‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 99 sur 156 · ART. 2. — CONGESTIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

ART. 2. — CONGESTIONS DIVERSES

La fulguration, nous l'avons dit, peut donner lieu à une foule d'affections diverses. Dans le nombre, il en est quelques-unes que nous mentionnerons, tant à cause de leur gravité qu'en raison des avantages des émissions sanguines employées en pareil cas. Ainsi, nous citerons le délire, la congestion cérébrale dans toutes les formes qu'elle revêt, les engorgements pulmonaires.

1 1. — Délire. — Plusieurs observations de délire, occasionné par la fulguration et traité par la saignée, sont rapportées par les auteurs. Nous donnerons seulement les deux suivantes:

Un soldat, cité par Sprengel, était dans une agitation voisine du délire ; une saignée le calma un peu. Mais, pendant la nuit, les symptômes reprirent une nouvelle intensité et

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exigèrent une seconde saignée qui obtint un plein succès. Seulement, le lendemain, des phénomènes d'embarras gastrique apparurent et lurent inutilement combattus par la saignée du pied et par le sel de Glauber. Il fallut recourir à un vomitif.

Un charretier qui venait d'être foudroyé, comme le prouvaient assez les lésions de l'extérieur du corps et des vêtements, se roulait dans le chemin comme un furieux. On le mena dans une maison voisine, où arriva bientôt après le docteur Henry. Le blessé était dans un tel état d'agitation, qu'il fallait cinq hommes pour le contenir. Il fut saigné copieusement ; le sang sortit en sautillant, comme si l'artère avait été ouverte; le délire furieux se calma. Le lendemain, la saignée fut réitérée et produisit de très-bons effets, car le malade recouvra la santé en trente-six heures.

I IL — État apoplectique. — Congestion cérébrale. — Ici la saignée n'est pas moins utile que dans l'état apoplectique et la congestion cérébrale amenés par toute autre cause que la fulguration.

Un soldat, traité par le docteur A... et cité par le docteur Ristelhueber, avait la face d'un rouge bleuâtre, le pouls presque éteint, la respiration rare, haletante, puis stertoreuse. Après avoir vainement essayé les inspirations de vinaio-re et d'alcali volatil et les aspersions d'eau acidulée de vinaigre, voyant la face vultueuse et les veines jugulaires dilaté'es, M. A... pratiqua une saignée du bras; plus tard, douze sangsues furent appliquées sur les parties latérales du cou. — Une demi-heure après ces émissions sanguines, les forces du malade se ranimèrent, la respiration et la déglutition devinrent plus faciles; mais le malade ne reconnut que le quatrième jour les personnes qui le soignaient. —Deux autres soldats,, frappés à côté de lui, furent traités de la

même manière. ^,01 . 1 -

Dans la nuit du 21 au 22 février 1838, la foudre tomba a bord de la frégate autrichienne la Mcdée, et y frappa trois hommes occupés aux voiles ; on les crut morts sur le coup. L'un d'eux, Sforzino, resta pendant plus d'un quart d'heure

GONGlîSTIONS DIVIÎRSIÎS

dans un état complet d'asphyxie. Rappelé à la vie par les moyens ordinaires, il fut pendant une heure en proie à un violent délire d'épouvante, puis passa à un état de légère somnolence interrompue par des soupirs et par des lamentations. La surface du corps était le siège de nombreuses et graves lésions qu'on pansa avec le cérat simple, on y fit aussi des fomentations froides. Dans la matinée, les douleurs étaient très-vives, le pouls petit et serré : (saignée d'une livre). — Vers le soir, apparurent les symptômes d'une réaction générale et d'un « engorgement pulmonaire considérable » — (potion calmante). — Le Séjour, douleurs toujours très-vives , face empourprée , respiration difficile , accès de toux, soif intense, peau sèche et brûlante, difficulté extrême d'uriner et pas de sommeil (saignée, boisson nitrée, potion calmante). — Le 3" jour, même état, même traitement. — Le 4^ jour, amélioration notable, — encore même traitement. — Le S*^ jour, tout avait disparu.

On remarquera que, dans ce cas, les phénomènes cérébraux du début ont été remplacés plus tard par un engorgement pulmonaire et de la dysurie.

Un autre de ces trois marins, Padella, présenta des symptômes à peu près identiques. Seulement la congestion cérébrale ne se montra réellement grave que le 3^ jour : à cette époque on lui avait déjà fait quatre saignées. Après trois nouvelles saignées, le malade reprit ses sens, et le 9" jour tout était fini, sauf la cicatrisation des plaies (Minonzio).

Un canonnier, atteint par la foudre, fut relevé dans « l'état le plus complet d'apoplexie. » Le corps était livide, boursouflé, couvert d'une sueur froide et visqueuse ; la respiration difficile, stertoreuse ; le pouls lent et plein ; le sentiment et le mouvement abolis. On eut immédiatement recours à la saignée qui donna cinquante onces de sang. Cette évacuation enleva la stupeur et les autres symptômes sérieux. On la fit suivre d'une purgation et d'autres moyens antiphlogistiques : le malade se rétablit graduellement.

Nous pensons que, dans ce cas et même dans les deux qui précèdent, on a fait un emploi exagéré de la saignée et nous ne donnerions pas le conseil de suivre cet exemple. Nous

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avons cité ces faits autant pour montrer les avantages de la saignée, qui n'a été ici réellement utile que pour faire voir le peu de danger qu'il y a tirer du sang dans les afi'ections que nous étudions en ce moment. — Dans les observations suivantes, des émissions sanguines modérées ont donné d'excellents résultats.

Un cultivateur de 20 ans, frappé de la foudre aux champs, fut trouvé le corps pris sous son cheval mort. Il était sourd ; il rendait du sang par les oreilles et surtout par la bouche, et il ne pouvait se tenir debout. Lorsque le docteur Petit arriva près du blessé, il lui trouva la tête plus chaude et le reste du corps plus froid que dans l'état normal. Il fit appliquer douze sangsues derrière chaque oreille et la tète fut enveloppée de compresses froides. La surdité diminua, la chaleur se répartit également sur toute la périphérie du corps, mais y atteignit un degré plus élevé que de coutume. Alors on recourut à une saignée copieuse et I on lit des applications froides sur la tête. — Le lendemain malin, l'amélioration élait si notable que le malade se fit habiller et conduire dehors. Cependant, il se recoucha bienlôt et eut des bourdonnements d'oreille qui disparaissaient chaque fois qu'on renouvelait les compresses froides. Le traitement se ermina par l'application de deux vésicatoires derrière les oreilles et par un laxatif.

I III. — Congestion cérébrale et pulmonaire, etc.

— • Un menuisier et sa servante furent frappés de la foudre. La servante, âgée de 18 ans, était privée de sentiment et paraissait éprouver une violente suffocation ; elle avait le visage gonflé, rouge, les yeux étincelants, le regard fixe, la bouche béante, la peau aride et brûlante, le pouls très-élevé; la malade était à chaque instant agitée de convulsions. Une saignée pratiquée immédiatement rendit aussitôt la respiration plus libre ; la connaissance et la parole revinrent trois ou quatre heures après la saignée. Mais pendant plusieurs jours, cette jeune lille eut l'esprit troublé par des frayeurs subites et sans cause. Le menuisier présentait exactement les mêmes symptômes, mais beaucoup plus graves. Deux

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saignées du bras furent pratiquées dans l'espace d'une lieure et demie : la première n'apporta aucun soulagement notable, mais la seconde parut produire quelques effets salutaires. Le lendemain la saignée fut répétée et le malade recouvra la parole et la connaissance. — Les convulsions ne cessèrent que le 5^ jour.

Dans un cas rapporté par Sprengel, une abondante saignée dissipa en partie les phénomènes cérébraux et ramena la connaissance ; mais alors il se manifesta de l'oppression, de l'anxiété, etc. : une seconde saignée fit disparaître tous ces symptômes.

Chez un soldat, l'étourdissement, les douleurs dans la poitrine et l'anxiété disparurent promptement après une saignée et l'emploi du sel de Glauber (Sprengel).

Un malade présenta, au sortir de l'état de mort apparente, une congestion évidente du cerveau et des poumons ; il toussait et crachait du sang en quantité. M. Parkinson lui tira à grande peine 6 onces de sang : la tête et la poitrine furent immédiatement soulagées. On continua par des stimulants et, deux heures après, tout était fini.

Chez un second individu qui présentait des symptômes identiques, sauf l'hémoptysie, le même traitement réussit tout aussi bien.

I IV. — Accidents épileptiformes. — Engourdissement. — Un marin, ayant été atteint de la foudre, fut saisi peu de temps après d'un violent accès d'épilepsie. On eut recours à de larges émissions sanguines qui eurent un plein succès (Macaulay).

Le sieur John Williams, de Conway, fut atteint et trèsgravement brûlé par la foudre. « Je fus, dit-il, étendu sans » connaissance, je ne puis dire pendant combien de temps ; » quand je revins à moi, mes jambes étaient tellement en- » gourdies qu'elles ne pouvaient me servir, et je restai ainsi » jusqu'au moment où l'on fit usage de la lancette, qui me » procura quelque soulagement » (Hitchcock).

En analysant les observations qui précèdent, on voit que partout les accidents doivent être rapportés à une congestion

plus OU moins intense du cerveau ou des poumons. Dans tous ces cas, la saignée était indiquée, et presque toujours elle a pleinement réussi, soit seule, soit avec l'aide de remèdes moins puissants. Chez quelques individus il a fallu, il est vrai, la renouveler jusqu'à six. et sept fois en quelques jours, ce qui est toujours fort grave et, en passant, nous avons dit qu'il nous semblait y avoir là un excès véritable. Cependant la guérison est venue justiiier ces tentatives hardies. D'un autre côté, on avait atlaire à des accidents formidables et, en pareil cas, il peut être permis de recourir aux moyens extrêmes.

Nous ne pensons pas toutefois qu'on doive regarder les émissions sanguines comme un remède infaillible dans tous les cas de congestion cérébrale produite par l'action de la foudre. Ces congestions, en effet, sont loin d'être simples comme celles qui résultent d'un coup ou d'une chute, par exemple ; en outre du phénomène mécanique de la congestion sanguine, il y a perturbation directe et profonde portée dans les fonctions propres des centres nerveux et ces troubles, indépendants de ceux de la circulation, pourraient très-bien n'être pas guéris par la saignée. Nous croyons que c'est à un effet de cette nature qu'on doit attribuer l'msucces de la saignée dans un cas cité par Duhamel (1).

Deux ouvriers qui travaillaient dans les champs furent renversés par la foudre. Lorsqu'on les releva, ils se plaio-naient d'une grande douleur de tête. Ils furent saignes ; toutefois la céphalalgie persista pendant quelques jours.

D'un autre côté, les troubles de la circulation ont pu aller jusqu'à former quelque foyer hémorrhagique. C'est probablement ce qui est arrivé dans l'observation suivante, empruntée à Godfrey : un homme foudroyé présentait des troubles cérébraux très-graves ; après une saignée de

10 onces et l'administration d'une infusion de the melee do rhum qui ne fut que difficilement avalée, il s'endormit. Pendant son sommeil, qui se prolongea durant plusieurs heures,

11 poussa des gémissements douloureux, mais sans repondre

(l) Mém. de VAcad. roy. des se, p. :U8 (1747).

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