OBSERVATEURS
8,080 mètres.
3,470 — 3,340 — 3 30a — 3,100 — 2,036 — 1,900 - 1,896 — 1,600 — 1,300 — 900 au plus.
800 à 600 mèt.
600 à 400 — 292 mètres.
Paris.
Tobolsk.
Id.
Pondichory.
Halle.
Abyssinie.
Berlin.
Abyssinie.
Berlin.
Halle.
Ile-de-France.
Pondichéry.
Manille.
3 cas Tobolsk.
6 cas id.
Id.
Id.
Abyssinie.
Gratz.
Admont.
6 juin 1712.
13 juillet 1761.
5 juin 1834.
15 février 1844.
20 mai 1773.
12 février 1844.
17 juin 1773.
21 juillet 1834.
20 octobre 1845.
15 juin 1826.
26 'août 1827.
De risle.
Chappe.
Id.
Le Gentil.
Kaemtz.
D'Abbadie (1).
Lambert.
D'Abbadie.
Lambert.
Kaemtz.
Le Gentil.
Id.
Id. Chappe.
Id.
Id.
Id.
D'Abbadie.
Haidinger (2).
Haidinger.
(1) Comptes rendus, t. XXXill, p. 894.
(2) Cosmos, t. I, p. 634.
iO
Ce lut une nuée très-épaisse et fort basse qui lança, le 8 juin 1747, un globe de feu sur le clocher des Grands-Augustins, à Paris (Rabiqueau).
La nuée d'où partit la foudre qui incendia, dans la nuit du 25 avril 1760, l'église de Notre-Dame de Harn était trèsbasse et paraissait immobile (de Champion).
Dans l'été de 1781, pendant un violent orage, la tour de la ville de Sèze fut atteinte par une foudre globulaire qui partit d'une nuée tellement basse qu'elle paraissait très-peu éloignée du faîte des maisons (1) (Daquin).
La foudre qui, le 30 avril 1822, frappa perpendiculairement le clocher de Rosstall, partit d'un nuage très-bas et d'une densité extraordinaire (Yelin).
Les nuages étaient très-bas, lorsque la foudre tua quatre personnes et en blessa plusieurs autres, à Éverdon (VaUis).
Dans un orage qui eut lieu à Paris le 28 août 1839, les nuées noires et surbaissées touchaient presque au sommet des bâtiments (2) (Peltier).
L'amiral Ross dit que l'orage de 1803, qui brisa les mâts de la Désirée dans le port Antonio (Jamaïque), fut contemplé par un observateur placé sur une colline près de là; et quoique à une si faible hauteur, ce téinoin voyait l'orage à ses pieds, tandis qu'au-dessus de sa tête le ciel était clair et étoilé (3) .
Le nuage épais et noir d'où partit la foudre qui atteignit le Phaéton, le 14 septembre 1824, dans la rade de Gibraltar, était tellement bas qu'il frôlait les parois des rochers de la rade (4).
En comparant les deux tableaux qui précèdent, nous voyons :
1° Que la hauteur des nuées orageuses au-dessus du niveau de la mer est très-variable, depuis 8,080 mètres jusqu'à 28 mètres et même au-dessous.
2° Ce n'est pas seulement dans les pays de montagnes
(1) Daquin, Note âla Imductioii. de l'essai méléorologi^}u,e de Toaldo, p. 270.
(2) Pellier, Dicl. d'hist. nat. de d Orbigny, l. Y, p. 680.^
(3) Harris, Thund, p. 54, et Nantie, mag., l. XII, p. 4o3. (ï) Nantie, magazine, l. XXI, p. 471.
NUAGES ORAGEUX
que les nuées orageuses sont souvent très-élevées au-dessus du niveau de la mer; le même phénomène est maintes fois observé dans les pays de plaines; souvent elles y ont été de 1,600 à 3,470 mètres de hauteur; on en aurait même remarqué à 8,080 mètres, c'est-à-dire à une hauteur plus grande que celle jusqu'ici assignée aux orages dans les montagnes.
Hauteur des images orageux observés dans r Océan. — Pendant la campagne de la Vénus, on a trouvé sur l'océan Atlantique et la mer du Sud 900 à 1 ,400 mètres comme termes extrêmes de la hauteur des nuages orageux (Kaemtz).
Mensuration de la hauteur des nuages. — Plusieurs méthodes peuvent être mises en usage pour déterminer avec quelque précision la hauteur des nuages. Les deux suivantes sont généralement adoptées :
1" On établit un parallélisme ou une sorte de nivellement entre les nuages et d'autres objets dont on connaît la hauteur. Dans les pays de montagnes, par exemple, on apprécie la hauteur du nuage d'après la hauteur des sommités que ces nuages couvrent ou vont couvrir, ha'iteur que l'on connaît déjà, ou que l'on mesure plus tard à l'aide du baromètre ou de la trigonométrie.
2" Dans les pays de plaines comme aussi dans les pays de montagnes, une méthode de mensuration consiste : dans un premier temps, à déterminer avec un chronomètre le nombre de secondes comprises entre l'arrivée de l'éclair et celle du tonnerre; dans un second temps, à reconnaître la hauteur angulaire de l'extrémité de l'éclair la plus voisine du lieu où l'on observe, à l'aide du graphomètre, du théodolite ou d'un instrument à réflexion et en se guidant sur les accidents de forme ou de clarté que présentent constamment les nuages.
L'observateur qui aura déterminé, avec un chronomètre, le nombre de secondes comprises entre l'arrivée de l'éclair et celle du tonnerre, en déduira facilement la distance qui le sépare du point où le météore s'est manifesté. Il lui suffira de multiplier ce nombre entier ou fraction-
naire par 337. Le produit sera la distance cherchée exprimée en mètres.
Ce résultat, il faut bien le remarquer, est en général la distance rectiligne des nuages, mesurée sur une ligne inclinée à l'horizon ; c'est l'hypothénuse d'un triangle rectangle dont les deux autres côtés sont d'une part une portion de l'horizontale du lieu de l'observation, de l'autre, la hauteur verticale du nuage sur cette mesure horizontale.
Pour déduire de la longueur de l'hypothénuse la hauteur verticale du nuage il faut connaître la hauteur angulaire de l'extrémité de l'éclair la plus voisine du lieu de l'observation: il faut savoir si elle est de 10°, de 20°, do 45°, etc. Cette hauteur, on la mesure avec une précision sufiQsante à l'aide d'un graphomètre, d'un théodolite ou d'un instrument àréllexion en prenant pour repère, pour point de mire, les accidents fortuits de forme ou de clarté les plus voisins du point où l'éclair s'est montré et dont les nuages orageux ne sont jamais exempts. Cela une fois connu, le calcul s'effectue en un trait de plume. (Arago) .
M, Pouillet a publié une note sur un moyen photographique de déterminer la hauteur des nuages ; dans cette note on trouve un historique de la question (1).
Translation. — Les orages stationnaires dont la durée peut être fort longue sont assez généralement remarquables par la simultanéité ou la succession rapide de leurs decharges sur des points fort circonscrits.
Le capitaine Ward rapporte qu'en 1806 le navire le Pélican fut assailli dans la baie de Honduras (,Indes occidentales) par un orage dont la durée fut d'une heure environ. Pendant tout ce temps, les éclairs, le tonnerre, les décharges foudroyantes se multiplièrent d'une manière effrayante. Le Pélican fut gravement endommagé par la foudre (2).
Parfois forage n'est pas stationnaire; il ne se meut pas non plus dans une seule direction, comme nous le verrons
(1) Comptes rendusyi. XL (i8uo), p. 1157.
(2) Harris, Thund, p. 52.
iNUAGES OllAGEUX 1^
bientôt ; mais il se promène en quelque sorte et pendant plus ou moins longtemps sur une même contrée. — Ainsi M. Clos, dans ses Études sur la météorologie du pays toulousain rn IGl) rapporte que le 25 juin 1829 un gros orage cominença à trois heures du soir et n'avait pas tout a fait cesse a sept heures et demie. Pendant plus de quatre heures, toute la contrée fut dans une inquiétude continuelle, car cet orage terrible se portait tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, entramé par la lutte des vents.
Ou bien encore les orages se propagent dans des directions curvilignes, comme les tornados des régions intertropicales. il en est souvent ainsi, d'après M. Fournet, des orages des environs de Lyon (1). .
Mais le plus ordinairement, les orages suivent une didirection presque rectilicjne, poussés par un vent plus ou
moins fort. , En Europe, la plupart des orages sont amenés par des
vents du sud-ouest.
A Stockholm les orages viennent ordinairement du sudouest. (Winkler).
Dans les zones d'Allemagne, leur marche générale est du sud et du sud-ouest (Keforstein, Schon, Schûbler,
Schweigger). . i - -
Schûbler dit que sur quarante-trms orages observes a Giengen, en 1824, cinq seulement marchaient de l'est à l'ouest ; et qu'en 1821, sur cinquante-cinq orages, vingt-huit vinrent de l'ouest et seize de l'est. — Il ajoute qu'en 1823 les orages traversaient le Wiirtembcrg, en général, de l'ouest à l'est.
A Berlin, suivant Gronau, la direction des orages est le plus communément du sud-ouest et rarement du nord et de nord-est.
A Kiel, les orages viennent généralement du sud-ouest et se dirigent vers l'est, peut-être attirés par la grande masse d'eau de l'Ost-See.
M. Herrenschneider, dans son résumé des observations
(1) Comptes rendus, t. XV, p. 6Si (1842).
météorologiques faites à Strasbourg, pendant l'année 1829, dit que sur seize orages avec tonnerre, sept vinrent du sudouest, cinq du sud, deux du nord-est, un seulement de l'ouest ainsi que du nord-ouest.
Enfin, suivant M. Clos, les orages dans le pays toulousain viennent presque constamment du couchant.
Nous verrons, en parlant des moyens de se garantir de la foudre, qu'il est fort important de connaître la direction ordinaire des orages dans telle ou telle région.
Plusieurs circonstances modifient la direction que suivent les orages.
Parfois les nuages orageux abandonnent la direction du vent qui les pousse pour suivre les cours d'eau. M. Sturgeon dit avoir souvent observé ce phénomène au confluent de la Medway et de la Tamise.
Les montagnes les arrêtent, les dévient, les coupent en deux ; aussi quelques-unes d'entre elles ont reçu en Allemagne le nom de Wetterschneiden (coupe-orages).
Les forêts jouent encore ici un rôle important.
La vitesse des orages est très-variable.
Il est très-ordinaire, suivant M. Wilson, qu'une nuée à tonnerre fasse 4 ou 5 milles marins dans une heure. (Le mille marin, en Angleterre comme en France, de 60 au degré, est de 1,852 mètres.) — D'après le physicien anglais Canton, et aussi selon M. Schiibler, un orage qui a un mouvement rapide peut parcourir 8, 15 et même 24 milles marins ou géographiques par heure.
Certains orages parcourent une grande étendue de pays, en causant de grands ravages. Des orages ont ainsi passé du côté sud de l'Angleterre jusqu'au nord de l Écosse et de Tirlande. — Un orage de cette sorte eut lieu au mois de juillet 1827 : il commença le dimanche soir sur la partie sudouest du Devonshire, atteignit Cheltenham la même nuit cl Glascow le matin suivant (1).
Parfois les orages reviennent en arrière, phénomène plus particulièrement remarqué dans les pays de montagnes.
(1) Harris, Tkund, p. 62.
NUAGKS ORAGEUX
Suivant M. Perrot, les orages affectent, dans le département du Haut-Rhin, une marche assez régulière : quand ils se forment avant trois heures, ils ont d'abord une tendance à se perdre dans le nord-ouest ; tandis que vers le soir, ils semblent rétrograder vers le sud-est; mais quand ils naissent le soir, ce qui est le plus ordinaire, ils s'avancent peu vers le nord et reviennent presque aussitôt dans la direction du sud-ouest (1).
Parfois deux orages distincts , accompagnés chacun d'éclairs et de tonnerre, viennent de deux côtés opposés, se rencontrent et sont la cause de très-graves accidents. — Le pasteur Bus, à Vilbet (Hesse), a signalé un orage de ce genre.
Nous avons, d'une autre part, cité plusieurs exemples de nuées fortement chargées d'électricité et dont la rencontre a formé un orage (2) .
Orages rapidement successifs. — Parfois plusieurs orages se succèdent rapidement et en peu de temps sur la même région; généralement alors ils suivent la même direction, ou à peu de chose près. En voici un exemple remarquable :
Le 8 août 1717, on observa à Olau (Silésie) une succession fort remarquable d'orages, tous poussés par des vents de l'ouest ou sud-ouest. Le vent du nord mit fin à ce phénomène.
A midi : violent orage avec pluie. Vers le coucher du soleil : orage venant de l'ouest, bientôt suivi de deux autres, l'un de l'ouest, l'autre de l'ouest-sud-ouest, et se dirigeant tous trois vers le nord. Un quatrième orage survint et suivit les trois premiers ; — bientôt après en arriva un cinquième, du sud-ouest. Vers neuf heures et demie, un vent très-violent de l'ouest en amena un sixième. Enfin le vent du nord dissipa tous ces orages.
On observa, le 14 du même mois, à peu près la répétition de cette suite d'orages (3).
(1) Statist. gén. dudép. du Haul-Rhin.
(2) Voigt's magaz., t. III, p. 234.
(3) Bresl. Sammlung, p. 154 (1717).
Mouvement intestin. — Les nuages orageux présentent souvent à la vue simple ou aidée de la lunette d'approche, des mouvements intestins très-variables dans leur étendue et leur vivacité ; ils semblent formés d'une fumée très dense qui roule en flocons sur elle-même ; leurs diverses parties s'approchent les unes des autres, s'éloignent, semblent se confondre pour se séparer bientôt; souvent alors de très-petits éclairs jaillissent de ces petites masses si mobiles. — Parfois, dit Beccaria, les nuages orageux paraissent éprouver une sorte de fermentation dont les autres nuages sont privés, et M. Forster la compare au mouvement qu'on remarque à la surface d'un fromage rempli de vers.
« La tendance immédiate à une explosion électrique est » toujours manifestée à ceux qui portent leurs regards sur » la partie inférieure des nuages par une surprenante vibration » des portions détachées, déchirées des masses qui les en- » tourent; elles semblent obéir en hâte à l'attraction irrésis- » tible de la masse et prendre leur place dans l'arrangement » général dont probablement les effets dépendent (1). »
Épaisseur de la couche des nuages orageux. —
La distance qui sépare la face inférieure de la face supérieure de la masse orageuse est très-variable ; malheureusement nous ne possédons encore sur ce point qu'un fort petit nombre d'observations. Dans les quatre relations que nous allons citer l'épaisseur de la couche a été de 850, de 450, de 36 et même de 8 mètres seulement.
Le 29 septembre 1826, près de Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées). MM. les capitaines d'état-major Peylier et Hossard se trouvaient placés de manière à voir au même instant les deux surfaces opposées d'un nuage :
La plus basse était à 450 mètres.
La plus haute. — 900 id.
Épaisseur de la couche . 450 id.
(1) Howard, t. II, p. 306.
NUAGES ORAGEUX
Le lendemain 30 septembre :
Le plan inférieur du nuage paraissait à 600 mètres. Le plan supérieur 1450 id.
D'où épaisseur totale du nuage. . 850 id. (1)
M. Haidinger, comme nous l'avons vu en étudiant la hauteur des nuages orageux, a cité deux cas observés à Gratz et au couvent d'Admont, où la couche moyenne n'avait que 36 mètres, et même 8 mètres d'épaisseur. Nous ne reviendrons pas sur la méthode alors suivie pour s'en assurer.
Les nimbus se formaient toujours au-dessous des sommets de 3,100 mètres d'altitude, et le plus généralement entre 1,400 et 2,000 mètres d'altitude. Ils constituaient souvent une couche dont l'épaisseur variait entre 1,000 à 3,000 mètres. M. Rozet a vu éclater de violents orages sur des points de cette couche, tandis que des régions très- étendues demeuraient tranquilles (2).
Solidarité, action mutuelle. — Les nuages orageux paraissent être dans une sorte de solidarité ; si l'état fulminant de l'un d'eux est changé, à l'instant même les autres nuages s'en ressentent jusqu'à de très-grandes distances. Un .éclair part fort loin de l'endroit où l'on observe un électromètre et les signes que fournit l'instrument peuvent précéder d'une demi-minute entière, et même plus, le moment où le bruit du tonnerre arrive à l'oreille de l'observateur (Arago).
Suivant M. le comte de Tristan (3), une nuée orageuse en attire une autre qui se trouve à peu de distance et la dévie de sa route. 11 y a lieu de croire que l'action est réciproque et que, par conséquent, la déviation de chaque nuée est en raison inverse de sa puissance, sauf l'effet des circonstances accessoires.
Une nuée attirée par une plus forte hâte son mouvement à mesure qu'elle approche de l'orage principal. Quand il y a une nuée afîluente qui, de son côté, faisait
(1) Comptes rendus, t. IV, p. 25 (1837).
(2) Ibid.. t. XXVII, p. G47 (1848).
(3) Ann. de la Société royale des sciences, belles-lelires el arls d'Orléans.
Sestier. , a
18 DES FORMIiS DE LA FOUDRE
des ravages, elle les suspend quelquefois en approchant de l'orage principal, ce qui peut être une suite de l'accélération de son mouvement, mais après la réunion le mal s'accroît ordinairement.
Action des nuages à distance. — Les nuages électrisés peuvent produire sur les objets terrestres divers effets remarquables, même quand ils sont trop élevés pour donner des coups de foudre. C'est surtout sur les eaux que des effets d'attraction se font sentir. M. Liais a observé en 1852, à Cherbourg, un ras de marée pendant lequel la mer a baissé en dix minutes de la quantité dont elle baisse ordinairement en deux heures, ce qui fut attribué à l'action des nuages qui attiraient les eaux en pleine mer après un orage qui s'éloignait de la ville. On a vu fréquemment, sous l'influence des nuages orageux, l'eau s'élever en cône et retomber, pour être soulevée de nouveau.
BrugnalelU a vu, à la suite d'un orage, les eaux d'un lac du territoire de Lucques devenir blanches et troubles, et les jours suivants, il y avait une foule de poissons morts sur les bords.
Dimensions horizontales. — Les masses de nuées orageuses, souvent peu étendues, ont parfois des dimensions horizontales considérables; elles couvrent alors de vastes pays et produisent des décharges presque simultanées sur divers points.
Ainsi, pendant la nuit du 14 avril 1718, un orage couvrit à la fois la côte de Bretagne entre Landernau et St.-Paulde-Léon et n'endommagea pas moins de vingt-quatre clochers.
En 1774, un violent orage s'étendit au-dessus de Londres et la foudre tomba en plusieurs endroits assez éloignés les uns des autres; l'église de Saint-Pierre, un navire hollandais, près delà tour, l'obélisque de Saint-George, dans le faubourg de Soutlnvark, une cheminée à Lambelhy et une maison au Vaux-Hall, aux extrémités de Londres, furent foudroyés (1).
(1) Phil. Iraiis., t. I.XIV
NUAGES ORAGEUX 19
Le i5 janvier 1815, un oruge occupa la vaste étendue comprise entre la mer du Nord et les provinces rhénanes, y frappa et endommagea plus de douze clochers.
« Les orages, dit M. Kaemtz, s'étendent souvent sur une » superficie de plusieurs myriamètres carrés, et l'électricité de » chacune de leurs parties réagit sur l'autre.
» L'observateur placé dans la plaine, n'a pas une vue » assez étendue pour l'embrasser tout entier et celui qui est » sur une montagne est le pius souvent entouré de nuages. • » Dans un orage que j'ai observé du Faulhorn,le 13 août 1833, » ajoute M. Kaemtz, les nuages inférieurs n'existaient pas et » j'ai pu contempler le phénomène dans toute sa grandeur; » plusieurs fois pendant la journée il avait plu au loin et près » de moi. Vers sept heures du soir, la masse des nuages, com- » posée de plusieurs couches, avait une apparence orageuse; » leur surface inférieure était à une élévation de 3,300 mètres » environ. Au delà des Diablerets dans le Bas- Valais, et du » Glaernisch dans le canton de Claris, on ne voyait rien. » Dans cet orage, qui avait une étendue de plus de 150 kilo- » mètres, les éclairs venaient distinctement de cinq points » différents. Plusieurs heures d'observation m'ont prouvé que » les électricités de ces cinq points agissaient et réagissaient » les unes sur les autres. Sur m tiers au moins des éclairs » voici ce que je constatai : un éclair partait dans le pavs de » Vaud entre deux couches de nuages, car la couche infé- » rieure était peu éclairée; immédiatement après, souvent » en même temps, on voyait dans le voisinage du Rinderhorn » un éclair en zigzag dirigé de haut en bas. Quelques instants » après, des lueurs électriques brillaient au-dessus de Berne; » un éclair en zigzag leur répondait dans la direction de » Lucerne, puis dans celle de Schwitz. Lorsque le temps » devint plus sombre, je vis aussi des éclairs dans l'est, mais )' ils étaient trop éloignés pour que je pusse les étudier. Il est » évident que le premier éclair parti dans le pays de Vaud » troublait l'équilibre de tout le système : un observateur i> placé à Schwitz aurait donc observé des oscillations dans » l'électromètre, dont la cause première dépendait d'un » éclair parti dans le voisinage du lac Léman. »
Nuages colorés. — La couleur des nuages orageux est très-variable : ils sont blancs, gris, plombés, ardoisés, noirâtres ou noirs; ils sont parfois aussi d'un bleu d'indigo foncé, d'un noir jaunâtre, yerdâtre ou rougeâtre, et souvent ils passent d'une teinte à une autre.
Maintes fois parmi les nuages orageux qui couvrent le ciel on en voit un plus petit et plus bas que les autres, dont la figure sinistre, extraordinaire, exige une surveillance attentive, car c'est lui qui va très-probablement lancer la foudre. On doit alors particulièrement redouter les nuées noires, surtout celles qui passent du noir au rougeâtre, et plus encore celles qui passent du noir au verdâtre. Un grand danger menace l'homme, lorsque à son zénith ou près de là passe une nuée de ce genre, surtout si elle est fort basse.
Parfois arrivent des nuages noirs sur lesquels se détache un nuage blanc, qui leur est inférieur et qui, d'après une observation vulgaire et souvent vériliée par l'événement, est un signe précurseur de la grêle dont l'orage va être accompagné. M. Dutrochet est disposé à croire que ce nuage blanc est formé par les grêlons eux-mêmes qui restent suspendus pendant un certain temps dans l'atmosphère avant de se précipiter vers la terre; retenus probablement en suspension par la puissante force électrique des nuages orageux (1).
Quant à la nature de l'électricité dont un nuage est surchargé, M. Peltier dit avoir observé que les nuages fortement négatifs ont une teinte grise, plombée ou ardoisée, tandis que les nuages positifs sont blancs, rosés ou orangés. Quand on aperçoit un nuage d'une teinte bleue, plombée en tète et blanchâtre à la suite, on est certain, dit-il, de trouver successivement les signes de chacune des deux électricités.
M. Quételet a signalé à l'Académie de Belgique un nuage vert pomme immense qui se trouvait au milieu de nuages orageux d'une teinte plus ou moins cuivrée (2).
Nuages lumineux. — Les nuages orageux sont parfois lumineux d'une manière continue.
(1) Comptes rendus, '.. XVII, p. 30!i.
(2) L'Instilid (18u3).
NUAGES ORAGEUX
Plusieurs fois on a vu deux nuages orageux rester lumineux comme phosphorescents, pendant un temps plus ou moins long. Tantôt, c'est un nuage mamelonné et semblable par sa forme aux nuages ordinaires, qui est lumineux dans toute son étendue. Tantôt les nuées lumineuses forment des zones séparées par des intervalles obscurs. D'autres fois encore ce sont les bords, les déchiquetures marginales des nuao-es qui présentent cet aspect lumineux et persistant. — Et iî n'est pas rare que la foudre et des éclairs de formes diverses partent de ces zones brillantes, de ces nuages phosphorescents. Dans un cas, des éclairs en zigzag n'étaient pas accompagnés de tonnerre. — Cette apparence lumineuse est due sans doute à une surcharge électrique et à la succession d'innombrables petites décharges entre les innombrables particules de ces nuages; elle est analogue à celle qu'on voit à l'extrémité inférieure de certaines trombes.
Suivant M. Peltier, ce phénomène serait un des plus propres à constater l'existence des nuages transparents et la dispersion de leur électricité. Cette électricité répartie autour des particules de vapeur n'offre point à la périphérie de ces charges libres qui se neutralisent en masse et forment une vive explosion; leur neutrlalisation, au contraire, se fait peu à peu, par une suite de rayonnements réguliers qui produisent une lumière durable mais d'une intensité beaucoup plus faible que celle des éclairs.
L'abbé Rozier a rapporté une observation de nuages lumineux ayant la couleur blanche éclatante du phosphore qui brûle (1), qu'il observa le 13 août 4781 à Beauséjour, près de Béziers.
Nicholson a observé à Londres, le 30 juillet 1797, des nuages épais d'un bleu foncé et d'un rouge très-accusé sur les bords (2).
Un autre exemple de nuages colorés pendant l'orage est rapporté dans les Annales de Gilbert (3).
(1) Journal de physique, t. XVIII, p. 276, année 1781.
(2^ J. of 7iaiur. philos., w 6 (1707), et Gilberl's, Ânn., t. VI, p. 288.(1800).
(3) t. LXXIl (1822).
M. Colla, directeur de l'obscrvaloire météorologique de Parme, rapporte que dans la soirée du 18 juin 1840, par un ciel parsemé de nuages orageux, il observa depuis 9 h. jusqu'à 10 h. 1/4, dans la direction du midi, des éclairs trèséblouissants de couleur jaune, presque toujours en forme de zigzag; ils partaient, suivant toutes les directions, d'un endroit du ciel occupé par une espèce de nuage brillant d'une lumière phosphoriqiie dont l'élévation au-dessus des montagnes pouvait être de 4° à 5° et qui avait une étendue de 45° à 20°. Les éclairs se montraient à quelques secondes d'intervalle et s'élançaient constamment du nuage phosphorescent qui resta lumineux sans changer d'intensité et de figure pendant tout le temps énoncé. A 10 h. 25 m. le ciel, vers cet endroit, se couvrit de nuages obscurs à protubérances; ils devinrent bientôt le foyer d'un violent orage qui continua jusqu'à minuit un quart (1).
L'observation suivante nous paraît devoir trouver sa place ici. Dans une nuit du mois de juillet, il y eut à Bramley, dans le comté de Kent, un violent orage qui, sans faire aucun dégât, présenta un phénomène fort remarquable. La foudre, dit l'auteur de la relation, mit le feu aux brouillards extraordinaires qui depuis un mois rendaient l'atmosphère trouble. Après chaque éclair, il paraissait une flamme claire et sans bruit, qui, après la cessation du tonnerre, devenait si blanche et si resplendissante qu'on pouvait lire à sa lueur. Les insectes qui couvraient en abondance les arbres avaient disparu le jour qui suivit cet orage (2).
Dans les relations suivantes nous voyons des nuages, sans être orageux, offrir cependant l'aspect phosphorescent ou brillant que nous avons signalé dans des nuages manifestement orageux. Doit-on chercher encore ici l'explication de ce phénomène dans la multiplicité et le renouvellement de petites décharges fulgurantes ?
« Me retirant chez moi, à Londres, vers les 11 heures » d'un soir d'hiver, l'air étant très-serein, sans être bien » froid, n'y ayant point de clair de lune, je vis, dit de Luc,
(1) Acad. des sciences de Bruxelles, séance du l"aoùI 18i0.
(2) Gesellschafl naturforscliauden Frcumle zu Berlin neuescrifl, l. IIJ, p. 141.
NUAGKS ORAGEUX 23
„ (Idées sur la météorologie), une pommelure lumineuse, . formant une zone de plusieurs degrés de largeur, qui
s'étendait à peu près d'orient en occident , passant a , ou du zénith, du côté du sud, et atteignant pres- » nue l'horizon de part et d'autre.. Je loge très-près de la ,, campagne, ce qui me rendit facile d'observer ce pheno- » mène dans toute son étendue, et je le fis du moment ou jc « commençai à l'apercevoir jusqu'à la fin. Celte espèce de
nue aussi brillante dans toute sa longueur qu une nue „ mince devant la lune, cachait d'abord toutes les étoiles. » Peu à peu sa pommelure se discerna mieux et les étoiles « parurent dans les intervalles des pelotes ; je les ai aperçues . ensuite dans les pelotes mêmes, qui ne ressemblaient plus » qu'à de la gaze; et enfin, au bout d'environ dix minutes, ,) elle se dissipa presque partout en même temps. Il y avait ,, là quelque décomposition phosphorique: car d'où aurait » procédé cette lumière qui partait de toute la nue? Mais il ,) n'y avait pas le moindre signe électrique ; car tout était
au repos, à l'exception d'un petit mouvement qu'avait » l'ensemble de cette zone. »
« Il m'est fréquemment arrivé, ditBeccaria, dans les nuits entièrement obscures, particulièrement en hiver, de voir des nuages épars, s'agglomérer et former ensuite dans leur ensemble un nuage général uniforme, à surface unie, et d'une densité apparente peu considérable. De tels nuages répandent dans tous les sens une lueur rougeâtre, sans limites définies, mais assez intense pour qu'elle m'ait permis de lire des livres imprimés en caractères ordinaires. Les clartés nocturnes pi'ovenant des nuages, je les ai surtout observées dans les nuits d'hiver, entre deux averses de neige... Quant à moi, je les attribue à la matière de la foudre (feu électrique) et c'est à elle qu'il appartient universellement de former les nuages généraux, sans ondulations apparentes. Cette matière circulant dans les vapeurs en quantité un t.ani soit peu plus considérable qu'elles ne peuvent en transmettre, doit se manifester à l'état lumineux, ainsi que le constatent tant d'expériences de cabinet. S'il existe des traits de lumière très-déliés et extrêmement fréquents dans tous les
points OÙ les vapeurs présentent de légères variations de densité, il ne saurait évidemment manquer d'en résulter une lueur générale sans limites définies (1). »
Pendant ses voyages pour la détermination des lignes d'intensité magnétique en Écosse, le major Sabine resta plusieurs jours à l'ancre à Lough-Scavig, dans l'île de Sky. Cette île est entourée de montagnes nues et élevées parmi lesquelles on en remarque une qu'enveloppe presque toujours un nuage résultant de la précipitation des vapeurs que les vents à peu près constants de l'ouest y amènent de l'Atlantique. Ce nuage, la nuit, était lumineux par lui-même et d'une manière permanente. Plusieurs fois M. Sabine en vit sortir en outre des jets semblables à ceux des aurores boréales ; cependant il repousse bien loin l'idée que ces jets dussent être attribués à des aurores véritables, voisines de l'horizon et dont la montagne aurait dérobé la vue directe. Suivant lui, tous ces phénomènes de lumière continue, de lumière intermittente avaient leur cause, quelle qu'en puisse être d'ailleurs la nature, dans le nuage même.
M. Robinson a fait, en Irlande, diverses observations sur les propriétés 'phosphorescentes du brouillard ordinaire.
Les matières étrangères qui se mêlent quelquefois à notre atmosphère lui communiquent la faculté phosphorescente à un très-haut degré. — Un mémoire de M. Verdeil, médecin à Lausanne, nous apprend, par exemple, que le célèbre brouillard de 1783 t répandait la nuit une lumière qui permettait de voir les objets à une certaine distance et qui s'étendait également sur tout l'horizon; — cette lumière ressemblait assez à celle de la lune lorsque, étant dans son plein, cet astre se cache derrière un nuage épais ou que le ciel est couvert. »
Le brouillard de 1783 a été le foyer, la cause peut-être, de fréquents orages.
D'autres faits de ce genre sont signalés (2).
(1) Dell' Eleltric, Icrr. atmosf., p. 288.
(2) Gilbert, Ann., l. LXXII, 1822. Môm. de M. Egen sur les vmlihrs de feu. Colla, Acad. des sciences de Bruxelles, séance du I" août 1H40, L'Inslilul. L IX, p. 4 (1841).