ART. 9. — INDIVIDUS FRAPPÉS PLUSIEURS FOIS PAR LA FOUDRE
Quelques personnes ont été plusieurs fois frappées par la foudre, tantôt à quelques années d'intervalle, tantôt coup sur coup et pendant la durée du même orage. Le plus ordinairement elles ont résisté aux divers chocs ; rarement elles ont succombé.
A. Double fulguration à quelques années de distance. — On dit que Mithridate {Eupator ou le Grand) fut touché deux
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fois par la foudre; lors de la première atteinte, il était encore au berceau ; ses langes furent mis en feu et la cicatrice de la brûlure qu'il reçut au front se trouva plus lard couverte par les cheveux (1).
Le chevalier de Villars, commissaire du roi à la Louisiane, mandait, le 16 août 1788, à Valmont-Bomare, qu'il avait été foudroyé deux fois et qu'il était entouré de personnes qui l'avaient été déjà.
Au rapport de l'abbé Richard (2), une dame, qui habitait en Bourgogne un château dans une position élevée, vit plusieurs fois la foudre pénétrer dans son appartement, s'y divi- . ser en étincelles de différentes grandeurs dont la plupart s'attachaient à ses habits sans les brûler et laissaient des taches livides sur ses bras et même sur ses cuisses. Elle disait à ce sujet que le tonnerre ne lui avait jamais fait d'autre mal que de la fouetter deux ou trois fois, quoiqu'il tombât assez souvent sur son château.
Dans les deux observations suivantes, les coups de foudre qui ont atteint chaque individu, à plusieurs années d'intervalle, ont été beaucoup plus graves que ceux que nous
venons de citer.
Le 16 juin 1766, la foudre tomba sur une des ailes du château de Chazeron, situé à une lieue de Riom. Entre autres personnes, elle y blessa grièvement le concierge. Or, c'était la seconde fois qu'il avait été ainsi frappé dans le même château (du Tour).
J'ai vu à l'Hôtel-Dieu de Paris, en 1833, un homme qui venait d'être littéralement sillonné dans la rue Montmartre ; il me dit que, plusieurs années auparavant, il avait été déjà gravement blessé par la foudre, à bord d'un navire.
B. Individus atteints deux fois pendant le même orage. — Reimarus rapporte, d'après un témoin digne de foi, qu'en décembre 1770, entre Mahon et Malle, un navire fut frappé trois fois de la foudre dans la même nuit. Le second coup, qui eut lieu vers deux heures, blessa dangereusement un des matelots, qui y était de garde. A peine avait-on pu, avec
(1) Gardanus, Lib. de Fulg.
{i) Hist. de l'air, t. VIII, p. 26J.
DES AGGLOMÉRATIONS D'HOMMIilS OU D'ANIMAUX 32B
grande difficulté, descendre ce malheureux et le porter jusqu'au-dessous du premier pont, que le troisième coup l'atteignit et le tua sans blesser les deux hommes qui le tenaient sous les bras.
Nous rapprocherons de ce cas l'observation suivante , quoique ici la personne blessée par un premier coup n'ait été que fortement étourdie par le second : Au rapport de M. Rice, le 1" juillet 183^1, la foudre atteignit, à deux reprises et à trois minutes d'intervalle, la maison de M. Draper à Ahleboro (Massachussets). M. Draper, qui était alors près d'une vieille horloge, fut blessé et renversé au milieu de la chambre; aucune des autres personnes qui se trouvaient autour de lui ne souffrit le moindre mal. On venait de le transporter dans une autre pièce pour lui donner du secours, lorsqu'un second coup éclata, l'étourdit fortement sans le blesser, mais renversa et blessa les trois personnes qui l'entouraient.
Les diverses circonstances qui ont présidé à ces fulgurations réitérées des mêmes personnes n'ont pas été suffisamment analysées pour que nous puissions nous-mêmes nous faire la plus légère idée de l'influence que l'organisation physique propre à ces personnes a pu jouer ici.
ART. 10. — LES GRANDES AGGLOMÉRATIONS d'hOMMES
OU d'animaux sont-elles dangereuses?
Plusieurs observations portent à croire ou du moins à soupçonner que les grandes réunions d'hommes ou d'animaux sont dangereuses. Nollet a tout spécialement fait remarquer que le danger d'être foudroyé dans une église augmente avec le nombre des personnes qui y sont réunies. Des troupeaux entiers ont été foudroyés avec leurs bergers. Ces masses vivantes jouissent d'un pouvoir conducteur considérable, et la colonne de vapeur qui s'en élève peut transmettre la foudre plus facilement.
Nous allons enregistrer ici un certain nombre de coups de foudre remarquables par le grand nombre des personnes qu'ils ont frappées.
Églises. — Le U juillet 1857, trois cents personnes étaient
réunies dans l'église de Grosshad, petit village situé sur une hauteur dépendant de l'Eifel, à deux lieues de Diiren, quand la foudre vint la frapper ; six hommes vigoureux furent tués, et cent autres personnes furent blessées : trente d'entre elles furent obligées de garder le lit (1).
Le lOaoût 1842, la foudre tomba sur l'église de Saint-Laurent d'Urec, canton de Saint- André de Gubzac, le jour de la fête et au moment des offices ; une trentaine d'individus furent blessés, un plus grand nombre d'autres furent renversés (2).
Le 14 septembre 1828, la foudre tomba dans le chœur de l'oratoire de Roucole (Piémont) et y tua quatre prêtres et deux séculiers (3) .
Le l**' mai 1700, sept personnes furent tuées dans une église bâtie au sommet du mont Saint-Ursule, en Styrie ; le docteur J.-B. Werloschinigg fut lui-même témoin de cet événement.
Le 28 mai 1767, le tonnerre tomba sur l'église de Villa di Stellone (Piémont) ; il tua sept personnes et en blessa plusieurs autres (4) .
Le 31 mars 1778, le tonnerre tomba, à deux lieues de Valence en Dauphiné, tua deux jeunes gens qui sonnaient et en blessa neuf autres (5).
Le 10 avril 1781, le tonnerre tomba sur le clocher du village de Puttelange (Moselle) où quinze ou seize personnes étaient occupées à sonner alternativement les cloches. L'une d'elles fut tuéetoutesles autres furent dangereusement blessées (Mengin).
Les personnes tuées ou blessées par l'explosion ont été plus nombreuses dans les observations suivantes :
Le 26 juin 1783, la foudre tomba sur l'église de Villars-le- Terroy, dont on sonnait les cloches, tua onze personnes et en blessa treize (Verdeil)-
Le 2 juillet 1717, la foudre frappa une église à Seidenberg, près de Zittau, pendant le service : quarante-huit personnes furent tuées ou blessées (6).
(1) Follin, Palhologie externe, t. I, p. Soi, d'après Jack.
(2) L'Instilut, t. X, p. 339.
(3) Mém. de l'Acad. de Bruxelles, t. V, p. 69.
(4) R.chard. Hisl. de l'air, l. VIII, p. 342. (B) Cite par Ncedham, Mém. p. 61.
(6) Reimarus, Bresl. Samvil. (1717).