fois que M. B... parvint à se traîner jusqu'à la maison d'un dp ses amis, à une distance de 400 pas environ. Là, on reconnut que la langue éprouvait dans ses mouvements la même difficulté que les membres gauches. Les soins prodigués à M. B... lui rendirent un calme momentané, la nuit fut passable, et le lendemain matin le malade se trouva à peu près dans son état ordinaire ; mais le soir, à l'heure où la commotion avait eu lieu, l'oppression, l'engourdissement et la gêne dans les mouvements reparurent, et il en fu t de même pendant toute une semaine. Cette affection céda cependant aux efforts de l'art, et le malade se rétabUt entièrement ; mais la 'périodicité des accès eut lieu jusqu'à la guérison (de Monferrand.)

Durée. — La paralysie des foudroyés est en général de courte durée et diffère sous ce rapport, comme sous bien d'autres, de la paralysie consécutive à l'hémorrhagie ou au ramollissement du cerveau.

Si nous n'avons égard pour le moment qu'à celles de nos observations où cette durée est nettement ou assez nettement formulée, nous voyons que, sur 28 cas, la paralysie a duré :

Une demi-henre 2 fois. Quelques jours 0 fois.

Trois quarts d'heure 1 — Huit jours 1 —

Deux heures i — Douze jours 1 —

Quelques hcitres fJ — Quinze jours 2 —

Vingt lieures 2 — Vingt jours 1 —

Vingt-quatre heures 1 — Doux mois 1 —

Deux à trois jours 1 — Six semaines 1 —

Quatre jours 1 — Trois mois 1 —

Ainsi la paralysie n'a pas dépassé 24 heures dans 12 cas,

c'est-à-dire dans près de la moitié des cas; et trois fois seulement la paralysie a duré de 2 à 3 mois.

Si nous mettons aussi en ligne 21 autres observations mcomplètes, môme un peu vagues sur quelques pomts, mais permettant de fixer à peu près la durée de la paralysie, nous trouvons que, sur 40 cas, la durée a été d'une demi-heure a un mois 41 fois, et de plus d'un mois 8 fois.

Au point de vue du pronostic, il est bon de remarquer que la paralysie, quoique étendue à plusieurs membres, a souvent cédé plus rapidement qu'une paralysie moins étendue et moins prononcée, autre caractère encore distinctif de cette paralysie de celle qui est symptomatique d'une lésion du cerveau .

Si la paralysie due à la fulguration a peu de durée, celle qui résulte de l'étincelle des machines sur les animaux a encore une durée moindre, car elle est de quelques heures seulement (Troostwyk et Krayenhoff.) ^ Diagnostic. — La paralysie par foudroiement est facile a constater ; toutefois, elle peut être méconnue, si le foudroyé, placé dans son lit immédiatement après l'accident, y est retenu par ses blessures, et si, comme cela n'est pas rare, il éprouve des douleurs profondes dans les membres paralysés. Le fait suivant mérite sous ce rapport d'être mentionné.

Le 23 thermidor an XI, un moissonneur, âgé de 45 ans, fut frappé par la foudre près de Gastellane (Basses- Alpes) ; transporté chez lui, le docteur Poilroux le trouva dans l'état suivant. Tous les sens paraissaient parfaitement libres, excepté celui de l'ouïe; la surdité était complète; envoyait des écorchures à la nuque, au dos, à l'abdomen ; les jambes étaient noires le long du tibia, mais sans excoriations ; elles étaient très-douloureuses et faisaient pousser de hauts cris au malade. (Boissons stimulantes, appUcations chaudes; un peu plus tard, saignée.) Le 24, les Jambes étaient toujours très-douloureuses; bientôt on reconnut qu'elles étaient le siège de lésions très-superficielles, mais étendues.... Le 7 du mois suivant, toutes les plaies étaient cicatrisées ; le 10, on engagea le malade à se lever, mais l'étonnement fut grand, de voir que ses jambes étaient comme paralysées, qu'il les

jetait çà et là sans pouvoir se soutenir. (Frictions sèches et aromatiques.) Plus tard, la faiblesse persistant, des vésicatoires furent appliqués sur les mollets, et peu à peu les forces revinrent ; au bout de deux mois, le malade put marcher quelque peu sans le secours d'un bâton; mais la marche était pénible et chancelante. (Liniment avec l'alcali volatil, employé sur toute la longueur de la colonne vertébrale.) Guérison rapide.

L'auteur attribue une grande efîîcacité aux vésicatoires appliqués sur les membres paralysés. Chez ce malade, la jambe dont le vésicatoire fournit le plus de suppuration s'est libérée plus promplement que l'autre.

Dangers attachés à l'état de paralysie. — La paralysie expose les foudroyés à plusieurs espèces de dangers : les uns, par exemple, revenus promptement à eux, voient leurs vêtements en feu, sans pouvoir les éteindre ; d'autres, frappés dans des lieux solitaires, y restent exposés sans secours pendant un temps quelquefois fort long. Ainsi :

Un bûcheron dont parle Goester, atteint par la décharge électrique dans une forêt, ne revint à lui qu'au bout de six heures; alors il essaya de se relever, mais en vain; ses jambes lui refusèrent tout service : il ne fut découvert et secouru que le lendemain.

Qui dira avec quelle peine infinie, avec quelle lutte désespérée le physicien Buchwalder, foudroyé sous sa tente, au sommet du Sentis, à 2,504 mètres au-dessus du niveau de la mer, parvint enfin à se glisser et à se traîner jusqu'au village le plus voisin ?

Nous citerons ailleurs un ancien militaire qui, après avoir été frappé par la foudre dans un lieu isolé, y serait resté étendu sans connaissance pendant quatre jours, et qui, revenu enfin à lui et se traînant à peine sur la terre, ne fut secouru que vingt-quatre heures encore après.

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